Un mot de mise en garde avant de présenter cet article traduit à partir du journal mexicain la Jordana, premièrement pour une fois de plus prévenir le lecteur contre mes traductions qui sont toujours extrêmement rapides (qu’il s’agisse de l’anglais ou de l’espagnol et quelques autres) et qui ne peuvent donc servir de référence sans correction de style (et encore plus de ponctuation). “Deuxio”: si j’ai placé ce texte d’Immanuel Wallerstein, c’est parce qu’il pose bien les termes du débat actuel et même s’il se termine par une pirouette. En gros, sa chute est : “dans dix ou au plus vingt ans on verra bien si la Chine est un impérialisme!”. L’article ne répond pas aux questions qu’il pose mais permet de bien penser les points de vue en présence. j’ajouterai que personnellement je penche plutôt pour une opinion positive mais j’introduis deux autres variables pour aboutir à cette opinion “positive”: premièrement, les luttes de tendances comme dans tout parti unique, l’actuelle direction du parti communiste chinois étant plus à “gauche” (si ce mot a un sens, celui de nationalisme chinois serait sans doute plus juste) que d’autres. La deuxième variable encore plus essentielle étant la pression de la société chinoise. Si on parle ici beaucoup des “dissidents”, on ignore ce qui m’intéresse beaucoup à savoir les rébellions populaires en particulier au niveau local des ouvriers et des paysans. Ces mouvements sociaux me semblent jouer dans le sens d’une recherche “d’harmonie” du gouvernement chinois en matière d’inégalités sociales , d’extension des services publics et de lutte anti-corruption, beaucoup plus que les “dissidents” dont l’influence actuelle me paraît nulle et à usage externe. Encore qu’ il est évident qu’une grande classe moyenne est en train de se développer avec les problèmes habituels qui sont posés par elle sur les moeurs, “la démocratie formelle”, etc… Revendications qui contribuent à l’avancée de l’émancipation humaine mais coïncident quelque fois avec les pièges de “l’occidentalisation” voir les manoeuvres impérialistes. (note de danielle Bleitrach)
Si l’on posait sur toute la planète la question : “que pensez-vous des Etats-Unis en tant que pays et puissance mondiale” on obtiendrait des réponses trés claires. Tous auraient une opinion – du Nord ou du Sud, les riche comme les pauvres , les hommes comme les femmes, de gauche ou de droite, jeunes ou vieux. Les opinions flucturaient énormément, depuis les plus favorables à une extremité jusqu’aux plus hostiles dans l’autre. Mais les gens savent quoi penser à propos des États-Unis. Il y a 30 ans, c’était probablement la même chose pour la Chine. Mais encore ce n’est pas certain. Beaucoup de gens, peut-être la majorité , dans le monde entier ne savent pas quoi réellement penser de la Chine comme pays ou comme puissance mondiale. De fait, il y a là non seulement matière à incertitude mais aussi à débat pointu. Il est bon aujourd’hui de considérer quels sont les sujets sur lesquels on s’interroge quand on débat de la Chine. Il y a trois principaux.
Le premier et peut-être le débat le plus connu est de savoir s’il faut penser la Chine essentiellement comme un pays socialiste ou comme un pays capitaliste. Naturellement, la Chine proclame encore être socialiste. La Chine reste gouvernée par le Parti communiste. Par ailleurs, la Chine semble baser le fonctionnement de ses opérations économiques internes, et certainement son commerce mondial, sur les principes du marché.
Les points de vue de la gauche politique mondiale et ceux de la droite politique mondiale ne coincident pas sur ce point. Certaines gens de droite insistent sur le fait que les opérations de marché seraient simplement une façade pour que se poursuive l’orientation gouvernementale en vue d d’atteindre les objectifs historiques d’une idéologie maoïste-marxiste – léniniste traditionnelle. Mais il y a une partie nombreeuse de cette même droite qui voient le pays engagé vers une transition en vue d’ une économie basée pleinement sur le marché et ceux-là pensent que la façade est l’idéologie, non les opérations mercantiles.
On retrouve la même diversité à gauche. Il y a ceux qui voient la Chine gouvernée encore par les mêmes objectifs socialistes et ils considèrent que les opérations de marché sont soit une tactique momentanée soit une façade. Mais il y a d’autres gens de gauche qui sont cyniques à propos des actuelles politiques de la Chine ou sont ouvertement désillusionnés.
Le point suivant qui divise l’opinion est de savoir si la Chine fait encore partie du Sud ou fait déjà partie du Nord . Il y a 30 ans, il n’y avait pas de doute. En 1955, la Chine avait participé à la conférence afro-asiatique de Bandung. Elle s’était présentée elle-même à tous comme le champion militant des points de vue et des intérêts géopolitiques du sud.
Mais aujourd’hui, la Chine est classée comme la plus forte des nations émergentes et la deuxième plus forte économie du monde. La presse mondiale parle du G-2 (États-Unis et Chine), qui partagerait de fait le pouvoir mondial. Quelle différence avec la situation de la fin des années 60 quand la Chine parlait des États-Unis et l’Union soviétique comme les deux superpuissances contre lesquelles tous les autres devaient s’unir.
Donc nombreux sont ceux qui aujourd’hui, au Nord comme au Sud, considèrent que la Chine sur l’essentiel appartient au Nord. Mais il y a aussi les autres, au Nord et au Sud qui continuent de voir dans la Chine la voix principale au Sud. Après tout, disent-ils, une grande partie de la population de la Chine continue de vivre avec un niveau économique très bas.
Finalement, la question peut-être la plus controversée est : est-ce qu’il faut continuer à envisager la Chine comme une puissance leader antimperialiste ou s’il faut penser la Chine comme une puissance impérialiste? Cela est moins débattu au Nord qu’au Sud. Beaucoup insistent sur le fait que la Chine joue un rôle crucial dans la démantibulation l’impérialisme étasunien, qui continue à être la force principale impérialiste dans le monde.
De surcroît, ils insistent sur la manière dont l’aide économique chinoise est fournie aux pays de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine, sans les contraintes étasuniennes et européennes.. Les Chinois, disent-ils, offrent beaucoup d’opportunité pour le développement économique nécessaire aux pays au Sud – un exemple primordial de coopération socialiste.
Mais d’autres au Sud voient l’aide chinoise comme une manière de lui garantir l’accès aux matières premières sans qu’il soit besoin de faire référence aux nécessités optimales de développement de ces pays. Il y en d’autres qui sont perturbés par les flux massifs de petits commerçants chinois dans les pays du sud, dont les activités mineraient le petit commerce local et qui constitueraient une forme d’avancée de colonisation.
Aujourd’hui le débat est visqueux et les lignes d’opposition incertaines. Il est peu probable que cela continue ainsi longtemps. D’ici à 10 ans, peut-être, certainement dans 20 ans , nous sauront tous ce qu’il faut penser de la Chine. Les opinions ( pro ou contre) se stabiliseront avec fermeté à nouveau.
Traducción: Ramón Vera Herrera
© Immanuel Wallerstein
Fuente: http://www.jornada.unam.mx/2010/01/23/index.php?section=opinion&article=020a1mun
![F201001210800012774412816[1]](http://socio13.files.wordpress.com/2010/01/f20100121080001277441281611.jpg?w=500)
Intéressant !
Je voudrais noter deux aspects:
1. L’ambigüité est la caractéristique principale de la Chine. C’est profondément inscrit dans son développement. Voir nos travaux (menés en Chine auprès des entreprises chinoises et des fonctionnaires des gouvernements locaux et central). Le développement de la Chine est marqué profondément par ce double cheminement : développement basé sur la volonté de l’autorité centrale (autrefois impériale, aujourd’hui le PCC) et le développement “spontané” des régions, basé sur une dynamique spécifique à chaque région, qui d’ailleurs se font concurrence.
http://rigas.ouvaton.org/spip.php?article354
2. Parler de “Nord” et “Sud” est un relent du colonialisme. Essayez un instant de ne PAS employer cette terminologie et vous verrez immédiatement de vrais enjeux: les marchés, la raréfaction des ressources biologiques, les enjeux énérgétiques, l’introduction de plantes génétiquement renforcées, la gestion de l’eau et des frontières aquatiques, le partage des eaux territoriales, … Vous comprendrez immédiatement que la question impériale est un eréponse à ces questions-là et pas une opposition entre “Sud” et “Nord”. Le Brésil et la Chine ont fait alliance contre la plupart des petits pays africains au sein de l’OMC (mais pas de tous). Les OGM est un grande affaire pour l’Aregntine mais aussi pour l’Egypte. Et ainsi de suite.
Je vois que je suis régulièrement cité dans vos billets, monsieur Rigas : “Dans un échange avec un inénarable bonhomme -Nicolas”. C’est charmant !
Je suis surpris qu’un chercheur comme vous ne cherche pas toujours à comprendre la Chine, mais plutôt à débiter vos idées reçues sur ce pays. Ce n’est pas l’ambiguïté qui caractérise la Chine, mais l’immensité chinoise qui est un obstacle à sa compréhension. Que vous tentez de dire quelque chose sur la Chine, vous êtes certain de trouver une preuve de son contraire. Je ne crois donc pas qu’il soit pertinent de dire que la Chine c’est ceci ou cela, qu’elle soit impérialiste ou pas. Si on le dit, il faut avoir conscience que la réalité chinoise est beaucoup plus complexe et résulte en fait de la tension entre certaines choses et son contraire : tension entre la campagne et les grandes métropoles; inégalités sociales; différence culturelle; etc. Aux yeux des Occidentaux, il y a une ambiguïté dans la politique chinoise, mais en réalité, ils ne comprennent pas que la Chine a fait un bond idéologique en dépassant ce stade de confrontation droite/gauche. Moi, je m’étonne qu’un chercheur s’étonne de ces contradictions ; de ce qui a mon sens n’est une contradiction au niveau superficiel. Quand Sarko cite Jaurès et Ségolène qui prône l’encadrement militaire des jeunes délinquants, l’ambiguïté est là plus grave…