j’ai traduit trés rapidement ce texte pour les lecteurs de ce blog parce que je le trouve excellent et trés explicatif sur le “grand jeu” (1) qui se déroule autour de l’Afghanistan et disons sur la stratégie “otanesqu” dont je vous ai parlé à plusiers reprises. par parenthèse non le, président Sarkozy n’est pas seulement un agité compulsif, il suit une stratégie et ce n’est pas un hasard s’il a dit ce qu’il a dit à New york à propos des attentats de Moscou. Si le parti communiste Russe soupçonne fortement le tendem au pouvoir, si d’autres soupçonnent l’OTAN, et si la Chine invite les Russes à chercher la paix dans un contexte régional, nous aurions intérêt à voir où on nous mène. Et cet article peut nous aider. Au lieu de mépriser l’adversaire voyons où il nous entraîne, arrêtons de jouer les Français superficiels qui croient avoir tout compris à bon compte… Note et traduction de Danielle Bleitrach.
Asia Times Online
traduit par danielle Bleitrach pour changement de société
les grands moments de synchronisation diplomatique sont difficiles à percevoir quand les participants sont des entités impénétrables. Les visites du président afghan Hamid Karzai en Chine et en Iran durant la semaine ont fait sonner les alarmes à Washington, entendues jusque dans le bureau Ovale de la Maison Blanche.
Les deux jours de conversations de Karzai à Pekin la semaine passée furent programmée exactement dans le même temps que le dialogue stratégique de haut niveau qui a eu lieu entre les Etats-Unis et le Pakistan à Washington.
Karzai a froidement défié la campagne diplomatique du “fais-le ou meurs” du président Barack Obama pour “isoler” l’Iran dans la région – non pas une mais deux fois durant la quinzaine passée. Karzai a antérieurement reçu à Kaboul à son homologue Iranien, Mahmud Ahmadineyad, avec une chaleur évidente tandis que le secrétaire de la défense des Etats-Unis, Robert Gates, était en visite en Afghanistan.
Washington n’a pas tardé à montrer son déplaisir. Obama a fait un saut à Kaboul le dimanche sans annonce préalable pour un “faire le point sur le terrain” avec Karzai.
Le conseiller national de sécurité des’Etats-Unis., James Jones, a dit aux journalistes à la Maison Blanche qu’Obama espérait aider Karzai à comprendre que “dans cette deuxième période il y a des choses qu’il doit faire comme président de son pays pour affronter des choses auxquelles il n’a pas été prêté attention presque depuis le premier jour.”
Le commentaire incisif d’une manière peu usitée de Jones cooroborait l’information du New York Times depuis Kaboul de ce qu’Obama “a personellement présenté une critique mordante” au président afghan qui “reflétait son irritation croissante”sur sa personne.
Le journal a commenté :
La visite de monsieur Obama a eu lieu en Afghanistan sur un fond de tension entre monsieur Karzai et les Américains. Il a cité un diplomate européen à Kaboul qui a dit : “Il [Karzai] s’écarte de l’Occident” et a continué pour remarquer que le président afghan “a chaleureusement reçu l’un des adversaires les plus éloquents des Etats-Unis.” à Kaboul et tout de suite “il retourné pour le rencontrer à nouveau durant le week-end dernier à Téhéran,” en outre en allant en Chine, “un pays qui fait des investissements économiques dans l’Afghanistan – en profitant des efforts coûteux et pénibles de sécurisation des Etats-Unis. et d’autres nations occidentales.”
Il semble que Karzai retournait à peine à Kaboul depuis Téhéran quand l’US Air Force One [un avion présidentiel d'Etats-Unis.] transportant Obama a atterri sur la base aérienne de Bagram au nord de la capitale afghane. Postérieurement Obama avait demandé à Karzai qu’il aille à
Washington le 12 mai.
Le printemps est dans l’air
Il est évident que les Américains sont furieux parce que Karzai est continuellement en train de tenter d’échapper au contrôle des Etats-Unis. et voilà qu’il cherche l’amitié de la Chine et de l’Iran. La fiction de cordialité s’évanouit même tandis que Washington se rend compte que le terrain sous ses pieds devient mouvant.
Curieusement, deux jours après son retour à Kaboul depuis Pékin le jeudi, Karzai a fait un saut à Téhéran pour célébrer le festival de Nowruz. En célébrant l’arrivée du printemps dans un conclave extraordinaire à Tehéran réunissant des pays de la région de langue persane, Karzai a attiré l’attention sur l’identité multiple de l’Afghanistan comme une société plurielle d’ancienneté pre-islamique.
Mais en termes politiques, il a fait une démonstration magnifique de sa liberté face à la supervision américain. Son voyage à Téhéran a inclus une réunion avec le Leader Suprême de l’Iran, l’Ayatolá Ali Jamenei.
Si la diplomatie iranienne de Karzai a été riche en symbolisme politique, sa visite d’État en Chine a été politiquement riche de contenu. Karzai était accompagné par les ministres afghans des affaires étrangères et de la Défense. L’agence chinoise Xinhua a informé depuis Pékin de ce que la prochaine visite de Karzai “a amplement attiré l’attention en ce moment où les grandes puissances spéculent sur le fait que la Chine participera aux efforts pour reconstruire- et peut-être offrir une aide militaire- à un pays déchiré par la guerre.”
Xinhua a mis une fin à la spéculation par rapport au rôle de la Chine pour ce qui concerne la guerre :
Depuis le début de 2008, des responsables afghans, ainsi que des troupes de l’OTAN, ont demandé maintes fois à la Chine d’ouvrir la frontière dans l’extrémité est du corridor de Vakhan pour aider à combattre des terroristes dans le pays. La Chine a repoussé la demande, en refusant d’être entraînée dans une guerre contre le terrorisme … Le ministre des affaires étrangères Yang Jiechi a dit par avance ce mois-ci que les moyens militaires n’apportent pas de solution fondamentale au problème afghan.
Zhang Xiaodong, un chef adjoint de l’Association Chine des Études sur le Proche Orient, a été cité en disant : “Certainement, la Chine ne participera pas aux affaires internes du pays dans le cadre de l’OTAN.”
Zhang a repoussé l’appel du mois dernier du secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen à renforcer les liens de l’alliance avec des pays asiatiques comme la Chine, l’Inde et le Pakistan, ainsi qu’ avec la Russie pays qui auraient un intérêt dans la stabilité de l’Afghanistan. Zhang a dit qu’une “participation déséquilibrée de ces parties intéressées [asiatiques]” pourrait seulement apporter plus de problèmes.
Zhang a ajouté: “L’Afghanistan devrait couper sa dépendance avec les Etats-Unis. Pour le moment, Washington Washington est profondément impliqué, et cela rend nerveux les autres voisins. Karzai espère maintenant trouver plus d’ appui dans d’autres grands pays et de ce fait trouver un équilibre diplomatique. “
Cependant, lors d’une réunion avec son homologue afghan Abdul Rahim Wardak, le ministre de la défense chinois Liang Guanglie a promis une coopération militaire bilatérale. “Les militaires chinois continueront à aider l’Armée Nationale Afghane pour améliorer sa capacité à sauvegarder sa souveraineté nationale, son intégrité territoriale et sa stabilité intérieure,” . Il a remarqué que la coopération militaire se développe sans complications dans la direction des fournitures militaires et de l’entraînement du personnel et que l’aide chinoise n’est pas assortie de “conditions”.
China Daily s’attaque à AfPak
Le mercredi, avant la réunion de Karzai avec le président chinois Hu Jintao, China Daily, propriété gouvernementale, a publié une critique dévastatrice de la politique AfPak des Etats-Unis. dans un article intitulé “l’Afghanistan reflète l’obsession même des Etats-Unis.”
Le commentaire disait :
Il est évident que les Etats-Unis. aimeraient maintenir leur influence sur l’Afghanistan y compris après avoir retiré ses troupes, peu importe quand cela arrivera. Ce qui signifie qu’ils ne permettront pas que des puissances régionales comme la Chine jouent un plus grand rôle dans les affaires afghans. En revanche, les Etats-Unis.sont disposés à partager avec un pays comme la Chine le poids de la reconstruction économique.
Le commentaire a insisté sur les différences sur les “positions fondamentales” de la Chine et d’Etats-Unis. D’abord, des Etats-Unis. ont adopté une attitude différenciée envers le terrorisme dans la mesure où ils se concentrent sur le fait que les talibans ou al-Qaida ne menacent pas sa sécurité intérieure ou ses installations et le personnel des Etats-Unis. Au contraire,’la Chine, comme voisine de l’Afghanistan “, a besoin d’affronter aussi des menaces non traditionnelles qui peuvent porter atteinte à sa sécurité, comme le trafic de stupéfiants, la contrebande d’armes et d’autres crimes qui passerait à travers ses frontières,” a dit China Daily.
Secondement, la “consolidation” par les Etats-Unis. de leur présence militaire en Asie centrale et du Sud sous prétexte de la guerre afghane ” met une pression additionnelle sur les intérêts de la défense et la sécurité de la Chine.”
Troisièmement, le choc des intérêts économiques d’Etats-Unis. et de la Chine. “Les Etats-Unis. jouit d’ une priorité dans la sélection de projets … Et sa contribution économique est le prix pour ses opérations militaires,” tandis que les entreprises chinoises font face à une concurrence injuste dans l’obtention de contrats et sont vulnérables aux menaces sur sa sécurité.
Quatriémement, pour les Etats-Unis. il y a une obligation au nom de laquelle ils sont en train “d’essayer d’imposer leur modèle politique à ce pays en arriéré. Par ailleurs, la Chine croit que les afghans (de tous les groupes ethniques et partis politiques) devraient décider eux-mêmes quelle forme de gouvernement ils souhaitent sur la base de leur culture, leur tradition et conditions intérieures”.
Cinquièmement, China Daily a dit que les Etats-Unis. et la Chine ont des “objectifs géopolitiques” contradictoires. Les Etats-Unis. a une “stratégie offensante de countreterrorisme dans laquelle l’ Afghanistan est une utilisé comme masse de manoeuvre pour maintenir sa domination globale et contenir ses concurrents. Au contraire, la Chine a une politique défensive de défense nationale et veut avoir de bonnes relations en tant que voisine de l’Afghanistan.”
En regardant vers l’avenir, le commentaire dit :
Le chaos causé par la guerre d’Afghanistan menace la sécurité dans la région nord-occidentale de la Chine. Un gouvernement faible à Kaboul pourrait signifier une frontière mal dotée de personnel ce qui alors faciliterait le trafic de stupéfiants et la contrebande d’armes et permettrait que les séparatistes de “Turkmenistán Oriental” se réfugient en Afghanistan après avoir causé des problèmes dans la région autonome Uigur de Xinjiang .
La Chine devrait obtenir que plus de pays se réunissent pour résoudre le problème afghan. L’OCS [l'Organisation de Coopération de Shanghai] pourrait jouer un rôle plus actif parce que cinq des six voisins de l’Afghanistan en sont membres ou observateurs… Mais vu la situation actuelle en Afghanistan, un processus de réconciliation et de reconstruction dirigé par l’OCS est une proposition peu réaliste. Il en résulte que actuellement [la Chine] peut seulement fournir une aide à travers des canaux multilatéraux.
Démonstration d’appui pour Karzai
La veille du départ de Karzai à Pékin, il a reçu à une délégation du groupe d’opposition Hizb-i-Islami dirigé par Gulbuddin Hekmatyar. Washington est ambivalent par rapport à Hekmatyar, mais dans la déclaration conjointe après la visite de Karzai, Pékin a exprimé son appui pour le processus de réconciliation et de réintégration en Afghanistan et il a affirmé son “respect par le choix par le peuple afghan d’un chemin de développement approprié à ses conditions nationales.”
Les consultations d’Ahmadineyad à Kaboul, suivies par la visite rapide de Karzai à Islamabad, et maintenant ses visites à Pékin et à Téhéran – la série simultanée d’échanges de haut niveau suggèrent un modèle.
Ce qui devait plus alarmer Washington est que
Washington devra prendre en compte que la Chine a parfaitement la capacité financière de réduire la dépendance de Karzai à la générosité occidentale, et d’encourager par ce fait la volonté du dirigeant afghan pour à se libérer de la domination de l’Occident.
Les milieux financiers autour du gouvernement d’Etats-Unis. ont spéculé sur le fait que durant son séjour à Pékin, Karzai pourrait chercher des investissements chinois dans les vastes réserves de minerais de l’Afghanistan ainsi que dans les gisements riches de gaz dans la région nordoccidental à la frontière avec le Turkmenistán, qui est déjà connecté par un gazoduc à Xinjiang.
Washington ne peut pas ne pas voir que Pékin et Téhéran partagent des préoccupations similaires dans presque tous les sujets concernant la situation afghane.
Celles-ci incluent les perspectives par rapport à l’ “agenda secret ” des Etats-Unis dans la guerre afghane et par conséquent l’urgence de stabiliser la situation dans ce pays, les doubles raseros de Washington dans la lutte contre le terrorisme, les objectifs hégémoniques de l’Occident face à l’Afghanistan, la nécessité impératice de “l’afghanisation” y compris avec une réconciliation nationale organisée par les Afghans eux-mêmes, et le plus important,sur l’opportunité d’une coopération entre pays de la région ayant la même opinion sur un réglement Afghan.
Il est concevable que Pékin se préoccupe de la situation critique de la sécurité en Afghanistan et de ses intérêts communs avec Téhéran dans ce domaine risque de devenir un facteur additionnel, pour le durcissement la position de Beijing par rapport au sujet nucléaire iranien.
De la même manière: la Chine est-elle préoccupée par la perspective de liens stratégiques à long terme entre des Etats-Unis et le Pakistan ?
Un conseiller important de l’ex-premier ministre pakistanais Nawaz Sharif a récemment écrit : “les Relations stratégiques avec les Etats-Unis. pourraient affecter d’autres liens vitaux. Deux sont critiques. Avec la détermination des Etats-Unis de pousser à un ‘ changement de régime ‘ en Iran: quelles seraient ses attentes en regard du Pakistan ? Finalement: nous pouvons [Islamabad] regarder la coopération avec Etats-Unis en aucune initiative qui peut gêner nos relations avec la Chine ?”
Pour le moment, les commentaires chinois semblent adopter une position indifférente. Ils tendent à voir le projet de coopération stratégique entre les Etats-Unis. et le Pakistan comme une action pragmatique des deux parties – née de la nécessité pour Washington de solliciter l’aide pakistanaise pour stabiliser l’Afghanistan d’une part et de l’autre la nécessité d’Islamabad d’aide des Etats-Unis. pour ressusciter son économie et pour maintenir un équilibre stratégique en face de l’Inde.
Mais Pekín ne peut pas ignorer la stratégie régionale sous-jacente des Etats-Unis d’empêcher les efforts de la Chine pour avoir accès à la région du Golfe Persique à travers l’Asie centrale par le détroit de Malaca, qui est effectivement sous un contrôle américain. La stratégie des Etats-Unis ne peut pas fonctionner à moins que le Pakistan n’y participe.
La démonstration d’appui de Pékin (et de Téhéran) est accordée à Karzai quand ses relations avec les Etats-Unis et le Pakistan sont un peu chancelantes, pour ne dire plus.
L’ambassadeur M K Bhadrakumar a été diplomate de carrière du service extérieur de l’Inde. Il a exercé ses fonctions dans l’ex-Union soviétique, la Corée du Sud, Sri Lanka, l’Allemagne, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Uzbékistan, le Koweit et la Turquie.
(Copyright 2010 Asia Times Online (Holdings) Ltd. All rights reserved.)
Fuente: http://www.atimes.com/atimes/South_Asia/LC30Df01.html
(1) Pour ceux qui ignorerait ce qu’est “le grand jeu” :
Le Grand Jeu renvoie à la rivalité coloniale entre la Russie et la Grande-Bretagne en Asie au XIXe siècle, qui a amené entre autres à la création de l’actuel Afghanistan comme État tampon. Ce fut une caractéristique stratégique des luttes d’influence entre l’Empire russe et l’empire britannique, de 1813 à la convention anglo-russe de 1907. La zone de l’Asie mineure était alors un ventre mou, encore indépendant au début du XIXe siècle de toute métropole coloniale.
L’expression est popularisée dans Kim, publié en 1901 par Rudyar Kipling.Mais pour un français, le grand jeu c’est Michel Strogoff de Jules Verne. Enfin je voudrais signaler le trés intéressant texte de Jacques sapir sur ce thème que l’on trouve dans un numéro entier de la revue autrement. (note de la traductrice. DB)
Il est désormais évident que la stratégie américaine pour verrouiller l’Afghanistan a du plomb dans l’aile? Effectivement tout cela s’inscrit dans un contexte géopolitique où la Chine, la Russie et les USA s’affrontent par pays satellites interposés. Mais il n’est même pas certain que notre président agité du bocal ait compris clairement les enjeux de ce qui se passe. Il est retors mais sa vision est étroite et son amitié affichée pour Bush Jr. n’a pas été oubliée à Washington. Ce n’est pas demain la veille qu’Obama l’informera pleinement de ce qui se passe en coulisse, et les services français ne sont pas vraiment en mesure d’informer l’Élysée de dessous des cartes, face au FSB, à la NSA et aux services chinois, la DGSE pèse peanut. Conclusion, le Benêt n’a pas de stratégie, il se contente de venir aux nouvelles et de suivre le mouvement en s’agitant et en bavardant à tort et à travers, comme le souligne finement Barak Obama quand il déclare ” Nicolas Sarkozy, mais je ne fais que l’écouter !” ce qui est une manière diplomatique de dire qu’il ne le prend guère au sérieux. Quant au Tsar Poutine, il semble bien que sa livraison de missiles S300 à l’Iran ait changé la donne en garantissant à Téhéran une défense anti-aérienne capable d’infliger de gros dégâts aux éventuels avions israéliens qui se risqueraient à une attaque éclair. C’est aussi cela qui dérange aussi bien les USA qu’Israël…Quant au Daghestan du Caucase, les wahhabistes pro américains sont là bas pour mettre en place un “émirat”. Pas étonnant alors que les kamikazes frappent Moscou… On pourrait en rire si cela ne se soldait pas du sang et des larmes.
La France et son plus haut représentant ne pèse effectivement pas bien lourd. Nous ne pesons plus rien sur l’échiquier mondial. Nous avons perdu tout poids avec les anciennes colonies Françaises avec nos pratiques de républiques bananières. Il ne reste que notre cuisine et notre tourisme qui fait encore rêver. Bref, très très loin de ces contingences géopolitiques où se jouent, je pense, les futurs leaderships mondiaux. Bonne soirée.