La Geste Pablo Néruda

Fidel et Camilo Cienfuegos

Si la mer profonde taisait ses douleurs

les espérances la terre a levé :

celles-ci ont débarqué sur la côte :

c’était des bras et des poings de bataille :

Fidel Castro avec quinze des siens

et avec la liberté descendit dans l’arène.

L’île était obscure comme le deuil,

mais ils ont hissé la lumière comme drapeau,

ils n’avaient d’autres armes que l’aurore

et celle-ci dormait encore sous la terre :

ils ont alors commencé en silence

la lutte et le chemin vers l’étoile.

Fatigués et ardents ils marchaient

par honneur et devoir vers la guerre,

ils n’avaient d’autres armes que leur sang :

ils allaient nus comme s’ils naissaient.

Et ainsi naquit la liberté de Cuba,

de cette poignée d’hommes dans l’arène.

Ensuite la dignité des va-nu-pieds

les vêtit des habits de la sierra,

les nourrit du pain inconnu,

les arma de la poudre secrète,

avec eux s’éveillèrent les endormis,

les offenses laissèrent leur sépulcre,

les mères ont dit adieux à leurs enfants,

le paysan a raconté sa peine

et l’armée pure des pauvres

grandit encore et encore comme la pleine lune:

le combat ne lui enleva aucun soldat :

la roselière grandit dans l’orage :

l’ennemi lui laissa ses armes

à l’abandon sur les routes :

les bourreaux tremblaient et tombaient,

démantelés par le printemps,

d’un coup de feu qui décorait

avec la mort, enfin, leurs chemises,

pendant que le mouvement des libres

faisait mouvoir, tel le vent, les prairies,

secouait les sillons de l’île,

surgissait sur la mer comme une planète.

1 Réponse vers “La Geste Pablo Néruda”


  1. 1 Marie 19 novembre 2009 à 12:44

    Fidel, Fidel, les peuples te remercient

    paroles en action et faits qui chantent,

    c’est pourquoi de loin je t’ai apporté

    une coupe du vin de ma patrie:

    il est le sang d’un peuple souterrain

    qui arrive depuis l’ombre jusqu’à ta gorge,

    miniers qui vivent depuis des siècles

    en puisant du feu de la terre glacée.

    Ils vont sous la mer chercher les charbons

    Et quand ils reviennent ce sont des fantômes:

    Habitués à la nuit éternelle,

    on leur a volé la lumière du jour

    et cependant tu as ici la coupe

    d’autant de souffrances et de distances:

    l’allégresse de l’homme emprisonné,

    peuplé par des ténèbres et des espoirs

    qui à l’intérieur de la mine sait quand

    le printemps arrive et son parfum

    parce qu’il sait que l’homme est en lutte

    jusqu’à atteindre la clarté la plus large.

    C’est Cuba que les mineurs austraux voient,

    les enfants solitaires de la pampa,

    les bergers du froid en Patagonie,

    les parents de l’étain et de l’argent,

    ceux qui se marient à la cordillère

    tirant le cuivre de Chuquicamata,

    des hommes d’autobus dissimulés

    dans des multitudes pures de nostalgie,

    les femmes de champs et les femmes d’ateliers,

    les enfants qui ont pleuré leurs enfances:

    c’est cette coupe-ci, prends-la, Fidel.

    Elle est pleine de tant et tant d’espoirs

    Qu’en buvant tu sauras que ta victoire

    est pareille au vieux vin de ma patrie:

    il n’est pas fait par un homme mais plusieurs

    pas par un seul raisin mais plusieurs plantes:

    ce n’est pas une goutte mais plusieurs rivières:

    pas un capitaine mais plusieurs batailles.

    Ils sont avec toi car tu représentes

    tout l’honneur de notre longue lutte

    et si Cuba tombait nous tomberions,

    et nous viendrions pour la soulever,

    et si elle fleurit de toutes ses fleurs

    elle fleurira de notre propre sève.

    Et s’ils s’aventurent à toucher le front

    de Cuba par tes mains libérée

    ce sont les poings du peuple qu’ils trouveront,

    nous sortirons les armes enterrées:

    le sang et l’orgueil arriveront

    pour défendre la Cuba la bien aimée.

    Pablo Neruda dans Canción de gesta, 1960,


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s





Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 75 followers