Il a beaucoup été question de “la complicité” qui existerait entre la Chine et les Etats-Unis. Si on analyse sur le fond ce genre d’affirmation, on s’aperçoit qu’elle ne repose que sur le fait que la Chine, possédant d’énormes quantité de dollars, n’a aucun intérêt à l’effondrement de cette monnaie. Sur tout le reste, l’opposition va grandissant . Et alors on se dit que peut-être l’événement le plus important n’est pas la rencontre du Président Obama avec le dalaï Lama mais le fait que depuis mardi soir les observateurs financiers ont commencé à décortiquer les statistiques du département du trésor des Etats-Unis. Elles montreraient que la Chine a nettement réduit, en décembre dernier, ses détentions d’obligations d’Etat américaines. Le contexte serait-il le retour à une “guerre” froide” ? Alors les Etats-Unis ressortiraient un pur produit de cette guerre froide qu’est le dalaï Lama mais aussi la vente d’armes à Taïwan.
La Chine n’est-elle pas dans la ligne de mire du bellicisme étasunien, et Barack Obama n’est-il pas en train de tenter de se désengager d’une stratégie d’affrontement au Moyen orient pour viser la Chine ? C’est une hypothèse non dénuée de pertinence. Les Etats-Unis sont ressortis de la guerre froide avec une conviction forte: ne laisser plus jamais d’adversaires capables de leur disputer le leadership…
Mais restons en à une dimension de la “guerre sans limite” qui caractérise le XXI e siècle selon les stratéges chinois: la guerre économique. Ce n’est un secret pour personne que les Etats-Unis n’apprécient pas la sous évalutation du yuan, et la visite en Chine du Président Obama pouvait se résumer à la proposition suivante: “Réévaluez le yuan et nous gérerons ensemble la planète”.
Ce à quoi les prudents dirigeants chinois ont poursuivi leur ligne politique, en gros ils répondent “Nous sommes un pays sous développé, il n’est pas question que nous gérions le monde, il suffit pour la planète que nous résolvions déjà les problèmes du quart de l’humanité. Et donc nous ferons les choses à notre rythme en les maîtrisant”.
Mais comme les Chinois avaient décidé de développer leur marché intérieur, il était logique qu’ils finissent par réévaluer le yuan en temps utiles, quand il seraient assurés de bien maîtriser l’opération.
La réponse n’a pas satisfait les Etats-Unis. Le président Obama et surtout Hilary Clinton ont commencé à multiplier les actes d’hostilité. On a fait beaucoup de bruit autour de l’histoire de Google qui pour le moment s’avère un pétard mouillé et récemment de la vente d’armes à Taiwan et enfin aujourd’hui la réception du DalaÏ Lama, mais il y a des faits qui ont été largement sousestimés. Nous avons noté ici les relations en matière d’énergie avec l’Asie Centrale et l’Iran, ce qui explique que la Chine freine des quatre fers au Conseil de sécurité en matière de sanctions contre l’Iran, mais il faut également considérer que les Etats-Unis ont entamé une sorte de guerre commerciale avec la Chine.
Depuis l’automne dernier, les Etats-Unis ont multiplié les hausses de droit de douane sur les produits chinois. Il y a ainsi eu des taxes américaines sur les pneumatiques chinois, les bisbilles sur l’acier, sur les matières premières et la Chine ne cesse de déposer à l’OMC des recours contre les Etats-Unis qui ne respectent pas le “libre commerce”.
Il y a une dimension de politique intérieure dans ces hausses de droit de douane puisque les milieux d’affaire font grand bruit sur la sousévaluation du Yuan et exigent une réévaluation d’au moins 10%. Toutes les attitudes de Barack Obama sont destinées à satisfaire ce secteur d’affaire en faisant pression sur la Chine pour qu’elle réévalue son yuan.
L’agence officielle Xinhua fait remonter les tensions au discours d’Hilary Clinton qui a soutenu Google contre Pékin pour jutifier la vente d’armes à Taiwan. “Aux Etats-Unis, pays vainqueur de la guerre froide, l’esprit de guerre froide ne se dissipe pas. Il refait surface régulièrement, en exacerbant les relations avec les autres pays. le déclenchement des hostilités contre la Chine est la concrétisation de cette poussée de guerre froide”. Le thème est repris par le Rinmin Ribao Haiwabain, organe du Parti communiste chinois pour la diaspora qui déclare que l’on peut voir là “une mentalité de guerre froide et une hypocrisie totale”.
Le journal rappelle que le Taiwan Relation Act, par lequel le Congrès américain s’estimait libre de fournir des armes à Taiwan – alors même qu’il n’existe aucune base légale en droit international à la scission de l’île- date de la guerre froide. Renouveler une pratique de la guerre froide contre la Chine alors même que les relations sont en train de s’améliorer entre Pekin et Taîpei, qu’un dialogue bi-latéral est à l’oeuvre, c’est poursuivre une volonté hégémonique hors saison.
Parce ce qu’on a beaucoup de mal à entendre en Occident, aux Etats-Unis comme en Europe c’est qu’il n’existe aucune base en droit international à une ingérence des Etats-Unis ou de l’Europe sur la question du Tibet (1)ou de Taiwan. Et en validant debut février la vente de 6 milliards de dollars d’armes au gouvernement taiwanais s’est mis hors légalité, sa seule référence est effectivement ce qui se faisait durant la guerre froide au nom de la lutte contre le communisme.
La réaction des Chinois à la vente d’armes à Taiwan a été une des plus fortes depuis trente ans. Pékin a menacé d’arrêter les échanges militaires et envisage des sanctions contre les compagnies nord-américaines impliquées, dont Boing
Cependant, on peut mettre beaucoup sur le compte du bellicisme nord-américain, sans risquer de beaucoup se tromper, mais il faut considérer aussi que les Etats-Unis sont inquiets devant les mesures de rétorsion chinoises face à ce qui n’était que le cas Google et la perspective non encore réalisée de la vente d’armes à Taiwan et de la réception du Dalaï Lama à la maison Blanche.
Et c’est peut-être là le fond du problème, face à ces proclamations hostiles et face à la multiplication de droits de douane sur les produits chinois, les Chinois qui sont trés critiques sur la politique d’endettement de barack Obama qui pèse sur leur actif en dollars auraient fini par mettre leurs menaces à exécution.
Mardi soir les observateurs financiers ont commencé à décortiquer les statistiques du département du trésor qui montre que la Chine a nettement réduit, en décembre dernier, ses détentions d’obligations d’Etat américaines. Au point de laisser à nouveau la place de premier créancier au Japon. Selon les statistiques de Washington, les investisseurs chionois auraient réduit de 4,3% la valeur de leur porte-feuille sur le dernier mois de 2009 pour ne plus détenir que 755,4 milliards de dollars de bons du trésor. Depuis juillet dernier la Chine a même vendu au total 45,1 milliards du bon du trésor alors qu’en décembre dernier les prêteurs japonais, publics et privés possédaient 768,8 milliards de dollars de bons du trésor, soit 1,5% de plus qu’en novembre.
“Si des ventes de cette ampleur se confirment, cela suggérerait que la Chine intensifie plus qu’auparavent la diversification de ses placements” a expliqué à l’agence Bloomberger Win Tin, un stratège de Brown Brothers harriman and Co. Cela dit dans le même temps Hong Kong, qui est rattaché à la Chine, a acheté pour 40 milliards de dollars en dettes d’Etat nord-américain. (les Echos le 17 février). Les optimistes tablent plutôt sur un réquilibrage que sur une vente d’obligations ayant un caractère massif et qui peserait lourdement sur “la reprise” nord-américaine”. Peut-être la découverte mardi soir de ces ventes chinoises ont-elle joué un rôle dans le coup d’arrêt sur la spéculation contre l’euro et l’enthousiasme pour l’emprunt espagnol ?
On voit que ceux qui parlent d’une “complicité” entre les Etats-Unis et la Chine ont une vision pour le moins simpliste de la situation.
Danielle Bleitrach
(1) On peut avoir de la sympathie pour les Tibétains, s’enticher des moines et moinillons, s’indigner du non respect de la culture tibétaine, il n’en demeure pas moins que sur le plan du droit international un chef d’Etat recevant le dalaï Lama, c’est à peu près comme la réception des autonomistes corses ou bretons en grande pompe par Obama, totalement incongru, , c’est le non respect de la souveraineté d’un pays. Il faut vraiment que nous ayons été pénétrés de colonialisme pour ne pas comprendre cette position “kantienne” et “onusienne” qui subordonne la paix internationale au respect des souverainetés.
Le Dalaï Lama est il un leader religieux ou bien un leader nationaliste sécessionniste ? Il semble que la confusion soit éternellement maintenue, dans quel intérêt ?
Par ailleurs, la vente des bons de trésor Us par las autorités chinoises risquent elles de dégrader la note souveraine de la dette américaine et de rapprocher un peu plus les USA de la situation de la Grèce ?
Dans cette perspective, Obama, à l’instar de la quais totalité des dirigeants occidentaux ne va t il pas finir par adopter un plan d’austérité drastique dans son propre pays ?
Quelles conséquencess au plan des relations internationales notamment en termes de guerre ou de paix ?