Deux mille fosses clandestines en quête de juge (trente cinq ans après) par Miguel Ángel Rodríguez Arias


Rebelión, traduit par Danielle Bleitrach pour changement de société, prière de noter la source et la traductrice
Pirandello avait six personnages en quête d’auteur. Nous nous avons plus de deux mille fosses clandestines en quête de juge.

Avec 143.000 êtres humains exterminés à l’intérieur.

Combien sont injustes les critiques adressées à notre pouvoir judiciaire. Tout compte fait cela peut arriver à n’importe qui de perdre la compétence judiciaire sur  deux mille fosses d’un génocide terrifiant ou sur n’importe quelle autre chose…

Une pauvre justice, les familles des disparus sont déjà en train de disparaître: ainsi que ceux qui ont attendu 35 ans en cherchant!

Et la même poisse avec le Tribunal Européen, Nuremberg ou je ne sais quoi, ici celui qui savait le vrai des droits de l’homme était Franco et notre Gouvernement, à qui cela n’échappe pas en définitive , on le voit en toute clarté et notre loi de la mémoire copie  le système de recherche des disparus de l’Ordre de mai 1940 (BOE de 09/05/1940)…

Si Garzón(ou la monarchie ?)  est dans les ennuis c’est par sa propre faute, pour avoir prétendu s’opposer à la loi de mémoire et pour s’obstiner à revendiquer la justice pour les disparus à la place des parents … qui pourraient profiter du bon air que l’on respire dans les champs en allant de fosses en fosses à la recherche des leurs et en fouillant le sol… Les ennuis sont dûs toujours aux  mêmes quand il s’agit de l’Espagne : la conspiration opiniâtre du communisme international dont le Caudillo a essayé de nous protéger, et ce sont eux, à nouveau, ils sont en train de recommencer leur jeu sur toute la planète, comme dans les meilleurs temps.

Comme si violer un peu plus de dix droits de l’homme distincts, énumerables, de plus d’un million de citoyens méritait tant de bruit…

À la fin c’est Miguel Hernández, poète tellement à la mode parmi les monarques, aristocrates et la noblesse franquiste au noms de famille les plus distinguées des génocides – le même Miguel qui, tombé malade et prisonnier, a refusé catégoriquement pour  sauver sa vie un geste en sa faveur le plus minime soit-il  de la part de Franco -  qui continue de dire les choses les plus claires sur ce pays sur ce qui a été perdu, il ne s’agit pas seulement des compétences :

“Occupez les tristes places / dans la triste toile d’araignée. / remplacez le  balai, / et balayez avec vos fesses / la merde que vous laissez / où vous mettez les pieds.”
 

 note sur le livre en illustration, vous remarquerez en le lisant combien votre hebdomadaire socialisant favori, télérama verse une larme pieuse sur ce qu’il a fallu théoriquement payer pour installer “la démocratie” en espagne, il ne falait pas réveiller le “monstre”, par contre bien sûr il fallait poursuivre les résistants basques, voilà le ton de la presse française, de la “gôche” bien pensante. On larmoie sur les victimes du passé , mais tout cela a été le prix à payer … Pourquoi et pour qui pour que les anciens franquistes détiennent encore et toujours le pouvoir politique, économique , judiciaire, médiatique (y compris El Païs), tout cela s’est fait comme dans toute l’europe en organisant l’alliance contre les communistes et cette presse de “gôche” poursuit l’oeuvre en se drapant dans les vertus démocratiques, à vomir, les petits enfants des vaincus sont enrôlés dans la même croisade sous des gérémiades hypocrites:

Une critique publiée dans Télérama (12 avril 2006)
Trous de mémoire

« Somos los nietos de los vencidos ! » (« nous sommes les petits-enfants des vaincus »). Un cri, une revendication même, lancé par Emilio Silva et Santiago Macías, jeunes fondateurs de l’Association pour la réhabilitation de la mémoire historique, en Espagne. Les vencidos sont leurs grands-pères et leurs grands-mères, militants républicains ou simples sympathisants, abattus au bord d’une route et jetés dans une fosse commune voilà soixante-dix ans. Combien sont-ils, au juste, ces « vaincus » sans sépulture, auxquels ils rendent une dignité dans leur ouvrage commun, Les Fosses du franquisme ? Trente mille au moins, quarante mille sans doute. Desaparecidos avant l’heure – avant le Chili et l’Argentine. Pas oubliés, mais enfouis dans une mémoire collective qui s’est réconciliée sur leurs os, à la mort de Franco. Bien sûr, il y avait eu quelques exhumations à la fin des années 70. Mais le mini-putsch (raté) du capitaine Tejero, en 1981, a réveillé de vieilles terreurs. On (la) ferme !
Les enfants se sont tus. Il appartenait donc aux nietos – les petits-enfants – de piocher la terre et le souvenir. Une quête personnelle que raconte Emilio Silva dans la première partie du livre, tandis que Santiago Macías esquisse, dans la seconde partie, une histoire des fosses dans chacune des dix-huit communautés autonomes d’Espagne. On reste coi devant les difficultés rencontrées. Politiques, d’abord : l’incontestable succès de la transition démocratique en Espagne a eu un prix, le silence. Franco n’ayant pas été renversé, sa succession obligeait à des compromis (la loi d’amnistie de 1977, notamment), que les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, ont payés sans sourciller. Il fallait se taire pour alléger les souffrances, « organiser l’oubli », déclare Emilio Silva, comme dans toutes les familles soudées, en attendant le retour du refoulé. Côté administratif, ce n’était pas mieux : à la mort du Caudillo, l’armée a rapatrié ses archives à Madrid, calcinant au passage les plus compromettantes. Obstacles historiques, enfin. Si le souvenir des morts « tombés pour Dieu et pour l’Espagne » – c’est-à-dire pour Franco – a soigneusement été entretenu sous le franquisme, les années ont passé sur les fosses communes, les témoins sont morts, les repères, comme la mémoire, devenant tous les jours plus flous.
C’est presque par hasard que, sur les indications d’un témoin, Emilio Silva a découvert l’endroit où « les treize de Priaranza » ont été abattus une nuit d’octobre 1936. Arrêtés pour leurs idées, emmenés dans un camion bâché, tués d’un coup de revolver en rase campagne (« fracture générale de la voûte crânienne provoquée par l’impact d’un coup de feu », dira le rapport légal). Douze hommes et son grand-père, républicain ordinaire, militant de cœur qui n’avait jamais pris les armes et père de six enfants. Les Fosses du franquisme est donc un ouvrage à la fois personnel et collectif. Personnel, car il raconte, presque journalistiquement, les efforts d’un homme pour refermer une plaie familiale ; collectif, car Emilio Silva, en remuant la terre, a refusé l’amnésie du peuple espagnol. Grâce à lui – et aux archéologues ou médecins légistes qui l’ont aidé, plus tous les bénévoles –, la parole s’est libérée. Et les pelleteuses, soixante-dix ans après le déclenchement de la guerre civile, trente ans après la mort de Franco, de sonder jusqu’aux tréfonds de l’histoire nationale…

Olivier Pascal-Moussellard

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