L’invention de la catastrophe climatique Questions épistémologiques à partir du livre de Benoît Rittaud Par Denis Collin

 Bibliothèque • Vendredi 21/05/2010 • 1 Benoît Rittaud : Le mythe climatique, Le seuil, 2010, collection « Science ouverte ». Dans le débat type « guerre froide » (si l’on ose cette comparaison) qui oppose les propagandistes de la théorie du réchauffement catastrophique de la Terre sous la pression des activités humaines émettrices de gaz à effet de serre (les « carbocentristes » comme les appelle Rittaud) et leurs adversaires « anti-réchauffistes » ou climatosceptiques », le livre de Benoît Rittaud vient à point.

 La thèse dominante et politiquement correcte, défendue par le GIEC et propagée par les moyens d’État et les médias, avait déjà été sérieusement étrillée par Vincent Courtillot, un géologue amené par ses travaux à s’intéresser à la paléoclimatologie. Le scandale, provoqué par la diffusion des courriels échangés entre plusieurs membres du GIEC qui demandaient de ne pas faire état des données contredisant le modèle du GIEC, a sérieusement ébranlé la confiance qu’on pouvait accorder à cet organisme.

Le livre de BR n’est pas celui d’un spécialiste de climatologie ou des sciences de la Terre. L’auteur est mathématicien et il s’attaque essentiellement aux modèles mathématiques qui sous-tendent les thèses du GIEC.

L’affaire est d’autant plus importante que ces modèles jouent un rôle central dans les justifications « réchauffistes ». L’auteur ne conteste pas le fait constaté d’un réchauffement notable de la planète au cours du XXe siècle – ce qu’admettent également la plupart des « climatosceptiques ». Il rappelle cependant que rien ne permet d’affirmer que les émissions humaines de gaz à effet de serre peuvent être considérées comme la cause de ce réchauffement (il évoque notamment les thèses « solaristes ») ou que ce réchauffement soit durable et prenne l’allure catastrophique du film d’Al Gore et des autres documentaires de science-fiction diffusés à la télévision ou dans les établissements scolaires.

Du reste après un pic en 1999, les mesures (sur les bases utilisées par le GIEC) indiquent une stagnation et même un refroidissement de la température moyenne de la Terre…

L’auteur souligne cependant les incertitudes concernant la mesure de ce réchauffement. Comment calculer la température moyenne de la Terre ? Entrent en compte non seulement le nombre et la répartition des stations mesurant la température, leur emplacement exact et les biais que cela peut entraîner mais aussi les modes d’établissement de cette moyenne. Il n’y a pas de moyenne « objective », il y a diverses méthodes de calcul de la moyenne qui peuvent être préférées en fonction de l’objet étudié. En outre, les élèves de lycée savent déjà qu’on peut additionner des volumes et pas des températures et que, par conséquent, la notion de « température moyenne » n’a guère de sens physique.

Cette incertitude concernant les données est d’autant plus forte qu’on remonte dans le temps. Au-delà des trois ou quatre derniers siècles, on ne dispose pas de données fiables, à l’exception de celles données par les carottages mais justement celles-ci sont très loin corroborer les thèses réchauffistes.

BR revient en détail sur l’affaire de la « courbe en crosse de hockey » établie par Michael Mann et qui est censée établir de manière indubitable que la période chaude dans laquelle nous sommes est absolument exceptionnelle. Or, nous savons aujourd’hui que cette courbe est fausse et qu’il n’y a pas de « crosse de hockey » et que la planète a déjà connu assez récemment (au cours de derniers deux mille ans) des périodes chaudes et peut-être même plus chaudes qu’aujourd’hui. En second lieu, BR s’attaque aux modèles d’explication causale.

 Les réchauffistes soutiennent qu’il y a corrélation entre le taux de CO2 dans l’atmosphère et la température moyenne et ils en déduisent une relation de cause à effet.

Tout étudiant sait que corrélation et causalité sont deux notions bien différentes et que leur confusion est la première grande erreur méthodologique. Mais il y a plus. Si la concentration en CO2 est la cause du réchauffement, on devrait voir les courbes de variation du CO2 précéder les courbes de variation de la température mais ce qu’on observe, c’est exactement l’inverse ! C’est donc le réchauffement qui expliquerait l’augmentation de la concentration en CO2 et non l’inverse.

Les carbocentristes, confrontés à ce fait, sont obligés d’invoquer un facteur caché pour expliquer cette bizarre inversion temporelle de la causalité. On remarque d’ailleurs que, face aux critiques dont ils font l’objet, les « carbocentristes » du GIEC sont contraints de rajouter des « rustines » à une théorie qui fuit de partout – un peu comme les astronomes disciples de Ptolémée devaient continuellement inventer de nouvelles épicycloïdes pour « sauver les apparences ».

Mais, comme le fait remarquer BR, le GIEC ne parvient même plus à sauver les apparences… C’est d’ailleurs pourquoi les données de base sur lesquelles travaillent les laboratoires liés au GIEC semblent être des secrets d’État qu’il est presque impossible à se procurer, ainsi que s’en plaint Vincent Courtillot. Le traitement des probabilités fait également l’objet de développements précis auquel nous renvoyons les lecteurs.

En passant, BR réfute l’argument classique des carbocentristes qui consiste en une reprise du pari pascalien : si les carbocentristes ont raison, on aura bien fait de les croire et s’ils ont tort on n’aura rien perdu.

L’auteur rappelle les termes dans lesquels Pascal posait ce pari visant à montrer qu’un joueur devait miser sur l’existence de Dieu. Il rappelle également qu’Émile Borel en a montré l’erreur théorique sur le plan mathématique en 1947.

Le troisième aspect étudié par BR concerne le rôle des modèles mathématiques et la confiance aveugle des membres du GIEC dans les simulations informatiques. La croyance selon laquelle les ordinateurs calculant plus vite que nous sont, ipso facto, plus intelligents explique largement les prédictions du GIEC.

Vincent Courtillot, dans une conférence à Nantes (disponible sur internet) donne d’ailleurs une explication : l’énorme masse de travail demandée au GIEC a entraîné une extrême taylorisation du travail scientifique, aboutissant à ce que les concepteurs de modèles sont plus ou moins coupés du travail d’observation des spécialistes.

Mais la confiance aveugle dans les modélisations informatiques ne concerne pas, loin de là, que la climatologie, et l’on devrait tirer les leçons de cette expérience pour interroger les autres disciplines qui fonctionnent à coups de modélisations mathématiques. L’auteur conclut par des réflexions sur la question récurrente de l’épistémologie, celle de la démarcation entre sciences et pseudo-sciences. Le carbocentrisme du GIEC n’est qu’une science fausse, une théorie scientifique qu’il faudra certainement abandonner et BR se garde bien de traiter les scientifiques du GIEC de charlatans et d’imposteurs.

 Le danger n’est pas tant le carbocentrisme lui-même que ce qui se développe dans son ombre, une « climatomancie » superstitieuse qui se place dans le prolongement des hasardeuses élucubrations de Lovelock sur « l’hypothèse Gaïa ».

Un livre, donc, à la fois salutaire, mesuré dans ses critiques et dont les prolongements épistémologiques vont bien au-delà des difficultés de la naissance de cette science encore jeune qu’est la climatologie.

BR défend un scepticisme méthodique en matière scientifique qui mérite d’être mis en œuvre un peu plus systématiquement qu’on ne le fait d’ordinaire.

 Il est vrai qu’il y a parmi les « climatosceptiques » des courants véritablement antiscientifiques, notamment aux États-Unis : ce sont ceux qui critiquent violemment le GIEC au motif qu’il s’agirait d’une sorte de complot réchauffiste contre le mode de vie américain ou la « société de consommation ». Dans ce genre de débat, les « camps » sont toujours composés d’armées hétéroclites et ce n’est pas une raison pour se ranger dans le camp des « réchauffistes » au motif que les amis de mes ennemis sont mes ennemis.

 La logique des camps, qui ne vaut pas grand-chose en politique, vaut encore moins dans ces débats scientifiques.

 Constatations qu’on peut étendre à d’autres discussions : par exemple, les « rationalistes » qui soutiennent les OGM au motif que les rangs des anti-OGM comportent aussi des zozos obscurantistes, devraient y réfléchir à deux fois.

Ceux qui soutiennent les OGM au nom d’un consensus scientifique devraient aussi soutenir le consensus du GIEC, mais parfois ils ne le font pas.

La raison de ce comportement incohérent tient au poids pris dans ces débats par des motifs politiques, idéologiques, claniques … ou de subventions.

Bref, le consensus n’est pas un argument scientifique, pas plus d’ailleurs qu’on ne peut invoquer la science à titre d’argument d’autorité.

Que nous ne soyons pas menacés par une catastrophe climatique, cela évidemment n’enlève rien au fait que le capitalisme détruit les deux sources de la richesse que sont la terre et le travail. Cela n’enlève rien à la nécessité de rompre avec la logique capitaliste de l’accumulation illimitée. D’autant que le catastrophisme climatique n’a absolument pas pour objectif de rompre avec la logique du capital mais plutôt de donner des justifications à un nouveau mode d’accumulation du capital.

Denis COLLIN

PS: Merci à Michel Chemin, collègue et ami, qui a attiré mon attention sur le livre de Benoît Rittaud.

7 Réponses vers “L’invention de la catastrophe climatique Questions épistémologiques à partir du livre de Benoît Rittaud Par Denis Collin”


  1. 1 comaguer 28 mai 2010 à 8:53

    Un grain de sel sur la question occultée suivante qui mériterait d’être approfondie :

    ” Rapports de classe et réchauffement climatique”

    Imaginons que le réchauffement ait bien lieu dans les proportions annoncées et que le niveau des mers monte ce qui semble être l’argument le plus “apocalyptique” utilisé par les “réchauffementistes”.

    le relèvement du niveau des mers ne se produira pas au rythme d’un tsunami ce qui veut dire que la société concernée réagira en fonction des rapports de classe qui y existent

    il est facile d’imaginer le scénario : les riches quitteront le littoral, accapareront les hauteurs et laisseront les condamnés à la noyade s’entasser sur la côte

    question subsidiaire ; avant la “noyade” combien de pauvres seront morts de faim dans les conditions actuelles de malnutrition ?

  2. 2 DIMITRI 28 mai 2010 à 12:43

    Je ne voudrai pas être le penible de service mais… Cet article n’apporte rien au débat et l’on ne comprend pas du tout ou veut en venir l’auteur.
    Je dois être limité intellectuellement…
    En gros la crise climatique est contestable, pas la crise écologique. Si l’on déplace le tout sur le terrain de la lutte des classes on s’apperçoit que la contradiction capital/travail et la contradiction capital/terre mère nouricière se recoupent.
    Bon ok.
    Et puis…???
    Je reste sur ma faim.

  3. 3 vox343 30 mai 2010 à 11:26

    Bonjour, je reste aussi sur ma faim en ce sens qu’effectivement ces luttes scientifiques ne font pas avancer les choses. Le grand drame est que ces évènements auraient du produire une vraie prise de conscience sur les non sens de nos sociétés modernes avec pour corollaire les énormes gaspillages qui sont commis. C’étaient une vraie opportunité de proposer une autre forme de relation avec la nature et une autre société tout court. Au lieu de cela, avec les manipulations de tous les camps, le poids des lobbies et avec des médias à la botte des pouvoirs rien de ce qui auraient pu constituer une espérance n’a pu se produire. C’est fort dommage, et cela montre aussi que nos sociétés dites modernes n’ont visiblement pas encore conscience du niveau de renoncement et de remise en question personnelle que chacun se doit d’oeuvrer pour le développement de son propre chemin mais aussi de ses conséquences sur le chemin collectif.

  4. 4 Jacky Réault 30 mai 2010 à 2:26

    Pour rester sur la métaphore de la faim, moi je ne ferai pas la fine bouche. Tout apport de lucidité critique à l’égard de la fusion émotive, psychotique et acritique qui nous encercle entre les “Verts”, les “Etats”, les media, et le capital qui s’est précipité dans l’aubaine menaçant par la normalisation ce qui subsiste de propriété populaire du sol et de la résidence, est bon à prendre; celui-ci est pertinent mesuré positif. Ce qui est une vérité absolue, la seule de cette affaire c’est que le catéchisme sans contradiction possible (sous réserve d’être qualifié de “négationnisme” avec toutes les connotations induites du “réchauffement”) impliquant une réponse unanime universelle et surtout contrôlée par des polices ou le contrôle de vos voisins ou des “associations” est une des modalités du totalitarisme libéral mondialiste contemporain. Quant à l’historicité du climat y compris dans le temps court des deux derniers millénaies elle est pour les historiens de ma génération une vérité acquise de longue date et la détermination de ses causes est à jamais ouverte et relativement problématique. Effectivement les dangers écologiques réels et concrets touchant des populations multiples, essentiellement périphériques, sont ainsi évacués au profit d’une obscurantiste religion de la terre appellant un culte autoritaire qui plus est mortifère et émanant d’abord des sociétés qui démographique et peu-être symboliquement meurent à l’instal de l’Allemagne ( la référence de nos Verts-de-ville) d’où émane également cet autre fétiche mortifère l’euro au nom duquel on asservit les peuples et on verrouille le déclin irréversible de tout un continent dans l’actuel recentrage chinois et indien de la mondialisation. Jacky Réault le 29mai 2010

  5. 5 dimitri 30 mai 2010 à 5:28

    Cet article aurait eu bon écho dans le parti des année 80.
    Refermé sur lui même et désormais incapable d’esprit novateur et critique.

    Nier la réalité du réchauffement climatique en liaison avec la destruction des zones humides et le gaspillage en 200 ans de ce que la nature avait mis plusieurs millions d’années à créer (le pétrole) ne se conteste pas … c’est un fait.
    Ouvrez les yeux et poser vous la question : qu’est ce qui n’a pas eu besoin de pétrole pour être crée autour de nous : RIEN.
    Sa disparition va plonger le monde dans le chaos et ce sera pire pour les faible.
    Quant au réchauffement climatique, il semble évident que ce sont les pauvres qui vont le plus en subir les conséquences. Alors pouquoi opposer cette contradition a celle du capital avec le travail ? Elle s’aditionnent et convergent.
    Pendant des decennies les capitalistes ont nié cette contradiction et l’on même combattu au nom de ses principes de progres / croissance / taux de profit.
    Dire aujourd’hui que le capital utilise cette contradicition pour préssuriser le monde du travail c’est ne voir que par le petit bout de la lunette et nier qu’au fond les travailleurs on tout interet à voir leur environnement et leurs conditions d’existence d’améliorer.
    Bref, voici un article que claude allegre aurait adoré !

  6. 6 socio13 30 mai 2010 à 5:51

    je ne suis pas d’accord Dimitri, c’est toi qui joue les esprits ouverts qui te montre très très étroit dans cette affaire, relis la conclusion mais comme d’habitude tu survoles et donne des leçons ^pédantes alors que tu n’as pas la patience de comprendre… Démontrer quelque chose d’une manière erronée n’est pas bien et ce n’est pas la première fois que le GIEc est épinglé pour collusion et fausses démonstration… Il te suffit de prononcer Claude Allègre et tu crois avoir compris. De surcroît, je ne ty’ai JAMAIS vu apporter une contribution positive, ce que tu cherches c’est étaler un désaccord, ne jamais apporter mais stigmatiser sans prendre réellement clonnaissance, j’étais d’accord avec le fait que la remarque de Revizor était stupide d’étroitesse, c’est pour ça que je l’ai supprimé, pour éviter les interprétations tout aussi étroites dans l’autre sens.
    Danielle Bleitrach

  7. 7 dimitri 30 mai 2010 à 6:25

    je ne partage pas ton avis DU TOUT.
    Le giec peut se tromper.
    La ce n’est pas le cas.
    On pinaille sur des micro erreurs.
    Ce genre d’article est néfaste à la construction de l’alternative car il nous envoie sur de fausses conclusion et des débats ou justement on veut nous emmener du type burka et cie.


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