Est-il trop tard pour entrer sur le marché chinois? Les entreprises étrangères considéraient depuis longtemps ce pays avec une population de 1,3 milliards d’habitants comme une manne économique potentielle. Cependant, celles d’entre elles, qui n’ont pas encore passé à l’action, auraient-elles raté leur chance?
Certes, il y a des signes indiquant que le marché chinois est en train de devenir moins accessible pour les entreprises étrangères qui désirent s’y implanter.
Les entreprises chinoises, en particulier dans des secteurs clés, comme les technologies, font mieux face à la concurrence des entreprises étrangères et ont une position plus solide sur le marché intérieur.
Les entreprises publiques chinoises, qui ont grandement bénéficié du plan d’aide à la relance de 4 trillions de yuans, semblent avoir pour la première fois une position vraiment imprenable.
Il y a également un sentiment parmi certains membres de la communauté des affaires que les règlements et les règles commerciales sont appliqués d’une manière sélective et restent à l’avantage des entreprises chinoises.
Se pourrait-il que ceux, qui se sont implantés en Chine il y a 5 ou même 10 ou 20 ans, ont été les plus chanceux et sont aujourd’hui les mieux placés pour bénéficier de tous les avantages que propose ce marché?
Edward Tse, président du cabinet de conseil et de gestion Booz & Co basé à Hongkong, admet qu’il y a eu récemment une certaine nervosité parmi les sociétés étrangères à ce sujet.
«Je pense qu’il y a eu beaucoup de discussions parmi les entrepreneurs internationaux sur la façon dont les entreprises internationales perçoivent le marché en Chine », a-t-il indiqué.
Mais il a ajouté que de nombreuses entreprises étrangères n’ont presque plus d’autre choix que de s’implanter en Chine, car c’est un pays, qui est en train de devenir vraiment le marché clé du XXIe siècle.
« La grande majorité des entreprises dont je m’occupe considère ce pays comme l’un des plus importants marchés du monde, si ce n’est pas le plus important », a-t-il ajouté.
« Pour la plupart des entreprises étrangères, la question, ce n’est pas de savoir s’il faut ou pas s’implanter sur le marché chinois, l’important, c’est d’avoir la bonne stratégie pour le faire en Chine. »
Depuis le lancement de la réforme et de l’ouverture en 1978, le nombre d’entreprises étrangères en Chine a augmenté jusqu’à près de 435 000, selon l’Administration d’Etat pour l’Industrie et le Commerce.
Environ 480 entreprises sur les grandes entreprises mondiales, faisant partie de Fortune 500, sont maintenant implantées dans le pays.
Au début, lorsque les entreprises étrangères se sont ruées vers la Chine, il y avait très peu de concurrence sur le marché intérieur.
En 1992, il n’y avait que 140 000 entreprises privées dans le pays, alors qu’aujourd’hui on en compte près de 6,6 millions.
L’homme d’affaires américain Tom Melcher est quelqu’un qui n’a pas peur de cette concurrence et considère que ce n’est pas trop tard pour s’implanter en Chine.
Il est président des activités chinoises de la compagnie technologique américaine Zinch’s.
L’entreprise, qui fournit une plate-forme d’information sur internet pour les étudiants, désirant s’inscrire dans les universités ou étant à la recherche des bourses d’études, a lancé ses opérations en Chine ce mois-ci.
«Sommes-nous arrivés trop tard? Absolument pas. La Chine, est-elle une mauvaise destination pour les entreprises étrangères? Absolument pas. C’est beaucoup plus facile de travailler ici qu’il y a 5 ou 10 ans », a-t-il dit.
Il a ajouté qu’il y a eu une amélioration considérable dans l’environnement réglementaire, et les entreprises étrangères ont désormais une bien meilleure compréhension de leur position et de leur statut.
« Le règlement en Chine est devenu beaucoup plus clair qu’il y a cinq ans. Parfois, il est clair dans le bon sens. Parfois, il est clair dans le mauvais sens. Mais ce qui est important, c’est qu’il est clair. C’est ce dont le monde des affaires a besoin », a-t-il dit.
Il a ajouté que c’est également plus facile pour les sociétés étrangères de recruter la main-d’œuvre locale et des cadres de talent, par rapport à il y a quelques années.
«Même s’ils n’ont pas eu l’opportunité de quitter la Chine, ils ont cependant une vision beaucoup plus internationale », a-t-il indiqué.
Tse de Booz and Co a affirmé que peu importe le moment de l’entrée des entreprises étrangères sur le marché chinois, ce pays a toujours été l’un des marchés étrangers les plus difficiles pour les investisseurs internationaux.
«Si une entreprise américaine s’implante en Europe ou une société européenne délocalise son activité vers les Etats-Unis, il y a des différences, mais ces différences ne sont pas aussi importantes qu’elles le sont avec la Chine. C’est le pays possédant la plus ancienne civilisation et la culture dans le monde, et la façon de faire les choses y est très différente », a-t-il indiqué.
« La Chine, ce n’est pas seulement une vieille nation. C’est aussi un nouveau pays, qui selon moi a vu le jour lorsque le dirigeant chinois Deng Xiaoping s’est rendu à Shenzhen en 1992 (quand il a appelé à la création d’une économie socialiste de marché). C’est une combinaison très étrange ».
Wu Changqi, le professeur de gestion stratégique à l’Ecole de gestion de Guanghua sous l’égide de l’Université de Beijing, a déclaré qu’il n’est pas évident d’affirmer qu’il est plus difficile de s’implanter en Chine aujourd’hui, car par le passé cela n’a jamais été facile.
« Le marché chinois n’a jamais été un marché facile pour les multinationales. Les entreprises qui sont arrivées en Chine avaient toujours eu besoin de faire un travail préliminaire considérable. Ce n’est pas facile de faire des affaires ici », a-t-il ajouté.
Wu affirme qu’il y a des domaines où il est devenu plus facile de travailler au cours de ces dernières années.
« Il y a eu beaucoup d’améliorations au niveau institutionnel. Le gouvernement est devenu plus transparent. Les fonctionnaires du gouvernement sont plus compétents et plus professionnels. La Chine aussi, dans une certaine mesure, est devenue plus intégrée dans l’économie mondiale », a-t-il indiqué.
« La vitesse du développement des entreprises en Chine est tellement rapide que ce n’est vraiment pas fait pour les timides. Vous avez besoin de beaucoup plus qu’une vision à long terme pour pouvoir réussir votre affaire en Chine par rapport aux autres marchés émergents. »
Roy Newey, directeur du conseil du groupe A4e, une entreprise de services d’aide à l’emploi pour les chômeurs, n’est pas du tout effrayé par la perspective de l’arrivée de la compagnie en Chine.
The Sheffield, l’entreprise anglaise présente déjà sur 11 marchés internationaux, espère s’implanter dans le pays bientôt.
«Je faisais partie de la mission du China-British Business Trade Council récemment et je n’ai entendu dire personne parmi les membres de la mission qu’il y aurait un manque d’enthousiasme pour faire des affaires en Chine », a-t-il indiqué.
Newey estime que l’entreprise peut fournir des services spécialisés, dont le marché chinois manque considérablement.
« Nous aidons les gens qui n’ont pas de travail à réintégrer un emploi et nous croyons que nous pourrions jouer un rôle important en Chine », a-t-il dit.
Eric Schmidt, président de China Entrepreneurs, une organisation basée à Beijing, qui renforce l’esprit d’entreprise et travaille avec un certain nombre de sociétés étrangères, a déclaré que dans certains aspects le marché chinois était plus difficile que d’autres marchés étrangers.
« Le gouvernement essaie de donner la priorité aux entreprises locales et les aide à réussir. Cela peut avoir un impact sur les entreprises étrangères, mais tout dépend vraiment du secteur d’activité », a-t-il indiqué.
« Ainsi dans d’autres secteurs technologiques, comme le secteur de l’énergie propre, il y a beaucoup d’opportunités pour les entreprises étrangères ».
Cheryl Tang, le directrice de The Beijing Axis, une société de consulting, qui travaille avec de nombreuses multinationales étrangères, principalement dans le secteur minier et le secteur des ressources naturelles, considère qu’il y a maintenant plus d’opportunités pour les petites et moyennes entreprises (PME) que pour les grandes entreprises en Chine.
« On dirait qu’il n’y a plus tellement d’espace pour les grandes entreprises en Chine. Je vois beaucoup plus d’opportunités pour les PME, qui peuvent venir ici avec des produits et des services uniques. Actuellement, nous aidons une entreprise de lubrifiants automobiles à s’implanter en Chine, et leur activité marche bien ici, parce qu’ils possèdent des produits que leurs concurrents n’ont tout simplement pas », a-t-elle dit.
Wu de l’Ecole de gestion de Guanghua a déclaré que l’un des principaux obstacles à l’entrée en Chine pour les entreprises semble disparaître. Il s’agissait de la nécessité pour les entreprises étrangères de développer des stratégies différentes pour les différentes régions du pays.
Selon lui une stratégie unique d’une entreprise pour toute la Chine aurait plus de chances de fonctionner maintenant par rapport à ce qu’il y avait avant.
« Cela défie notamment les théories traditionnelles sur l’avantage comparatif. Comme les différentes régions du pays sont en train de se développer, ils devraient développer en théorie les domaines de spécialisation dans les secteurs ou les industries particulières. Ce qui semble être le cas en Chine, qui devient de plus en plus uniforme par son niveau de développement», a-t-il ajouté.
Tse, dont le nouveau livre parlant de l’implantation sur le marché chinois, The China Strategy, vient de paraître, a indiqué pour entrepreneurs qui ne sont pas encore installés sur le marché chinois, qu’il y a des opportunités à saisir, car les entreprises établies dans le pays ne possèdent pas encore les tendances internationales et n’ont pas d’avance technologique dans certains domaines.
« Le développement de la Chine n’a jamais été un phénomène linéaire ou progressif. Il a toujours été non linéaire et les entreprises étrangères pouvaient ainsi toujours rattraper leurs concurrents, qui sont traditionnellement implantés sur le marché chinois », a-t-il indiqué.
Il a toutefois insisté sur le fait que peu importe la difficulté de l’entreprise à pénétrer le marché, les entreprises étrangères doivent toujours avoir une approche plus sophistiquée.
« Vous ne pouvez plus envoyer votre équipe B ou C en Chine, c’est à vous d’y aller et de dire que vous êtes une équipe. Ce n’est pas une question de les connecter sur un secteur ou de jouer avec eux. Ils ont appris à apprécier le contexte local et cela ne vient pas naturellement pour beaucoup de gens », a-t-il conclu.
Source: le Quotidien du Peuple en ligne
Bonjour à tous et toutes,
pour ma part, et en tant que Français, je ne poserai pas la question de cette manière, mais plutôt comme ça:
Quand les dirigeants politiques Français vont ils abandonner cette manie du copinage industriel qui ne favorise qu’un cercle très fermé d’amis ou de relations à qui l’on ouvre toutes les portes de l’export ?
On me dira que ce sont ces grandes entreprises qui remportent les gros contrats!
Oui, AIRBUS ? Dans 10 ans ce seront les Chinois qui nous vendront leurs avionsen raison des transferts de technologie inévitables.
Le nucléaire civil ? Corruption à tous les étages comme pour les derniers EPR’s font que ces contrats sont souvent finalement signés à perte.
Les sous-marins ? Un bel exemple de ce que cela rapporte sur mon autre et nouveau site : http://www.lemongarox.fr/les-sous-marins-pakistanais-refont-surface.html
L’Allemagne par exemple n’a pas commis cette erreur et ce sont des centaines d’entreprises qui exportent vers la Chine contre une poignée pour nous, triés de plus non pas en fonction de la qualité de leur produit, mais biens ouvent en raison de liens plus ou moins flous avec les dirigeants politiques.
Il faut donc aider les tpme-tpmi à appréhender ces marchés en leur donnant une vraie formation tant technique que culturelle, et je dirais même surtout culturelle.
Un marché énorme se profile dns les prochaines années est celui des services que ce soit à la personne ou dédié à des secteurs particuliers, c’est justement dans ce domaine que la france a encore une longueur d’avance, encore faut il s’y préparer.
Une grand partie des désillusions vient en effet de cette incompréhension d’une culture différente, et d’une certaine croyance en une supériorité occidentale.
Vendre en Chine est facile, si l’on s’entoure de relations locales (guanxi)bien implantées dans les bons réseaux. Dans ce pays o les relations ont une importance primordiale, arriver en étranger sûr de lui finit un jour ou l’autre par une déception.
Savoir s’entourer et bien faire comprendre à ses partenaires que l’on ne vient pas une fois de plus les coloniser est un point central pour la suite des relations.
“D’après les derniers chiffres du Bureau National des Statistiques, fin 2008, quelque 217 000 étrangers étaient titulaires d’un permis de travail en Chine, soit 7 000 de plus que l’année précédente.” (source: Renmin Ribao en ligne)
Ce chiffre de 217 000 étrangers me paraît significatif en ce sens que sa faiblesse tend à confirmer que les entreprises étrangères en Chine sont largement gérées par des cadres chinois, y compris dans le domaine de la recherche. Par ce biais, le pays s’approprie progressivement la maîtrise des technologies de pointe. C’est une évolution encourageante et très positive qui ne peut que chagriner ceux qui rêvent d’une Chine perpétuellement à la remorque de l’Occident, c’est-à-dire toujours un ou deux crans en dessous de ce niveau de pointe.
S’implanter en Chine veut dire aussi jouer honnêtement le jeu du partage et accepter les objectifs économiques définis par les organismes de planification et de gestion macro-économique. Il est aussi de bon aloi, comme le font certaines compagnies américaines (et françaises ??? mais j’en doute), d’accepter la présence du Parti communiste au sein même de l’entreprise et de mettre en place des systèmes de gestion moins brutaux que ceux en vigueur chez nous, mieux adaptés à la culture chinoise et de son sens du collectif. A cet égard, comme le dit très justement Alain, la France se distingue par une série impressionnante de ratés. Il y a aussi une arrogance assez commune aux expats hexagonaux (et à d’autres aussi, il est vrai).
La bataille du TGV est définitivement perdue, celle des moyens-courriers de l’aviation est en passe de l’être d’ici quelques années. Il est vrai qu’en Europe nos dirigeants ont contractés l’habitude d’investir en priorité dans les produits financiers pourris !
Bonjour,
excellent commentaire plein de justesse et de lucidité.
Une précision sur ce point:
“D’après les derniers chiffres du Bureau National des Statistiques, fin 2008, quelque 217 000 étrangers étaient titulaires d’un permis de travail en Chine, soit 7 000 de plus que l’année précédente”
Ce chiffre ne concerne que les personnes tarvaillant officiellement en Chine, un autre “contingent” étant plus “clandestin”. Les français à titre d’exemple ne sont que les deux tiers à être inscrits sur les listes consulaires, ce qui laisse environ 10 000 personnes ne désirant pas se faire “remarquer”.
Bien entendu, les autorités chinoises sont au courant de ce phénomène, mais le olère tant que les personnes respectent les lois du pays, ce qui me parait logique.
Un peu hors sujet, et Danièle m’en excusera, en plus de cinq ans sur le sol Chinois, on ne m’a jamais demandé mes papiers. Lors d’un séjour en France de 3 mois, ce n’est pas moins de 4 fois que son visa a été demandé à mon épouse, plus une visite de policiers à mon domicile ….
Alain, vous avez tout à fait raison de relativiser ce chiffre trop précis de 217 000 étrangers en Chine. Même s’il fallait le doubler pour inclure les non-inscrits, il demeurerait faible. D’autre part, puisqu’il s’agissait en l’occurrence de mettre en évidence le rôle des cadres chinois dans domaine des technologies de pointe, il conviendrait dans cette perspective de déduire les étrangers officiellement recensés en Chine et dont le rôle est d’enseigner leur langue maternelle! Un rôle qui n’a donc rien de commun avec la question des technologies de pointe.
Pour ce qui est de la prétendue surveillance constante des étrangers par les orgaes policiers chinois, je confirme votre constat. Lors de mes séjours en Chine, qui totalisent plusieurs mois ces trois dernières années, personne ne m’a jamais demandé mes papiers. Ni dans les villes, ni lors de mes escapades en campagnes ou dans de petits bourgs. J’ai même participé avec des amis chinois à une petite croisière sur le Yalou lors de laquelle nous avons franchi allègrement la frontière de la Corée. Sans passeport. Idem lors de la visite de la section de la Grande muraille qui, dans la province du Liaoning, près de Dandong, jouxte pourtant le frontière coréenne.
Seule exception, la Région Autonome du Tibet. La police demande une pièce d’identité uniquement sur les postes de contrôle installés à quelques kilomètres de la ville, sur les routes qui rayonnent depuis Lhasa. Par contre à Lhasa même ou dans les autres villes parcourues (Xigaze, Jiangzi…) personnes ne m’a jamais demandé de justifier de mon identité.
Qui en Israël, en Palestine ou dans les pays “démocratisés” par l’Occident que sont l’Irak ou l’Afghanistan pourrait prétendre à pareille liberté de mouvement ? Je m’autorise cette comparaison peu raisonnable puisque chez nous il est bienséant de considérer la Région Autonome du Tibet comme subissant une prétendue “occupation” aussi tyrannique que sanglante et liberticide.
Bonsoir,
javoue que même si j’en avais le désir Luoge, j’aurais du mal à ne pas être d’accord avec vous.
Une chose toutefois à modérer pour être honnête et ne pas faire penser à une pensée unique si souvent reprochée par des détracteurs souvent en manque d’argumentation, est la faculté pour les Chinois non pas de se déplacer en toute liberté, mais de résider à l’endroit où ils le désirent.
Là, le huakao se révèle une véritable barrière, car créant une détestable sélection par l’argent, même si à la base, c’est ce livret de naissance et de résidence qui a empêché la création de bidons-ville comme vous les trouvez en Inde.
Pour ceux que cela intéressent, vous trouverez ici:
http://www.refletsdechine.com/le-travail-des-enfants-en-chine.html
des explications sur ce document, l’article étant lié au travail des enfants en Chine et aux nombreuses raisons de celui-ci.
Si en effet il est aisé pour un étranger de se déplacer et même de vivre en Chine, il est bien plus délicat pour les chinois de s’implanter ailleurs que dans leurs districts de naissance.
Une réforme de ce hukao devrait intervenir dans le courant de cette année, le problème ayant été discuté lors de la dernière réunion de l’assemblé.