Approche sociologique du suicide au travail par danielle Bleitrach

Une salariée de France Télécom d’une cinquantaine d’année, rattachée à la plate-forme de Lens (Pas-de-Calais) et en arrêt-maladie depuis un an, s’est suicidée chez elle, a-t-on appris vendredi de sources concordantes.

Je voudrais insister sur l’importance que j’accorde à ce texte que je viens d’enfin finir de rédiger, c’est sans doute une vision personnelle et cela peut paraître de l’autosatisfaction, non c’est ce que j’ai à dire, pour ouvrir des pistes politiques qui à mes yeux vont au-delà de la question du suicide, symptôme du vide social généré par le capitalisme à son stade sénile.

Il est trés rare que j’impose à mes lecteurs une analyse sociologique même si dans ma perception celle-ci est présente, je tente toujours d’en faire l’économie pour éviter la position de “l’expert” sur des sujets où le degré de certitude est trés faible puisqu’il s’agit de phénomènes d’une trés grande complexité sur lesquels trés souvent manquent les recherches. Sur le suicide il y a bien sûr le trés célèbre texte de Durkheim intitulé “le suicide”, mais cette reflexion est en deça de la réalité actuelle. Nous ne manquons pas aujourd’hui d’enquêtes empiriques sur le phénomène de suicide au travail, mais il n’existe pas de véritable problématique théorique sur le sujet, une démarche théohérétique par rapport à l’ordre social puisque comme chacun sait, les idées dominantes sont celles de la classe dominante. hasardons-nous donc à tracer quelques pistes…

Aujourd’hui on apprend un nouveau cas de suicide à France télécom ce qui porte les cas de suicides dans cette entreprise à 8 depuis le début de l’année et le troisième dans le mois de février…

Le “suicide anomique” dans les sociétés modernes à l’aube du XX e siècle, vu par Durkheim

Il n’y a pas que le suicide en entreprise, la France selon des statistiques  de l’OMS (organisation Mondiale de la Santé, datant de 2008 est le pays de l’OCDE où l’on se suicide le plus avec le Japon.

En France en 2008, selon les sources, le taux de suicide est de 16,2 pour 100 000 habitants[ ou bien exprimé de la façon suivante par l'OMS : 26,4 pour les hommes et 7,2 pour les femmes.Parmi les pays de l'OCDE, les taux de suicide sont les plus forts au Japon et en France (de 15 à 20 pour 100 000) et les plus faibles en Italie, Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Durkheim, un des pères fondateurs de la sociologie s'est interrogé sur la manière dont la société moderne qui développait l'individualisme maintenait néamoins la cohésion sociale. A ce titre il a écrit un ouvrage célèbre intitulé "le suicide" Le suicide,  pour lui cet  acte qui est apparement individuel relève bien d'une analyse de la société et  il s'agit bien d'un fait social qui doit être analysé en tant que tel et non comme une "motivation" individuelle.

Pour Durkheim : "Le suicide varie en fonction inverse du degré d'intégration des groupes sociaux dont fait partie l'individu […] Quand la société est fortement intégrée, elle tient les individus sous sa dépendance, considère qu’ils sont à son service et, par conséquent, ne leur permet pas de disposer d’eux-mêmes à leur fantaisie“.

Donc les sociétés à forte intégration développent un suicide “altruiste” où l’on donne sa vie pour le groupe, en revanche les société modernes  sont caractérisés par le suicide égoïste ou par défaut total d’intégration et le suicide anomique qui témoigne d’une crise de la dite société, ses valeurs, toutes ses régulations sont en crise et l’individu n’est plus “tenu” par elle.

Si la France comme le Japon connaissent un taux de suicide plus élevé que les autres sociétés dites modernes ou développées,on peut encore penser qu’il s’agit de suicide anomique, le taux de suicide pourrait exprimer l’angoisse des individus devant cette situation de crise, la perte des valeurs collectives.

Et si le suicide en entreprise face à des modèle de management manifestait jusqu’où va aujourd’hui une lutte des classes totalement niée , ce que des auteurs ont défini comme le “vide social” .

Le “vide social” (1) comme processus d’inhibition collectif

Il existe un travail qui pourrait permettre de considérer ce phénomène dans une autre perspective que celle des médias ou même des nombreuses “expertises” empiriques sur le sujet , expertises qui au meilleur des cas soulignent la charge de travail, la pression, le caractère incohérent des demandes et la peur permanente de ne pouvoir y répondre, mais tout cela ne répond pas à la question de simple bon sens qui est pourquoi se suicider au lieu de s’organiser ou même pour les esprits plus radicaux pourquoi ne pas aller tuer le patron ?

Ce travail est trés intéressant parce qu’il accorde une grande importance au suicide comme fait social à la manière d’un Durkheim mais il le fait à partir de soins médicaux apportés à un individu en état de souffrance psychique. il s’agit d’une expérience qui a eu lieu  dans un service neuropsychiatrique de Seine et Marne dans les années soixante. Un certain nombre de patients, tous des hommes appartenant à des couches défavorisées, des ouvriers agricoles manifestent un syndrome de psychose aiguë : la mania transitoria de Kraft erhing. C’est un épisode psychotique avec confusion mentale de courte durée accompagnée le plus fréquemment de tentatives de suicides.

Les médecins qui ont pris l’habitude de travailler avec des sociologues ont été alerté par l’uniformité de la population concernée. Ils font d’abord des observations cliniques avec tests hypoglicémiques après l’épisode délirant, ils établissent un diagnostic d’inhibition de l’activité nerveuse supérieure: courbes cratères écrasés traduisant une adynamie, L’adynamie est une fatigue très intense s’accompagnant d’un épuisement général de l’organisme que l’on constate au cours de certaines affections entraînant de la fièvre. Il est dû aux effets de la toxine libérée par le germe. Il se caractérise par :
Une faiblesse musculaire extrême. Un abattement extrême. Une prostration se caractérisant par une posture que le patient adopte et qui consiste à s’étendre sur le sol, face contre terre. Une stupeur se caractérisant par un arrêt de l’activité physique et intellectuelle volontaire correspondant à un engourdissement des facultés cognitives (intellectuelles) associant une indifférence totale…
Cet abattement qui est l’état normal du sujet après la crise est caractérisé par une apathie atteignant des sujets pour qui leur vie est un leurre et sans intérêt. Il cède la place à des états de psychose aiguë pour des raisons banales.
La rencontre sur ces cas entre médecins et sociologues va aboutir à un diagnostic de “vide social”. Il y aurait “rupture des transmissions” sociales, le sujet voit ses contact sociaux, la communication avec autrui perturbée jusqu’à la rupture. Mais ce qui crée encore plus problème c’est que la société méconnait l’existence de cette rupture et la frustration a de ce fait de moins en moins de mots pour se dire.  j’aurais tendance à dire à partir du diagnostic de l’enquête que nous sommes devant une aliénation psychiatrique qui va jusqu’au bout du processus d’aliénation caractéristique selon Marx de la société capitaliste (livre I du capital) la chosification d’un rapport d’exploitation, mais cela n’est pas dit dans l’enquête où l’on se contente de noter que c’est “la structure sociale” de la vaste et vide région agricole de la Brie qui provoque une inhibition, en produisant un vide social et une inanimation des individus.Un trait caractéristique de cette structure de vide social est d’engendrer une inhibition collective qui s’étend à toute une population et façonne son modus vivendi par un processus d’inhibition réciproque. Le vide social non seulement est un processus d’engendrement des épisodes délirants avec tentative de suicide mais aussi d’une apathie ordinaire, en ce sens le vide social” conserve et organise cette inhibition réciproque car il fait fondre les intermédiaires et les vecteurs d’information. Il s’auto-entretient et s’auto-développe et plus il est étendu moins il offre de signes positifs qui puisse le dénoncer” (p.81)

Le vide social doit être distingué de l’isolement social: ce dernier exprime le défaut de communication tandis que le vide social se réfère à une cause sociale de ce défaut.

On peut faire certaines remarques à l’extension de ces concepts à un autre terrain que celui de l’enquête par exemple aux suicides dans l’entreprise, est-ce qu’il y a comme dans ce cas là constat d’une affection précise avec ses différents épisode, en tout cas cela mériterait d’être étudié. Cela je le répète permettrait de dépasser certains stéréotypes, celui des dirigeants de l’entreprise qui ont été jusqu’à parler de “mode”, marquant ainsi non seulement leur mépris mais inconsciemment en soulignant le caractère “social” du phénomène et donc leur propre responsabilité dans ce qu’il faut bien considérer comme un des nombreux assassinat de la lutte des classes. Ou encore les interrogations de ceux qui ne comprennent pas que l’on s’autodétruise plutôt que de s’organiser ou de à la limite tuer le patron. Nous sommes devant ce que les auteurs du livre appellent de “l’inanimation” engendrée par une structure inhibante qui étend son influence mortifère dans la méconnaissance sociale du mal.

Mais même en ce qui concerne l’expérience de Seine et marne on peut s’interroger sur la nature du diagnostic et en quoi ces épisodes délirants se distinguent-ils par leur dimension psychosociale d’autres épisodes psychotiques avec bouffées délirantes ? Le traitement imaginé pour lever l’inhibition de ces malades et ses effets mesurés d’une manière clinique ont été dans le prolongement du diagnostic. Il a consisté en un entraînement en petits groupes à la revendication collective contre la pression sociale désanimente de la société.

Un discours sur le diagnostic n’aurait pas eu de portée, on ne sort pas de l’idéologie par l’idéologie. Il fallait que les patients se désinhibent et le fassent en collectif face à une société productrice de cette inhibition. Le médecin et le sociologue ont considéré que l’institution hospitalière et les cadres médicaux étaient le reflet de cette pression sociale désanimente de la société, ils ont été choisis comme cible de la revendication collective. Les auteurs nomment cette sociothérapie de groupe: l’apétothérapie. Les petits groupes se sont formés et les individus y ont pris leur reponsabilité au sein de la contestation de l’institution hospitalière.

Ce traitement a produit des résultats qui prouvent a-contrario la validité du diagnostic. Il s’agit de mesurer les progrès réalisés par chaque malade dans la relation empathique, c’est-à-dire la participation à la vie sociale. le concept d’empathie s’est révélé particulièrement heuristique (apte à favoriser la recherche), il a permis non seulement de mesurer les progrés de la coopération, de la cohésion du groupe mais aussi les progrès de la clairvoyance de chaque individu vis à vis des réactions et des perceptions d’autrui.

L’expérience vaut ce qu’elle vaut puisqu’on ne peut s’empêcher de se dire que le malade sorti de l’institution psychiatrique va certainement se retrouver confronté aux mêmes conditions de vide social, après cette parodie de lutte des classes. Mais il faut bien mesurer que l’apport conceptuel de cette analyse va plus loin sans doute que celle de Durkheim qui, bien que s’affirmant socialiste, est par certains côtés extraordinairement réactionnaire puisque toute sa problématique vise à intégrer les individus et à dénoncer les facteurs qui mettent en péril la cohésion sociale, quitte à soutenir qu’il est pour la peine de mort parce que cela cimente les rapports sociaux. Nous sommes loin avec lui de la dénonciation des institutions, de les transformer en cible d’une quelconque contestation, sans parler de la lutte des classes qui est une conception absente de son oeuvre même quand il prétend traiter de la division sociale du travail.

Au contraire dans l’expérience de Seine et Marne,  on tire les conséquences de la dénonciation de la structure sociale inhibante. Il faut  noter que nous sommes avec cet expérience dans une situation aux antipodes de la réponse fournie par les entreprises au cas de suicide, par exemple la passation d’un questionnaire sur les dysfonctionnement de l’entreprise, l’individu interrogé reste seul avec l’absence de conscience de l’inhibition collective et réciproque. cela tient au fait que face à la multiplication des suicides l’esprit de l’entreprise, son management cherche non pas à reconstruire les individus mais à les intégrer à ce qui les détruit, en essayant d’éliminer toute contestation collective possible. De cette intégration fut-ce à son propre naufrage, jusqu’à la mort, le capital attend qu’elle lui économise tout affrontement politique.

Quelques hypothèses audacieuses

1) L’absence d’un parti des couches populaires et avec lui la perte de tout un tissus associatif et syndical dans ses couches populaires.

A partir de ce moment toutes mes interprétations et mes pistes d’analyse quittent le terrain des faits pour s’ouvrir sur des voies plus spéculatives et idéologiques et qui s’appuient néanmoins sur une expérience politique sur une “longue période”.  J’ai toujours considéré mon adhésion au PCF comme une sorte de complément de mon métier de sociologue, c’était “un laboratoire”, je faisais  le pari de la fusion de la théorie avec le Mouvement ouvrier. je ne regrette rien parce que jusqu’à preuve du contraire dans l’horizon des pratiques existantes, comme n’a cessé de l’affirmer Althusser, nous n’en avons pas d’autres, et nous n’en avons pas de meilleurs.  Cet engagement je continuerai à le défendre contre toutes les apories actuelles d’un positivisme et de la spéculation qui ne gênent personne parce qu’ils ont renoncé à combattre l’idéologie bourgeoise en prétendant répudier les errances d’une science “prolétarienne”. Ils n’ont rien fait de tout cela et nous sommes démunis , dévastés, morcellés face la pratique scientifique autant sinon plus que dans notre pratique politique.

Je me suis opposée avec une rare détermination à ce qu’on a appelé  dans ce parti ,”la mutation”, ce qui m’a vallu une solide réputation de stalinienne conservatrice. En fait, cette “mutation” outre le fait qu’elle ne s’est jamais appuyée sur une véritable critique des problèmes rencontrées par les sociétés socialistes, dirigées par des partis communistes, telle qu’elle a été menée me paraissait destructrice de ce qui était à mes yeux un des principaux intérêts du PCF:  le maillage de la société française et sa vie, dans un processus contradictoire. Ce maillage s’était constitué sur des bases qui relevaient de l’intervention révolutionnaire des masses, l’organisation à la base était non seulement efficace mais elle  levait les inhibitions des couches populaires, les intégraient à la nation française en favorisant une participation politique sur les bases de classe qui étaient les leurs (2). Je n’ai cessé de protester contre la destruction des cellules dans les quartiers populaires et les entreprises. L’argument de leur difficile maintien dans le processus contre-révolutionnaire qui s’est développé dans les années quatre-vingt dix m’est apparu et m’apparaît toujours comme particulièrement irrecevable puisque face au mal qui s’étend on accompagne le processus au lieu de le combattre. On a peut-être cru en abandonnant le combat obtenir une rémission de l’adversaire, il est clair qu’il n’a cessé d’avancer dans sa capacité destructrice.

Il reste un véritable bilan à faire sur les conditions de la participation populaire à la vie politique et face à la desaffection de celle-ci, ce bilan urge. Y a-t-il une possibilité de participation qui économise la proximité, le besoin de contacts, l’information au quotidien, et de surcroît comment se définit la véritable démocratie celle qui ne créé par le brouillage sans intérêt médiatique mais pose les questions de fond , celles sur lesquelles l’intervention populaire prend tout son sens et ces questions là doivent mettre en évidence le nécessaire dépassement historique du capitalisme ce qui est totalement interdit.

La seule solution est de reconstituer ou de créer tout ce qui va pouvoir faire sortir notre peuple de cette désanimation, dont le suicide en entreprise est un symptome. le peuple français a toujours été un des plus “politiques” qui soit. Marx notait déjà qu’en France Kant devient Robespierre, c’est-à-dire que l’action transformatrice, la conscience d’un rapport de forces font de ce pays celui d’une lutte des classes en acte. la multiplication des suicides en général et ceux en entreprises sont peut-être le symptome de cette impossibilité de participation, cette absence d’empathie sociale.

2) L”esprit de vindicte, comme l’indignation, sont la base du vivre ensemble politique pour la souveraineté et la justice… pour Spinoza.

Enfin je voudrais souligner à quel point l’analyse ici s’appuie sur la conception de la politique chez Spinoza. Il faut s’adosser à Spinoza pour dénoncer l’idéologie du sujet politique, doué d’un libre arbitre, base de la “démocratie”. Qu’est ce qui fonde la politique, confère à ceux qui gouvernent une légitimité ?. Quand est remis en cause la monarchie de droit divin comme forme de légitimité, il reste pour certains théoriciens un principe qui donne la légitimité, c’est le contrat social.

Dans le livre I du capital Marx débute par une remise en cause de ce contrat social idéal en montrant son fondement réel dans la société capitaliste: l’achat et la vente des forces de travail comme des marchandises, la réification. Nul doute que sa critique du “contrat social” ne se soit inspirée de Spinoza. Dans le Traité politique VI,1, Spinoza, qui ne cesse de contester l’idée du “libre arbitre”, soutient que l’accord de la multitude qui préside à la constitution du corps politique n’est pas fondé sur la raison mais sur un affect commun, crainte, espoir ou désir de venger un dommage subi en commun (vel desiderio commune aliquod damnum ulciscendi). C’est parce que le peuple peut toujours recourir à l’insurrection que la légitimité est reconnu à un gouvernement et, comme le propose Machiavel, que Spinoza connaissait et appréciait, il faut même prévoir l’institution de cet état temporaire. C’est ce que Marx appelle la dictature du prolétariat. Mais c’est un droit temporaire.

La contre-révolution que nous sommes en train de vivre aujourd’hui veut éliminer ce fondement du droit de vengeance, de l’indignation, alors que la Constitution de 1793, la plus progressiste,  a reconnu le droit à l’insurrection pour un peuple dont on viole les droits légitimes. On peut même dire que  l’idéologie de cette contre-révolution, alors même que s’exaspèrent les violences contre les peuples, à commencer par le chômage, ne cesse d’effrayer avec ce recours des peuples. L’idéologie de cette période contre-révolutionnaire a de véritables épouvantails, ainsi elle transforme ce désir de “vengeance” en aspiration à la tyrannie, c’est alors la référence au  “stalinisme” ou celle au ”populisme”. Ce qui est abusivement nié c’est la possibilité que ce désir légitime de vengeance puisse être le vrai point d’appui pour redéfinir, comme chez Spinoza et même Machiavel,  un droit souverain et une justice commune et que cela passe par une organisation collective, alors que le thème du contrat social associe le libre arbitre d’individus isolés mais dont le modèle est l’entrepreneur bourgeois.

Il faut noter une autre manière que l’on a eu de nier cette base politique, cela a été d’accorder un primat absolu au “sociétal”, aux questions de société comme l’homosexualité, comme “les femmes” en général, comme les groupements religieux ou ethniques, ce que l’on appelle le communautarisme et qui en étant à “la recherche du même”, de l’identique plus encore que de l’identité, est parfaitement contradictoire avec le politique qui est justement la confrontation des hétéréogénéités. Mais c’est là encore un autre thème.

Dans la grave crise que nous traversons, il s’agit plus de pistes de réflexion que de certitudes relevant de sciences exactes, néanmoins ces références théoriques et conceptuelles ont le mérite d’organiser une rupture avec notre propre vécu qui est sans doute celui d’une extension de la non transmission de l’information autant des relations entre les individus. Peut-être  qu’il faut  considérer la manière dont vide social et contre-révolution impérialiste vont ensemble, ne serait-ce pas tout simplement parce que “le vide social conserve et organise cette inhibition réciproque car il fait fondre les intermédiaires et les vecteurs d’information. Il s’auto-entretient et s’auto-développe et plus il est étendu moins il offre de signes positifs qui puisse le dénoncer.” Fonte des intermédiaires qu’il s’agisse des organisations de classe ou de la nation, et absence d’information sur ce qui est le plus apte à recréer l’action collective  dans sa dimension revendicative et même insurrectionnelle.

Danielle Bleitrach

 
1) Copuchet, J.L, Maucorps, P.H le vide social, ses conséquences et leur traitement par la revendication, préface de Roger bastide, Paris la haye, mouton 1966. Publication du centre de psychiatrie sociale.

(2) j’ai démissionné du comité central en 1996 quand j’ai compris que la direction du PCF avait refusé d’intervenir dans le mouvement de 1995, sous prétexte de la stratégie “mutationniste” qui ne “devait pas corseter le mouvement populaire”, en fait parce que les transactions entre eux et le PS étaient avancées sur leur participation au gouvernement. Je suis intervenue à la tribune du CN pour dire que j’étais contre cette participation mais que peut-être j’avais tort et que l’important était d’en discuter , de faire discuter les communistes sur ce choix. Personne, je dis bien personne n’a osé reprendre mon intervention, alors même que dans les couloirs tout le monde, y compris Robert Hue venaient me dire que c’était la vraie question. Au même moment on préparait un congrès dont le thème était “mutationiste” à savoir “l’intervention citoyenne”. le comble a été peu de temps après la comédie de la consultation des communistes pour savoir dans l’urgence s’ils devaient “participer” au gouvernement en expliquant que le peuple français ne comprendrait pas un refus, bien sûr tout avait été fait derrière leur dos pour que les communistes et le peuple français “ne comprenne pas”… Que veut dire l’intervention citoyenne quand on ne leur pose pas la vraie question, quand on amuse les communistes et les masses selon la bonne vieille pratique du parlementarisme bourgeois, les faire parler de n’importe quoi tandis qu’en coulisse on s’entend au sommet. de surcroît la mutation a consisté à détruire toutes les organisations collectives de base, celles ou la participation populaire avait une sens. je ne sais pas si ces gens étaient vendus ou imbéciles mais ils ont parfaitement accompagné cette structure d’inhibition politique généralisée qui a nom bipartisme.

2 Réponses vers “Approche sociologique du suicide au travail par danielle Bleitrach”


  1. 1 Yan Joël 2 mars 2010 à 8:04

    Merci à Danielle Bleitrach pour une contribution au débat des Communistes dont je partage les idées autant que mon niveau de culture me le permets.Je dénonce sans relâche et sans possibilité d’expression libre en dehors de ma section la dérive “sociétale” qui devient ligne politique officielle (c’est à dire pas de ligne politique du tout) des directions successives du PCF comme un renoncement à l’idée même de lutte des classes, ce qui sous entend un renoncement à l’aspiration de changer la société dans le sens des intérêts de ceux qui subissent l’exploitation et l’aliénation capitalistes. Il s’agit d’une défaite totale face au conformisme bourgeois libéral,une victoire de la très respectueuse social-démocratie, une sorte de volonté de “rentrer dans le rang”: une manière de coller à “la fin de l’Histoire.”
    Quand au suicide au travail, je ne peux que l’analyser du point de vue du sentiment d’échec et d’inutilité dans la personnalité du travailleur formaté,”conformisé”, utilisé dans le perfectionnement du processus qui finira par le rendre inutile à son tour,pour l’accroissement du profit financier…

  2. 2 LECA 7 mars 2010 à 10:12

    Merci pour cette contribution
    une question pratique :Quelle est la source sur les huit suicides en 2010 ?
    Ci dessous un texte écrit en septembre 2009 au nom de la section syndicale des retraités CGT des PTT du var distribuée dans les services.
    A la réflexion,si le langage employé reflète bien l’état d’esprit d’une génération ,je me demande si il a encore une chance d’être compris par les employés d’orange d’aujourd’hui?

    SUICIDES A FRANCE TELECOM.

    Les retraités CGT de France télécom s’adressent aux actifs.

    Les anciens, de la poste ou de France Télécom, syndicalistes de feu les « PTT » apprennent avec effarement, jour après jour, les actes de suicide qui ponctuent la vie de l’entreprise qui a été au cœur de leur vie professionnelle et de leur engagement syndical.

    Ce scénario cauchemardesque dépasse ce que nous imaginions et ce que nous avons combattu avec obstination pendant des décennies de notre vie d’avant. Dans cette vie là, se mêlaient le travail et la lutte, revendications et solidarité, exigence de justice et engagement pour un société meilleure. Dans cette vie là, il y avait des métiers avec leur savoir faire, leur culture, leurs sections syndicales et leurs formes de luttes .

    Bon an mal an, la CGT était dans tous les services et pesait pour veiller à l’équité de la promotion, de la mutation, de l’avancement et défendre « l’égaré ». Dès les premiers pas de militant, nous apprenions « l’antagonisme de classe » qui serait un gros mot aujourd’hui, mais qui expliquait que seul le rapport de force pouvait limiter les effets de l’exploitation capitaliste et, à terme, utopie suprême, supprimer le capitalisme.

    Ces mots, comme celui de « camarade » sont aujourd’hui ringards, ils étaient issus des racines révolutionnaires de notre peuple, mais ils avaient permis des choses comme la création de la sécurité sociale après laquelle courent encore, soixante ans après, les citoyens des USA. Des mots nouveaux les ont poussé dehors : modernité, concurrence, stratégie d’entreprise, évolution inéluctable, performance individuelle, restructurations, mobilité …et tutti cuanti.

    Il est évident que la destruction des collectifs de travail et l’affaiblissement de la structure syndicale contribuent à l’isolement de chaque individu. Les sociologues mettent aujourd’hui des mots sur la stratégie ou la tragédie (au choix) de France télécom : « management par la terreur ou par le stress », « stratégie de mise à l’écart des fonctionnaires », « faire perdre l’estime de soi », « non reconnaissance des compétences », « plus de sens au travail », « restructuration permanente qui peux se traduire par déstructuration permanente ».

    Rarement un problème interne à une entreprise a pris une telle dimension médiatique. C’est ce qui fait réagir les cadres dirigeants de FT et les gouvernants. Pour éteindre le feu il prennent des décisions ponctuelles, qui consistent à traiter la partie émergée de l’iceberg. Mais les sparadraps ne suffiront pas, c’est le fond qui est pourri, c’est la course effrénée au profit pour les actionnaires et les cadres dirigeants qui semble être la seule finalité directrice. En cela ils sont frères des financiers qui plongent la planète dans la crise, car leurs objectifs de profit priment sur les droits élémentaires des populations.

    Nous disons aux actifs de France télécom : « Ne vous laissez pas faire, ces gens sont nuisibles à la société, personne ne doit ni mourir, ni se pourrir la vie pour leurs vils objectifs. Mais ça n’est pas individuellement que l’on peut faire face au monstre. Tisser des solidarités dans l’entreprise, s’organiser et se défendre sont des problématiques archis connues, cela s’appelle le combat syndical. Syndiquez vous, Informez vous, organisez vous, revendiquez, luttez. !
    Pour vous, comme pour vos enfants, l’histoire est loin d’être finie…


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