Népal, développement rapide d’une situation révolutionnaire

Les suites de la démission de Prachanda

 Dans des articles de ce blog nous avions souligné le fait qu’une des questions qui se posait à l’alliance était l’intégration des rebelles maoïstes dans l’armée officielle, ce qui se heurtait au refus d’une partie de la coalition. Prachanda, président du PCNU-maoïste et premier-ministre, a démissioné de son poste mardi 5 mai parce que le président du Népal a refusé le renvoi du chef de l’armée Rookmangud Katawal qui s’opposait à l’intégration des anciens rebelles. Or le Président a seulement un rôle cérémoniel et il ne peut pas prendre des décisions de ce type.  Et depuis cette démission à laquelle ils estiment avoir été contraints par la droite de la coalition soutenue par l’Inde qui veut évacuer les maoïstes du pouvoir, alors qu’ils ont été majoritaires aux élection, les maoïstes ont affirmé vouloir intensifier les luttes au parlement et dans la rue.

 Ces derniers jours, le PCN Unifié – maoïste a recherché un consensus avec les différents partis membres du gouvernement sur la révocation du chef de l’armée. Le consensus n’a pas été trouvé et le PCNU-maoïste a agi comme il l’avait dit : même sans consensus, le chef de l’armée a été révoqué.

La décision a été prise dimanche lors d’une réunion spéciale du cabinet. Le PCN-UML, le PCN-Uni et le parti Sadbhavana ont boycotté la réunion (8 ministres sur 24). Les 4 partis membres du gouvernement (MJF, PCN-UML, PCN-Uni et le Sadbhavana) avec le PCNU-maoïste se sont opposés à cette décision prétextant qu’aucun consensus n’avait été trouvé.

Suite à cela, le chef de l’armée a refusé la lettre lui indiquant formellement sa révocation, prétextant que cette décision est contraire à la constituion. Un nouveau chef de l’armée a été institué, Kul Bahadur Khadka.
L’UML et le Sadbhavana ont décidé de se retirer du gouvernement. Leur démission a été acceptée.

De grandes manifestations en soutien à la décision du gouvernement ont eu lieu dans plusieurs endroits du pays (voir photos et vidéo ci-dessous). Quelques rassemblement organisés par la branche étudiante du Congrès Népalais ont également eu lieu à Katmandou, rapidement dispersés par les manifestants favorables au gouvernement.

Une réunion de 18 partis a demandé au Président d’intervenir en faveur du chef de l’armée. Il a donc remis une lettre au chef de l’armée lui demandant de rester en place. Rappelons que selon la constitution, le Président a un rôle cérémoniel. En agissant de la sorte, il a donc dépassé les limites de son mandat. Le PCNU-maoïste a d’ailleurs décidé de porter cette question devant la justice. Le ministre de l’Information et des Communications Krishna Bahadur Mahara (maoïste), a déclaré que son parti résisterait. “L’acte du Président est une sorte de coup d’Etat. Nous sommes arrivés à la conclusion que cela met en danger les aspirations populaires et le processus de paix.” Les maoïstes ont de surcroît affirmé que le Président avait agi avec le soutien de l’Inde, qui a multiplié ses interventions en faveur du chef de l’armée.

Sur la question de l’acte du Président, l’UML apparaît divisé. La plupart des parlementaires se sont opposés à son action, affirmant que le Président n’a aucun droit de véto et que son action est donc contraire à la constitution. Quelques uns ont néanmoins soutenu le Président en affirmant qu’il fallait s’opposer aux maoïstes car ils allaient au delà de la politique du consensus.

Les maoïstes ont aujourd’hui encore appelé à descendre dans la rue contre l’acte du Président et en soutien à la décision du gouvernement. Ils ont décidé de lancer la lutte au sein du parlement et dans la rue de manière conjointe.
Le PCN Unifié – maoïste a décidé de faire monter l’agitation dans les rues contre l’action ‘anti-constitutionnelle’ du président qui s’est opposé à la décision de limoger le chef de l’Armée Rookmangud Katawal.Une réunion du politburo a pris cette décision lundi.

Des manifestations et de grands meetings seront organisés dans tout le pays en tant que partie du programme de protestation. De même, le parti est arrivé à la conclusion que le nouveau “gouvernement avec la suprématie civile” ne peut être formé tant que la “crise constitutionnelle” actuelle n’est pas résolue.C’est pourquoi il s’agit de bloquer les tentatives des autres forces de la coalition d’imposer aux maoïstes des choix qu’ils n’approuvent pas.

[...]

nepalnews.com May 11 09 http://www.nepalnews.com/archive/2009/may/may11/news09.php

Les femmes révolutionnaires se battent avec la police (photo + vidéo)
Jeudi dernier, une manifestation de femmes a essayé de briser le cordon de police protégeant la demeure du président Ram Baran Yadav. Elles lui reprochent son acte anti-constitutionnel d’avoir voulu réinstaurer le chef de l’armée renvoyé par le gouvernement maoïste.

1ère vidéo ici : http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/8038752.stm
2ème vidéo ici (sur les manifestations en général) : http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/8037531.stm

 

Parlant du rôle de l’Inde dans la situation politique actuelle, Prachanda  a affirmé : “Nous ne tolèrerons jamais aucune sorte d’interférence de quelque partie du monde dans les affaires internes du Népal.”

Sur la formation d’un nouveau gouvernement, il a affirmé que les maoïstes étaient prêts à reformer un gouvernement si le Président annule son action de réinstaurer le chef de l’armée.

De même, Baburam Bhattarai a affirmé que le Président connaîtrait le même sort que l’ex-roi Gyanendra s’il ne se retractait pas.

Lors de la dernière manifestation, les maoïstes se sont battus avaec la police, faisant 2 blessés de chaque côté.

1ère vidéo ici : http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/8038752.stm
2ème vidéo ici (sur les manifestations en général) : http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/8037531.stm

dossier transmis par Gilles Questiaux sur reveil communiste

2 Réponses vers “Népal, développement rapide d’une situation révolutionnaire”


  1. 1 Gilles Questiaux 12 mai 2009 à 9:20

    Ce n’est pas parce que les communistes népalais sont “maoistes” qu’il faut les prendre de haut. Pas grand chose à voir avec les maoistes du Quartier latin. Ils ont acquis une triple légitimité : par la lutte armée, par les urnes, et par l’hégémonie politique. Ils ont transformé ce petit pays très pauvre voué à devenir une seconde Thaïlande pour touristes millionnaires en avant garde du progrès révolutionnaire en Asie. Petit le Népal? 25 million d’habitants quand même, et exemplaires pour 1 500 000 000 d’Indiens, Paksitanais, Bangladais. Et dans ces trois pays il existe aussi un courant communiste-maoiste actif.

  2. 2 Gilles Questiaux 23 décembre 2009 à 2:53

    Nouveaux développements importants, à suivre sur le blog “nouveau népal”
    http://nouveaunepal.over-blog.com/


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