Si l’on considère les derniers chiffres publiés par le ministère du Travail des Etats-Unis, le taux de chômage est pire que ce que l’on prévoyait puisqu’il atteint 10,2%. C’est le chiffre le plus élevé de ces 26 dernières années, les experts étasuniens attribuent ces chiffres à la suppression d’environ 190 mille postes auxquelles les employeurs ont procédé ce mois-ci. Et cela même si le rythme des mises au chômage a été un peu freiné depuis le début de l’année quand près de 750.000 emplois ont été supprimés. Depuis 2007, date à laquelle les Etats-Unis sont entrés en récession, le nombre des chômeurs a cru autour de 8,2 millions. A cette date le chômage tournait seulement autour de 4,9%.
Qui peut encore être convaincu par une argumentation sur la crise quand, dans le même temps, le gouvernement nord-américain énonce des données tablant sur la récupération économique, alors que le ministère du Travail de ce même gouvernement publie des nouveaux chiffres qui contredisent cette supposée récupération? L’opinion publique nord-américaine vacille mais pas la presse française, qui, elle , suit fidèlement les errances de cette méthode Coué venue d’outre Atlantique. Barak Obama illustre parfaitement l’analyse que faisait de lui Fidel Castro quand il expliquait lors de son intronisation (celle de B.O) qu’un président des Etats-Unis était en fait dominé non par sa bonne volonté mais par le Capital qui tirait les ficelles.
Barak Obama est intervenu hier samedi 7 novembre à la Maison Blanche, pour dire son affliction, sa très grande affliction même devant la nouvelle d’un chômage dans le pays qui dépassait la côte d’alerte de 10,2%, parce qu’un tel chiffre annonçait de nouveaux problèmes pour l’économie étasunienne.Pour faire face , le président Obama a déclaré qu’il avait signé un projet de loi budgétaire qui étendait les aides aux personnes sans emploi et prolongeait les crédits pour ceux qui achetaient une maison pour la première fois.Ce n’est pas inutile mais la planche à billet poursuit le sauvetage sans qu’il soit question de véritables perspective. D’autres chiffres ne sont pas moins alarmant puisque sur 7,1 millions des étasuniens de plus de 65 ans, 18,7% d’entre eux sont en condition de pauvreté.
L’Economie étasunienne était censée être sortie de la récession dans le troisième trimestre de l’année, certes le président Barak Obama avait averti que la récupération était encore fragile, malgré l’impact positif de ses mesures de simulation a expliqué un récent cable de l’agence Reuters. L’affirmation de la récupération a été reprise par toutes les rédactions de presse de la planète sans la moindre réserve sur la bonne nouvelle de la sortie de récession.
Selon le jugement des économistes nord-américains le « phénomène » de faible création de postes de travail paraît une des caractéristiques de cette crise. C’est une litote, on ne peut manquer d’être frappé en effet par la reprise des spéculations et des profits mirobolants dans les secteurs bancaires et financiers et la récession en matière d’emploi qui pèse sur les salaires. Il s’agit bien là d’un effet structurel dont on ne se débarrassera pas en offrant encore plus de facilités à ce secteur financier et en acceptant de nouvelles pressions sur les salaires et l’emploi. L’effet bulle comme un mauvais cancer se poursuit et ira s’aggravant nous ne cessons de le dire ici depuis 2007, août 2007 date à laquelle débute cette crise appelée crise des subprimes.
Dès le début nous avons insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas seulement des subprimes mais bien d’une gestion financière globale qui reposait sur une masse de crédits et de produits financiers (à commencer par le dollar lui-même) devenus véritables cancers financiers sur la production et les producteurs. Si pendant des décades l’économie nord-américaine a « tiré » l’économie mondiale en lui imprimant des orientations de plus en plus nocives, des bulles spéculatives, une faible croissance ne débouchant pas sur des emplois et une renforcement de toutes les inégalités, aujourd’hui la machine s’est enrayée et n’arrive plus à se « tirer » elle-même tout en continuant de tenter de ponctionner le reste de la planète. La particularité de cette crise c’est qu’elle est née non dans une quelconque périphérie du financier mais bien au coeur du système, les Etats-Unis et qu’il est évident qu’ils ont de plus en plus de mal à exiger que d’autres payent à leur place. Ils y arrivent mais c’est au prix de l’hégémonie du dollar qui se combine avec des échecs militaires cuisants puisqu’ils n’arrivent pas à imposer “leur” paix à des petits pays comme l’Afghanistan. Qu’ils attendent de la Chine (où se rend Obama cette semaine) une aide qui ne peut qu’accroître les déséquilibres de ces deux pays.
Les mêmes experts face à ce gonflement des profits et cette baisse des postes de travail crée sont d’autant plus désorientés que dans des conjonctures similaires, dans les années 80-90, quand éclataient les bulles, le niveau de l’emploi suivait de près les autres variables économiques. Là rien ne se profile au contraire et au meilleur des cas, ils estiment qu’il faudra des mois, voir des années pour que l’on revienne aux Etats-Unis à un chiffre « acceptable » de 6% de chômage. Rien de moins sûr d’ailleurs. Et comme on l’a vu, cette non adéquation entre facteurs de la « reprise » plonge le président Obama dans l’affliction. Pour Richard Franulovich, analyste de la banque australienne Westpac : « en général les derniers chiffres sont très décevants . La perte d’emploi ne s’est pas arrêtée rapidement comme on l’espérait, malgré les indicateurs antérieurs sur le marché de l’emploi ».
Après l’espoir de régénérescence qu’avait représenté l’éléction d’Obama, les Etats-Unis sont plus ou moins face au déclin de leur empire. L’optimisme engendré par cet effet de communication qu’était l’élection d’un atypique avait été voulu par wall Street autant que par les progressistes nord-américains, les voici tous confrontés aux limites d’une tactique de communication sans prise réelle sur la réalité qu’est le système capitaliste. Résultat, se mêle aux Etats-Unis dans l’angoisse générale, le cumul de mauvaises nouvelles en octobre, les centaines de morts étasuniens en Afghanistan et la destruction de 190.000 postes de travail aux Etats-Unis, ce qui porte à 7,3 millions de travailleurs le chiffre de ceux qui ont perdu leur emploi depuis décembre 2007.
Ce qui paraît de plus en plus évident est le fait que cette crise aux multiples dimensions ne peut pas se résoudre sans une remise en cause profonde du système capitaliste. Les afflictions d’Obama qui rappelle de plus en plus le président Carter, les tentatives de réforme, de changement, de « moralisation » de l’impérialisme et du capitalisme se heurtent au fait que le système capitaliste ne dépend pas de la « bonne volonté » des acteurs, ni de la « remise au pas des autres acteurs qui ne respecteraient pas les règles de bonne conduite » mais il s’agit au contraire de la rationalité du profit, les acteurs peuvent être « moraux », « rationnels », ils le sont même puisqu’ils adoptent la seule attitude rationnelle et morale de leurs activités, c’est ce que ne cessent de nous dire les banquiers et ils ont raison. On ne peut pas leur demander de changer eux-mêmes les règles du jeu, ce serait « immoral » puisqu’ils perdraient l’argent de leurs actionnaires et le leur au lieu de profiter des opportunités. Le vrai problème est comment on est arrivé dans cette situation de crise à faire croire à la masse de leurs victimes que le sauvetage du bateau dans la tempête devait leur être confié? C’est le cas en France et en Europe où il n’est pas question de nationalisations, ni même d’arrêt des privatisations, on confie aux mêmes le soin de nous sortir de la tempête qu’ils provoquent, on suit Obama alors même qu’il est en difficulté au plan intérieur comme aux Etats-Unis, le soulagement de ne plus avoir Bush tient lieu de perspective. Et il n’est pas comme le montre jacques sapir dans son article sur l’OTAN et l’Afghanistan de pire aveuglement que celui qui refuse de voir vers où nous conduisent une telle alliance.
Nous sommes en pleine idéologie dont le symbole le plus patent me paraît être ces gens qui s’opposent aux Etats-Unis à la création d’un système de santé pour la seule raison que ce serait « le socialisme». Quand on en arrive à une telle mystification ce n’est plus de la politique, c’est du fondamentalisme politico-mystique. Les talibans du libre marché continuent leur guerre sainte.
Danielle bleitrach
0 Réponses vers “Les chagrins d’Obama ou les talibans du libre marché par danielle Bleitrach”