Pour ceux qui voient dans l’Amérique simplement ses gouvernants et la force préoccupante d’une extrême-droite, il faut connaître aussi les résistances exemplaires et d’un grand courage que l’on trouve dans ce pays et dont nos médias ne nous parleront jamais. Si les Etats-Unis c’est l’horreur de l’Ecole des Amériques *, c’est aussi ces gens qui se font enfermer, passent des mois voir des années en prison, pour simplement avoir en signe de protestation comme l’explique l’article passé la ligne de démarcation qui sépare la voie publique du sinistre régiment.
Rebelión,23-04-2010 traduit par danielle Bleitrach pour changement de société.
Il y a quelques semaines Michael Walli a été arrêté aux États-Unis. Walli, avec l’enseignante Nancy Gwin, le prêtre Luis Vitale et Ken Wayne, ils sont accusés d’avoir pénétré en novembre dernier dans les dépendances de l’École de l’Amérique.
A cause de cela, ils ont été arrêtés et soumis à un processus judiciaire pour viol de la propriété privée de l’Armée des États-Unis que paradoxalement ils financent eux mêmes avec leurs impôts.
En janvier dernier, seulement trois d’entre eux ont été présentés au juge Faircloth qui les a condamnés à six mois de prison fédérale pour cette action de désobéissance civile. Walli, n’a pas comparu en jugement en restant en détention sous ordonnance .
Le dimanche 22 novembre, ils avaient pénétré dans l’École des Amériques comme suite à la procession funèbre menée par des milliers d’activistes jusqu’à l’entrée de la base militaire pour rappeler que l’École de l’Amérique a effectivement été une École d’Assassins.
Ce matin là, j’avais suivi de santiago du Chili, grâce à la radio, la manifestation de protestation. Dans leur manifestation, aux environs de la Fontaine Benning, les activistes lisaient les milliers de noms des victimes assassinées par les diplômés de cette école singulière. À chaque nom, il était répondu : présent!! Parmi ceux-ci, j’ai entendu le nom du chanteur populaire chilien Víctor Jara qui a été assassiné par 44 décharges après avoir été sauvagement torturé par les militaires le 15 septembre 1973.
Cette liste qu’ils lisaient ce matin-là était interminable comme la souffrance de ce que nos peuples ont subi en conséquence de la Doctrine de Sécurité Nationale inoculée aux militaires de l’Amérique latine : Made in USA.
Mais je veux revenir à ce dimanche 22 novembre. Dans la manifestation, était aussi présente, la coordinatrice du Comité de Parents de Détenus Disparus du Honduras, Bertha Oliva, qui se trouvait là pour dénoncer les abus qui sont commis dans son pays puisque, comme tous le savent, le 28 juin de l’année passée, les militaires ont fait un coup d’État contre le président Manuel Zelaya sans que l’ONU ni le même gouvernement des États-Unis ne l’empêchât.
Ce n’a pas été une surprise pour le mouvement de trouver parmi les meneurs de cette action des diplômés de l’École de l’Amérique, Parmi ceux-ci le grade le plus élevé de l’armée, Romeo Vásquez, qui est aujourd’hui rien moins que gérant général de l’Entreprise Hondurienne de Télécommunications, Hondutel. Une prime offerte à ses services de putschiste.
Même si certains ont cru que l’École de l’Amérique avait été fermée à la fin des quatre-vingts parce qu’elle avait quitté le Canal de Panama. Ou que d’autres, peu de temps après, ingénument, aient pensé qu’elle avait été finalement fermée à Fort Benning, ils pensaient qu’elle avait été finalement clôturée à Fort Benning, aux États-Unis, parce que l’ “intelligence” n’a pas trouvé de meilleure stratégie que de lui changer le nom, pour arrêter les protestations continuelles qui allaient grandissant, l’École de l’Amérique a continué d’opérer.
Il n’importe peu qu’aujourd’hui elle ait un nom différent. Il n’importe pas plus qu’on la nomme aujourd’hui l’Institut de Sécurité et de Coopération de l’Hémisphère Occidental ou de Whisec en anglais. L’important consiste en ce que cela continue d’être la redoutable École des Amériques.
C’est pourquoi beaucoup de compagnons aux États-Unis résistent là. Ils disent : “Pas en notre nom”. Ils ne veulent pas que dans sa cour arrière et dans un autre lieu des militaires continuent d’être préparés à la guerre et aux violations aux droits de l’homme de peuples frères.
Ils sont déjà des milliers ceux qui dans un acte de révolte, ont franchi la ligne blanche ou les barbelés qui séparent le régiment de la voie publique. C’est une forme de résistance, de protestation, à la politique extérieure de la puissance américaine.
Des centaines d’entre eux ont été condamnées pour ces actions, parmi ceux-ci le fondateur de ce mouvement le prêtre Roy Bourgeois qui a déjà passé quatre ans en prison.
Cependant, il est curieux que plusieurs de nos pays ,continuent à envoyer des militaires au dit régiment tout en connaissant la longue histoire d’interventions des États-Unis dans les affaires de l’Amérique latine et ses conséquences néfastes. Non seulement sont envoyés des soldats colombiens, chiliens ou péruviens, mais également des pays comme le Nicaragua, le salvador, l’Equateur et le paraguay,entre autres en plus.
Et cela est d’autant plus curieux puisque on suppose que ces pays courent un risque évident de sabotages et de coups d’État possibles de la part de ceux qui continuent à se croire le maître du monde. La tentative d’un coup d’Etat au Venezuela il y a quelques temps et celui-là du Honduras, dans l’actualité, le démontrent.
Ilest important de rappeler que seulement la Bolivie, l’Argentine, la Venezuela et l’Uruguay ont pris la décision de retirerleurs troupes de l’École de l’Amérique. Au moins ils ont eu une attitude digne et souveraine. Sont également dignes ceux qui aux etats-Unis refusent de cautionner la machinbe de la terreur.
Par cela, le 6 avril quand Michael Walli a été présenté devant un tribunal et il lui a été proposé de se déclarer “coupable”, pour pouvoir choisir où passer ses mois de prison, pour des raisons de conscience, Michael n’a pas voulu le faire. Walli risque d’être condamné à un an et demi de prison pour ce troisième acte de révolte.
Il est clair, comme le disent ceux qui participent au mouvement contre l’Ecole des Amériques aux Etats-Unis “Ils peuvent enfermer les résistants mais ils ne pourront pas arrêter la résistance”.
L’Ecole des Amériques
Cahier archivé le 1er janvier 2006 par le Monde diplomatique
Etabli en 1946 dans la zone américaine du canal de Panama, le centre de formation militairele plus important d’Amérique latine a permis aux Etats-Unis d’entraîner et de former idéologiquement plus de 60000 militaires. Depuis 1984, et en vertu des accords Carter-Torrijos, l’Ecole des Amériques a été transférée à Fort Benning (Géorgie). Parmi ses élèves, quelques noms tristement célèbres : les généraux putschistes argentins Viola, Videla et Galtieri, des dictateurs Pinochet (Chili), Somoza (Nicaragua), Manuel Noriega (Panama), Stroessner (Paraguay), Hugo Banzer (Bolivie), Juan Melgar Castro et Policarpio Paz Garcia (Honduras), Carlos Humberto Romero (Salvador)…. Produit de la guerre froide, instrument de la Doctrine de sécurité nationale, l’Ecole a toujours eu pour but clairement affiché de permettre la résistance des armées latino-américaines face au « communisme » et aux poussées révolutionnaires du continent. L’action anti-insurrectionnelle y passe par l’endoctrinement idéologique, les liens personnels, l’apprentissage de l’American way of life. La déclassification par l’administration Clinton de nombreux documents a permis de découvrir les méthodes préconisées dans ses manuels d’enseignement : torture, exécutions, chantage, détention des proches des suspects comme méthodes d’interrogatoire, emploi de méthodes clandestines comme la « disparition » ; autant de violations de droits humains qui ont affecté le continent. Très vivement contestée aux Etats-Unis même, l’Ecole des Amériques a été fermée en l’an 2000 par le président Clinton qui l’a réouverte aussitôt sous une nouvelle appellation : Institut de défense pour la coopération de la sécurité hémisphérique.
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