Traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société
Source : http://workersparty.org.nz/2010/07/17/does-new-zealand-need-a-population-policy-for-the-benefit-of-the-environment/
Publiée par le Workers Party de Nouvelle-Zélande, maoïste, cette conférence a été prononcée par Byron Clark, lors du Marxism 2010, dans le cadre d’un débat avec John Robinson. Elle a le mérite d’aborder la question déjà brûlante des réfugiés écologiques. Comme le fait remarquer l’auteur, un ancien pêcheur du Nigeria, dont les rivières sont polluées par les multinationales, s’il quitte son pays, s’apparente autant à un émigré économique qu’à un migrant pour raisons écologiques. Si, comme le prévoient des gens très sérieux, on doit s’attendre à faire face à des réfugiés du climat en grand nombre, il faut se préparer à répondre aux arguments d’une droite décomplexée qui risquerait de donner dans des politiques migratoires digne de ce qu’on pourrait nommer un écofascisme. S’il pêche par le caractère utopique auquel n’échappe pas celui qui, fût-il marxiste, prétend entrer dans la cuisine de l’histoire pour y élaborer des recettes plus ou moins épicées, Byron Clark a néanmoins l’intérêt de s’opposer à l’infamie que les droites néozélandaise et australiennes osent déjà porter dans le débat public, face à l’afflux de réfugiés politiques et de migrants économiques venus d’Asie et à la prévisible submersion de certaines îles du Pacifique. (Marc Harpon)
Quelques personnes ici sont peut-être familières des travaux du sociologue de l’environnement Allen Scnaiberg. Schnaiberg est le co-auteur du The Treadmill of Production : Injustice and unsustainability in the global economy et de nombreux autres travaux ; demain [le 6 Juin] est le premier anniversaire de sa mort et je voudrais saluer la contribution qu’il a faite à la théorie radicale de la société et de l’environnement. Schnaiberg a forgé le terme de « populationisme » pour décrire les divers mouvements appelant à une réduction de la population, et a écrit dans son livre de 1980, The Environment, from Surplus to Scarcity, que le populationisme est une idéologie sociale qui attribue des maux sociaux au nombre d’être humains. Tout en reconnaissant qu’il y a bien entendu une limite au nombre de personnes que la planète peut soutenir, Schnaiberg affirme que le populationisme moderne et ses prédécesseurs sont réactionnaires et parfois racistes.
Je vais parler de la façon dont la destruction de l’environnement à laquelle nous assistons aujourd’hui, et notamment le changement climatique, n’est pas quelque chose que l’on puisse imputer à un « trop d’humains » mais quelque chose que l’on peut imputer à notre système social et économique. C’est pourquoi, la Nouvelle Zélande n’a pas besoin d’une politique démographique au service de l’environnement, mais peut, avec des changement sociaux appropriés, supporter une population beaucoup plus large.
Je voudrais commencer d’une façon qui convienne à un colloque intitulé Marxism 2010 : par une citation de Marx :
« Il est apparemment de bonne méthode de commencer par le réel et le concret, la supposition véritable ; donc, dans l’économie, par la population qui est la base et le sujet de l’acte social de la production dans son ensemble. Toutefois, à y regarder de plus près, cette méthode est fausse. La population est une abstraction si je laisse de côté les classes dont elle se compose »(1)
Marx n’écrivait pas à propos du changement climatique mais l’idée que la population est une abstraction si l’on ne considère pas les classes dont elle se compose est tout à fait pertinente quand il s’agit de changement climatique. La quantité d’émissions de gaz à effet de serre qu’émet une personne dépend de la position qu’elle occupe dans la société capitaliste. Par exemple, entre 1980 et 2005, l’Afrique Subsaharienne a produit 18,5% de la croissance démographique mondiale et seulement 2,4% de l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère. L’Amérique du Nord a fourni 4% des têtes supplémentaires mais 14% des émissions en plus. (source). Des faits comme celui-ci sont souvent négligés dans la discussion dominante sur la population et l’environnement. Par exemple, voici ce qu’a à dire le manuel Climate Change : Biological and Human Aspects :
« Généralement, si une personne a un niveau quelconque d’empreinte écologique x, il n’est pas déraisonnable de supposer que deux personnes auront un impact de 2x, trois personnes un impact de 3x, etc ; en d’autres termes, cette empreinte écologique est proportionnelle à la population. »
Sauf que cette supposition est totalement fausse si la première personne est aux Etats-Unis et les deux autres au Congo.
Il y a d’autre part l’argument du « mode de vie occidental », l’idée que ce n’est pas la croissance démographique en elle-même qui alimente le changement climatique, mais l’augmentation du nombre de personnes vivant suivant un style de vie occidental.
Ce point de vue a été exprimé par Rajendra Pachauri, Président du Panel Intergouvernemental sur le Changement Climatique, quand il a dit l’an dernier à The Guardian :
« Aujourd’hui, nous avons atteint le point où la consommation et le désir de consommation ont dépassé les bornes. La réalité est que notre mode de vie est insoutenable. »
Pachauri n’appelle pas lui-même à la réduction de la population et défend un changement de mode de vie, en particulier la réduction de la consommation de viande. Mais ce que les populationistes retiennent de ce point de vue est qu’il faut moins de gens vivant suivant le mode de vie occidental. C’est à une troisième solution, qui veut que nous changions nos sociétés au niveau de la production pour produire de façon plus durable, que je parviendrai plus tard.
La politique démographique des Verts, qui affirme que « dans le but de préserver à la fois nos ressources et un niveau de vie décent, le chiffre idéal de la population [pour la Nouvelle Zélande] sera fixé à un niveau significativement inférieur à la capacité du pays à supporter ses habitants », semble être un autre exemple de l’argument du mode de vie occidental. Pour être juste avec les Verts, ils n’assimilent pas nécessairement un « niveau de vie décent » au « mode de vie occidental » mais l’idée de fixer un chiffre maximum pour la population, exclut en fait des gens de ce niveau de vie suivant la partie de la planète où ils sont nés. C’est l’idée d’une exception occidentale, ce mode de vie est notre droit, mais non celui de ceux du monde sous-développé et en développement.
Le problème c’est que l’environnement ne reconnaît pas les frontières. Le Parti Vert le reconnaît dans une certaine mesure quand il affirme que nous devons absorber les réfugiés du climat, notamment ceux du Pacifique, déplacés par l’élévation du niveau des mers. Toutefois, la définition d ‘un réfugié pour raison écologique pourrait être incroyablement large, si le rôle de l’impérialisme dans l’histoire mondiale était reconnu. Le monde occidental s’est développé par le pillage des ressources naturelles du reste du monde, et en fait les pays occidentaux poursuivent ce pillage. En même temps, le monde sous-développé a été utilisé comme une décharge pour les déchets dangereux pour l’environnement. Un ancien pêcheur du Nigeria est-il un réfugié pour raison écologique parce que la production de pétrole pour l’Occident a vidé les rivières et les lacs de toute vie? Et un paysan d’Amérique du Sud qui a perdu sa terre au profit d’une agriculture à grande échelle exportant vers le Nord? Je tiens pour réactionnaire le fait d’entourer de murs les zones les plus riches du globe pour laisser dehors ceux dont l’environnement a été détruit pour que le notre reste pur comme du cristal.
Le second problème avec l’argument du mode de vie occidental est celui que j’ai mentionné plus tôt. Pour paraphraser Marx, il n’est pas suffisant de considérer seulement la population, nous devons regarder les classes dont elle se compose. Comme vous pouvez vous y attendre, la richesse que possède un individu est directement corrélée à son empreinte écologique. J’ai une citation d’un article très instructif et amusant écrit par George Monbiot pour The Guardian l’année dernière :
“J’ai jeté un coup d’oeil sur quelques yachts géants, dans la mesure où je cherche un endroit où recevoir les ministres travaillistes dans le style auquel ils sont habitués. D’abord, j’ai exploré la documentation du RFF 1354 de Royal Falcon Fleet, mais quand j’ai découvert qu’il ne brûlait que 750 litres de carburant par heure, j’ai réalisé qu’il n’impressionnerait pas Lord Mandelson. Je pourrais à peine lorgner sur un emplacement à Brighton avec un Overmarie Mangusta 105, qui bouffe 850 l/h. Mais le rafiot qui m’a vraiment tapé dans l’oeil est fait par Wally Yachts à Moncaco. Le Wally Power 118 (qui donne une sensation de pouvoir aux parfaits crétins) consomme 3400 l/h quand il navigue à 60 noeuds. (2) C’est près d’un litre par seconde.”
Les yachts géants sont un exemple un peu extrême, mais il est presque évident que ces individus dotés de plus d’argent vivent généralement dans des maisons plus grandes, utilisent plus d’électricité, conduisent plus et plus souvent, prennent plus de vols longue distance, etc. Ceux qui ont moins d’argent ont plus de chances de vivre dans des maisons plus petites, d’économiser l’électricité, de conduire mois voire pas du tout, d’utiliser plus longtemps leurs appareil électroménagers etc.
Je veux utiliser quelques exemples venus de Christchurch pour parler de quelques unes de ces choses. La tendance durant les décennies d’après-guerre, qui s’est arrêtée dans certaines villes mais continue à Christchurch, veut que les gens s’éloignent de plus en plus de la ville à mesure qu’ils s’enrichissent. Cela a pour conséquence des maisons plus grandes et moins efficientes sur le plan énergétique, et et un allongement des déplacements pendulaires vers le travail et les autres activités, allongement qui a pour conséquence une utilisation supplémentaire de carburant. Cette carte (figure 1) montre le revenu moyen de différentes zones de Christchurch. Christchurch a un revenu moyen qui se situe autour de 24000 dollars (inférieur en fait à celui de Manakau ou de Porirua), donc l’essentiel de la carte est dans les couleurs claires qui représentent les bas revenus. Les poches encore petites de ceux qui, en comparaison des plus pauvres, sont aisés se concentrent, avec quelques exceptions, dans quelques zones qui sont en fait plus proches de l’extérieur de la ville. A Summer et à Mount Pleasant, à Cashmere Hills et à Halswell. Ce qui n’est pas visible sur cette carte, très probablement du fait d’une très faible population, est la communauté fermée de Styx Mill, qui est, pour autant que je sache le seule quartier à posséder un Country Club. Les cartes comme celles-ci sont problématiques dans la mesure où les bas revenus vivent aussi loin de la ville ; les gens à bas revenus sont largement plus nombreux que les hauts revenus et, donc, ils sont partout. Beaucoup de ces travailleurs à bas revenus des banlieues extérieures ont de fortes chances d’avoir des emplois à bas salaire dans les énormes centres commerciaux de la banlieue de Christchurch plutôt que dans le centre-ville, ou, s’ils sont des travailleurs industriels, ils ont de fortes chances de vivre et de travailler dans les zones industrielles situées autour de Hornby, qui se sont étalées sur les quartiers extérieurs de l’Ouest de la ville, où le terrain est moins cher que dans les plus vieilles zones industrielles de cette partie de la ville. Les personnes à bas revenus ont également plus de chance de prendre les transports publics, tandis que les zones riches comme Styx Mill ont fait pression sur le Conseil municipal contre le fait d’avoir un service de bus sur leur territoire, utilisant de tristes prétextes tels que l’idée que les bus amèneraient des délinquants dans leur agréable communauté.
Ce que ne montre pas cette carte, toutefois, ce sont les banlieues des super riches, qui se trouvent si loin du centre-ville qu’elels ne font même pas partie de Christchurch. Pegasus [figure 2], à 30 km du centre-ville de Christchurch, est le terrain de jeu parfait pour la bourgeoisie. Quand la construction sera achevée, Pegasus comprendra un parcours de golf avec 18 trous, un hôtel de luxe, un yacht club et, ce que je préfère, un lac artificiel de 14 hectares avec une plage chauffée pour la baignade. Vous m’avez bien entendu, une plage chauffée pour la baignade. Christchurch et sa banlieue très éloignée sont un exemple représentatif de villes qu’on pourrait trouver dans tout le monde développé. Il n’y a aucun « mode de vie occidental » universel, il y a le style de vie dépensier et tape-à-l’oeil des riches, et le style de vie modeste des pauvres. Le premier est responsable de beaucoup plus de dégâts écologiques que le second.
A ce stade, vous avez sans doute des questions. Comment puis-je prétendre que la population n’est pas la cause de la destruction de l’environnement, parce que les styles de vie des riches et des pauvres sont différents, et, néanmoins, défendre simultanément le droit pour chacun d’augmenter son niveau de vie. Eh bien, les zones densément peuplées ont une empreinte écologique inférieure que les villes peu peuplées. La citation suivante provient d’un article du numéro de Juin 2008 de Wired Magazine :
« Manhattan est peut-être le lieu le plus écologique des Etats-Unis. L’emprunte écologique d’un habitant de Manhattan est de 30% inférieure à celle de l’américain moyen. Le taux de possession de voitures est parmi les plus bas du pays ; 65% de la population marche, fait du vélo ou utilise les transports de masse pour aller travailler. Les grands immeubles sont l’habitat le plus efficace pour chauffer et climatiser. »
La Nouvelle-Zélande est radicalement différente. Il y a 2,5 millions de voitures pour une population d’à peine plus de quatre millions d’habitants, enfants compris. Le taux de possession de voiture de la Nouvelle-Zélande est l’un des plus élevés du monde.
Nous ne faisons qu’à peu près 2% de nos voyages en autobus et moins d’1% en train (source). Si la population actuelle de la Nouvelle-Zélande avait la même densité que Manhattan, nous pourrions tous vivre à Tauranga. Auckland pourrait accueillir sept fois la population actuelle. Quand je soulève cet argument, on me répond souvent que les néozélandais ont choisi de vivre dans les banlieues, et que ce n’est pas bien de faire vivre les gens dans des appartement urbains. Eh bien, pour le mois d’avril de cette année, il y avait 10 749 personnes sur la liste d’attente de Housing New Zealand. Près de la moitié d’entre elles étaient considérées comme ayant un besoin urgent de logement (source). Un programme de construction de logements publics reposant sur la vie urbaine serait certainement utile à beaucoup de ces personnes. Et je ne parle même pas des nouveaux immigrés venus de régions plus pauvres du globe.
Pour parler à nouveau de ma ville, Christchurch est, comme je l’ai mentionné, une ville caractérisée par un étalement périphérique significatif, en conséquence du déclin de la ville en tant que centre d’affaires et lieu de vie. Le plan pour la revitalisation du Conseil Municipal tourne autour de nouveaux bars, et, par conséquent, les incidents liés à l’alcool ont fait que le centre-ville a le taux de criminalité le plus élevé de tout Christchurch. Un meilleur plan de revitalisation reposerait sur de nouveaux logements. Cette image [figure 3] montre un des immeubles mal utilisés du centre-ville. Si nous avions un Conseil Municipal réellement préoccupé par la pauvreté, l’environnement et le centre-ville, des immeubles comme celui-ci pourraient être transformés en logements publics efficients sur le plan énergétique. Cet immeuble [figure 4] qui appartient déjà à la municipalité, puisqu’il a été racheté avec une partie des 17 millions de dollars utilisés pour tirer d’affaire le promoteur immobilier David Henderson, l’homme derrière beaucoup des nouveaux bars, sera en fait transformé en appartements, mais pas en logement sociaux et il y a des raisons de s’inquiéter de savoir si oui ou non ils seront à la portée des bourses modestes.
Une société plus égalitaire est essentielle pour des ville éco responsables. Nous rions quand nous entendons que les résidents de Styx Mill s’opposent à ce que des parcours de bus passent dans leur quartier parce que les bus amèneraient des délinquants, mais la peur de ma délinquance est une des raisons pour lesquelles ces gens riches déménagent pour aller dans des communautés fermées comme Styx Mill. Et, comme je l’ai mentionné, le centre-ville a le taux de criminalité le plus élevé de Christchurch. Il y a des preuves sérieuses que la délinquance et l’abus d’alcool sont liés à la pauvreté et aux inégalités sociales. Par conséquent, résoudre ces problèmes devrait réduire la fuite vers les banlieues. Le désir qu’ont les gens de vivre plus près de la campagne ou d’avoir un mode de vie plus rural, qui était au départ une des raisons de s’installer en banlieue, peut, je crois, recevoir une réponse par l’intégration d’éléments urbains et ruraux, ou, comme l’ont formulé Marx et Engels, par l’intégration de la ville et de la campagne. Plus de production alimentaire urbaine, comme par exemple la culture d’arbres fruitiers dans des lieux publics, des jardins publics et la production de végétaux dans des cours est une façon de le faire.
«On ne peut mettre un terme à l’empoisonnement actuel de l’air, de l’eau et de la terre que par la fusion de la ville et de la campagne »- Friedrich Engels.
On peut protester que faire les gens produire leurs propres légumes est encore pire que de les faire vivre dans des zones urbaines. Mais, de même que pour le fait de vivre dans des appartements, il y a des raisons de penser que le fait de cultiver ses propres légumes est une chose que les gens sont contentes de faire. Encore une fois, ce sont les pauvres qui jouent leur rôle. Suivant Housing New Zealand, qui organise une compétition du jardin privé le mieux tenu du parc de logements sociaux.
« Depuis 2004, le nombre de compétiteurs de la catégorie potagers a augmenter de 17,5 % [du total des inscrits] à près de 26%. Cette tendance est encore plus prononcée dans des zones urbaines comme Auckland, où les compétiteurs de la [catégorie] potagers ont augmenté de 16% à près de 29 % sur la même période. »(source)
On peut ajouter à cela que, durant les 18 derniers mois, sont apparus des titres tels que ceux-ci :
« Produire sa propre nourriture, une tendance croissante à Timaru » (Otago Daily Times)
«On redécouvre l’intérêt de produire ses propres légumes »(The Press)
« Les potagers fleurissent dans les cours à mesure que le nombre de cultivateurs augmente » (Wanganui Chronicle)
Souvent, de nos jours, l’autoproduction de légumes est choisie par nécessité économique, mais je ne doute pas que dans une société avec une semaine de travail plus courte et plus de temps libre, il y aurait une tendance égale voire plus lourde au jardinage pour le plaisir.
Et les biens de consommation? Eh bien, je pense qu’il y a deux facettes à cette question. La première est que les gens ne sont pas aussi avides de consommation que certains membres cyniques du mouvement écologiste semblent le croire. Les gens veulent des téléphones portables, des ordinateurs et des téléviseurs, mais ils veulent aussi des rivières et des plages où nager, et, comme on l’a vu lors de l’énorme manifestation à Auckland le mois dernier, ils veulent préserver notre environnement naturel. L’autre facette, est qu’acheter des téléphones portables, des ordinateurs et des téléviseurs n’est pas en soi une mauvaise chose. Je suis un écologiste qui croit que la majorité des gens sur la planète ont besoin de, et ont le droit de, consommer beaucoup plus que ce qu’ils consomment actuellement.
Comment rendre cela possible? En changeant la façon dont les choses sont produites. Combien d’entre vous peuvent me citer quelqu’un de la génération de nos parents ou de nos grands-parents qui radote qu’ »ils ne font plus les choses comme autrefois! »? Beaucoup de gens le disent et la raison en est qu’ils ne font plus les choses comme autrefois. La citation suivante provient de l’excellent blog socialiste et écologiste Climate and Capitalism ( climate and capitalism) :
« Jusqu’aux dernières décennies, les biens de consommation étaient conçus pour durer. Les multinationales d’après-guerre ont fait face au dilemme lié au fait qu’augmenter la durée de vie des produits signifiait que les gens auraient ce dont ils ont besoin et n’auraient plus de raisons d’acheter plus. Mais l’obsolescence programmée des années 1960 a violemment frappé l’habillement, l’électroménager et les articles de maison. »
Conjointement à l’obsolescence programmée, il y a des standards maison qui font que des produits venus de fabricants différents sont incompatibles. Par exemple, s’il y avait une standard universel pour les chargeurs de téléphone portables, quelque chose qui a déjà été conçu mais que tous les fabricants n’ont pas adopté, on estime qu’il y aurait une réduction annuelle de 13,6 millions de tonnes de dioxyde de carbone. (source)
Et je ne parle même pas de la réduction du travail nécessaire pour produire tous ces chargeurs de rechange qui finissent souvent dans des décharges s’ils ne sont pas vendus avant que le téléphone pour lequel ils sont conçus ne soit passé de mode.
Sans la motivation du profit, dans une économie planifiée prenant en compte les besoins humains et l’écologie, nous pourrions mettre un terme à l’obsolescence programmée et à l’incompatibilité des technologies. La production de biens de consommation durables et de qualité aurait pour résultat une baisse de la production totale, conduisant à une empreinte écologique plus réduite de même qu’à à une semaine de travail plus courte.
Durant cette conférence, j’ai peint le tableau d’une société nettement meilleure que celle dans laquelle nous vivions aujourd’hui, une société avec des centre urbains rénovés, des espaces verts, des bâtiments éco-efficients et des transports publics bien utilisés, une nourriture de qualité et des biens de consommation produits sur une semaine de travail beaucoup plus courte, donnant aux gens plus de temps libre et, par conséquent, une incitation plus forte à conserver l’environnement naturel. Nous avons besoin de grands changements pour atteindre cette société, mais ce dont nous n’avons pas besoin, c’est d’une politique démographique.
(1)Karl Marx, Introduction générale à la critique de l’économie politique (1857), in Marx, Oeuvres I, Economie I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade. On reprend ici la traduction que donne Maximilien RUBEL de ce passage.
(2) Jeux de mots intraduisible. En anglais, par antonomase, le nom Wally est synonyme d’imbécile.




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