Wall street en procès, dans quelle société voulons-nous vivre ? par Danielle bleitrach

L'affiche du documentaire «Cleveland contre Wal Street», de Jean-Stéphane Bron.
L’affiche du documentaire «Cleveland contre Wal Street», de Jean-Stéphane Bron.
Il faut absolument que vous alliez voir ce film… Nous sommes à Cleveland, la ville qui est l’épicentre de la crise dite des suprimes… Une ville frappée, des gens chassés de chez eux, des rues entières aux maisons fermées et occupées par des bandes, l’insécurité…

Le 11 janvier 2008, la municipalité de Cleveland a voulu attaquer 21 grands noms de la finance. Mais ces derniers ont échappé aux poursuites. Le juge a estimé que le lien entre les banques et les expulsés de Cleveland était trop ténu.

Un réalisateur suisse de documentaires, Jean-Stéphane Bron, a quand même réuni les protagonistes de cette crise pour les filmer à l’occasion d’un vrai-faux procès dans la ville du nord-est américain. Le résultat, le docu-fiction «Cleveland contre Wall Street», sort aujourd’hui  mercredi sur les écrans . je me suis précipitée et je ne l’ai pas regretté. Je vous conseille impérativement d’en faire autant et je vais tenter de vous expliquer pourquoi VOUS NE POUVEZ PAS rater ce film.

D’abord parce que c’est un cinéma qui fait appel à votre intelligence  et qui, par la bouche de gens ordinaires, qui ne sont pas des acteurs vous explique ce qu’a été l’origine de la crise, les subprimes. Mais cela va plus loin encore, ce qui se joue là c’est la question même du capitalisme… Avec les mots, les préjugés, mais aussi les valeurs, la sensibilité de tout un chacun… Avec de la distance comme chez Brecht, de l’agit-pro autour d’un procès, celui de la haute finance par des petites gens qui se sont engouffrés dans des emprunts insensés ? Qui est coupable ? Brecht répondrait les petites gens qui croient encore en la justice du capitalisme… Jean Stéphane bron n’est pas loin de la même conclusion…

 Un documentaire au meilleur sens du terme, mais paradoxalement ce documentaire fait partie de la grande tradition du cjnéma américain où un jury populaire tranche sur la culpabilité ou non, du type douze hommes en colère pour le plus connu… Mais aussi les très grands, les plus machiavéliques, de Lang à Preminger, ceux qui ont appris au cinéaste comment le système judiciaire est le mal lui-même, le miroir du crime… Jean stephan Bron est un cinéphile gorgé de ce cinéma là… Est-ce un hasard si c’est à nouveau le regard de la vieille Europe sur le “rêve américain?

Le recours permanent à deux caméras et le champ contre champ relève de la fiction avec le déclenchement des hostilités entre les protagonistes dans le huis clos dramatique du procès….

Mais le côté border line docu intervient aussitôt après la tension du témoignage quand les personnages commentent hors procès le sens de leur intervention, sans la contrainte du “oui” ou “Non”, cette fois c’est l’interview, une prise de parole dans un plan séquence sur un fond neutre…. ils se lâchent hors règle du jeu du système…

Le crime est là, ces familles, cet enfant, cette vieille dame jetés à la rue, faute de savoir qui a commis le crime, on part de l’arme du crime, les crédits des subprimes.  Et l’avocat de Wall street tente de rejouer la question de l’autodéfense, l’arme du crime n’en est pas une ce pourrait être une bonne chose, la faute vient de ceux qui ne savent pas s’en servir, ceux qui acceptent de payer des taux à 14% puisqu’ils ne peuvent pas honorer ceux à 7%…..  Les plus pauvres, les moins solvables. Ceux qui rêvent d’acheter leur propre maison sans en avoir vraiment les moyens.

Des millions d’Américains ont souscrit ces prêts hypothécaires. Les taux, largement supérieurs à ceux des emprunts immobiliers normaux, pourraient paraître dissuasifs. Mais les conditions de remboursement sont alléchantes: l’emprunteur peut différer le versement des traites et ne débourser que le montant des intérêts, dans un premier temps.

A l’autre bout de la chaîne, les grandes banques se goinfrent… un mathématicien partisan du capitalisme tente de distinguer entre profit légitime et avidité… Impossible et l’avocat des banquiers s’en pourlèche les babines…

A l’été 2007, il s’avère que l’activité la plus rentable de Wall Street reposait sur une bombe. Les propriétaires, étranglés par les taux d’intérêt exorbitants, sont  alorsde plus en plus nombreux à ne pas pouvoir rembourser leurs prêts. Leurs créanciers font jouer l’hypothèque. Ils saisissent les maisons puis les revendent aux enchères qui se concluent à des prix modiques.

Bentôt, de plus en plus de ces maisons se retrouvent sur le marché, alors que les acheteurs se font de plus en plus rares, le robinet du crédit facile se fermant brutalement. Résultat, les prix s’effondrent. Les faillites se multiplient, remontant la filière des petits courtiers en immobilier locaux jusqu’aux géants de Wall Street et le procès est là: qui est coupable ?

Et c’est le début d’un drame où les mêmes continuent à profiter tandis que les autres, comme le dit un des jurés, doivent envoyer leurs enfants en irak pour pouvoir vivre… Mais est ce qu’on peut démontrer le lien, la culpabilité des banques ?

Là où  le film frise la perfection c’est dans le verdict qui n’est jamais exprimé mais que chacun ne peut ignorer:  puisque si une majorité de 5 jurés se prononce pour la culpabilité des banquiers, il suffit de 3 jurés de “blocage” et là règle du jeu fonctionne “pour” les banquiers, ils sont disculpés.

Les banquiers d’ailleurs ne sont pas là, ils ont délégué un avocat, un idéologue… Est-ce qu’on peut représenter le capitalisme autrement que par cette place absente ? Et ces approches vécus où les liens du malheur sont si ténus par rapport à eux que les victimes deviennent les coupables, ceux que l’on finit par juger pour ne pas être à la hauteur du rêve américain, de l’usage des instruments dangereux qui se retournent contre eux…  On mesure clairement en quoi ces victimes lucides mais à qui ils manquent les mots, qui sont soumis à celui qui porte un costume,  ont porté à bout de bras l’élection de Barak Obama, mais le film là encore termine sur l’échec, les banquiers ont gagné… Les promesses ne sont pas tenues… Des regards suivent la caméra et on voudrait savoir jusqu’où ira cette prise de conscience et c’est là que le film est très fort: la prise de conscience dépend de nous, de la manière dont nous allons en parler entre nous, il n’y a rien à attendre d’autre, rien que de nous-mêmes… Le regard de la caméra les suit, nous suit…

Dans le docu-fiction, les jurés, les accusés, les plaignants et les témoins sont réels. La décision, elle, ne sera que symbolique. Peu importe, c’est une occasion inespérée de confronter la réalité de chacun, des pontes de Wall Street à l’ouvrier en bâtiment qui a tout perdu.

Mais cela n’a rien à voir avec Michaël Moore, c’est aussi une question de goût, c’est le cinéma que j’aime , celui où un travelling comme le disait Godard est affaire de morale, là c’est le plan qui se resserre autour du visage, qui s’arrête à la bonne distance… Et même si le procès est à charge, comme chez Brecht, il est d’une moralité douteuse, il doute de la morale de ceux qui établissent les règles… et de ceux qui y croient…

Il faut absolument que vous y alliez….

  • Cleveland contre Wall Street” – Jean Stephane Bron

    2 min – Il y a 1 jour – Importé par tschwoerer1
    youtube.comAutres vidéos
  • CLEVELAND CONTRE WALL STREET de Jean

    2 min – 12 mai 2010
    www.filmsdulosange.fr CANNES FILM FESTIVAL 2010. QUINZAINE DES RÉALISATEURS SÉLECTION OFFICIELLE. Le 11 janvier
    dailymotion.comAutres vidéos
  • CLEVELAND CONTRE WALL STREET de Jean

    2 min – 19 juil. 2010 – Importé par RegineVial
    Sortie le 18 août 2010. Site officiel : clevelandcontrewallstreet.com
    youtube.comAutres vidéos
  • CLEVELAND CONTRE WALL STREET de Jean

    2 min – 12 mai 2010
    www.filmsdulosange.fr CANNES FILM FESTIVAL 2010. QUINZAINE DES RÉALISATEURS SÉLECTION OFFICIELLE. Le 11 janvier
    virgilio.itAutres vidéos
  • Cannes : Jean-Stéphane Bron et “Cleveland vs Wall

    2 min – 18 mai 2010
    Le cinéaste suisse Jean-Stéphane Bron a présenté à la Quinzaine des réalisateurs, une des sections parallèles du Festival de Cannes
    virgilio.itAutres vidéos
  • CLEVELAND CONTRE WALL STREET (1)

    2 min – 12 mai 2010 – Importé par RegineVial
    www.filmsdulosange.fr CANNES FILM FESTIVAL 2010. QUINZAINE DES RÉALISATEURS SÉLECTION OFFICIELLE. Le 11 janvier
    youtube.comAutres vidéos
  • Cleveland Contre Wall Street : Extrait 2 Vost

    56 s – Il y a 5 jours
    commeaucinema.comAutres vidéos
  • CLEVELAND CONTRE WALL STREET de Jean

    2 min – 12 mai 2010
    www.filmsdulosange.fr CANNES FILM FESTIVAL 2010. QUINZAINE DES RÉALISATEURS SÉLECTION OFFICIELLE. Le 11 janvier
    katchuptv.comAutres vidéos
  • CLEVELAND CONTRE WALL STREET de Jean

    56 s – 12 mai 2010
    www.filmsdulosange.fr CANNES FILM FESTIVAL 2010. QUINZAINE DES RÉALISATEURS SÉLECTION OFFICIELLE. Le 11 janvier
    dailymotion.comAutres vidéos
  • Cleveland contre Wall Street – Extrait 3 (VOST)

    4 août 2010
    Durée : 125 | 2 vues | 0/10 Cleveland contre Wall Street de Jean-Stephane Bron banques , procés , emprunts , fraude , misère
    cinefil.com -
  • 5 Réponses vers “Wall street en procès, dans quelle société voulons-nous vivre ? par Danielle bleitrach”


    1. 1 coco 22 août 2010 à 6:56

      Ce que je remarque dans le verdict à l’issue du procès, c’est que chacun juge selon sa classe. Ceux qui ont une situation économique convenable n’ont pas varié d’opinion à la suite des témoignages des victimes.

      • 2 socio13 22 août 2010 à 8:04

        c’est vrai mais pas tout à fait et c’est là une des forces du film… Qui le rend beaucoup plus subtil et plus intelligent que du Michaël Moore.
        le crime on le voit bien il s’exerce une ville tout entière, Cleveland, à travers une communauté les plus pauvres souvent des afro-américains, des latinos, mais aussi des ouvriers… Et on juge “le criminel”, et comme le criminel est absent (Wall street, lecapitalisme, les banques)on part de l’instrument du crime : les subprimes, la titrisation… Et tout l’art de l’avocat est de démontrer que l’instrument est nul (un peu comme on peut dire qu’internet, le cinéma, la presse en tant que médias ne portent aucune responsabilité”, que c’est la faute à celui qui est trop bête, trop imprévoyant pour savoir l’utiliser, et ça devient le procès de la victime.
        C’est là qu’est l’originalité aussi, ceux qui refusent de considérer qu’il y a responsabilité des banquiers, ne sont pas des capitalistes mais des “petits blancs” à peine plus riches que les autres. Et la force du capitalisme c’est de travailler leur conception du monde pour les faire se retourner contre ceux qui sont proches. mais dont ils veulent à toute force se dinstinguer pour vanter leur propre mérite d’épargnant de gens sobres, bref la normalité.
        L’avocat qui par parenthèse est juif, ce qui là encore inverse les stérétypes est du côté des pauvres parce que comme il le dit en riant il y a trois jurés qui sont contre lui, pas par antisémitisme mais parce qu’ils ont une forme de racisme particulier qui tranxwsforme les victimes en coupable à travers leur défense du “système”.
        Et là il y a le coup de génie du film, la majorité est contre les banques mais “la justice” est telle que le système l’emporte quand il a réussi à entrainer une minorité d’extrême-droite (les trois jurés) avec lui.
        C’est du brecht parce que ce qui se passe dans le procès est de même nature que l’engagement derrière Obama. croire en la justice, en la valeur de la démocratie est la véritable faute de ces gesn là et ils perdront tous leurs procès tant qu’ils feront confiance à cela.
        C’est très intelligent et du point de vue cinématographique, l’écriture est fantastique tant ce sont des contenus qui choisissent des formes.

        Danielle Bleitrach

    2. 3 coco 22 août 2010 à 5:53

      En fait, j’ai une question plus précise, sur le plan humain et non pas du système:
      Par quel moyen les 3 jurés bourgeois blancs pourraient ouvrir les yeux sur l’injustice dont sont victimes les autres ?
      Je pensais que le procès, le déballage, les témoignages, la discussion, les informations apportées serviraient cela…
      Je cherche le moyen de rendre les gens sensibles aux autres, qu’ils sachent se mettre à la place de l’autre.
      As-tu un avis là-dessus ou des références à me donner ?

    3. 4 socio13 22 août 2010 à 6:12

      C’est compliqué, mais je pense que justement les travaux d’Adorno sur “la personnalité autoritarienne” nous aident à comprendre ce type d’individus… Maintenant sur le plan pratique spontanément je pense qu’ils ne vont que là où il y a la force parce qu’ils sont profondément insécurisés… Donc il faut de la force, pas la force brutale des fascistes (encore qu’avec eux ça marche bien) mais la force de l’organisation et de l’idéologie, de la conviction, ce qui nous manque le plus en ce moment.

      Danielle Bleitrach

    4. 5 dimitri 22 août 2010 à 9:37

      Je viens de voir le film.

      Deux réflexions me viennent :

      - pourquoi ne met on pas plus en avant l’inefficacité du système capitaliste qui “produit” avec talent, mais répartit de manière catastrophique ? (Des dizaines de millers de logements expropriés et qui pourrissent sans locataire quand des millons de gens sont dans la rue !)

      - comment se fait il que des millers de personnes qui sont expropriées quasi simulatanément ne parviennent à s’entendre pour chasser ensemble les huissers et quelques agents venus les sortir ? Je me souviens encore du film “la vie est à nous” montrant l’action des communistes en milieu rural qui se liguaient et organisaient la population contre l’expropriateur d’un metayer ne pouvant payer ses traites. Bien sûr le pcf existait à ce moment là mais est ce la seule explication.

      EXISTE IL DES ANALYSES LIRE SUR CE SUJET???

      MERCI POUR CE CONSEIL DE FILM AMIE DANIELE.


    Répondre

    Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

    Logo WordPress.com

    Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

    Twitter picture

    Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

    Photo Facebook

    Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

    Connexion à %s





    Suivre

    Get every new post delivered to your Inbox.

    Joignez-vous à 70 followers