Haïti 6 mois après le séisme dans l’impasse de la CIRH

anne Cauwell nous envoie ces deux anlyses : "il est important de ne plas oublier Haiti et surout de ne pas se leurrer sur l’aide reçue par le peuple haitien à la suite du tremblement de terre de janvier. L’élan de solidarité populaire a été immense, les promesses d’aide par les gouvernements du monde entier immenses aussi…….. mais elles n’ont quasiment pas été tenues. Seuls les pays de l’ ALBA et surtout Cuba, déjà présente des années avant le tremblement de terre, apportent une aide effective; mais ils sont écartés des grandes négociations sur la "reconstruction" d’Haiti…
je vous envoie ces deux remarquables textes émanant d’organisations populaires haitiennes.
Tous deux exposent la réalité de la situation d’Haiti aujourd’hui et centrent leurs critiques sur la CIRH = Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haiti
merci de prendre le temps de lire et aussi de diffuser à votre tour autant que possible les textes de ces clairvoyants et courageux camarades

desde Tiquipaya, Bolivia


abrazo
Anne

La situation des droits de la personne est alarmante plus de 6 mois après le séisme du 12 janvier 2010. Alors que la terre a tremblé le 12 janvier dernier entrainant un impressionnant et douloureux cortège de dévastations, de destructions, de larmes et de pertes irréparables les comportements politiques et les structures de domination ne semblent pas avoir subi la moindre secousse. Bien au contraire les structures de notre société caractérisées par une brutale exclusion des couches majoritaires et une violence structurelle contre les masses populaires semblent se renforcer. Ce qui se traduit par une aggravation et une accélération de la paupérisation, un renforcement de la dépendance et la confirmation du déclin collectif.

Alors que quelques uns des acteurs externes les plus puissants semblent avoir bien rentabilisé la crise post-séisme pour nous amener à une tutelle presque totale les responsables haïtiens ne semblent pas avoir bougé d’un pouce.

La situation vécue par la population haïtienne traumatisée par le tremblement de terre demeure totalement inacceptable. Plus de 80% des près de 1.6 millions de personnes vivant dans des camps de fortune connaissent des situations angoissantes de précarité caractérisées par une absence totale de sécurité alimentaire et chaque jour leur survie est menacée par les vents, la chaleur, les maladies, les pluies, la probabilité du passage des cyclones, le non accès aux services de base essentiels dans le domaine de l’éducation et de la santé notamment.

Ce qui est le plus douloureux c’est que non seulement leur reproduction physique est menacée mais les autorités en place n’offrent aucune perspective de solutions convaincantes sur le moyen et long terme à cette situation. Les habitants des camps de fortune ne savent pas combien de temps durera leur calvaire ni s’ il prendra fin dans 5 ou 10 ans. De surcroit la haine, le mépris social se développent contre cette foule de nouveaux marginaux qui sont souvent présentés comme des criminels, des “profiteurs” et sont victimes de toute sorte de discrimination et de ségrégation.
 
Le Gouvernement actuel a mis en place un Plan d’action pour le relèvement et le développement national (PARDN) présenté et adopté à New York le 31 mars 2010 sans aucune concertation sérieuse avec les acteurs nationaux.  Ce plan réaffirme les mêmes options de politiques dans lesquelles le pays s’était déjà engagé et n’offre aucune piste convaincante de sortie de crise. La refondation dans ses dimensions territoriale, économique, sociale et institutionnelle n’a aucune chance de se matérialiser dans les conditions de réaffirmation des politiques néolibérales, des structures de l’exclusion et de renforcement de la mise sous tutelle de notre pays.
 
Le mécanisme de la CIRH est antidémocratique et constitue des funérailles officielles des institutions étatiques. En effet à travers le mandat défini pour la CIRH “assurer la coordination et le déploiement efficace des ressources” et “mettre en œuvre le Plan de développement pour Haïti” ce nouvel organisme se substitue clairement à l’Exécutif. Les références aux questions d’”efficacité”, de “transparence”, de “responsabilisation” sont des accusations non voilées contre les dirigeants actuels qui ont reconnu, en signant ce document leur incompétence à assumer le mandat qui leur a été confié par les urnes. On a rarement vu un suicide politique aussi spectaculaire. L’Exécutif haïtien et la majorité de nos Parlementaires  ont décidé de plonger notre pays dans l’instabilité et l’indignité.
 
La CIRH ressemble aux commissions envoyées par les colons français avant 1804 et est une répétition du “receveur général” nommé par l’occupation américaine après 1915 pour gérer les finances publiques de notre pays. Elle consacre “l’incapacité des haïtiens à diriger leur pays” proclamée par le discours colonial et néocolonial tout au cours des 206 dernières années. Elle complète le dispositif mis en place depuis 2004 avec la Force Mutinationale Intérimaire (FMI) en février 2004 et la MINUSTAH en juin 2004. La CIRH parachève un dispositif d’occupation et d’administration internationale avec une élimination complète de nos espaces de souveraineté.
Il est saisissant de relire aujourd’hui les mêmes arguments avancés pour justifier l’occupation militaire de 1915. Un rapport confidentiel, signé par H. W. Furniss, adressé au Département d’État en 1909 affirmait : «Après environ trois ans de résidence en Haïti et une étude très approfondie des gens et du gouvernement, j’en suis arrivé à la conclusion que dans le cadre du système actuel, il est impossible d’avoir un bon gouvernement dirigé par des Haïtiens. A la lumière des informations recueillies au cours de mes voyages effectués de ville en ville à travers le pays, je suis convaincu que, bien que ce soit l’un des pays les plus riches des Tropiques en matière de ressources naturelles, Haïti ne peut se développer et devenir une nation paisible et prospère, sans changer entièrement de système de gouvernement, ce qui nécessiterait l’appui moral et matériel d’une nation plus puissante (les États-Unis), car un tel changement ne pourrait être accompli par les Haïtiens tout seuls ».
 
Les décisions prises en 1915 sont, en partie, à l’origine du naufrage actuel de notre pays. L’occupation militaire de 1915 n’a apporté ni la paix, ni la prospérité promises. L’occupation militaire américaine a aggravé la crise structurelle du début du XXème siècle comme la CIRH va aggraver la crise actuelle en accélérant l’effondrement national.
L’architecture mise en place tente de convertir notre pays en une société par actions dirigée par les représentants de la Banque Mondiale qui ont déjà fait la preuve de leur complète incompétence en matière de politiques de développement. Un pays comme Cuba qui entretient avec notre pays des programmes remarquables de coopération notamment dans le domaine de la santé publique depuis 1998 n’est pas admis à siéger au club fermé des « bailleurs » qui sont à la tête de la CIRH. Les représentants haïtiens sont en majorité désignés par l’Exécutif sans avoir reçu un mandat clair des secteurs qu’ils sont supposés représenter. Quels sont les mécanismes démocratiques qui ont conduit au choix des représentants du Parlement, du secteur privé, de la diaspora, du secteur syndical ou des ONGs nationales? Pourquoi le secteur paysan qui représente plus de 60% de la population ne siège pas au CIRH? A quel moment ont eu lieu ces rencontres qui ont conduit à la désignation des personnages sélectionnés? Le caractère grossier et caricatural du processus nous montre qu’il ne s’agit que d’une vaste mascarade contraire à tout esprit démocratique qui devrait nous faire rire s’il ne s’agissait de l’avenir de notre pays. Ce qu’il est convenu d’appeler la « communauté internationale » impose un mécanisme totalement antidémocratique contraire aux Lois haïtiennes et à la Constitution de 1987 en fournissant tous les ingrédients pour une aggravation de la crise politique et institutionnelle. L’appui inconditionnel fourni par les Nations Unies au processus électoral dirigé par l’actuel CEP met en lumière un étrange aveuglement.
La CIRH formée depuis le 31 mars 2010 et formalisée par les Lois scélérates adoptées par le Parlement haïtien le 16 avril dernier n’est toujours pas opérationnelle aujourd’hui. La CIRH tiendra sa deuxième rencontre le 17 août prochain et n’a toujours pas désigné son directeur exécutif. Seuls la Norvège, le Brésil et l’Estonie ont débloqué une partie des fonds promis à New York confirmant que 1.5% des promesses faites à New York au siège des Nations Unies sont disponibles. De qui se moque-t-on? 6 mois après la catastrophe du 12 janvier dans une situation caractérisée par de multiples urgences l’organisme placé à la tête du processus de « reconstruction / refondation » n’a pas réussi à organiser 2 réunions. Selon certaines informations crédibles le combat pour le contrôle des 9.9 milliards promis fait rage. Le dispositif mis en place serait de nature à assurer que 85% des avoirs recueillis devraient être canalisés au profit des entreprises transnationales américaines. Cette information expliquerait la réticence de certains bailleurs de fonds notamment européens et canadiens. Chaque pays tenterait d’imposer ses entreprises en faisant main basse comme des vautours sur les fonds destinés à la « reconstruction d’Haïti ». Il n’est pas nécessaire de souligner le scandale que représentent ces tractations quand on pense au niveau de précarité vécu quotidiennement par les victimes du séisme et l’ensemble des couches populaires dans notre pays.
Nous dénonçons la CIRH comme un instrument visant à parachever le processus de recolonisation de notre pays. La CIRH c’est aussi la chronique d’un échec annoncé. Qui peut prendre au sérieux un organisme investi d’une telle responsabilité qui organise une réunion ratée à Punta Cana et qui ne parvient pas en 2 mois à mettre en place une deuxième rencontre?  Nous demandons à tous de rejeter clairement la voie définie par la Gouvernement haïtien et les impérialismes. Mettons nous au  travail pour une construction alternative basée sur un authentique processus de libération nationale.
Texte envoyé par Camille Chalmers, directeur de PAPDA
Conférence de presse de PAPDA (Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif) et POHDH (Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits de l’homme)   juillet 2010

Panser Haïti ou repenser le monde ?La CIRH un instrument décrié et inapproprié aux défis du temps.

 

Dans le secret bien gardé du huis clos, sous haute surveillance militaire des troupes de la MINUSTAH et des services de sécurité rapprochée, les membres de la CIRH ont inauguré leur entreprise le jeudi 18 Juin dans la capitale dévastée d’Haïti. Contre vents et marées, faisant fi des protestations, contestations, critiques et même des suggestions, du haut des cadavres des 400.000 victimes du séisme, l’ex président Bill Clinton, doublé du premier ministre de Préval,  Jean Max Bellerive, a lancé la première simulation, on live , de reconstruction post apocalyptique d’avant 2012.

A peine réveillé de l’électrochoc du 12/20 janvier, le cobaye est remis en laboratoire pour la deuxième phase de l’expérience et, cette fois-ci, sous la supervision directe, à visière levée des spécialistes internationaux, experts en machin chouette. On ne connait pas au juste l’objet de la recherche. La porte du paradis ou les profondeurs des abimes ? Mais toujours est-il que le décor est planté. En matière de formule de gouvernance insolite, on a franchit une nouvelle étape. Mettant à profit le cadavre en décomposition extrême de l’État haïtien, on a accouché d’un monstre multi Céphale dont une seule tête est véritablement animée, pour passer des commandes à des membres hétéroclites, engourdis par des privilèges sociaux et des promesses mirobolantes 

 

Une  promesse de reconstruction fallacieuse 

Des présidents marionnettes, de doublure, des parlementaires croupions, des ministres « patatistes », on en connait que trop. Par contre, des instances d’aliénation de la souveraineté et du patrimoine de la nation, concoctées par les plus hautes autorités de l’État, sous la seule menace de quelques milliards de dollars, relèvent de l’insolite. Il est vrai qu’on reconnaissait en Préval le champion, toute catégorie, en bradage des entreprises publiques. Il est tout aussi vrai que ses dernières performances en gaspillage des deniers de l’État, au profit de ses proches alliés politiques et financiers, ont fini par entamer le dernier fond de crédit d’honnêteté personnelle qu’on se résignait à lui accorder. Mais, on  se refusait de  penser qu’il pourrait se prêter aussi facilement à cette tragicomédie en guise de réponse à la catastrophe qui a endeuillé la nation haïtienne.

L’empressement de Préval à livrer la dépouille de l’État au laboratoire du néocolonialisme  international, sur la simple promesse non garantie de 10 milliards de dollars, a dû surprendre Bill Clinton lui-même. Toujours en compétition négative avec son jumeau, qu’il semble obstinément fixé à travers un miroir déformant, il a négocié, à sa façon et à la baisse, la demande de réparation qui a valu à celui-ci la perte de son fauteuil en 2004. De l’exigence de 21 milliards, sans contrepartie en perte de souveraineté, adressée à l’ancienne métropole européenne, on est passé à une vente à l’encan que l’oncle a vite fait d’adjuger, d’autant qu’entre temps on a tout  fait pour dévaloriser  dramatiquement le patrimoine devenu quasiment « irréparable » avec la catastrophe du 12 janvier. Comme pour la TELECO, soigneusement sabotée afin d’être facilement « modernisable », il ne restait plus qu’a céder le pays meurtri au plus offrant.

Autre temps, autres mœurs. Nos ancêtres préféraient réduire le pays en cendre au lieu de le livrer à ses prédateurs. Aujourd’hui on  s’associe avec l’étranger pour le mettre en lambeau afin de s’empresser de le liquider. A deux milliards l’an, on nous assure que dans cinq ans les 400 000 morts auront le repos de l’âme en contemplant outre tombe la résurgence de la perle des Antilles. Chez nous on dit, généralement pour se donner du courage avant de se résoudre à un engagement incertain, « promesse c’est dette. Espoir fait vivre ». Une certaine frange de la bonne société, toujours aussi confiante dans la « parole du blanc » qu’en 1915 et, en toutes occasions néfastes à la cause nationale, semble remercier le ciel pour cet opportun séisme qui ouvre la voie à la générosité des affairistes internationaux. On ne rêve pas moins d’une modernisation du bas de la ville et du bord de mer. Plus de menace de séisme et de tsunami, la capitale subira une reconstruction  anti apocalyptique et, dans dix huit mois, sera un eldorado  touristique.

Nul de ce secteur ne se demande pourquoi avoir attendu cette catastrophe, s’il ne faut que 10 milliards de dollars pour faire d’Haïti la première merveille des Caraïbes? Nous sommes loin de croire qu’il soupçonnerait l’international d’intention criminelle. Soyons alors cohérents ! La guerre d’Irak coûte la bagatelle de 500 milliards de dollars. Gageons qu’il sera plus difficile de trouver cet argent pour le reconstruire. Pour « réparer » les banques à l’occasion de la dernière crise financière, 200 000 milliards ont été avancés et on est loin du bout du tunnel. Ca et là, en expérimentation d’armes de destruction massive et autres HARP, des milliards sont engloutis. Si 10 milliards sur cinq ans pourraient suffire pour reconstruire Haïti, il fallait moins pour l’empêcher de s’effondrer suivant le sage adage prévenir vaut mieux que guérir.  

Nous sommes obligés de revenir à l’agaçante question : qui a historiquement intérêt à ce que la première République nègre soit mise en échec et pourquoi ? Comme souvent, la réponse est dans la question. A moins d’un changement de donne dans le sens d’une prise de conscience, quoique tardive, de l’importance d’Haïti pour l’avenir de l’Humanité, nous sommes partis pour une très mauvaise aventure avec cette commission intérimaire. De par sa composition, sa fonction, son mobile, son mandat, les conditions politiques et légales de sa création, l’esprit qui l’anime, nous sommes en présence d’un instrument inapproprié aux défis auxquels le monde doit faire face à l’occasion de la crise haïtienne.

Une opportunité de rédemption ajournée

La poursuite inconsidérée du brigandage politique au cours de ces cinq derniers mois, couronnée par la honteuse inauguration de la CIRH est venue nous rappeler  la triste réalité. La leçon n’est pas comprise, nous filons tout droit vers une autre catastrophe. Le sursaut de grandeur d’âme qu’on était en droit d’espérer n’est décidément pas au rendez vous .Il est navrant de constater dans quel esprit désolant de bassesse, de "chire pit" de "chen manje chen" d’un coté , de cupidité et d’aveuglement de l’autre, on aborde cette  ultime opportunité de rédemption.

La formation de la CIRH n’est pas animée du même esprit qui a porté l’élan spontané de solidarité issu de partout au lendemain du 12 janvier, preuve, une fois de plus, du décalage entre le niveau de conscience de l’humanité et celui des dirigeants politiques. La société civile internationale est prête pour une gouvernance autre que celle que nous connaissons aujourd’hui. Le monde appelle à une guidance nouvelle, reflétant ses sentiments les plus nobles au lieu d’être manipulé à partir de ses instincts les plus vils. Ce cycle de destruction n’arrêtera sa marche que par l’avènement de cette nouvelle direction dans la conduite des relations sociales et internationales. Il y va de notre présent et du futur proche de la nouvelle génération. La durée et la souffrance de l’enfantement seront à la mesure d’une prise de conscience du véritable enjeu de l’heure.

Le drame haïtien est offert comme test de la capacité de cette génération à bien répondre à la question cruciale de la survie de la civilisation humaine. Il ne s’agit plus de réparation de l’ancien, ce temps est révolu, mais de remise en question, de changement de cap pour la rédemption. Le drame haïtien est l’expression extrême de celui de l’humanité, celle de l’échec d’une civilisation. Il ne doit pas être abordé comme un fait exceptionnel. Haïti est partout ou la souffrance humaine résulte d’une mauvaise vision des choses, de l’injustice, de l’exploitation de l’homme par l’homme, de la prédation des autres espèces, du gaspillage des ressources, de l’inégalité, du préjugé racial, du sexisme, de la stigmatisation culturelle, de l’intolérance religieuse etc. Concentré sur huit millions d’âmes entassées sur seulement 28 000 km2 d’île, le spectacle est frappant, bouleversant, choquant. Le miroir du monde renvoie à l’occident l’image de l’horreur sur laquelle il s’est construit et continue à se reproduire. Chaque peuple sous la coupe de ce système contient son lot plus ou moins grand d’Haïtiens. Ailleurs, des ilots de misère rappellent qu’on est partout en Haïti. Ici des ilots de gaspillage nous disent que l’occident est partout. La captation du signal du 12/20 janvier signifie de manifester la volonté de faire de cette île des caraïbes (où le monde moderne a initié sa capacité de destruction et de corruption) le symbole d’un changement de cap radical à la mesure des dégâts infligés au règne humain et à ceux dont il est solidaire et tributaire.

La situation en Haïti n’exprime pas les conséquences d’un manque de développement, mais avant tout l’échec d’une vision du monde, d’un mode de vie. Elle offre l’ultime opportunité d’indiquer  une certaine appréhension du profil du monde qui vient. Plus de cinq mois après la catastrophe, les signes qui devaient indiquer une telle prise de conscience sont loin d’être encourageants. La commission intérimaire dans sa forme et son esprit, greffée sur le brigandage politique haïtien, sous la protection de la MINUSTAH ou autres forces répressives, témoigne du degré d’aveuglement face aux défis de cette fin de cycle. Il est significatif de constater qu’aucun plan concocté après le 12 janvier n’est en mesure de prévenir la répétition de la catastrophe, ni en ce qui concerne la survenance du phénomène naturel lui-même,  ni en termes de réponses à ses éventuelles conséquences. Un séisme de la même amplitude surprendra aujourd’hui les autorités locales et internationales dans une débilité pire que lors du précédent. Autrement dit, le drame du 12/20 janvier met à nu la défaillance du système mondial face aux nouveaux défis planétaires, ce que Cathrina avait déjà révélé et que l’incapacité de la première puissance du monde à endiguer l’actuelle marée noire est en train de confirmer.

La double logique mercantile et militariste qui sou tend  le système  de réponses que l’occident capitaliste est en mesure de proposer, est en contradiction avec l’Esprit du temps. Elle ne fait que précipiter son effondrement tout en aggravant les douleurs de l’enfantement du monde nouveau. A la vérité, sous la conduite d’institutions obsolètes, nous naviguons à vue, sur un bateau fou, sans gouvernail ; les dirigeants ignorent où va le monde, ils ne savent pas où ils nous conduisent. Tous les repères sont brouillés, les données faussées, les schémas dépassés. Face à ce vide, on persiste à recourir aux vieilles recettes d’une vision technoscientifique mercantile, à jamais révolue. Plus on s’enfonce dans la même direction, plus on perd la maitrise des événements et plus on augmente le risque d’une issue apocalyptique. La véritable opportunité qu’offre cette catastrophe est moins celle de reconstruire Haïti que de repenser le monde. 

Alors Mr Clinton, réparation pour la refondation ou colonisation sous prétexte de reconstruction ? L’avenir proche nous dira si le blanc a su profiter de l’apparent drame de Quisqueya pour se réparer lui-même, en vue du règne humain.

Zo Chérubin(KSIL)

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