L’horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat par Jacques Sapir

Février 2010
Telle qu’elle se dessine aujourd’hui, l’élection présidentielle de 2012 risque d’être marquée par un trop-plein de candidats compensé par une pénurie de programme. Pourtant, nous sommes depuis l’été 2007 dans la plus grave crise économique que l’on ait connue depuis celle de 1929. Elle se double d’une crise géostratégique et d’une crise environnementale qui, l’une et l’autre, ont des conséquences considérables. Les timides éléments de reprise que l’on constate dans les pays développés depuis la fin de 2009 ne doivent pas faire illusion. Ils ne sont pas durables où, pour reprendre un mot à la mode, « soutenable ».


Cette situation appelle des réponses radicales, et qui pourtant sont de bon sens. Aujourd’hui, être extrémiste c’est être réaliste. Il convient donc de laisser le choc des ego aux magazines people et apparentés. Non que l’on sous-estime la question des personnalités. Elle a sa place dans la définition de ce que devrait être un candidat idéal. Mais elle passe après la question du
programme. De cette question, nous avons à peu près un an pour en discuter.
I. De « l’inévitable » et pourtant fort contestable austérité.
De toute part, on nous présente l’austérité comme un choix inévitable. L’argument du déficit budgétaire, qui nous a déjà été servi ad nauseam, sert bien évidemment de prétexte. Alors même que la démographie connaît en France un redressement notable, on veut aussi tailler dans les retraites. Enfin, la précarisation du travail, dans le secteur privé comme dans le
secteur public, est plus que jamais à l’ordre du jour. Tous ces choix nous sont présentés comme le produit d’évolutions inéluctables. Pourtant, ils sont tous extrêmement contestables.
Sur la question du déficit budgétaire, il faut savoir que son augmentation est pour une large part due à ce qu’il nous faut emprunter à plus de 3% (3,45% en moyenne) alors que l’on n’attend pas, même dans les rêves les plus fous de Mme Lagarde, une croissance au-dessus de 2%. Or, dans le même temps, les banques se refinancent auprès de la BCE (comme d’ailleurs auprès de la Réserve Fédérale américaine et des autres Banques Centrales des pays
développés) à des taux oscillant entre 1% et 0,5%. Serait-ce du fait de la meilleure qualité des dettes privées par rapport à la dette publique ? Poser cette question, c’est y répondre, et par un immense éclat de rire.
Les dettes qui sont dans les banques sont en général de très mauvaise qualité, et le FMI luimême estime à plus de 3 trillions de dollars les mauvaises créances dans ce secteur. C’est avant tout un choix qui, pour certains, s’explique par des raisons idéologiques et pour d’autres par leurs intérêts privés.
1)Assurément, il y a des pays qui sont plus mal lotis que nous. La Grèce, en particulier, doit emprunter à 6%. Son gouvernement devra bientôt choisir entre un appauvrissement généralisé de la population et une sortie de l’Euro. D’autres pays connaîtront le même sort d’ici 2012, du Portugal à l’Espagne en passant par l’Italie et l’Irlande. Mais, cela ne change rien à notre problème.
Non seulement l’Euro ne protège pas de la tourmente monétaire, ce que l’on constate aujourd’hui avec les écarts grandissants des taux sur la dette publique (les « spreads »), mais les règles de financement de la BCE transforment en un problème social en apparence insoluble ce qui serait, sous d’autres règles, parfaitement maîtrisable.

http://j-ai-du-louper-un-episode.hautetfort.com/media/00/02/975766929.pdf 

 
 

7 Réponses vers “L’horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat par Jacques Sapir”


  1. 1 MARAT EL MOKRANI 21 février 2010 à 12:48

    C’est une découverte pour moi que d’apprendre que l’etat emprunte à des taux beaucoup plus importants que les banques!Il faut se battre pour nationaliser les banques et au moins sortir de la zone Euro pour pouvoir battre monaie et se donner une marge de manoeuvre pour une politique de reconquéte industrielle.
    je suis meme persuadé qui faut quitter l’union européenne car il n’y aura jamais d’Europe sociale dans un avenir prévisible ;la preuve c’est que lorsque treize pays sur quinze étaient dirigés par les sociaux démocrates l’europe a continué à mener une politique en faveur du capital contre les peuples.

  2. 2 marianne 21 février 2010 à 7:12

    Lu sur le blog du PCF Arras:
    Le président de l’UE veut imposer une réduction des dépenses sociales aux Etats membres

    Selon le président de l’UE, dans un rapport distribué aux gouvernements la semaine dernière, la crise grecque doit servir de pédagogie pour les autres Etats-membres : Herman Van Rompuy réclame un nouveau mode de gestion de l’UE établi sur une plus forte “gouvernance économique”.

    Bruxelles aurait ainsi un plus grand contrôle sur la manière dont les Etats-membres gèrent leurs économies nationales, avec le pouvoir d’imposer des coupes dans les dépenses sociales et de s’attaquer à la législation protégeant les droits des travailleurs, allant bien au-delà de sa compétence actuelle des budgets.

    Dans le rapport, qui a été obtenu par les médias mercredi, M.Van Rompuy affirme que les Etats-membres ne peuvent plus se permettre d’avoir un système de retraites géré par l’Etat ou d’assurer une couverture médicale universelle.

    Il a suggéré, et cela ne présage rien de bon, qu’une fenêtre pour « des réformes majeures » a été ouverte par la crise de la dette Grecque, qui a ébranlé l’UE et a démontré les limites du pouvoir de l’UE, dans sa capacité à coordonner les dépenses publiques des 16 Etats partageant la même monnaie.

    Le très controversé Traité de Lisbonne qui est entré en vigueur en décembre dernier a consolidé l’UE comme un bloc économique et politique engagé dans la poursuite de politiques néo-libérales.

    (d’après un article du Morning Star, quotidien du PC de Grande-Bretagne, du 18 février, traduit par MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net)

  3. 3 socio13 21 février 2010 à 7:45

    trés important et cela correspond bien à l’article du journal communiste portugais avante…
    voici un autre article publié par aporea, sans le traduire en totalité, il faut noter que les services secrets grecs, français et du royaume uni ont mis des noms sur les spéculateurs… ouf on respire!!! Mais notre ministre madame lagarde, elle ne sait toujours pas qui sont les dits spéculateurs.Et elle en retire qu’il faut réguler tout ça ce qui effectivement peut aller dans le sens décrit par le morning star.
    De toute manière comme le dit l’article, il n’est pas question de la moindre représaille contre les spéculateurs, ceux à qui l’on demande des sacrifices ce sont les grecs et le reste de l’article décrit la grève des douaniers, les marchandises qui s’entassent aux frontières de la macédoine et de la Bulgarie, les pompes à essence non approvisionnées. Ceci me confirme dans la nécessité d’être solidaire des grecs qui préparent une grande grève du secteur public et privé pour le 24 février.

    voici l’article en espagnol
    07:39am | | Servicios secretos griegos descubren ataques especulativos provenientes de EEUU y Europa
    sur aporea

  4. 4 Astrée 22 février 2010 à 3:03

    merci danielle pour avoir mis ce texte sur ton blog, j’admire bcp jacques sapir, et je trouve son analyse limpide! Très compréhensible pour les non initiés comme moi
    je n’ai pas le temps d’en dire plus, je dois filer à la bibli :)
    bises!

  5. 5 Peretz 22 février 2010 à 6:11

    Jacques Sapir a parfaitement raison :l’U.E et sa zone Euro ont été fondés de bric et de broc sur l’illusion, que les pays européens dont les Economies et institutions sont aussi disparates pouvaient s’amalgamer par miracle, avec comme toile de fond la pensée unique que les marchés libres règleront tout. En mettant en avant le dogme Allemand de la devise forte et de l’inflation faible on en arrive à un chômage structurel aussi violent que pensant les années 1920.

  6. 6 Pascal Brula 24 février 2010 à 3:31

    Dans cet article de J Sapir, j’ai trouvé beaucoup de choses intéressantes, et notamment, ce point de vue très marxiste qui consiste à analyser le positionnement des différentes classes de la société et la manière dont elles subissent l’exploitation capitaliste. Car c’est en partant de cette analyse que l’on pourra les unir et traduire leurs aspirations à changer le capitalisme en une société socialiste. Ce n’est pas clairement dit, mais c’est implicite.
    Bien évidemment, je partage complètement son analyse de l’UE et le rôle qu’elle joue au service de l’accumulation capitaliste. Cependant, il y a un petit côté énervant, c’est que selon ce texte, il n’y aurait que des solutions techniques. Il analyse très bien le positionnement des classes qui subissent la crise du capitalisme, mais il a l’air de ne pas se situer au milieu de la mêlée, son regard semble étrangement extérieur, comme neutre. De fait, dans son analyse, il n’y a pas d’exploiteurs, ou alors il faut les chercher en filigrane : ce ne sont que masses de richesses dont il faut infléchir la tendance. Ainsi, ce qui manque fondamentalement dans son texte, ce sont les rapports d’exploitation capitaliste et le fait que si l’on veut inverser le cours des choses, il faut que la “classe ouvrière” maîtrise les moyens de production. Ce manque décrédibilise son analyse…
    Enfin, je rajouterais que, pour que la boucle soit bouclée, pour porter ce changement qu’il appelle de ses voeux, il faudrait un parti révolutionnaire qui n’existe pas à l’heure actuelle. Si on poursuit son raisonnement jusqu’au bout, il manque un parti qui justement se charge de représenter ces fameuse classes sociales qui subissent le plus la crise. Ce n’est plus (hélas) le PCF qui s’est PSUisé, mais potentiellement, il n’y en a pas d’autres. Les implantations sont encore là (Nord-Pas de Calais, Isère, Vénissieux, Somme…) qui gardent encore la possibilité de le faire germer. En tous cas, il serait complètement illusoire de faire croire à un changement fondamental sans qu’il soit porté de manière claire et consciente par un parti révolutionnaire. Notre première tâche est de le reconstruire…

    • 7 Peretz 24 février 2010 à 3:45

      Il est vrai que J.Sapir analyse la situation économique des pays membres de la zone Euro, de façon technique. Mais si sa théorie est certainement la seule valable, son application suppose effectivement un pouvoir politique fort, capable de l’appliquer contre les puissances d’argent. Mais je ne suis pas d’accord pour un parti révolutionnaire dans la mesure où il s’inscrirait, comme par exemple le fait le NPA, dans le système politique actuel. Il faut un mouvement, révolutionnaire probablement, mais pas un parti, qui forcément suit les règles du jeu…


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