Accord de l’ALBA pour consolider la souveraineté des nations et des peuples et avancer jusqu’au socialisme par Danielle Bleitrach

Les pays de l’Alliance bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA) se sont entendus hier  20 avril au Venezuela pour consolider leur intégration et souveraineté en vue de la construction du chemin vers le socialisme. 

Le bloc de l’Alba a été fondé en 2004.  Le 20 avril était célébré cet anniversaire dans le IX e sommet. S’étaient réunis à Caracas, les chefs d’État et Gouvernement d’Antigua-et-la Barbade, de la Bolivie, de Cuba, de la Dominique, de l’Équateur, du Nicaragua, de San Vicente  et les Grenadines et du Venezuela. Ils ont élaboré un document intitulé   “le Manifeste de Caracas en consolidation de la Nouvelle Indépendance”.

Selon la déclaration du forum, les efforts de l’ALBA sont motivés par les luttes indépendantistes initiées il y a 200 ans, et par la volonté et le legs de ses grands héros comme José Marti et Bolivar. Mais il s’agit d’un contexte un peu différent de celui de 2004. Souvenez-vous au début de 2004, Bush prétendait faire signer à l’Amérique latine l’ALCA, la première résistance est venue de Lula et du Mercosur, mais en déhors de Cuba, il n’y avait guère que le Venezuela pour paraître aller totalement a contrario du puissant voisin. Cuba était soumis à toutes les manoeuvres des Etats-Unis, Chavez avait subi des mêmes coup d’Etat et grève totale, on attendait en août 2004 un référendum qui le renverait…

A cette époque-là, peu de gens imaginaient l’évolution de l’Amérique latine, non seulement l’élection de daniel Ortega, celle d’Evo Morales, et de Rafael Correa, et surtout leur maintien. Mieux, la contagion de la résistance s’étendait ,le fait par exemple qu’en juin 2009, l’OEA, l’institution de la domination des Etats-Unis sur l’ensemblen du continent aboutirait à un seul consensus, celui de l’intégration de Cuba. Invitation refusée par l’île qui a affirmé à cette occasion qu’il était temps pour l’Amérique latine et les Caraïbes de s’émanciper de la tutelle des Etats-Unis et de se réunir hors de la présence non seulement des Etats-Unis mais de l’allié canadien.

L’Alba a constitué en quelque sorte le fer de lance de cette nouvelle Amérique latine, en prônant non seulement l’indépendance, la souveraineté mais aussi de nouvelles relations internationales basées sur la solidarité entre les peuples, leur émancipation et donc un modèle qui va a contrario de l’actuelle mondialisation impulsée par l’impérialisme et singulièrement celui des Etats-Unis. Récemment, on a pu mesurer avec l’aide concrète apportée à Haïti non seulement pendant et juste après le tremblement de terre, mais d’une manière durable avec la c réation d’un système de santé autochtone dont Cuba serait le pivot technique, et les dons des autres pays en particulier le Venezuela allant vers ce développement gratuit et durable. Un modèle de coopération déjà à l’oeuvre dans l’opération “miracle” ou dans l’alphébétisation du continent. Avec toujours au centre Cuba et le Venezuela.

À travers ce document intitulé   “le Manifeste de Caracas en consolidation de la Nouvelle Indépendance“,  les chefs d’Etat réunis dans ce sommet de l’Alba ont considéré que la réussite des objectifs qu’il traçait  passait par l’accès à  la pleine justice et par la libération de l’interventionnisme étranger et de la soumission aux ordres impériaux.

Comment oublier qu’à cette réunion il manquait le Honduras, restitué au giron impérial par un coup d’Etat, et qui malgré la protestation des populations voit la situation des paysans pauvres et les acquis sociaux être remis en cause, le meurtre politique, celui des journalistes, des syndicalistes se multiplier dans le silence des médias occidentaux, tandis que les mêmes mènent une campagne diffamatoire contre Cuba et le venezuela. Les chefs d’Etat ont travaillé en étant tout à fait conscient de ce contexte: celui d’un impérialisme en crise, prêt à aller jusqu’au bout pour maintenir une domination de classe qui détruit les être humains et leur environnement. les peuples face à l’offensive contre-révolutionnaire développée par Obama et ses alliés européens ont besoin de s’unir et de résister non pour conserver les choses en état mais pour aller vers un autre mode de production.

C’est pourquoi ils ont aussi décidé “de continuer à promouvoir la défense des droits de l’homme, de l’environnement et la construction d’une base économique indépendante, développée et socialiste avec le Sucre (instrument de paiements), les entreprises grannacionales (le contraire des transnationales) et la Banque de l’ALBA, entre d’autres initiatives.

Le document reflète de plus la volonté de constituer les pays de l’ALBA comme un espace d’égalité, de bien-être social et un dépassement de la pauvreté. Pour réaliser un projet social aussi ambitieux , les huit nations se sont mises d’accord de renforcer les programmes de santé, d’éducation et d’attention aux handicapés.”(1)

Pourtant si la volonté de ces chefs d’Etat est essentielle parce que leur prestige, la confiance que leur porte les peuples est immense, cela ne suffit pas. Dans le Manifeste de Caracas, il est clairement fait état de  la nécessité pour les gouvernements de favoriser  l’articulation des mouvements sociaux et l’installation du Conseil des Mouvements Sociaux. Mais cela a lieu à partir des conseils nationaux de ces mouvements dans chaque pays.

Cette référence si je l’ai bien comprise parait définir un processus. On sait que l’Alba correspond à un projet bolivarien, celui de l’unification du sous continent face aux Etats-Unis, projets qui était le même que celui du Cubain José Marti, qui voyait Cuba comme une sentinelle veillant sur “nuestra America” face à l’ogre vorace étasunien. Pour résister il faut non seulement de la vaillance, dont ne manque pas la chevaleresque Amérique latine et les héros de la lutte c ontre l’esclavage des Caraïbes mais il faut un projet qui en favorise l’unification. Ce projet doit surmonter l’horreur du génocide des Amérindiens, l’horreur de l’esclavage dans les plantations sucrières, la violence exercée par les Etats-Unis, donc il faut qu’il soit en stricte opposition avec ce que prônent les dits Etats-Unis, le pillage, l’exploitation raciale en particulier, la mise en concurrence, le profit destructeur des êtres humains et de la planète. Il faut donc entrer dans un processus qui restitue aux nations leurs souveraineté, la fin du pillage, pour que les ressources soient redistribuées dans un projet humaniste et solidaire à quoi s’identifie le socialisme. Mais si la base en est la ré-appropriation des ressources nationales face aux appetits des multinationales, il faut également pratiquer l’échange, l’aide avec les pays voisins et frères, donc pratiquer un véritable internationalisme. Donc alors que l’Alba est intégration des républiques d’Amérique latine et caribéenne, sa réalisation passe par l’affirmation des souverainetés nationales. C’est un processus donc la contradiction positive entre intégration et souveraineté nationale passe par la justice jusqu’au bout.

Etre pleinement soi-même et en même temps aller vers la fraternité.  Celle-ci part de ceux qui se reconnaissent dans un objectif socialiste mais il n’exclut pas justement parce qu’il respecte la souveraineté et la volonté de chaque peuple, son rythme, ses choix. Le premier cercle est bien sûr celui de l’Amérique latine mais nul doute que le front anti-impérialiste qui se dessine puisse s’étendre bien au-delà sans ,prétendre intervenir dans le destin des autres peuples, leur imposer un modèle comme l’a fait les Etats-Unis et sans doute l’internationale dans d’autres périodes. L’Alba est le noyau central d’un projet qui s’articule sur de nouvelles relations sud-sud -non dénuées de contradictions- sans négliger les échanges marchands, il réoriente vers d’autres finalités, liées non à la consommation des riches mais à la satisfaction des besoins humains, ceux qui vont vers le développement personnel autant d’une recherche d’harmonie avec la nature. Il s’agit de ne rien forcer, de ne rien imposer mais de payer d’exemple.

Il me semble, mais le débat reste ouvert qu’un tel projet et son élargissement à d’autres continents ne peut pas s’accommoder d’une internationale, telle que celle-ci a pu exister jadis avec un centre et des consignes.  Aucun pays fut-ce Cuba ou le venezuela, les plus avancés sur le chemin sans doute, ne paraissent être sur la voie d’une nouvelle mecque du socialisme. Mais plus encore pour s’articuler réellement avec un front anti-impérialiste large autant qu’avec une avant-garde révolutionnaire, une internationale socialiste ne paraît pas l’istrument approprié mais risque de générer plus de contradictions qu’elle n’en résoud.

Mais cela n’exclut pas les liens de solidarité et des luttes communes . Ainsi la déclaration conjointe commande de concerter les actions politiques en vue de dénoncer l’hypocrisie et la double mesure dont témoignent dans les relations internationales  les États-Unis et quelques nations européennes.

En liaison avec le Manifeste, “la convocation  au Sommet ALBA-TCP avec des autorités indigènes et afrodescendantes, prévu à Imbabura, l’Équateur,a été fixée les 3 et 4 juin.”

Ils ont aussi souligné la décision de créer la Communauté d’États Latino-américains et des Caraïbes, et ont offert leur appui pour que le siège du sommet pour sa mise en oeuvre ait lieu en 2011 au Venezuela.”

Danielle Bleitrach

(1) Source, traduite par danielle Bleitrach  http://www.prensa-latina.cu/index.php?option=com_content&task=view&id=180926&Itemid=1

4 Réponses vers “Accord de l’ALBA pour consolider la souveraineté des nations et des peuples et avancer jusqu’au socialisme par Danielle Bleitrach”


  1. 1 ALBA C. 22 avril 2010 à 9:18

    Merci pour la traduction, c’est en effet très prometteur pour l’avenir.

    Quel sont pour vous, danielle, le caractère socialiste de l’ALBA et des divers régimes de l’Equateur, du Venezuela et de la Bolivie ? S’agit il de social démocratie ou de voie réelement révolutionnaire ?

    Merci pour votre réponse,

    Alba c.

  2. 2 socio13 22 avril 2010 à 11:33

    bonjour Alba C,
    ce texte n’est pas simplement une traduction, il y a des élements traduits “en italique” et d’autres qui me sont propres.Je crois qu’effectivement la politique menée par tous les présidents de l’alba sont social démocrates (sauf bien sûr Cuba), mais dans le contexte où nous sommes et où toute “réforme” est en fait le plus souvent un retour en arrière et une spoliation du peuple, une politique social démocrate et surtout de souveraineté nationale en vue de la redistribution des ressources ne serait-ce qu’en services publics est un pas en avant intolérable à l’empire et aux multinationales financiarisées. Donc le terme de social démocrate n’a pas pour aucune connotation négative, il s’agit effectivement de pas importants vers le socialisme. Dans une certaine j’analyserais dans des termes proches une expérience comme celle de la Chine… Par exemple comme lutte contre la crise, c’est trés keynesien…

    danielle Bleitrach

  3. 3 Joannès 22 avril 2010 à 2:50

    Je ne sais pas si pour être compris par tous de nos citoyens le terme “Social-démocrate” est à employé compte-tenu chez nous qu’il est utilisé par des responsables de partis ou de formations qui se disent Socialistes, mais ne fairons jamais le “Socialisme” ni même n’oserons pas toucher d’un yota aux fondements du capitalisme. il me souvient dans mes lectures de jeunesse que la Révolution Soviétique se fit avec des “Socialistes-Révolutionnaires” Pour l’ALBA on peut en toute objectivité parler de Révolution même si elle se distille au fil des ans car de véritables réformes sont en cours qui montent à la gorge des nantis sans doute, mais toutes approuvées par ces Peuples. Ce qui est vrai et remarquable c’est que c’est pour la première fois dans l’histoire du monde que des Révolutions se font par le Suffrage Universel fermant la porte à toutes tentatives d’aventuriers! Et laissant la violence du côté de la bourgeoisie qui accusait autrefois les Révolutionnaires à être ainsi !!!

  4. 4 Alba c. 22 avril 2010 à 3:05

    Je suis (comme mon nom l’indique) très favorable à toute libération nationale sur ce continent et d’autant plus quand elle est accompagné d’un fort contenu social.

    D’un point de vue strictement marxiste, c’est une révolution social-démocrate, donc bourgeoise, mais je ne suis pas strictement marxiste.

    Pour certains marxiste en Europe, soutenir le Venezuela, c’est trahir la classe proléatarienne internationale, comment explique-tu une tel myopie de la part des marxistes “orthodoxe” en Europe , alors que sur tout le continent sud-américain, les révolutionnaires jubilent (et ils ont raison) …

    Pour la Chine, je considère le mouvement révolutionnaire comme un mouvement de libération nationale progressiste, mais sur la question du socialisme, cela à permis surtout l’essor du capitalisme nationale puis la formation de l’état impérialiste chinois, ce qui est très bien pour les Chinois, on est d’accord.

    La question est, que faut il privilegier entre dévloppement du socialisme ou libération nationale, où alors l’un mène forcément à l’autre ?
    Je ne sais pas, j’avoue être perdu sur cette question car je ne me retrouve pas chez les marxistes “strictes” qui ne voit là qu’une révolution bourgeoise qui n’a aucun intéret ou ceux qui soutiennent ce processus sans y deceler la nature social-démocrate, qui je le répète ne me dérange pas du tout.

    Car certains pensent que si une libération national de type capitaliste à lieu dans un pays ca sera forcément pour former le futur état impérialiste, qui dominera ensuite d’autre pays, donc le serpent qui se mord la queue…

    voilà voilà , c’est un peu indigeste, si vous pouvez m’aider à y voir plus clair ça serais gentil merci encore pour vos articles sur ces questions qui sont définitivement enterré en Occident tant la couverture médiatique sur ce qui se passe en AMSUD est absente…


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s





Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 70 followers