La Chine prend de plus en plus place en Afrique, la coopération s’intensifie d’année en année. Les énormes besoins en énergie de la Chine expliquent cette nouvelle donne. Les pays occidentaux qui depuis des siècles pillent le continent africain mettent en garde les Africains contre “le colonialisme chinois”. Des campagnes sont même lancées par ces vertueux prédateurs au premier rang desquels la France maître et orfèvre dans ce domaine. Voici l’article d’un journal Egyptien sur le dernier Forume International afro-chinois qui ne va pas tout à fait dans le même sens.
Afrique-Chine. Gagnant-gagnant, c’est le concept phare affiché dans l’équation de l’investissement et du commerce entre le pôle économique émergent et le continent le plus pauvre. La 3e édition du Forum international afro-chinois, tenue à Charm Al-Cheikh du 7 au 9 novembre dernier, illustre une volonté de fer des deux parties pour renforcer leurs liens économiques. Le dragon souffle, le continent espère .
Investir en afrique. C’est la recette de croissance au cours de la prochaine période. Le continent noir, riche par ses ressources et ses réserves naturelles en énergie ainsi que par les ressources humaines, est actuellement la cible du monde entier. La Chine en tête.
Ce géant économique, dont la puissance mondiale s’est accrue au cours des dernières années, a besoin pour soutenir sa croissance de nouveaux marchés, d’abord pour combler ses besoins en énergie grandissants et ensuite, et surtout, pour ouvrir des marchés capables d’absorber ses marchandises. «
L’Afrique est la meilleure candidate », comme le dit le premier ministre chinois, Wen Jiabao, lors de l’inauguration de la 3e édition du Forum d’affaires afro-chinois à Charm Al-Cheikh, « coopérer avec les Africains est devenu une nécessité ». En fait, la Chine est la seule grande force économique, dont les prévisions annoncent un taux de croissance positif de 7 % en 2010, selon les estimations de la Banque mondiale. En se baladant à Charm Al-Cheikh, du 7 au 9 novembre, l’on se croirait dans une ville côtière chinoise. Des milliers de Chinois sont venus assister à la 3e édition de ce forum d’affaires.
Ce forum officiel a été inauguré par le président Moubarak et a regroupé les présidents des pays africains. Une conférence regroupant les premiers ministres des deux pays, les ministres de Commerce, ainsi que 1 500 hommes d’affaires a précédé le jour de l’inauguration. « Cette inauguration par les hommes d’affaires vise à délivrer un message. Il est temps d’agir et de ne pas se contenter de mettre des cadres gouvernementaux », comme le dit Mohamad Al-Masri, président de l’Union des chambres du commerce égyptiennes et des chambres du commerce africaines. A cet égard, 11 accords de partenariat communs ont été conclus entre les hommes d’affaires des deux parties, deux avec l’Egypte, le premier, le plus important, est entre l’entreprise chinoise Angel Beast et le fonds du développement africain, pour la création d’une usine de levure à Noubariya avec un coût de 51 millions de dollars.
Un autre pour la création d’un hôtel en Ethiopie avec un coût d’investissement de 50 millions de dollars, deux avec le Cameroun, quatre avec le Nigeria, un au Mali et un en Ouganda. Les Chinois seraient-ils le père Noël ? En fait, non. Besoins d’énergie La croissance rapide de la Chine multipliera ses besoins en énergie, qu’elle ne peut guère satisfaire par ses propres ressources, comme le note le dernier rapport stratégique africain, pour l’année fiscale 2007-2008. C’est ainsi que la Chine s’est précisé l’objectif de multiplier ses investissements extérieurs dans le domaine de l’énergie et surtout l’exploration du pétrole. Comme le mentionne Wang Ziang, vice-président d’un groupe chinois industriel, « il n’y a pas meilleur terrain fertile que les pays africains ». Ou brièvement : « L’Afrique est l’avenir », comme l’a résumé le premier ministre chinois lors de son allocution au forum, en mentionnant qu’avec la nouvelle modulation du système mondial et la croissance économique de la Chine, ce pays est devenu une force d’appui à la croissance mondiale.
Multiplier la coopération entre la Chine et les pays africains n’est pas seulement l’objectif des responsables chinois, mais également des pays africains. « Cette coopération commune est dans l’intérêt des deux parties. Les pays africains ont besoin aujourd’hui plus que jamais d’une telle coopération. Car, en gros, ils ont besoin d’enregistrer une croissance entre 20 et 30 % lors de la prochaine période. C’est-à-dire qu’ils ont besoin des ressources au-delà des capacités africaines. La Chine est le seul pays capable de remplir ce rôle par ces capacités énormes de production. Il est donc facile d’élaborer une équation juste et équilibrée entre ces deux partenaires émergents », explique Kriyaj Bond, directeur exécutif de l’entreprise chinoise Standard Sweet Africa. Or, selon Bond, pour réaliser cet objectif, les deux partenaires ont un devoir à faire. La Chine doit assurer à ses investisseurs chinois un échange équilibré entre les deux parties. En même temps, l’Afrique doit aplanir les obstacles entravant les investissements. La Chine a planifié de renforcer ses investissements étrangers, surtout dans le domaine de l’exploration du pétrole. Elle s’efforce ainsi de diversifier les sources d’approvisionnement. Les pays africains, riches en pétrole, semblent un bon candidat. C’est comme le note Hélmi Chaarawi, président de l’Institut des recherches africaines à l’Université du Caire, « la Chine a développé des stratégies de coopération pour gagner les Africains ». Il s’agit, entre autres, d’octroyer des aides visant à soutenir le développement social dans ces pays sans imposer, en contrepartie, des conditions politiques. Il suffit de noter que, selon le dernier rapport stratégique africain pour l’année fiscale 2007-2008, les aides chinoises vers l’Afrique étaient de 2,7 milliards de dollars en 2004, soit 26 % du total des dons chinois au cours de cette année. « La valeur des aides en 1997 était de 107 millions de dollars seulement, ce qui révèle une orientation directe vers les pays africains », commente Chaarawi. Et selon ce même rapport stratégique, la Chine fait exception parmi les pays asiatiques, citant l’exemple du Japon qui n’a accordé aux Africains que des aides de 11 millions de dollars en 2004. En plus, comme le clarifie le rapport, la Chine liait ses aides à une liste d’exigences dont notamment celle de consacrer une bonne part des contrats d’exploration du pétrole aux entreprises chinoises. Ainsi, la Chine a remporté 70 % des contrats en Angola en 2004 en échange d’un crédit octroyé à ce pays pour le développement de l’infrastructure.
Tendances impérialistes ou pragmatiques ? Cette orientation, qui a pu mettre fin à la domination des Etats-Unis et de l’Europe, a poussé ces deux forces économiques à mettre en garde contre ce qu’elles appellent « une colonisation chinoise de l’Afrique ». La secrétaire du Parlement auprès du ministère de l’Environnement allemand l’avait franchement dit en 2006, à l’occasion de la conclusion d’accords commerciaux avec la Chine d’une valeur de 9 milliards de dollars. « Nos frères africains doivent faire attention à l’expansion chinoise en Afrique, car ce dragon vise à devenir une force impérialiste dans ce continent », a-t-elle déclaré. Est-ce vrai ? Pas du tout, estime Chaarawi. Selon lui, Pékin a élaboré un nouveau système de partenariat avec l’Afrique. Celui-ci assure en fait un intérêt politique et économique équilibré pour les deux parties, en même temps qu’une coopération économique efficace et mutuelle.
Les déclarations du premier ministre chinois au cours du Forum ont mis en avant les bonnes intentions de la Chine vis-à-vis des pays africains. Ce dernier a annoncé l’intention de son pays d’octroyer aux pays africains une somme de 10 milliards de dollars sous forme de crédits avec facilités. « Cette mesure est parmi une série de procédures visant à soutenir le développement en Afrique. Nous allons aider ce continent à développer ses potentiels monétaires. C’est un nouveau début entre les deux partenaires », a-t-il dit dans son allocution lors de l’inauguration du Forum. Daniel Haile, membre du conseil d’administration de la Chambre du commerce de l’Erythrée, défend lui aussi cette coopération « équilibrée ». « La Chine est le seul pays qui a prouvé son intention de soutenir une telle orientation et de financer les pays africains pour se développer », a-t-il annoncé, en se référant à l’initiative chinoise de Pékin 2006 qui souligne une orientation fructueuse vers l’Afrique.
Selon une étude effectuée par le ministère égyptien du Commerce et de l’Industrie, l’investissement en Afrique est entravé par plusieurs obstacles. Entre autres, la hausse du coût de l’assurance sur les produits exportés, l’absence des entreprises couvrant les risques des exportations dans tous les pays africains, et la longueur des distances est là ainsi que l’absence des lignes maritimes entre le continent africain et le monde entier. Ainsi comme le confie le ministre égyptien du Commerce et de l’Industrie Rachid Mohamad Rachid à l’Hebdo, la coopération entre le continent africain et le dragon chinois est une équation de « gagnant-gagnant », car elle est actuellement dans l’intérêt des deux partenaires. « La Chine est le seul pays à supporter ces entraves et à en assumer le coût, car la quête des ressources pétrolières est pour elle un vrai moteur ». Les pays africains, dont la grande majorité souffre d’économies branlantes, ont besoin d’un tel pays aux capacités financières et économiques énormes, capables de les aider à surmonter les défis du développement. Ils fondent sur la Chine de grands espoirs. L’équation sera-t-elle équitable cette fois-ci ? « Rien n’est à craindre, car les pays africains possèdent la force et les potentiels à même de protéger et de garantir leurs droits », souligne avec optimisme le ministre égyptien.
Nevil Kamel (el Arham)hebdomadaire Egyptien
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