Le Brésil entre le marteau et l’enclume : Israël et l’Iran par Pepa Escobar

Asia Times Online

Traduit par Danielle Bleitrach pour changement de société

Luiz Inácio Lula da Silva est le premier président du Brésil qui visite officiellement Israël. Loué pour son charisme, son impétuosité et  ses capacités formidables de négociation – le président d’Etats-Unis, Barack Obama parle de lui comme “l’homme” – Lula ne s’imaginait  pas que, pour subjuguer ses amphitryons de cette semaine, il devrait ni plus ni moins entrer en compétition avec le prophète Abraham. Il n’a pas fait de concessions. Et au contraire du vice-président d’Etats-Unis., Joseph Biden, la semaine passée, y compris il a agi pour ne pas être publiquement humilié par ses amphitryons.

Les  ambiances difficiles ne sont pas tout à fait des nouveautéspour Lula. L’ex-”gorille” des night-clubs changé en homme politique de la ligne dure, Avigdor M Lieberman, ministre des affaires étrangères d’Israël, a boycotté le discours de Lula dans la Knesset  (le parlement israélien) ainsi que la réunion de Lula avec le premier ministre Benjamin Netanyahu. Le motif : Lula n’a pas visité la tombe du fondateur du sionisme Theodor Herzl. Mais le Président français Nicolas Sarkozy ou le  premier ministre italien Silvio Berlusconi quand ils avaient  visité Israël en avaient fait de même.

Brasília – comme Paris et Rome – sait parfaitement qu’une visite à cette tombe n’est pas une obligation lors des voyages présidentiels. Cependant un choeur du Likud et de colons de la faction sioniste dure d’ Israël a proclamé que ce fait empêcherait fatalement la possibilité pour le  gouvernement brésilien de prétendre  être un médiateur dans le conflit un Israélo – palestinien.

Lorsque que les membres de la knesset  l’ont interrogé  – y compris Netanyahu – sur sa politique de non confrontation et de dialogue avec l’Iran, Lula est resté ferme. Il a condamné l’Holocauste et le terrorisme; il a rappelé à ses amphitryons la position du Brésil et de l’Amérique latine contre les armes nucléaires; il a revendiqué le “dialogue” et la “compassion” pour résoudre le conflit de Proche Orient; il a défendu la solution de deux États viables pour Israël et la Palestine; mais il n’a pas non plus renoncé à  critiquer la colonisation croissante de Jérusalem Est. Il a reçu une ovation debout, et, selon certains membres du Parlement, « il a été plus applaudi que (l’ex-président des Etats-Unis) George W.Bush.

Le prophète tropical

Aurait-il adopté une ligne digne d’Abraham qu’il n’aurait pas pu se concilier les sionistes jusqu’au boutistes. En tout cas, Lula a dit au journal israélien Ha’aretz ce que tout protagoniste sérieux dans le Proche Orient sait déjà : le “processus de paix” est dans une impasse, et l’arrivée de nouveaux médiateurs comme le Brésil demeure la seule issue.

Et c’est la même chose pour l’Iran: “Les dirigeants [du monde] à que j’ai parlé croient que nous devons agir rapide, autrement Israël attaquera l’Iran.” Lula est convaincu que un surcroît de sanctions contre l’Iran, en relation avec son programme nucléaire, est contre-indiqué. Et sa position a eu un écho sur tout le globe : “nous ne pouvons pas permettre qu’il arrive à l’Iran qui  est arrivé en  Iraq. Avant n’importe quelle sanction, nous devons entreprendre tous les efforts possibles pour essayer de construire la paix dans le Proche Orient.”

La position officielle du gouvernement brésilien – dont s’est fait l’écho une grande partie de la communauté internationale (c’est-à-dire tous, hormis le club fermé de Washington et ses susppots habituels européens) – est que tout peut encore être négocié avec l’Iran par rapport à son programme nucléaire. Lula insiste : l’Iran a le droit de développer un programme nucléaire pacifique dans les termes du Traité de Non prolifération nucléaire, duquel il est signataire.

Actuellement le Brésil est membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. La Chine, membre permanent, n’appuiera pas de nouvelles sanctions impulsées par les EE.UU. contre l’Iran – Il ne faut pas que le secrétaire de la  Défense d’EE.UU., Robert Gates, invente qu’EE.UU. a un dossier suffisant pour introduire un quatrième cycle plus dur de sanctions, pour lesquelles l’Arabie Saoudite tente de  persuader la Chine. La Chine ne votera jamais contre son propre intérêt national de sécurité – et l’Iran est une affaire de sécurité  nationale pour la Chine. Lula sera à Téhéran en mai et se réunira – à nouveau-  avec le presidente Mahmud Ahmadineyad. Les sionistes de la ligne dure jettent de la fumée – comme c’était prévu.

Lula sait parfaitement que les  dénommées “sanctions intelligentes” qui s’appliqueraient surtout au Corps de la Garde Révolutionnaire de l’Iran (IRGC) – en prétendant peser sur la plus haute puissance  économique et politique à l’Iran – toucheraient aussi des millions de civils dépendant des entreprises contrôlées par IRGC, et par conséquent à la population en général qui paie déjà le prix des actuelles sanctions. L’IRGC contrôle au moins 60 ports du Golfe Persique. La tentative d’empêcher que l’Asie réalise des affaires avec l’Iran impliquerait un blocage naval – et cela est une déclaration de guerre.

Comment  ne pas mettre dos au mur   l’Iran

Lula est arrivée au Proche Orient dans un moment crucial – précisément quand le gouvernement de Netanyahu a décidé de construire plus d’installations à Jérusalem l’Est et en Cisjordanie, même au détriment de l’appui crucial d’EE.UU. sur  le front iranien.

Ironiquement le Brésil réussit à séduire l’establishment israélien sur  le front économique plus que celui géopolitique. Israël a signé un accord de commerce libre (ALC) avec le Mercosur, le cinquième bloc par sa grandeur en ce qui concerne le produit interne brut  dans le monde – pour la plus grande contrariété des palestiniens, qui voient en l’ALC  un soutien important puissant au complexe industrialo-militaire  israélien.

Et cela, alors qu’il est évident que le Brésil est strictement en faveur d’un État palestinien viable à l’intérieur des frontières de 1967. Cet  ALC inclut un approvisionnement stratégique crucial – il permet le transfert de technologie d’armements aux membres du Mercosur. Par conséquent, des armes responsables de la répression de  Gaza seront bientôt disponibles en Amérique du Sud.

Parallélement, en appuyant  le rôle du Brésil comme médiateur, le président israélien Shimon Peres  a personellement suggéré à Lula que le Brésil pourrait faire que deux visites – celle du président syrien Bashar au-Assad et de Netanyahu – se rencontrent sur le sol brésilien. A ssad va au Bresil cette année et cette semaine Netanyahu a accepté une invitation. Un sommet tropical, informel, syrie-Israêl serait idéal pour briser la glace. Lula et Netanyahu ont adopté un système bilatéral de réunion entre chefs d’Etat de ministres tous les deux ans.

Et où sont les EE.UU dans tout cela ? Aujourd’hui  un accord stratégique officiel existe entre EE.UU. et le Brésil, qui implique deux réunions par an au niveau des ministres des affaires étrangères, l’une dans EE.UU., l’autre au Brésil. Le ministre des affaires étrangères brésilien, Celso Amorim, a une relation très étroite avec la secrétairerie d’État d’EE.UU., Hillary Clinton. Dans sa visite récente au Brésil, Clinton a fait pression sur  Lula et Amorim pour qu’ils appuient des sanctions plus dures contre l’Iran. Le refus a été courtois mais ferme.

Clinton seul a pu se plaindre dans une conférence de  presse de ce que l’Iran “utilise” le  Brésil, la Turquie et la Chine pour échapper à  des sanctions. Pour sa part,  Amorim a voulu rappeler toujours le désastre irakien : “j’étais ambassadeur à l’ONU durant les moments critiques de la décision sur l’Iraq. Et ce que nous a  avons constaté c’est que ça a été une grande erreur.

Lula n’a pas pu être moins explicite: “il n’est pas intelligent de mettre l’Iran contre le mur. Je veux pour l’Iran ce que je veux pour le Brésil : l’usage d’énergie nucléaire pour des fins pacifiques. Si Si l’Iran va plus loin, alors nous ne serons pas d’accord. ” Fondamentalement, c’est la même position que celle de la Chine.

Il semblait que Lula et Obama avaient une position synchronisée par rapport à l’Iran, à partir de sa rencontre à la marge d’une réunion du Groupe d’Huit plus cinq dans L’Aquila, en  Italie, il y a neuf mois. L’Obama de l’époque avait  encouragé à réaliser le dialogue Brasília – Téhéran, tandis que le Brésil faisait pression sur l’Iran pour qu’il se conforme à un programme nucléaire strictement civil. C’est exactement ce que Lula a dit à Ahmadineyad quand ils se sont réunis au Brésil. Ce qui s’est substantiellement endurci c’est la position du gouvernement d’Obama.

Les diplomates brésiliens insistent sur le fait qu’Ahmadineyad n’a jamais fermé la porte aux négociations. Dans des conversations  diplomatiques bilatérales secrètes, y compris des fonctionnaires d’EE.UU  ont admis devant leurs homologues  brésiliens qu’Ahmadineyad lui-même n’est pas inflexible, et pas plus que le Leader Suprême Ayatolá Ali Jamenei. . Dans un discours du 19 février, quand il avait lancé un destroyer iranien,  Jamenei a renouvellé le démenti du fait que l’Iran voulait des armes nucléaires et il a souligné que celles-ci sont proscrits par   la loi islamique parce qu’elles tuent  de grandes quantités d e civils innocents.

Le problème a été amplifié par beaucoup d’exagérations dans les médias américains et européens. En calmant les exigences de sanctions, Clinton elle-même dans un moment de franchise durant son voyage sudaméricain, s’est vue obligé d’admettre que l’adoption de sanctions pourrait mettre “quelques mois,”si elles ont jamais lieu.

Même avant la visite de Clinton, le ministre des affaires étrangères de l’Iran, Manouchehr Mottaki, avait officiellement admis déjà devant les medias brésiliens que le Brésil pourrait être un “pont” entre l’Iran et le front d’EE.UU. et l’Union Européenne, grâce à sa position ” réaliste.” Mottaki ne voit pas le Brésil comme “médiateur” – mais plutôt “comme un acteur facilitant les consultations,” puisque Téhéran ne croit pas qu’un autre pays doive parler pour  ses propres intérêts (de Teheran).

Brasília n’a pas non plus explicitement demandé le rôle de médiateur. Mottaki a révélé qu’il entretenait une “diplomatie substantielle téléphonique” avec Amorim. Téhéran voit évidemment les bénérices qu’il y aurait à établir un canal de dialogue vers l’Occident industrialisé à travers un important pays en développement.

Le BRIC comme la nouvelle superpuissance

La stratégie de Lula d’entreprendre de se positionner comme un “pont” serait spécialement bienvenue quand l’affaire iranienne arrive à une étape cruciale dans laquelle des factions de la ligne dure à l’intérieur d’EE.UU. / UE / Israël font tout leur  possible pour disqualifier  tout renseignement qui douterait que l’Iran construise une bombe nucléaire; il y a eu des tentatives systématiques de “truquer” du renseignement pour suggérer qu’il est manipulée (les échos de l’Iraq ?)

L’entrée dans l’arène de Lula aussi représente un autre exemple de l’actuel rôle de la BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) comme une superpuissance rivale des Etats-Unis «au profit total de domination »  de plus en plus déconcerté. Aucun des membres de la BRIC n’est en faveur d’un isolement de L’Iran, sans parler d’une attaque. De même aucun d’entre eux ne croit, à l’évidence, que l’Iran s’aprète à produire une arme nucléaire, et ils pensent qu’une attaque accélérerait la prolifération nucléaire dans le Golfe Persique.

Les états du BRIC savent aussi que des Etats-Unis. et l’Iran peuvent collaborer dans les problèmes épineux- comme  l’Afghanistan.

Il reste le problème  stratégique du proverbial éléphant sur le sujet – Israël. De sorte qu’il est temps que les Etats de la BRIC façon à ce qu’il soit temps que les Etados du BRIC opposent un interdit à  Israël.

Si le gouvernement Netanyahu à Israël peut humilier Obama et à Biden  par rapport à l’expansion des installations à Jérusalem Est et en  Cisjordanie, on peut supposer à juste titre qu’il pourrait ignorer les préoccupations du chef de l’état major des Etats-Unis., Mike Mullen, qui a prévenu qu’une attaque contre l’Iran serait “un grand , grand, grand  problème pour nous tous ».

Cela peut signifier qu’Israël (ainsi que Washington) veut simplement un changement de régime en Iran quel  que soit  le moyen nécessaire. Israël peut choisir le chemin nucléaire – utiliser des bombes atomiques tactiques crève – bunkers pour détruire des installations nucléaires iraniennes. Israël peut être disposé à lancer une guerre préventive – un élément fondamental de la politique israélienne totalement adopté par le gouvernement de George W Bush. Et Israël compte  certainement sur les Etats-Unis. pour l’appui logistique et politique.

Lula n’est pas allée si loin. Mais sa position contient l’embryon de tous ces problèmes épineux avec lesquels les états du BRIC devraient faire face à Israël. Alors tout le monde saura qui en réalité est celui qui impose sa politique.

… … … …

José Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) et Réseau Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surgit. Son nouveau livre, qui est en train d’être publié est Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

Pour les contacts: pepeasia@yahoo.com.

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Fuente: http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/LC18Ak03.html

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