Un nouvel objet social non identifié: la prévision statistique par danielle Bleitrach

SpectaclesMagiciens[1]Je vous ai dit que dans ce blog nous parlerions d’objets sociaux non identifiés, j’ai commencé par la poupée vaudou et l’acteur qui par narcissisme, alimenté par la haine, fait de la politique et pas de la politique, et sa haine viscérale est de la rigolade et pas de la rigolade, bref la grande plaisanterie des camps de la mort devenu symptôme de la nullité d’élections, du champ du politique transformé en gondole de supermarché. Aujourd’hui, il nous faut parler d’un autre folklore: depuis plus d’un an tous les chiffres sur lesquels le gouvernement fonde sa politique sont faux archifaux. La prévision gouvernementale c’est comme la sorcellerie on y croit toujours plus que ce qu’on croit. Depuis un an Madame Lagarde plante des aiguilles dans la poupée crise et prononce des paroles abracadabrantesques et elle continue. cela ne réussit pas si mal au gouvernement puisque tous les sondages le donnent vainqueur aux élections européennes et pas seulement en france mais dans toute l’Europe, la droite l’emporte. Essayons d’éclairer ces mystères.

Personne ne s’intéresse aux chiffres

Pourtant ils sont tombés et ils sont époustoufflants. La croissance en 2008, revue fortement à la baisse, n’était pas celle qu’on croyait puisque le produit intérieur brut du troisième trimestre 2008 de la France, annoncé en hausse de 0,1%, a finalement baissé de 0,2%, et au quatrième trimestre il a chuté de 1,5% après avoir été révisé précédemment à -1,1% (-1,2% en première estimation).Le chiffre du deuxième trimestre a aussi été révisé mais plus modérément (à -0,4% au lieu de -0,3%). Au total, la croissance n’a été que de 0,3% sur toute l’année 2008 au lieu de +0,7% jusque-là estimé, à comparer à un chiffre de 2007 revu en hausse à +2,3% au lieu de +2,1%.

 Je sais qu’un certain nombre d’entre vous ne suivent déjà plus alors croyez-moi sur parole 0,8 point de révision sur trois trimestres c’est considérable, une sorte de séisme statistique.

C’est la faute aux staticiens, pas tout à fait puisque je suis sûre que vous l’avez oublié mais au dernier trimestre 2008, ils avaient effectivement pronostiqué une chute de 0,1% et la gouvernement les avait tancés et miraculeusement ils avaient annoncé une hausse de 0,1% , ce qui faisait que la France échappait à la récession.

 Abracadabra vous dis-je….

Mais le tour de passe passe est encore plus intéressant puisque les chiffres publiés aujourd’hui disent que non seulement la France comme l’ensemble de la zone euro est entrée en récession mais qu’en fait nous étions déjà depuis un an sans le savoir. On s’en doutait bien un peu avec toutes les fermetures d’entreprise, les licenciements mais on nous disait le contraire.

De la magie vous dis-je le petit lapin effrayé qui sort du chapeau, la récession qui tremblote était là depuis un an nous dit-on!

Il ne faut pas dire que l’Europe est une catastrophe…

 A la veille d’une élection ça fait désordre… Moi personnellement depuis qu’ils ont nié mon vote négatif sur le traité constitutionnel et qu’ils ont fini par  faire voter le dit traité par l’assemblée nationale. Tous ces gens ne m’intéressent plus.

 Je mesure bien qu’avoir des réprésentants au parlement c’est une magnifique affaire financière pour les partis politiques, vu le coût d’un député européen, ses émoluements et ses jetons de présence, mais honnêtement ce n’est pas un argument au vu des dégâts. Parce que les dégâts sont lisibles en filigranes des chiffres. Lisible est un bien grand mot puisque l’exposé statistique est souvent fait pour noyer les causes.

Pour l’essentiel, il faut voir qu’il y a révision des estimations, révision considérable, et qu’il faut en retenir surtout que l’économie française a entamé 2009 avec un point de départ encore plus mauvais qu’annoncé.Et pourtant abracadrabra on continue à nous donner au niveau gouvernemental des prévisions farfelues, cela a sans doute à voir avec les élections proches et le fait que la France est visiblement entraînée dans la récession de la zone euro, dans une Europe en pleine débâcle.

“La France a subi en début d’année, comme nos principaux partenaires économiques, les effets défavorables de la crise financière puis économique internationale qui a éclaté en septembre dernier. Les évolutions du produit intérieur brut chez nos principaux voisins (- 1,9 % au Royaume-Uni, – 1,8 % en Espagne, – 1,5 % aux Etats-Unis) montrent que notre pays résiste mieux que ses principaux partenaires dans un contexte qui reste très défavorable”, relève Mme Lagarde dans un communiqué.

Les très mauvais chiffres de la croissance allemande, rendus publics vendredi matin, confortent cette analyse. L’Italie de papounet Berlusconi c’est le désastre, la Grande bretagne n’en parlons pas, quant aux sous développés de l’Europe orientale, il vaut mieux détourner le regard… C’est pire chez les autres dit Madame Lagarde, certes mais pourquoi s’obstiner. Parce que le problème est bien là, tout indique que la politique néo-libérale, celle qui sert de doctrine à la zone euro, de dogme à l’Union européenne, celle en qui la foi de madame Lagarde paraît inébranlable nous entraîne tous vers la catastrophe.

 Difficile à dire clairement à la veille d’une élection européenne n’est-ce pas ?

La seule chose qui sauve le gouvernement est qu’il n’existe personne pour contester la situation dans laquelle nous continuons à nous engouffrer. Pour ces élections européennes nous sommes devant des marchands de saucisse, l’un dit moi je mets du ketchup, l’autre propose de la moutarde, voir du raifort, mais ils vendent tous la même saucisse.

Alors il ne faut pas tirer de conclusion de ce fait : l’évolution du PIB en glissement annuel a été revue en baisse de 0,8 point à -1,7% au quatrième trimestre au lieu de -0,9%. Avec la nouvelle contraction annoncée pour le premier trimestre, le glissement annuel passe à -3,2% à fin mars 2009 – un chiffre sans précédent dans la série de 50 ans que l’Insee a mise en ligne sur son site vendredi.

Demain ira beaucoup mieux, faites nous confiance..

 On était un peu en dessous de -3%, on va être plutôt plus proche de -3,5%, sans rien changer au reste. Et ce niveau de -3% qui correspondait peu ou prou au consensus va probablement devenir la fourchette haute des prévisions dans les semaines qui viennent.

Ce constat est abstrait et peu de gens le traduisent en vie gâchées, en emplois supprimés

. Le gouvernement lui continue à défendre bec et ongle des prévisions optimiste, tout en se préparant déjà à exiger des Français des économies en matière de service public, bref en poursuivant sa politique. “Au vu de ces évolutions”, la ministre de l’économie estime, “comme le premier ministre, que la croissance du PIB en France devrait s’établir autour de – 3 % en moyenne annuelle pour l’année 2009.” La récession serait, dans ce cas, deux fois supérieure à ce qu’avait prévu le gouvernement et bien plus importante que celles de 1974-1975 (- 1 %) et de 1993 (- 0,9 %). Le gouvernement détaillera ses nouvelles prévisions macroéconomiques à l’occasion des réunions de l’Eurogroupe du 8 juin et de l’Ecofin du 9juin.

Dans sa dernière note de conjoncture, qui date de mars, l’Insee tablait sur la persistance d’une contraction du PIB au deuxième trimestre (- 0,6 %). Il faudrait que le second semestre soit nécessairement meilleur que le premier pour que la nouvelle prévision gouvernementale (- 3 %) se révèle juste.On a des doutes…Et déjà les prévisions de madame lagarde ne vallent pas tripette…

Des comptes du premier trimestre, publiés vendredi matin par l’Insee, il ressort que la consommation des ménages, traditionnel moteur de la croissance française, résiste : elle a progressé de 0,2 % comme au trimestre précédent. Il faut bien mesurer ce que cela signifie et le rôle joué en France par exemple par l’existence de la sécurité sociale, la manière dont les dépenses de santé et d’autres prestations sur lesquelles on cherche à rogner aident à maintenir une consommation qui continue malgré tout à empêcher l’effondrement. Ce que le gouvernement bien sûr ne mettra jamais en évidence.

Pas plus qu’il n’attribuera la crise à ses chères banques ou entreprises,pour les banques au contraire il est tablé sur une amélioration du crédit mais le fait est qu’aujourd’hui la récession est liée à la poursuite du mouvement très important de déstockage des entreprises a, en revanche tiré la croissance vers le bas : les variations de stocks ont coûté 0,8 point de PIB au premier trimestre, après 0,7 point de PIB au quatrième trimestre 2008. L’investissement, l’autre composante de la demande intérieure, accuse un nouveau recul (- 2,3 %). Les faits sont là, si l’on considère qu’il y a une sorte de patriotisme économique structurel, on s’aperçoit que les consommateurs tiennent bon mais que, n’en déplaise à madame Parizot, l’entreprise privée est en plein défaitisme, déjà replié derrière la ligne maginot devant l’ennemi comme en quarante… Pourtant c’est elle à qui l’on donne l’argent, à qui l’on distribue sans compter…

La chute du volume des échanges extérieurs se poursuit, qu’il s’agisse des exportations (- 6 % après – 4,6 % au quatrième trimestre 2008) ou des importations (- 5,3 % après – 3 %).Nos échanges se font principalement avec l’Europe et la crise qui déferle sur cette zone explique les mauvais chiffres.

Dans certains secteurs, la production de biens diminue de façon spectaculaire : – 12,8 % pour la production d’automobile, – 7,4 % pour les biens intermédiaires, – 6,4 % pour la production de biens d’équipements qui était jusqu’alors épargnée. Parallèlement, la dégradation de l’emploi est nette : il y a eu, au premier trimestre 2009, 138 100 destructions d’emplois salariés dans le secteur concurrentiel, contre 117 300 au trimestre précédent.

On voit la confiance que l’on peut faire à l’optimisme de la ministre… Monsieur Dubois, le responsable du département conjoncture de l’INSEE fait un duo avec la ministre, il table sur l’interruption du mouvement de destockage des entreprises, on ne sait pas quand mais on espère, comme il espère beaucoup du plan de relance américain qui devrait avoir “de gros effets” au printemps. J’espère que vous aurez suivi jusqu’au bout ces chiffres il faut bien le dire trés peu attirants a priori, mais dites vous bien que leur aspect rebutant fait partie de l’univers magique dans lequel on tente de vous faire vivre la politique. Depuis l’ouverture de ce blog, je tente de vous expliquer ce que cache le langage des “experts”, mais il est bien évident qu’il faudrait un parti politique et qu’il ne soit pas préoccupé par l’idée de mettre un peu plus de ketchup sur la saucisse Union européenne ou d’offrir ses places- rares- à des gens qui veulent nous faire bouffer la saucisse européenne avariée avec beaucoup de moutarde pour qu’on ne sente pas l’odeur…

Le paradoxe électoral

je lisais dans Rebelion un article du journal argentin Pagina 12 (1)
Cet article notait que “l”avenir est peu prometteur pour les pays européens avec une forte tradition social-démocrate. Le socialisme européen dirige aujourd’hui huit gouvernements contre 13 en 2001 et de tous les côtés ils apparaissent en   franc recul. En France les urnes fleurent la  catastrophe .
 
La social démocratie européenne est en pleine deroute. les élections européennes du 7 juin prochain se présentent comme une menace de santion pour les partis socialistes du Vieux continent avec un point sur lequel se concentrent tous les paradoxes: la France. Alors même que le président français accumule un pourcentage énorme d’opinions défavorables, les listes de la droite française caracolent devant celle des socialistes. Selon les derniers sondages, les conservateurs tiennent la tête des intentions de vote avec 27%  des votes, et à l’arrière se traînent les socialistes avec 22%, les centristes 13% les écologistes 9%  et l’extrême gauche et l’extrême-droite avec 7% chacun. Ces projections dessinent un double paradoxe; premièrement l’impopularité de l’exécutif de nicolas Sarkozy et la forte opposition que réveillent ses mesures n’aboutissent à aucun vote sanction; deux la crise financière mondiale a légitimé les critiques de la social démocratie contre les excès du système  sans qu’à l’heure du vote cette légitimité se traduise en progès électoral.  A trois semaines de l’élection, les urnes sentent la catastrophe. Si le 7 juin les prévisions des sondages se confirment ce sera la première fois  que depuis 1979, les socialistes n’emportent pas la consultation européenne. Avec une projection de 27 % des votes, les listes de l’UMP conservatrice gagnera plus de 10 points par rapport à 2000. La lecture des chiffres est d’autant plus cruelle pour les socialiste puisque ceux-ci espéraient que le vote européen fonctionnerait comme un message de refus de la politique de nicolass sarkozy. Rien de tel n’arrive et le PS sort du terrain électoral avec un désavantage de sept point  de moins par rapport à 2004. Le PS n’arrive à mobiliser ni autour de ses propositions, ni de ses candidats, ni même du vote sanction. Le socialisme français voit apparaître deux rivaux de poids: les centristes qui sont arrivés à s’extraire de l’étreinte de la droite où ils étaient enfermés, et l’extrême-gauche, dont le discours de dénonciation et antisystème gagne des adeptes chaque mois. L’avenir n’est guère plus prometteur dans le reste des pays européens de forte tradition social  démocrate. le socialisme européen dirigé aujourd’hui par huit gouvernement contre 13 en 2001 et, quel que soit le pays, est en franche récession. Déroute en Italie, Suède, danemark, allemagne, Grèce et france, la social démocratie historique n’a pas réussi à se forger un discours crédible qui supprime les effets du dénommé “social libéralisme”, dans le style de l’ex-premier ministre britannique Tony Blair.”
(1)

L e paradoxe comme toujours quand il est question de chiffre n’est qu’apparent. Il en est des statistiques électorales comme de celles des prévisions économiques, on peut leur faire dire ce que l’on veut dans l’abstrait puisque souvent ils rassemblent dans des moyennes abstraites des phénomènes qui n’ont pas le même sens, ni la même portée.

Nous avons vu que les statistiques  de l’économie tendaient à masquer sous l’idée de récession le fait qu’il s’agissait aussi de l’Union européenne et de politiques appliquées dans ce cadre et sur lesquelles socialistes et droite avaient manifesté une touchante unanimité.

Ce que ne disent pas les sondages sur les votes c’est qui vote et pourquoi il vote ou refuse de voter. L’article de Pagina 12 ne fait pas état des abstentions; il note la débâcle du PS et la relative bonne santé de la droite, voir ce qu’il définit comme le paradoxe français, l’impopularité du président et son gouvernement et le désaveu pourtant des forces d’opposition. Même le faible sursaut des centristes et de l’extrême-gauche n’a rien à voir avec la vague des mécontentements telle qu’elle s’exprime dans les manifestations, les mouvements sociaux. Alors si dans ce genre de commentaires c’était justement l’essentiel qui échappait à l’analyse: qu’est-ce que l’Europe et qu’est ce que l’on peut attendre d’un vote pour ce “machin” dans le champ politique tel qu’il est. donc ce que tentent de cerner les chiffres c’est un objets social non identifié qui serait la démocratie et la réalité de ce que vivent et espèrent les peuples.

Il n’est pas question de critiquer les statistiques, les chiffres, dans une société de masse ils sont bien utiles, mais il est nécessaire de ne pas en faire des grigris, il faut les demystifier en tentant de comprendre leur lien avec les faits qu’ils sont censés décrire. Parce que justement les chiffres concernent une société de masse où les processus à travers lesquels les individus sont censés exprimer leur opinion, leur droit citoyen ont été profondément destructurés. Tout a été conçu selon le modèle de l’agrégation d’opinions individuelles donnerait le sens, justement le modèle de l’offre et la demande selon Walras, celui du libre marché, mais une société ne fonctionne pas comme ça et moins que jamais quand il est nécessaire d’en changer.

Danielle Bleitrach

(1)Eduardo Febbro. a derecha manda en Europa

http://www.pagina12.com.ar/diario/elmundo/4-125005-2009-05-16.html

3 Réponses vers “Un nouvel objet social non identifié: la prévision statistique par danielle Bleitrach”


  1. 1 Pierre M. Boriliens 16 mai 2009 à 12:59

    Juste un mot, un peu hors sujet (quoique…).
    Les obamaniaques vont pouvoir déchanter :

    Obama est revenu, semble-t-il, sur sa décision de fermer Guantanamo.

    http://www.dedefensa.org/article-bho_fouche_et_guantanamo_16_05_2009.html

  2. 2 Le Joker 16 mai 2009 à 9:35

    L’important est semble t’il de faire illusion le plus longtemps possible… Si selon le vieil adage “lagarde meurt mais ne se rend pas” (aux évidences ?) elle pourrait peut être proiter d’une cochonnerie à la mexicaine pour tirer la révérence ?

  3. 3 Marc Harpon 17 mai 2009 à 1:10

    “Je sais qu’un certain nombre d’entre vous ne suivent déjà plus alors croyez-moi sur parole 0,8 point de révision sur trois trimestres c’est considérable, une sorte de séisme statistique.”
    Ce n’est pas mon cas…En fait, en dépit de mon parcours “littéraire” et de ma profession, je suis beaucoup plus à l’aise quand il est question de chiffres que lorsque tu fais des références littéraires ou cinématographiques…


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