Stefan Zielonka, employé du chiffre aux services secrets polonais avait disparu en mai 2009, nouvelle qui n’était parue que dans un journal juridique spécialisé polonais “Dziennik Gazeta prawna”. Le contre-espionnage polonais le soupçonnait de double jeu, et il a eu le temps de quitter la Pologne avec sa femme et son enfant. Il a été évacué clandestinement et depuis, les polices occidentales le recherchaient pour désertion
(http://www.dziennik.pl/wydarzenia/article593333/Wiemy_gdzie_jest_szyfrant_Zielonka.html).
On vient de retrouver sa trace, information parue dans le revue informatique française “Intelligence online” (voir “Pekin prend soin de ses taupes” : http://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/les-organisations/2010/04/22/pekin-prend-soin-de-ses-taupes,83363046-GRA-REC). Ce sont les services du ministère de la Sécurité d’Etat de Chine qui lui ont permis de fuir son pays. Il habite désormais avec sa famille dans la banlieue de Shanghaï. Il a pu transmettre aux autorités chinoises tout ce qu’il savait sur les systèmes de communication de l’OTAN et une liste nombreuse d’agents polonais au service de l’OTAN.
Cette information montre que le conflit est de fait bel et bien engagé entre “l’empire du milieu” et “l’empire atlantique” et qu’il se déroule sur toute la planète. Et que, en dépit des opinions circulant sur le sujet, les Chinois savent désormais aussi recruter des agents sur toute la planète, parmi les étrangers à la Chine. On peut supposer que tous les agents déçus par la fin peu glorieuse du bloc de l’Est, en particulier ceux des services est-allemands qui ont toujours fait preuve, même après la fin de la RDA, d’une rigueur idéologique solide, constituent pour la Chine un vivier de recrutement et, pour les plus âgés, de conseil en recrutement de choix.
L’intégration euro-atlantique ayant multiplié les déçus s’ajoutant aux brimades qu’ont subi tous ceux qui avaient cru que le monde “occidental” les laisseraient vivre sans les humilier, on peut supposer que le potentiel de recrutement des services chinois est beaucoup plus vaste qu’on n’a dû l’imaginer dans les officines occidentales. La taille de ce vivier potentiel risque d’entraîner une panique dans les milieux des renseignements occidentaux. Conséquence de l’arrogance des “vainqueurs” de 1989/1991. Qui a dit que l’ingérence était condamnée à n’opérer que d’ouest en est, à sens unique ? Comme l’avait déjà émis Karl Marx dans un article paru dans la “New York Tribune” à l’occasion de l’insurrection des Cipayes aux Indes, il existe dans l’histoire une “loi de la rétribution historique” qui fait que ce sont les dominants eux mêmes qui inventent les règles que les dominés vont appliquer ultérieurement contre eux. Dans le cas chinois, ce pays a subi une longue histoire d’interventions extérieures sur son sol. Expériences qui ont dû leur apprendre comment on peut agir pour rétablir l’équilibre rompu, et quelles erreurs doit-on éviter. Les Chinois semblent protéger “leurs taupes” ce qui est sans doute un signal pour tous les damnés de l’après 1989. Comme on disait à l’époque du grand Timonier : “il faut aussi savoir apprendre des professeurs par l’exemple négatif”. Les Chinois dont certains dirigeants semblaient avoir cru dans les années 1970-80 qu’ils allaient être admis en partenaire auprès des élites de ce monde, semblent avoir définitivement conclu qu’il n’en a rien été et qu’ils doivent donc ne plus se fier aux slogans de ladite “communauté internationale” dont ils ont été de fait exclus.
Zaginiony polski szyfrant uciekł do Chin i mieszka w okolicach Szanghaju razem z rodziną i dzieckiem – podaje francuski portal “Intelligence Online”. Służby pracujące dla Ministerstwa Bezpieczeństwa Chin przewiozły go z Polski, gdy na tropie Zielonki znalazł się kontrwywiad.
Chorąży Stefan Zielona zginął w maju 2009 – co ujawnił jako pierwszy “Dziennik Gazeta Prawna”. Poszukiwany za dezercję szyfrant wiedział wszystko o systemach łączności NATO, a także znał całą siatkę polskich agentów pracujących za granicami kraju
LEMONDE.FR | 25.04.06 | 15h18 • Mis à jour le 03.05.06 | 23h50
Jacques Henno, journaliste nouvelles technologies, auteur de “Tous fichés” , mercredi 03 mai 2006
Le courrier électronique est-il discret ou non ?
Jacques Henno : Non. Tout courrier électronique qui circule sur Internet peut être intercepté par des tiers qui le veulent. On estime par exemple que la majorité du courrier électronique échangé dans le monde transite par les Etats-Unis. On est à peu près sûr que la NSA (National Security Agency), l’agence de surveillance électronique américaine, intercepte les courriers électroniques qui transitent par les Etats-Unis.
Cette “information” est tronquée !
Le site Intelligence online utilise en effet le conditionnel: la sécurité d’Etat chinoise “aurait” exfiltré… Zielonka “aurait” éte installé dans la région de Shanghai.
De surcroît, un site polonais (thenews.pl), se référant à la “Polish Military Intelligence” attribuait déjà sans preuve, le 10 février 2010, la disparition du personnage en question “à un suicide, à une mort accidentelle ou à une haute trahison en faveur de la Chine”.
Je suis surpris que l’on s’amuse ici à transformer un conditionnel en certitude pour ensuite broder à son aise. Ce n’est ni sérieux, ni honnête. Et cela n’apporte strictement rien au débat. C’est digne de la presse à sensation mais pas d’un site tel que celui-ci.
ce n’est pas une reprise, c’est une traduction de Bruno Drewski qui traduit directement du polonais. bruno comme Comaguer ou vous même cher Luoge sont des gens à qui j’ai tendance à faire confiance parce qu’ils savent ce dont ils parlent, travaillent… J’ai écrit à Bruno pour qu’il vous réponde, mais je crois que vous interprétez mal sa position. il fait un peu du polonocentrisme et guette tous, les signes de prise de conscience de ses compatriotes (enfin d’origine) et là il est assez content d’avoir un qui joue les “vicor serge” le mot est de Bruno.
Danielle Bleitrach
Dans la presse polonaise, la nouvelle est confirmée en première page avec l’information qu’il vit dans la banlieue de Shanghaï avec sa famille. Après sa disparition, elle avait d’abord émis l’hypothèse que c’était un agent russe, puis chinois. Et pour tous les progressistes à l’Est de l’Europe, c’est plutôt une bonne nouvelle que la Chine se défend, a les yeux ouverts et constitue un contrepoids avec d’autres pays mal vus par l’impérialisme. Le militaire polonais Zielonka faisait partie d’ailleurs à l’origine du service de renseignement de l’armée polonaise (ex-WSI) qui avait été dissous par le précédent gouvernement (Kaczynski) car ce milieu était connus pour être favorables à un rapprochement de leur pays avec la Russie puis, une fois née, avec les pays de l’Organisation de coopération de Shanghaï. Beaucoup d’anciens du WSI se sont lancés dans le commerce vers l’Est et continuent à aider tant qu’ils peuvent les milieux opposés à l’OTAN. Selon la presse polonaise, Zielonka avait une bonne connaissance de tout le réseau de communication de l’OTAN. Visiblement les services de renseignement polonais sont une véritable passoire si, après avoir dissous le WSI, le nouveaux services ont quand même repris Zielonka avec les conséquences que l’on sait. On peut en conclure que Zielonka n’est pas le seul dans ces cercles à douter du choix stratégique fait par son gouvernement.
Le plus grand portail internet polonais « Wirtualna Polska » cite d’ailleurs le rédacteur en chef du journal français “Intelligence online” Philippe Vasset qui a déclaré que ses informations « proviennent de sources asiatiques » et qu’elles sont « sures à 90% », que « de telles informations restent en fait impossibles à confirmer mais qu’en ce qui me concerne, je suis presque entièrement persuadé que Zielonka se trouve en Chine ». Le porte-parole du gouvernement polonais quant à lui a déclaré qu’il n’y aurait aucune déclaration de son gouvernement au sujet de l’éventuel séjour de Zielonka en Chine.
Encore faudrait-il qu’une nouvelle fusse vraie pour être bonne.
A mon avis, il ne suffit pas que la presse polonaise (presse pas particulièrement progressiste semble-t-il ?) “confirme” une information pour qu’elle soit vraie. Il ne suffit pas non plus qu’elle soit “bonne” de votre point de vue pour qu’elle soit avérée.
“Intelligence online” utilise le conditionnel. Sans le dire nul part dans votre article vous êtes passé à 100% de certitude. Pour moi c’est de la manipulation et rien d’autre.
A partir de là, vous vous livrez à une spéculation téméraire, comme vous l’avez fait d’ailleurs à propos des délégations absentes ou présentes aux obsèques du Président de la Pologne. Et puis, spéculation pour spéculation, nous pourrions aussi, à partir des mêmes faits, inventer une histoire qui dirait le contraire de ce dont vous rêvez; par exemple que l’implication de la Chine dans cette affaire pourrait être une manoeuvre de milieux conservateurs opposés à l’amélioration des relations avec la Chine…
La nature de votre démarche journalistique me rappelle trop celle d’une certaine presse qui sévit en Occident: amuser la galerie avec de jolies histoires construites sur des faits douteux ou inventés de toute pièce.
cher Luoge, je crois que vous inversez un peu le procès d’intention sans plus d’information. je crois que Bruno est loin de la presse occidentale ne serait-ce que le sens de ses espérances, il a choisi de nous présenter d’autres réalités de la Pologne. Malgré ma polonophobie je sais qu’elle existe, ainsi il y a deux ou trois jours je parlais avec un groupe de Polonais qui ignorant mes opinions m’expliquait qu’en Pologne, il y avait une droite, encore une droite et encore une droite et à l’autre bout une masse de nostalgiques du communisme parce qu’au moins il y avait du travail, même si on était mal payé et il y avait peu à, consommer, la vie leur paraît douce en regard de celle d’aujourd’hui. cet homme m’expliquait que l’ennui en Pologne est qu’il n’y avait que des extrêmes, pas d’opinion raisonnable et il m’a cité le PS en france ou les pro-européens comme Cohn bendit. Il se sentait bien seul et moi je riais intérieurement… je ne me suis révoltée que quand il m’a expliqué qu’il était un disciple de Che guevara c’est pour cela qu’il détestait fidel castro qui avait assassiné le Che… mais je m’égare.. Bref je crois et c’est parfois difficile que dans ce blog nous tentons de dépasser les stéréotypes, parfois nous déséquilibrons un peu la barque avec des faits qui peuvent paraîtr anecdotiques mais c’est que la pression est terrible.
Hier j’ai quitté le cours de civilisation chinoise, le prof qui n’est pas un mauvais bougre et qui a sans doute une véritable curiosité cède du terrain par pure démagogie, il y a en particulier une étudiante grande bourgeoise qui étudie en première langue le russe et qui m’a expliqué que je cite “Lénine , ce connard qui a massacré les koulaks”, donc cette greluche a fait une intervention en disant que le PC chinois tenait son pouvoir d’un pacte “je vous donne la consommation et je vous prend la liberté”… C’était tellement arrogant de la part de cette gamine gavée qui ignorait tout des problèmes du sous développement, du débat en Chine actuellement sur les institutions, l’expression des gens, la lutte contre les déséquilibres, que je commençais à craquer, quand le prof lui a répondu en lui donnant pratiquement raison. c’était de l’idéologie indigne de la fac. sans un mot au milieu du cours, je me suis levée et je suis partie… Voilà ce à quoi nous faisons, face et tout nous est blessures, alors ici au moins tentons de nous questionner sans rien laisser passer mais sans procès d’intention.
danielle bleitrach
Danielle bleitrach
Pour ce qui est des délégations présentes ou pas aux obsèques polonaises, je n’ai fait que reproduire ce qu’a écrit un professeur polonais qui me semblait intéressant. Comme cela venait de quelqu’un qui n’est pas tout à fait novice, j’ai relayé son point de vue :
Zbigniew Jaworowski, Prof. Dr. Hab. au Laboratoire central de protection radiologique de Varsovie, ancien Président du Comité des Nations Unies sur les effets des radiations atomiques. Militant et membre de la direction des “Environementalistes en faveur de l’énergie nucléaire” depuis 2001. Quelqu’un qui a eu entre autre à gérer les questions scientifiques et diplomatiques au niveau international après l’accident de Tchernobyl. Et qui connait donc bien les rapports internationaux sans être un politicien professionnel.
Pour ce qui est de la Chine, je sais qu’on lance en Occident aujourd’hui entre autre une campagne contre la Chine à propos de “l’espionnage” chinois, thème qui en accompagne bien d’autres (“contrefaçons”, Tibet, Xinjiang, “droidelom”, etc, etc.). Pour un impérialiste, c’est scandaleux qu’un pays autre que les puissances occidentales de droit divin osent avoir des services secrets et une politique mondiale. Pour moi, qui suis historien, de tels procédés ont toujours existé dans les affaires internationales et il est légitime pour un pays, surtout en situation de rattrapage, d’utiliser les moyens qu’il peut pour éviter d’être agressé. Je suis très content plutôt qu’en Chine ceux qui ont semblé éprouver quelques illusions sur les pays capitalistes et impérialistes dès la fin des années 70, voire dès 1971, semblent les avoir perdues. Ce qui redonne quelques couleurs au communisme international. Les journaux polonais qui traitent de l’affaire Zielonka, à la différence de la presse occidentale parlant de “l’espionnage chinois”, n’y mettent aucun accent négatif, à croire qu’ils sont fiers que leur pays ai donné naissance à un Zielonka. Ce qui d’ailleurs caractérise assez bien les “petites” nations d’Europe centrale qui, de par leur histoire, sont assez souvent fières dès qu’elles peuvent occuper une place remarquée sur la scène internationale, quelqu’en soit la raison. Car finalement dans cette zone où l’on s’est toujours trouvé coincé entre des grandes puissances, on sait faire au moins deux choses : changer d’alliance du jour au lendemain et chercher à être connu du monde extérieur par quelques figures remarquables dans différents domaines. Je pense à ce propos que les dirigeants de l’OTAN se font beaucoup d’illusions s’ils croient que la “nouvelle Europe” ne changera pas de nouveau d’alliance à la première opportunité. Et j’espère que les contre-puissances émergentes en sont elles de plus en plus conscientes.
Pensez-vous réellement que la Pologne va changer d’alliance du jour au lendemain ? Quelles sont en Pologne les forces politiques porteuses de ce changement d’alliance ? A ma connaissance il y a toujours des troupes polonaises en Afghanistan ?
Et puis, la Géorgie, sous la tutelle de son président actuel et qui a envoyé une délégation à Varsovie pour les funérailles d’un président qui n’est pas un modèle de progressisme, va-t-elle aussi changer brusquement d’alliance ? Et se maquer avec qui ?
Faut-il considérer que les révolutions dépendent dorénavant des sautes d’humeur de dirigeants funambules ?
Quant à la Chine, je ne suis pas certain du tout que les dirigeants chinois aient éprouvés, comme vous dites, des illusions sur les pays capitalistes dans les années soixante-dix. Je crois que les Chinois sont de plus fins et plus subtiles stratèges que ne le furent les Soviétiques (avec le résultat final que nous connaissons !)
Plongez-vous dans le lecture des “Trois Royaumes”, c’est un conseil qui vous incitera aussi à plus de plus prudence dans vos déductions.
Quelles étaient fin 1988 les forces porteuses d’un changement radical d’alliance en Europe centrale ? Quelles étaient début 1944 en Roumanie ou en Bulgarie les forces porteuses d’un changement radical d’alliance ? Elles étaient là, tapies dans l’ombre. Les hommes politiques qui ont changé radicalement d’option politique et géostratégique deux fois dans leur vie donnent des idées à leurs successeurs.
Nous n’en sommes cependant pas encore là. Les changements soudains se préparent dans la durée. Pour le moment, en Pologne, en Ukraine, en Slovaquie, en Tchéquie, en Hongrie malgré les dernières élections, on voit des forces liées souvent aux milieux d’affaires “bourgeois nationaux” qui souhaitent au moins une amélioration des relations avec la Russie, car ils commencent à percevoir l’intérêt économique d’un axe de communication Europe-Asie passant forcément par la Russie et allant jusqu’en Chine, voire jusqu’en Corée du Sud et au Japon. Et les échecs de l’OTAN en Afghanistan ne pourront que renforcer à terme ces tendances au réalisme géopolitique. La bourgeoisie de l’Ouest essoufflé n’a plus grand chose à offrir aux dirigeants et aux peuples de son “orient proche”. Pour la Pologne, c’est ce que semble montrer le premier ministre Tusk qui a su rencontrer Poutine à Katyn avant l’accident du Tupolev présidentiel.
Pour la Chine, je suis bien conscient de la grande sagesse de la plupart de ses dirigeants. Il faut néanmoins reconnaître que, à certains moments, certains dirigeants semblent avoir surestimé le “danger soviétique” et sous estimé celui de son adversaire. “La théorie des trois mondes” ne s’est pas révélée totalement équilibrée, au moins dans la pratique. Ce qui ne fut pas bon ni pour les Chinois, ni pour les peuples soviétiques ni pour les peuples d’Europe centrale et du monde. Et, comme on l’a vu en 1989 ne serait-ce qu’en prenant l’exemple de l’ex premier ministre Zhao Ziyang, certains dirigeants ont fait montre de faiblesse envers le “modèle occidental”, ce qui a été rattrapé par la suite. Aujourd’hui, on peut dire que les choses vont nettement mieux après ces expériences, et la Chine prend peu à peu dans les affaires du monde la place qui lui revenait de droit depuis longtemps. Je comprends tout à fait que la Chine fasse preuve de prudence verbale car elle n’est qu’à l’étape d’accumulation des forces. Mais les amis de la Chine dans le monde, sur lesquels la Chine à intérêt à trouver un appui, ont aussi un intérêt plus pressant à la voir jouer un rôle plus actif dans la redéfinition des relations internationales, aux côtés des autres pays dits émergents, ce qu’il faudra prendre en compte. Entre ces deux tendances, il va bien falloir trouver un compromis dans la mesure où l’intérêt stratégique est commun, en faveur d’un nouvel ordre (économique) mondial débarrassé de l’impérialisme. Le monde va très mal et beaucoup de peuples perdent patience. Les Chinois ont une patience millénaire. C’est une très bonne chose, mais ils savent sans doute aussi que la masse des autres peuples n’est pas dans cette situation pour le moment.
Il serait tout de même intéressant de savoir ce qui se passe en Europe centrale quant aux mobilisations populaires ? Peut-être que je me trompe mais il me semble qu’aujourd’hui le mécontentement évident (chômage, évanouissement d’une grande part de la souverainté économique avec aggravation de l’exploitation de ces pays par les puissances dominantes de l’UE) est canalisé par une extrême droite dont l’idéologie n’incite pas à l’optimisme (résultats des dernières élections en Hongrie par exemple).
Pour ce qui est de la Chine, je crois qu’il faut contextualiser ce que vous appeler la “surestimation du danger soviétique”. Par exemple, il y a l’expansionnisme russe à l’époque du tsarisme qui a arraché à la Chine des territoires équivalent presque à la surface de la France et même largement plus si on inclut la Mongolie. Le traité de Nertchinsk (1689) a en effet été de fait annulé en 1864 – dans le sillage de la guerre de l’opium ! – permettant à la Russie tsariste de s’approprier 440000 km2 de territoire chinois à l’est, approximativement au nord du fleuve Heilongjiang, ainsi qu’au nord-ouest du côté du lac Balkhach.
Ce démembrement du territoire chinois n’a pourtant jamais été remis en cause par les Soviétiques… Les Chinois n’ont pas insisté à l’époque étant donné les rapports de force et l’aide que l’URSS apportait à la Révolution de 1949. Modération plutôt mal récompensée par Khrouchtchev lorsqu’il retira brutalement les techniciens soviétiques de la Chine.
Il y a eu d’autres points de friction qui ont alimenté cette “méfiance”. Par exemple, dans le Dongbei (Mandchourie), j’ai eu l’occasion de converser avec des personnes qui se souviennent encore avec une certaine amertume du démontage et du transport vers l’extrême orient soviétique des machines provenant des usines japonaises après la victoire de 1945.
Il n’est pas dans mon propos d’affirmer que les Soviétiques ont toujours eu tort et les Chinois toujours raison. Mais je crois qu’en Occident, étant donné la méconnaissance assez générale de l’histoire contemporaine (du XIXe S à nos jours), il y a une tendance dominante aux jugements hâtifs.
On pourrait aussi évoquer dans ce contexte le soi-disant “traité de Simla” (1914) qu’il est encore de bon ton chez nous de considérer comme le fondement de l’”indépendance” du Tibet et qui fût en fait un des traités inégaux les plus éhonté imposé à la Chine (qui ne le ratifia d’ailleurs jamais). Tellement éhonté qu’il ne fût même pas publié durant environ vingt ans et finit par être répudié par la Grande-Bretagne elle-même en… 2008!
Vous avez raison que le mécontentement pousse certaines franges de la population vers la droite radicale en Europe centrale, voire pire, ce qui est en partie du au fait que les partis se réclamant de la gauche ont non seulement trahi les fondements du communisme sur lesquels ils doivent malgré tout leur légitimité, mais ils ont cautionné des politiques qu’on peut situer à droite du social-libéralisme. La majorité des électeurs appartiennent donc plutôt au “parti des abstentionnistes”. Les syndicats sont par ailleurs très liés aux appareils des partis dits de gauche, parfois même à la droite. Ils jouent le rôle de jaunes. Restent certains mouvements sociaux, comme celui des expulsés des logements ou sous cette menace. Il regroupe ici ou là des forces non négligeables contribuant à une certaine repolitisation car en Europe centrale chômage équivaut presque automatiquement à perte de son logement puisqu’il n’y a que très peu d’indemnités. L’axe du conflit social se place maintenant plutôt entre une néo-bourgeoisie compradore liée aux puissances occidentales (USA ou Allemagne), et une bourgeoisie nationale plus prête à regarder vers l’Est comme contrepoids.
Pour ce qui est de l’URSS, je ne doute pas qu’elle a mené des politiques hégémonistes à l’égard de la Chine à différents moments, et sans même remonter à l’époque tsariste et aux modifications de frontières de cette époque. C’est pour cela que j’ai écrit qu’il m’a semblé que la politique chinoise avait été “déséquilibrée”, ce qui ne voulait pas dire que j’estime que la Chine aurait dû se re-jeter dans les bras de l’URSS sans poser de conditions. L’équilibre est toujours la voie la plus délicate. Je crois que le monde va plus mal depuis la fin de l’URSS et que tout le monde y a perdu un certain contrepoids. Mais quand j’étais en Pologne dans les années 1970, j’ai eu beaucoup de discussions très difficiles avec mes collègues étudiants soviétiques et est-allemands qui n’arrivaient pas à comprendre mon refus de condamner la Chine et mes tentatives de faire comprendre les raisons de la politique intérieure et extérieure chinoise. Les Polonais eux se souvenaient parfois que c’était la Chine qui avait fait par ses injonctions stopper en 1956 la marche des chars soviétiques sur Varsovie. Il faut reconnaitre que l’impérialisme a beaucoup profité des divisions qui ont existé de façon récurrentes entre pays socialistes et entre pays du tiers monde (URSS/Chine; URSS/Yougoslavie; Iran/Irak; Chine/Vietnam; Vietnam/Kampuchea; Inde/Pakistan; Inde/Chine; etc…) et que les torts sont en général un peu partagés. L’internationalisme et le non alignement ne sont pas allés de soi…