Les pays donateurs de l’Afghanistan sont d’accord : Hamid Karzai avait raison Dossier: Situation en Afghanistan Hamid Karzai Par Piort Gontcharov, pour RIA Novosti

Les pays donateurs de l’Afghanistan sont d’accord : Hamid Karzai avait raison 

 La conférence internationale des pays donateurs de l’Afghanistan réunis à Kaboul a été un succès. Un succès dans la mesure où au lieu de se laisser entraîner dans la lutte contre la corruption en Afghanistan (cette cause est perdue d’avance) les donateurs principaux se sont concentrés sur la façon d’obtenir la stabilité en Afghanistan.

C’est dans ce contexte que les participants au forum ont accepté le plan de Hamid Karzai. La substantifique moelle du plan est claire depuis longtemps et elle ne vient pas de Karzai. Le programme pour l’Afghanistan est notamment décrit dans les thèses formulées par la Jirga (Grande assemblée) de la paix qui s’était déroulée à Kaboul début juin.

 Tout d’abord, le pays a évidemment besoin d’une « paix générale, stable et durable ». Les autres thèses de ce document unique en son genre sont également dignes d’attention ne serait-ce que par la précision de leur formulation. « Nous avons besoin d’avoir l’occasion de nous réconcilier », « nous avons besoin de réintégrer les personnes perdues dans la vie civile », « nous avons besoin de faire regagner la société par le peuple désorienté », « le consensus ne peut pas être atteint par le truchement d’une confrontation militaire », « le gouvernement tend la main à tous les groupes qui s’affrontent en leur offrant la reconnaissance de leurs droits civils ».

 La dernière thèse coïncide presque avec le slogan du forum de Kaboul.

 L’attitude de l’OTAN lui fait pendant par son importance. Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de cette organisation, l’a formulée ainsi : les rebelles se trompent en s’imaginant qu’ils verront le jour où « nous » quitterons l’Afghanistan.

La conférence a adopté le programme de Karzai. Elle l’a fait en dépit de tous les contra. En dépit du fait que l’opinion publique en Occident se soit lassée de la guerre en Afghanistan au point d’être prête à quitter ce pays immédiatement. En dépit aussi du fait que neuf ans après le début de la guerre personne en Occident ne peut répondre à la question bien simple des électeurs : « Que faisons-nous en Afghanistan et quels sont les buts de toute cette épopée ? » On pouvait y répondre autrefois, on ne le peut plus aujourd’hui.

Les participants à la conférence ont accepté le plan de Karzai même si certains des principaux donateurs, notamment les Etats-Unis, avaient promis de ne pas débloquer un seul dollar pour l’Afghanistan jusqu’à ce qu’ils soient sûrs que « l’argent des contribuables ne servira pas à remplir les poches des fonctionnaires corrompus du gouvernement afghan, des trafiquants de drogue et des terroristes ».

Les participants au forum ont de fait approuvé le programme de la réconciliation nationale en Afghanistan. Et Kaboul s’apprête à poursuivre cette politique en suivant trois axes principaux. Le plus important d’entre eux prévoit le renforcement de la sécurité nationale et des institutions du pouvoir civil. Ce sont ces derniers qui serviront à instaurer la paix et à aider les « perdus » et les « désorientés » à réintégrer la société. Les deux autres axes prévoient la création de conditions nécessaires à la paix stable et durable et préconisent une synchronisation des mécanismes locaux, étrangers et régionaux en vue d’obtention de la paix et de la stabilité. Et c’est Kaboul qui a la priorité dans la définition de la perspective stratégique dans le cadre de cette mission.

 La conférence de Kaboul a enfin donné une réponse définitive à la question principale du problème afghan en précisant les délais du retrait des contingents armés des Etats-Unis et de l’OTAN déployés en Afghanistan. Par conséquent, on sait désormais à quel moment l’armée et la police de ce pays devront être prêtes à prendre les choses en main.

En inaugurant le forum, le président afghan Hamid Karzai a déclaré qu’en 2014 les forces locales seraient en mesure de se charger de la sécurité nationale et de la mise en pratique des programmes nationaux. Cette date me paraît un peu prématurée. Mais ce n’est pas par hasard que Hamid Karzai a fait cette déclaration : il voulait surtout éviter d’effrayer les contribuables en Occident. Or, il est peu probable que trois ou quatre ans seulement suffisent à l’armée et à la police afghanes pour être prêtes à contrôler, à elles seules, les 34 provinces du pays. Et le président Karzai est le premier à le savoir. 2014 sert très probablement de date virtuelle de début de compte à rebours devant se terminer par l’instauration d’un contrôle intégral du gouvernement central afghan sur toutes les provinces du pays.

Avec l’aide de ces mêmes Etats-Unis et de l’OTAN, sans aucun doute. Ce n’est pas par hasard si le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen a déclaré que 2014 ne devait pas être considéré comme l’année du retrait des forces internationales de l’Afghanistan. Leur retrait définitif serait conditionné par la situation en cours dans le pays. Et cette approche a suscité, paraît-il, la compréhension et l’approbation de la majorité des pays membres de l’OTAN et d’une partie des pays contribuant à la FIAS.

Autrement dit, ce n’est pas la fin du processus qui est évoquée aujourd’hui mais les délais du début de passation du pouvoir aux autorités afghanes. Et ensuite on verra, ou, comme le veut un proverbe afghan, « la meule finira par donner de la farine ».

Cette approche actuelle des Etats-Unis et de l’OTAN inspire déjà assez d’optimisme quant à l’avenir de l’Afghanistan et là est le résultat principal de la conférence de Kaboul, même si la secrétaire d’Etat américaine fait des déclarations timorées en promettant le début du retrait de l’armée américaine en juillet 2011 (il est clair que ces déclarations sont destinées aux contribuables américains).

La conférence de Kaboul est déjà entrée dans l’histoire mais la stabilisation de l’Afghanistan qui y a été évoquée ainsi que les délais d’obtention de cette stabilité feront désormais l’objet d’un contrôle très strict. C’est que l’on a déjà été confronté à de méchants précédents lorsque des déclarations similaires étaient adoptées mais restaient sur le papier. Ce n’est qu’après le discours inaugural de Hamid Karzai réélu en novembre 2009 que le gouvernement afghan a commencé à jouer un rôle vraiment décisif dans la définition des priorités de la stratégie nationale du développement du pays qui est en fait le rôle-clef.

Au même moment, le président Karzai a déclaré que « la paix et la réconciliation nationale [constituaient] la priorité absolue pour le gouvernement afghan ». La Jirga (Grande assemblée) consultative de la paix a ensuite décidé d’entamer des pourparlers avec l’opposition et de mettre fin à l’effusion de sang. Cette décision a été prise en dépit de la pression douce de l’Occident qui s’opposait à un démarrage trop hâtif des pourparlers.

La conférence actuelle donne à Karzai le droit définitif d’appliquer son programme. Tout dépend, pourtant, des forces et des moyens dont pourra disposer David Petraeus, le nouveau commandant en chef des forces de l’OTAN et de l’ISAF. Si Petraeus, comme son prédécesseur McCrystal, reçoit les renforts conformément au célèbre adage afghan « ne meurt pas, oh! agneau, l’orge est sur le point d’arriver de la province de Logar », le résultat de l’opération est facile à prédire. Lequel sera-t-il ?

Posez cette question au général limogé McCrystal.

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