Un dilemne ancien pour la gauche: le cas du Bresil par Immanuel Wallerstein

La Jornada traduit par danielle Bleitrach opour changement de société

Si j’ai traduit cet article, c’est non seulement parce qu’immanuel Wallerstein a selon moi l’art de poser clairement les problèmes politiques sinon de les résoudre, mais parce que ce problème là me touche particulièrement dans ce que je considère encore comme une activité militante même si elle est trés isolée: la production d’analyses sur le mouvement du monde. bien des amis me disent sous des formes diverses que les questions internationales ne mobilisent pas les masses et que donc il faut chercher ce qui mobilise les masses. C’est pour moi une des formes perverses de l’électoralisme que l’on trouve y compris chez les gens les plus radicaux, c’est le contraire de ce qu’ont tenté les Cubains, rendre un peuple mature non seulement sur les questions de gestion de la vie quotidienne, mais de les rendre des protagonistes dans la geopolitique. La situation l’exigeait, mais est-ce que nous pouvons nous contenter de dénoncer légitimement l’Europe, sans nous donner les moyens par exemple de comprendre les stratégies internationales du capital? Si tel était le cas je n’aurais plus qu’à me retirer de cette forme de militantisme qui consiste à privilégier la culture politique d’un peuple pour renforcer sa souveraineté. (traduction et note de Danielle Bleitrach)


A l’occasion du trentième anniversaire de la création du Parti des Travailleurs (PT) au Brésil, le principal journal indépendant de  gauche,  Brésil de Fato,  a publié des interviews de quatre des principaux  intellectuels de gauche. Les quatre ont été actifs jadis   dans le PT, en fait ils ont été parmi  ses fondateurs. Trois d’entre eux se sont retirés du PT – l’historien Mauro Lasi a rejoint le Parti communiste Brésilien, le sociologue Francisco de Oliveira a adhéré au  au Parti pour le Socialisme et la Liberté et l’historien Rudá Ricci est devenu un gauchiste indépendant. Le quatrième, l’historien Valter Poner, est resté dans le PT et est l’une des figures principales de sa tendance de gauche.
Ils ont fait  quatre analyses,  différentes d’une manière étonnante, de ce que Ricci appelle le dilemme ancien de la gauche brésilienne : comment être populaire et de gauche. Mais naturellement c’était le dilemme de la  gauche dans le monde entier, et  il perdure jusqu’à présent.

Le Brésil est un lieu intéressant pour analyser ce dilemme et comment il s’exprime. C’est un pays avec une longue et active tradition politique, et aujourd’hui il bénéficie beaucoup d’une situation multipartisane. C’est aussi une nation dont la situation politique s’est de beaucoup améliorée dans des années récentes, particulièrement dans les 10 dernières années. Et le Brésil est un pays qui revendique  beaucoup un leadership politique en Amérique latine. Donc la question se retourne : comment mesurons-nous la popularité d’un parti et comment évaluons-nous ses lettres de créance de  gauche ?

Le journaliste du Brésil de Fato a commencé ses interviews en notant que le président Luiz est une figure charismatique, qu’il est le président le plus populaire depuis la “redémocratisation” du pays et que tout au long de son histoire le PT  a vu croître l’ appui que lui ont apporté les plus pauvres strates de la population. Pour que le parti devînt plus populaire, il a assuré, avoir eu à faire des concessions au pragmatisme.

Comment les quatre intellectuels ont-ils réagi à cette introduction ? Pour Ricci, le “lulismo” est devenu plus important que le parti ce qui intervertit le concept original du PT. Le PT a été américanisé dit-il. Aujourd’hui les partis sont simplement des machines électorales. La gauche trouve difficile d’être  populaire à cause de son lest théorique d’origine européenne. La culture populaire,dit-il, est complexe et conservatrice, et Lula dialogue avec sa culture populaire. Le PT est étatiste et productiviste, et comme tel conservateur et pragmatique. Donc le problème est de retourner à l’idée originale d’une utopie de gauche démocratique sans devenir elitiste.

Pour Lasi, le PT s’est retourné pour devenir l’un de deux partis principaux du Brésil, de centre gauche avec un programme petit bourgeois. Le prix qu’il a payé pour voir grandir son audience a été l’abandon des principes et des buts politiques qui étaient présents à son origine. Le lulismo ou le populisme est une manière de faire que les masses adhèrent aux politiques qui n’ont pas été faites dans son intérêt.

Pour Oliveira, le PT qui a commencé avec une base de travailleurs, de la théologie de la libération et de mouvements de démocratisation, s’est simplement retourné dans le cadre général du système partisan brésilien. Une perspective socialiste n’est pas basée sur les pauvres mais sur une analyse de classe. Et en ce qui concerne le programme du parti, l’etatisation, est retardée de 100 ans , c’est une partie de la douleur  infantile de l’étatisme. C’est un programme pour fortifier les industries brésiliennes et il n’a rien à voir de la gauche ou le socialisme.

Poner voit très différement la situation. Il est d’accord avec le fait qu’au commencement le gouvernement de Lula était social – libéral dans son orientation. Mais après 2005, ilest allé à gauche. Oui,  dit-il, le parti est pour le productivisme. Mais il y a deux variétés de productivisme, celui des conservateurs et celui des démocrates – populaires. Avec la crise du capitalisme, le socialisme est de nouveau en débat au débat.

Ce qui est surprenant à propos de ces trois analyses critiques est la peur du populisme. Ce qui surprend dans ces analyses c’est l’absence de n’importe quelle considération  de géopolitique.

Juste quelques jours après l’article du Brésil de Fato, Fidel Castro a publié l’une de ses Réflexions périodiques dans La Jornada, dans la cité de Mexico. Lula venait de faire une visite à Castro. Celui-ci a dit qu’il connaissait Lula depuis 30 ans c’est-à-dire depuis la création du PT. Etanjt donné l’histoire de Cuba et les difficultés de plus de 50 ans, Castro a dit que ce qui a eu pour nous une énorme transcendance a été la réunion récente Cancún où avait été décidée la création d’une Communauté d’États Latino-américains et des Caraïbes qui incluaient  Cuba et excluaient les États-Unis et le Canada. Cette réunion a été en grand partie une réussite de Lula.

Castro a souligné alors l’importance et le symbolisme de cette dernière visite de Lula avant qu’il ne cesse d’être président du Brésil. Il a rappelé que dans la décennie de 1980 il avait eu une rencontre émouvante avec lui, son épouse et ses enfants dans sa maison simple et a loué de Lula “son plaisir de lutter … avec une modestie irréprochable”. Là il n’y a aucune critique du lulismo.

Tout ce que les intellectuels brésiliens de gauche critiquent, Castro  le loue – le développement technologique du Brésil, la croissance du PIB, se convertir en l’une de 10 économies principales du monde. Même sur la question de la production d’éthanol, à laquelle Castro dit qu’il s’oppose, il n’a pas critiqué Lula. “Je comprends parfaitement que le Brésil n’a pas d’autre alternative, en face de la concurrence déloyale et les subventions des États-Unis et de l’Europe, que d’augmenter la production de l’éthanol”.

Castro finit avec cette note : “Une chose est indiscutable : l’ouvrier métallurgique s’est actuellement converti en homme d’Etat remarquable et prestigieux dont la voix s’écoute avec respect dans toutes les réunions internationales”.

Comment les intellectuels brésiliens de gauche  et Castro ont-ils pu aboutir à des portraits  si différents  de Lula ? Il est clair qu’ils considéraient deux choses complètement différentes. Les intellectuels brésiliens de  gauche regardaient primordialement la vie interne du Brésil et ils ont exprimé leur doléance sur le fait  que Lula était, tout au plus, un pragmatique de centregauche. Castro regardait principalement le Brésil dans son rôle géopolitique, et il voit qu’il sape son ennemi primordial, l’impérialisme des États-Unis.

Quelle  est la priorité de l’époque pour les intellectuels de  gauche ? Ce n’est pas simplement une question brésilienne. C’est une question qui doit se poser presque partout, en prenant en compte le cours de l’histoire et le statut social géopolitique du pays en  question.
 
© Immanuel Wallerstein.

Fuente: http://www.jornada.unam.mx/2010/03/21/index.php?section=opinion&article=026a1mun

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