Portrait d’une France en crise : salaire les écarts se creusent…

020217594808_web[2]L’Insee dresse le « Portrait social » d’une France en crise [ 13/11/09 ] Des destructions d’emplois en masse, un pouvoir d’achat moyen qui stagne, des salaires qui ralentissent : les conséquences sociales de la crise sont déjà multiples mais il faudra du temps pour les appréhender dans leur totalité, indique l’Insee. Chaque année, l’Insee dresse le « Portrait social » de la France dans toutes ses dimensions : démographie, éducation, santé, emplois… Mais pour son édition 2009 publiée aujourd’hui, c’est le portrait d’une France en crise que dessine l’institut statistique. Passage en revue des principales évolutions sociales.

Crise : impact dans la durée Des destructions d’emplois en masse, un pouvoir d’achat moyen qui stagne, des salaires qui ralentissent en raison de la baisse de la partie variable et d’un climat défavorable pour les employés lors des négociations salariales… Les dégâts sociaux de la crise sont multiples. Mais alors que la hausse du chômage n’est pas terminée, le tableau que dresse l’Insee est encore à l’état d’ébauche. « Il faudra du temps pour appréhender l’ensemble des conséquences sociales de la crise », prévient l’Institut statistique. Exemple : si la fécondité a encore progressé en 2008, « les crises passées ont montré qu’elle diminue temporairement en période de récession, avec un décalage d’un ou deux ans ».

A suivre… l Salaires : les écarts se creusent En 2007, les 1 % de salariés les mieux rémunérés du secteur privé (soit 133.000 personnes ayant touché au moins 124.573 euros) ont gagné, en moyenne, un salaire brut de 215.600 euros. C’est près de sept fois plus que le salaire moyen de l’ensemble des salariés. Au cours des dix dernières années, ces « très hauts salaires »ont augmenté plus vite que les autres, pour représenter 6,8 % de la masse salariale, contre 5,5 % en 1996. Ils sont versés à 87 % à des hommes alors que la gent masculine ne représente que 55 % des salariés du privé. l Redistribution : le RSA pour les plus pauvres En 2008, le niveau de vie moyen était, avant redistribution, de 24.960 euros par équivalent adulte (+ 7,2 % par rapport à 2007). Phénomène assez stable, le niveau de vie des 20 % de ménages les plus modestes s’accroît de 47,3 % après transfert. A l’autre bout de l’échelle, les plus aisés voient leur niveau de vie amputé de 20 %. L’Insee a simulé l’impact du revenu de solidarité active s’il avait existé dès 2008 : 10 % des ménages les plus pauvres auraient reçu un tiers des sommes versées par le nouveau dispositif, alors que les 10 % des ménages les plus pauvres ont reçu 10 % des versements de prime pour l’emploi.

l Transports : une heure par jour Les Français passent en moyenne une heure par jour (56 minutes) dans les transports, principalement en voiture (deux tiers des trajets). Cette tendance est stable depuis quinze ans mais l’enquête de l’Insee montre que l’écart se resserre entre les composantes de la population. Le temps de trajet reste certes plus élevé pour ceux qui ont un emploi (67 minutes) que pour les retraités (43 minutes) mais il est resté stable pour les premiers depuis 1994 tandis qu’il a bondi de 19 % pour les seconds. Explication : les actifs travaillent plus loin de chez eux et rentrent donc moins souvent déjeuner.

Les « nouveaux » retraités sont en meilleure santé, ont plus de revenus et ont plus souvent le permis que leurs prédécesseurs, ce qui leur permet de développer leur vie sociale, et d’être plus mobiles.

 FREDERIC SCHAEFFER, Les Echos

DOMINIQUE SEUX Qui gagne plus de 130.000 euros ? [ 13/11/09 ] Le « portrait social » annuel de l’Insee a ceci de réjouissant qu’on y trouve de tout : des grandes fresques sur les évolutions de la société et de l’économie françaises, mais aussi quelques photographies acérées qui en disent parfois plus que les grandes données macroéconomiques ou sociales. C’est le cas d’un simple « encadré » inséré dans l’édition de cette année, qui porte sur les hauts salaires dans les entreprises – et pas seulement ceux des dirigeants. Au lieu de scruter comme d’habitude la ventilation des revenus entre les 10 % les moins payés et les 10 % les mieux payés, l’étude de l’Insee va plus en profondeur. On y lit que les 1 % les plus rémunérés, soit 133.000 personnes, ont bénéficié d’un salaire brut annuel supérieur à 124.600 euros en 2007 – ce qui ­correspond sans doute à environ 130.000 euros aujourd’hui. Et que les 13.000 salariés les mieux payés en France ont gagné au moins 313.000 euros. On y a aussi la confirmation que ces catégories ont enregistré les progressions les plus fortes en dix ans : + 1,35 % par an en euros constants pour les 1 % les mieux rémunérés (avec un salaire moyen de 215.600 euros) et presque 3 % par an pour le millième en haut de l’échelle, contre un petit + 0,65 % pour le ­salaire médian.

Ce tableau, s’il ne prend pas en compte les revenus des indépendants, est instructif. Mais une autre donnée, si on la complète avec les conclusions du rapport Cotis publié il y a quelques mois, mérite aussi attention. Trois secteurs d’activité sont nettement surreprésentés dans cette catégorie des très hauts salaires : le conseil, la finance et, dans une moindre mesure, le… commerce de gros. Plus de 40 % des salariés les mieux payés travaillent dans les deux premiers, qui ne représentent que 13 % de l’emploi. Deux secteurs très recherchés et courtisés depuis quelques années.

L’Insee ne peut pas dire, et pour cause, ce qu’il en sera après la crise. L’accélération de la croissance n’empêche pas un recul des investissements privés [ 12/11/09 ] L ‘activité manufacturière a bondi de 3,3 % au troisième trimestre par rapport aux trois mois précédents. Mais les industriels prévoient encore une contraction de leurs investissements en 2010, après une chute cette année.

Une contribution positive du commerce extérieur, une consommation des ménages qui tient le choc et une production industrielle qui redémarre : les ingrédients sont réunis pour que la croissance du PIB se soit franchement accélérée entre juillet et septembre. L’Insee, qui s’attendait début octobre à une croissance de 0,5 % au troisième trimestre, devrait faire état demain d’un score plus élevé. « Cette prévision apparaît aujourd’hui clairement conservatrice » , reconnaît Sandrine Duchêne, chef du département de la conjoncture. Elle était notamment fondée sur une hausse de 1,7 % de la production manufacturière. Or l’Insee a annoncé mardi que l’activité manufacturière avait bondi de 3,3 % au troisième trimestre par rapport aux trois mois précédents. Lors de la sortie de récession au deuxième trimestre (croissance de 0,3 %), la production manufacturière avait progressé de 0,6 %.

« La conjoncture industrielle s’améliore grâce aux effets des mesures du plan de relance, à la fin du déstockage et à l’amélioration du contexte international », explique la ministre de l’Economie, Christine Lagarde. La prime à la casse a continué de soutenir l’automobile (+ 20,7 % en trois mois) et la métallurgie (+ 7,8 %).

Rebond Mais ce rebond est à relativiser. Tout d’abord, il fait suite à une chute d’activité elle-même record. Ensuite, la production est loin d’avoir rejoint son niveau d’avant crise : fin septembre, l’activité manufacturière affichait encore un repli de 11,7 % sur un an. Enfin, la production a reculé en septembre (- 1,6 %), après la très forte progression d’août (révisé à + 3 %).« L’industrie continue de traverser une période de crise, souligne-t-on à Bercy. Si la récession est derrière nous, nous ne sommes pas encore dans la phase de reprise ».

 Les enquêtes d’opinion montrent que les carnets de commandes restent peu garnis même s’ils s’améliorent peu à peu. Et la sous-utilisation des capacités de production ne plaide pas pour un rebond rapide de l’investissement. Interrogé par l’Insee sur leurs perspectives d’investissement, les industriels tablent sur des dépenses encore en baisse de 5 % en 2010, après une chute de 24 % cette année. Face à des perspectives de demande jugées faibles, les chefs d’entreprise jouent la prudence : 28 % des investissements prévus pour 2010 seraient destinés au maintien de l’appareil productif et seulement 13 % à des extensions. Le gouvernement justifie la prolongation du plan de relance et la suppression de la taxe professionnelle par cette atonie de l’investissement privé. Au-delà, c’est le grand emprunt qui est censé prendre le relais avec l’espoir de susciter un effet de levier du côté des entreprises.

FREDERIC SCHAEFFER, Les Echos

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