La diplomatie a l’épreuve de l’Iran ou l’Histoire permet-elle de mener la guerre et la paixd’une autre manière ? danielle Bleitrach

Après le forcing de Clinton à l’ONU, Moscou et Pékin ont réussi à trouver un terrain d’entente avec les États-Unis et d’autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Il s’agirait de deux choses: un “léger” durcissement des sanctions contre l’Iran à propos de son programme nucléaire. Ces sanctions ne doivent pas attaquer le niveau de vie des populations tout en pesant sur le nucléaire iranien, plus facile à dire qu’à faire. Les Etats-Unis ont superbement ignoré que lundi dernier, l’Iran, le Brésil et la Turquie avaient signé un projet d’accord sur l’échange – sur le sol turc – d’uranium faiblement enrichi (à 3,5%) contre du combustible enrichi à 20% pour le réacteur de recherche de Téhéran.Il n’en est pas de même de la Russie et de la Chine, et c’est la le second point essentiel sur le plan diplomatique, qui non seulement voient une avancée dans cet accord de leur partenaire du BRIC le Brésil, mais poursuivent sous une unanimité de façade avec les Etats-Unis leur stratégie qui privilégie la négociation, alors que les Etats-Unis cherchent l’intervention. Peut-être sommes-nous dans une nouvelle ére où il sera nécessaire de rompre (chacun d’entre-nous) avec le confort colonialiste de la méconnaissance des autres…

La situation aujourd’hui

Aux termes de l’accord turco-iranien-Brésilien, l’Iran enverra 1,2 t d’uranium faiblement enrichi en Turquie d’ici un mois avant de recevoir 120 kg de combustible nucléaire dans le courant de l’année. Malgré cet accord que tous les médias occidentaux ont minimisé avec une belle unanimité, les mêmes ayant repris les allégations de Clinton sur “l’unanimité de la Russie et de la Chine concernant de nouvelles sanctions contre l’Iran qui seraient soumises à l’ONU. Mais il est évident qu’en fait seuls les Etats-Unis sont des partisans intransigeants du durcissement des sanctions alors que la Chine et la Russie plaident toujours en faveur des méthodes diplomatiques et tiennent compte de l’avancée de l’accord irano-turco- brésilien.

 Eviter la guerre en connaissant le terrain

 La Chine et la Russie ont choisi une stratégie d’évitement face au forcing étasunien, il s’agit visiblement de prendre en compte le pouvoir de nuisance paranoïaque des Etats-Unis en jouant le calme plutôt qu’une confrontation directe que ces derniers semblent appeler de leurs voeux, tout en poursuivant leur stratégie en vue du dialogue. Peut-être le diagnostic est-il qu’il suffit de rien pour que l’explosion ait lieu et que par exemple le détroit d’ormuz soit bloqué avec des conséquences incalculables.

On songe à Sun Tzu le stratège chinois pour du VI e siècle avant J.C, l’idée principale de son œuvre est que l’objectif de la guerre est de contraindre l’ennemi à abandonner la lutte, y compris sans combat, grâce à la ruse, l’espionnage et une grande mobilité : il s’agit donc de s’adapter à la stratégie de l’adversaire, pour s’assurer la victoire à moindre coût. L’idée est que pour cela il vaut mieux prévenir que guérir et que “lorsque le coup de tonnerre éclate, il est trop tard pour se boucher les oreilles.”

Il n’y a pas que l’iran, partout, il s’agit d’apaiser les tensionset pour procéder au déminage des tentatives d’explosion nord-américaine en utilisant la bonne connaissance du terrain et le manque de subtilité étasunienne qui par principe ignore tout de ceux à qui elle s’affronte et dont le talon d’Achille est la méconnaissance “techniciste” des peuples et de leur longue histoire. Celui qui excelle à résoudre les difficultés les résout avant qu’elles ne surgissent. – Celui qui excelle à vaincre ses ennemis triomphe avant que les menaces de ceux-ci ne se concrétisent. L’art de la guerre, c’est soumettre l’ennemi sans combat. La règle, c’est que le Général qui triomphe est celui qui est le mieux informé.

L’espionnage et/ou la connaissance des civilisations ?

Il s’agit pas seulement d’espionnage mais aussi de la connaissance des peuples et de leur longue histoire. Les Russes n’ont cessé de dire que les Etats-Unis n’ont pas tiré leçon de leur propre enlisement en Afghanistan. Comme les Américains avaient financé les ennemis des Russes, ils croyaient sans doute entrer en pays conquis sans se douter le moins du monde de la réalité du terrain dans lequel comme le soulignait déjà en son temps Engels se défaisaient les empires.

En ce qui concerne l’Iran, ils sont prêts à recommencer les mêmes erreurs sans même comprendre que la situation est encore plus complexe. Il y a non seulement la position géographique de l’Iran et son rôle stratégique de carrefour de tous les approvisionnements énergétiques, ce qui dans la situation de fragilité économique mondial peut déboucher sur un véritable séisme, mais il y a la complexité historique de ce que représente l’iran et que la Russie pour sa part a appris à connaître, la capacité de ce pays à nouer des alliances à géométrie variable

. A titre d’exemple: les relations soviéto-iraniennes

En effet, il y a quatre-vingt dix ans, le 20 mai 1920, la Russie et l’Iran concluaient un accord de reconnaissance mutuelle. Jour mémorable.Dés le 26 février 1921, l’Union Soviétique naissante a signé un contrat avec l’Iran, selon lequel elle renonçait solennellement à tout ce que la colonisation russe de l’époque de la monarchie avait mis en place, ce qui a fortement mécontenté les colonisateurs britanniques. Mais après cette lune de miel, l’Iran rentre dans la sphère d’influence de l’Allemagne hitlérienne. C’est alors qu’en 1941 l’Iran est devenu une base utilisée pour la préparation des opérations en direction du Caucase et le regroupement des armements importés, le pays regorgeait d’espions. En 1941, la Russie se voit obligée d’occuper l’Iran de pair avec son ennemi juré, la Grande-Bretagne. C’est la raison pour laquelle la fameuse conférence de novembre-décembre 1943 a eu lieu en Iran, quand la coalition antihitlérienne a été constituée de façon pratique.

 Encore aujourd’hui, le président iranien dans ses moments de colère réclame des dommages intérêts aux Russes et surtout aux britanniques.

Mais dès cette époque, l’iran du Shah devient l’allié militaire des Etats-Unis contre la Russie et pourtant nouveau tournant en 1962 – crise cubaine des missiles- l’Iran refuse tout missile suceptible d’être dirigé contre l’URSS.

En 1980, cela devient l’idylle, l’URSS ravie d’être débarrassé du Shah invite le parti Toudeh à se soumettre au pouvoir des mollahs, patatras, elle devient simplement “le petit satan” par, rapport au “grand satan” que sont les Etats-Unis.

Bon tout cela c’est la guerre froide, l’antagonisme entre l’ex-URSS et les Etats-Unis, quand s’écroule le mur de Berlin, puis l’ex-URSS, une nouvelle ère de paix est annoncé, les Etats-Unis n’ont plus d’ennemis… Oui mais il leur faut des vassaux…  et continuer à utiliser l’économie du monde pour son profit…

Et tout recommence…

Il faudra la guerre de Yougoslavie en 1999 pour que tout le monde se réveille, non seulement l’ambassade de Chine est bombardée à belgrade mais si un pays se fait de quelconques illusions sur la fin de la guerre froide et le rôle de sheriff auquel prétendent les Etats-Unis, il déchante rapidement et le ministre de la Défense le maréchal Sergueïev se rend à Téhéran et signe un accord sur le rétablissement de la coopération militaire et technique.

Et si,quand Bush, dont chacun craignait qu’il allume la mèche de la catastrophe géopolitique en mer caspienne et en Asie centrale (ce dont la malheureuse Europe ne se relevera définitivement pas), a été renvoyé dans ses foyers, tout le monde a poussé un soupir de soulagement. Au point que sans avoir rien fait pour le mériter son sucesseur Obama s’est retrouvé gratifié du prix Nobel de la paix.

Oui mais voilà tout le monde déchante et découvre que le bellicisme étasunien échappe au charme évident du président des Etats-Unis. Il faudra là encore se faire une raison, les hommes jouent un rôle important mais la diplomatie est beaucoup plus gérée d’abord par des intérêts structurels dont la permanence va bien au-delà des temps d’élection et de surcroît la diplomatie est affaire aussi de rites, de conceptions intellectuelles, culturelles, sociales sur un temps encore plus long, du moins en cas de diplomatie égalitaire qui renonce au langage de la cannonière. Travers dont les Etats-unis dominés par leur structure impérialiste ont du mal à se débarrasser et il est visiblement très difficile de leur enseigner les bonnes manières.

Donc devant un pays de plus en plus dangereux de plus en plus brutal et qui est confronté à un pays lui-même historiquement assez imprévisible non parce qu’il a une volonté impéraliste mais parce qu’il refuse toute tutelle et s’il n’a pas la force d’attaquer seul noue des alliances à géométrie variable avec des virages, des déplacements rapides et inattendus, la Russie et la Chine préconisent d’être prudents et de jouer la montre pour éviter l’embrasement.

 Bref tenter si faire se peut de comprendre que l’iran est un pays qui, comme la Chine fait partie des civilisations millénaires, en gros plus de 3000 ans avant J.C quand les Etats-Unis, l’Europe y compris la Russie n’étaient que des terres préhistoriques, c’est pour employer un langage codé un des berceaux de l’humanité et à ce titre comme la Chine peut paraître déroutant mais il faudra de plus en plus dans un monde multipolaire apprendre une nouvelle étiquette diplomatique, savoir interpréter non seulement les langues mais aussi les civilisation, connaître le terrain de l’histoire des peuples.

Nous avons vécu le temps de la brutalité coloniale ou c’était au colonisé à apprendre le langage du colonisateur quitte à être traité avec ironie et mépris pour son langage sommaire dans nos langues. le “yabon banania” à l’échelle universelle. Mais il n’y a pas que la langue, c’est toutes les civilisations, leurs analyses spécifiques qu’il faut réapprendre, un vaste terrain s’ouvre aux sociologues, c’est une bonne nouvelle à moins que tout explose avant que l’on ait formé les sociologues à contempler autre chose que leur nombril.

En attendant que les peuples soient capables de gouverner et de se connaître sans arrogance ni manipulation. mais c’est pour cela que j’entretiens ce blog… En vue de cette utopie…

danielle Bleitrach

1 Réponse vers “La diplomatie a l’épreuve de l’Iran ou l’Histoire permet-elle de mener la guerre et la paixd’une autre manière ? danielle Bleitrach”


  1. 1 comaguer 26 mai 2010 à 3:41

    Deux compléments indispensables :

    1 – la transformation de l’uraniume enrichi à 3 % ( le combustible pour les réacteurs de production électrique) en uranium enrichi à 20 % ( pour les usages médicaux) sera fait par la France
    Information donnée par les agences de presse iraniennes qui explique la position de l’Elysée. Le prix de l’enrichissement n’est pas communiqué. Il n’est peut être pas encore négocié

    2- les démarches de Lula et d’Erdogan ont été entreprises à la demande d’OBAMA . Une fois l’accord conclu les Etats-Unis l’ont condamné.

    Ce magistral retournement de veste peut être interprété de deux façons ;
    a/ extrême machiavélisme de la Direction US qui mène deux politiques à la fois : pression sur le Conseil de Sécurité d’un côté et ouverture diplomatique de l’autre

    b/cacophonie traduisant des divergences considérables entre la Maison Blanche qui essaie d’éviter la guerre voulue par Israel et le Département d’Etat dominé par le Lobby et qui est sur les positions des NEOCONS sur presque tous les sujets

    Le débat est ouvert
    COMAGUER penche pour l’hypothèse b/


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