Les mensonges d’Hiroshima sont les mensonges d’aujourd’hui.par John Pilger

dans un article pour The Guardian à l’occasion de l’anniversaire de l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima le 6 août, 1945, John Pilger décrit  la progression de la pulvérisation du mensonge qui a explosé sur cette ville , jusqu’aux aux guerres d’aujourd’hui – et l’attaque qui menace  sur l’Iran. Personnellement, je crois que nous avons tous nos formes de complicité avec ce qui se prépare et cela fait partie de ce que John Pilger appelle "le je ne savais pas " des bons allemands. J’ai sans doute ma forme de mensonge parce que je n’ose pas et c’est le fait que "je n’ose" pas parler franchement qui me fait périodiquement renoncer à ce blog parce que je crains de ne pas être comprise.  Je ne sais pas si John Pilger est juif, mais sa problématique et son salut final à William Blum le sont. Il y a des gesn qui s’interrogent "mais qu’est ça veut dire être juif?" et dans la foulée ils expliquent que sarkozy est juif parce qu’il a un grand père qui l’était, un sur quatre ou encore qu’un Rockfeller aurait épousé une juive. Oui à force d’entendre cela on découvre un jour qu’on est juif, ça vous tombe dessus. Alors Ecoutez-moi, je suis convaincue que seul un juif peut parler de l’holocauste à ceux qui soutiennent Isrâël au point de fermer les yeux sur un possible nouvel Hiroshima, sans voir le lien intrinsèque entre les deux. Leur parler de l’holocauste non avec la stupidité de certains antisémites trop contents de démontrer que les juifs ont bien mérité leur sort,  mais leur faire sentir que pour que la boucle soit bouclée, les pires racistes, les pires exploiteurs, leurs ennemis de toujours tentent de leur faire assumer les crimes de l’impérialisme. Remarquez ils auront la consolation de partager le crime avec un Africain comme ultime parodie des masques impérialistes. Et si je pense que Pilger est juif c’est qu’il ressent la douloureuse dérision du masque… "Ce serait un massacre. Pour un Juif, cela semble scandaleusement ironique"… Et il parle de "la conversion" de l’Israélien Benny Morris aux vertus du massacre en Iran… Oui, il y a une manière de le dire, d’exiger que dans un sursaut ils disent au monde que l’horreur ne peut se reproduire. C’est Adorno qui a posé le problème : "écrire un poème après Auschwitz est de la barbarie", parce qu’Auschwitz c’est la mort industrielle, bureaucratique, sans haine, comme l’on désinfecte d’où l’importance des chambres à gaz et l’obstination à les nier pour identifier alors Auschwitz au goulag. Mais Auschwitz n’est complet pour moi que si l’on ajoute Hiroshima. Hiroshima a démontré dans la foulée du nazisme que la frontière de l’inhumanité "technique" sans avoir à se sentir responsable de rien, le meurtre de masse était là, le crime est devenu le destin de l’humanité. Il n’y a plus de "bonne cause, mais la fin de toute espérance. Notre seule définition à nous juifs, l’espérance messianique, pas une "supériorité", plutôt une singularité qui renvoit à l’universel n’a plus aucune raison d’être, la haine nous a dévoré comm eux. Et personne pour ressentir cela… Même le cannibalisme pour des raison sacrificielle ou simplement parce qu’on a faim est plein d’innocence à côté de cette barbarie technologique et bureaucratique. Et je suis obsédée par cette démonstration là, quand les B 52 envoient leur tapis de bombes, le jusqu’où et jusqu’à quand cela va recommencer me prend à la gorge… d’autres faits se rassemblent apparement sans lien, les tsiganes à nouveau traqués, les éternels nomades refusés, déportés, nos frères. savez-vous qu’il était interdit en Europe centrale aux juifs d’aller dans les conservatoires comme d’ailleurs dans la plupart des Ecoles et ce sont les tziganes avec qui nous formions des orchestres. Eux seuls les peuples jadis sans frontières peuvent dénoncer  le formidable mensonge du "je ne savais pas"de l’enfermement dans de fausses identités contre l’humanité jusqu’à la mort des autres comme des insesctes nuisibles.dans le silence de tous… Tant que je n’aurais pas su faire partager  cela j’aurai en moi cette mort gravée sur mon coeur, comme cette ombre incrustrée sur les marches de l’escalier à Hiroshima… En attente… note et traduction de danielle Bleitrach


Quand je suis  allé pour la première fois à Hiroshima en 1967, l’ombre sur les escaliers était toujours là. C’était une impression presque parfaite d’un être humain en train de se détendre : les jambes écartées, les épaules inclinées, une main posée sur le côté tandis qu’elle  attendait l’ouverture de la banque . À huit heures et quart le matin du 6 août 1945, elle et sa silhouette ont été brûlées gravées dans le granit. J’ai regardé fixement l’ombre pendant une heure ou plus, est ensuite je suis descendu sur la rivière et j’ai rencontré un homme appelé Yukio, sur sa  poitrine était toujours incrusté le modèle de la chemise qu’il portait quand la bombe atomique a été lancée.

Lui et sa famille vivaient encore dans une bicoque construite rapidement et mal dans la poussière d’un désert atomique. Dans sa description il parlait d’un énorme éclair en train de tomber sur la ville, "une lumière bleutée, comme un court-circuit", après ça le vent a soufflé comme une tornade et une pluie noire est tombée. "J’ai été lancé au sol et j’ai vu qu’il ne restait plus que les tiges de mes fleurs. Tout était tranquille et silencieux, et quand je me suis relevé, il y avait des gens nus qui ne disaient pas un mot. Certains d’entre eux avaient perdu la peau ou les cheveux.
J’ai su avec certitude qu’il était mort "Neuf ans après, quand je suis revenu et que je l’ai cherché, il était mort d’une leucémie.

Dans la période qui a suivi au lancement de la bombe, les autorités d’occupation alliées ont défendu toute mention de l’empoisonnement par radiation et elles  ont insisté pour que l’on dise que les morts ou les blessures ont été seulement la conséquence de l’éclatement de la bombe. C’était le premier grand mensonge. "Il n’y a pas de radioactivité dans  Hiroshima détruite"  disait la une du New York Times, du grand  classique de la désinformation et dans l’abdication des médias que le journaliste australien Wilfred Burchett a désigné comme les premices du siècle. "J’écris cela comme avertissement à tout le monde",  alertait Burchett dans le Daily Express, après être arrivé à Hiroshima au terme d’un voyage  périlleux. Il a été le premier correspondant qui a osé. Il a décrit des salles d’hôpital pleines de gens sans blessures visibles mais qui étaient en train d’agoniser de ce qu’on appelait "une épidémie atomique" parce qu’il avait dit cette vérité, on lui a retiré son acréditation de presse, il a été publiquement dénoncé et diffamé-  – et justifié.

L’usage de la bombe atomique à Hiroshima et à Nagasaki a été un acte criminel de dimensions épiques. ce fut un meurtre massif prémédité qui a laissé toute latitude à l’usage d’ une arme de criminalité intrinsèque. Pour cette raison ses défenseurs ont cherché un refuge dans la mythologie de la "bonne guerre", dans laquelle "on baigne dans (le sang) éthique", comme Richard Drayton l’a définie, ce qui a seulement permis à l’Occident de ne pas expierson passé sanglant impérialiste, mais de mettre en place 60 ans de guerre vorace, toujours à l’ombre de La Bombe Atomique.

Le mensonge le plus durable est celui qui veut que la bombe atomique ait été lancée pour finir avec la guerre au Pacifique et pour sauver des vies. "Même sans les lancements de la bombe atomique," concluait un rapport étasunien sur les armes nucléaires de 1946  "la suprématie aérienne sur le Japon pouvait  exercer une pression suffisante pour provoquer une reddition inconditionnelle et pour suppléer à la nécessité d’une invasion.  Basé sur une recherche détaillée de tous les faits et s’appuyant sur le témoignage des leaders japonais survivants, le rapport expliquait que…

Le Japon se serait rendu même si les bombes atomiques n’avcaient pas été lancées,  même si la Russie n’était pas entrée en guerre et même si aucune invasion n’avait été  planifiée ou envisagée. "

Déjà en 1943 les Archives nationales de Washington contiennent les documents du gouvernement américain qui contiennent des propositions japonaises de paix. Aucune n’a été entendue. Un câble envoyé le 5 mai 1945 par l’ambassadeur allemand à Tokyo et intercepté par les EU nous enlève le moindre doute sur  le fait de ce que les Japonais étaient désespérés au point de demander la paix, même "la capitulation même si les termes en étaient durs". En revanche, le secrétaire de guerre américaine, Henry Stimson, a dit au président Truman qu’il craignait que la force aérienne américaine écrase à un tel point  le Japon que cette nouvelle arme ne puisse pas "montrer sa puissance". Après il a admis qu’ "aucun effort sérieux n’a été fait pour  obtenir la reddition des Japonais pour pas avoir à utiliser la bombe." Ses compagnons dans la  politique extérieure étaient anxieux de l’envoyer "pour intimider les Russes par la bombe que nous portions si magnifiquement sur les hanches". Le Général Leslie Groves, un directeur du projet Manhattan qui a fabriqué la bombe, a attesté : "je n’ai jamais eu l’impression de ce que la Russie était notre ennemi, ni que le projet était basé sur ces prémisses." Le jour dans où Hiroshima a été anéanti, le président Truman a exprimé sa satisfaction en qualifiant l’ "expérience" comme "succès écrasant".
 
Depuis 1945 il semble que les EU ont été sur le point d’utiliser des armes nucléaires au moins en trois occasions. En lançant leur mensonge d’  "une guerre contre la terreur", les actuels gouvernements de Washington et de Londres ont déclaré que des attaques nucléaires "préventives" étaient préparées pour s’attaquer à  des états non nucléaires. À mesure que s’égrenent  les coups de cloche vers le minuit d’un Armageddon nucléaire, les mensonges pour justifier des attaques possibles deviennent de plus en plus plus scandaleux. L’actuelle "menace" est l’Iran. Cependant, l’Iran ne dispose pas des armes nucléaires et l’information mensongère sur son arsenal nucléaire en préparation "mane pour une bonne part d’un groupe d’opposition iranienne discrédité financé par la CIA, le MEK – comme les mensonges sur les armes de destruction massive de Sadam Hussein étaient originaires du Congrès national irakien, monté par Washington.

Le rôle assumé par le journalisme occidental pour crédibiliser cet  homme de paille est crucial. Même si les renseignement de la défense des Etats-Unis ont dit "avoir une grande certitude" sur la fait que l’iran a   abandonné son programme d’armes nucléaires en 2003, a été occulté de la mémoire.  Que le président de l’Iran Mahmoud Ahmadinejad n’ait jamais menacé avec "de rayer Israël de la carte" n’est pas non plus digne d’intérêt.

Cette succession de mensonges nous ramène à l’une des crises nucléaires les plus dangereuses depuis 1945, parce que la menace réelle n’est jamais prise en compte  dans les cercles du système occidental et dans médias. Il y a une seule puissance nucléaire débridée au Proche Orient et c’est Israël. L’héroïque Mordechai Vanunu  a essayé de le faire savoir au monde en 1986 quand il a eu obtenu en secret les preuves de ce qu’Israël construisait rien moins que 200 têtes nucléaires. En défiant les résolutions des Nations Unies, Israël est clairement impatient d’attaquer l’Iran, avec la crainte de ce qu’une nouvelle administration américaine pût, elle seule pourrait mener des négociations authentiques avec une nation que l’Occident ne cesse de profaner depuis que la Grande-Bretagne et l’Amérique ont démoli la démocratie iranienne en 1953.

Dans le New York Times du 18 juillet, l’historien israélien Benny Morris, qui était considéré comme un libéral et qui est  maintenant un conseiller du système politique et militaire de son pays,  a menacé que "l’Iran soit changé en désert nucléaire". Ce serait un massacre. Pour un Juif, cela semble scandaleusement ironique.

Et voilà que nous nous devons nous demander : allons-nous nous convertir en simples témoins, en arguant, comme les bons Allemands l’ont fait, que "nous ne savions pas" ? En nous cachant de plus en plus derrière ce que Richard Falk a appelé "un écran légal / moral, à sens unique, avec prétentions de supériorité morale [avec] des images positives des valeurs occidentales dont l’innocence se décrit menacée, en donnant le quitus à une campagne de violence incontrôlée"? Capturer des criminels de guerre recommence à être à la mode. Radovan Karadzic est sur le banc des accusés des accusés, mais Sharon et Olmert, Bush et Blair non. Pourquoi non ? La mémoire de Hiroshima a besoin d’une réponse.

avec mes remerciements à William Blum.
Fuente: http://www.johnpilger.com/page.asp?partid=499

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1 Commentaire

  1. Commentaire à relier à la présentation du livre de Domenico Losurdo sur Staline

    Il est clair désormais que la décision prise oar Truman d’utiliser la bombe atomique sur Hiroshima et sur Nagasaki ne visait pas le Japon déja défait militairement dans le Pacifique mais l’URSS qui avait annoncé le 8 Mai 1945 qu’elle interviendrait contre le Japon 3 mois aprés soit le 8 Aout 1945 deux jours aprés Hiroshima
    L’URSS tint sa promesse et la campagne éclair de l’Armée rouge sur le front de l’Est en écrasant les dernières troupes opérationnelles fut un succés qui ne fut pas pour rien dans la capitulation du Japon mais dont les Etats-Unis Truman et Mac Arthur voulurent garder tout le bénéfice pour ne pas se retrouver dans une situation analogue à celle de l’Allemagne et rester seuls maitres du Japon

    Cette volonté est démontrée par l’attitude de Truman à Potsdam qui sitôt effectué avec succés le premier essai atomique au Nevada annonce tout joyeux à Staline qu’il détient désormais une arme terrifiante. Celui-ci le remercie calmement pour l’information, ne fait pas de commentaire et confie à Béria dés son retour à Moscou la responsabillité de rétablir l’équillibre stratégique avec les Etats-Unis en créant l’arme atomique soviétique. Béria réussira.
    Mais dans l’échange à Postdam celui qui tient le rôle de "fou paranoïaque", déja décidé à utiliser l’arme terrifiante, ce n’est pas Staline c’est Truman !


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