Qui n’est pas content ? 谁不高兴?”Zhongguo bu gaoxing”, La Chine n’est pas contente ou de l’influence des révolutions sur l’histoire par danielle Bleitrach

 china-is-unhappy-204x300[1]Ne parlant ni ne lisant le mandarin, il m’est difficile de me prononcer sur le débat qu’a suscité un livre “la Chine n’est pas contente”et je dois dire que je regrette face aux échos qui me sont parvenus sur ce livre de ne plus avoir de sinologues communistes ou du moins progressistes aptes à éclairer nos vacillantes lanternes. De quoi s’agit-il d’un ouvrage écrit par quatre auteurs chinois et qui est paru en mars 2009. En 1996, le livre “La Chine peut dire non” qui appelait au réveil nationaliste et s’en prenait aux Etats-Unis est devenu un véritable best-seller. Un des ses auteurs Song Qiang, vient de signer avec quatre autres partenaires, un nouvel ouvrage “China n’est pas contente” et les commentaires occidentaux parlent de courant “nationaliste. Encore faut-il savoir de quoi il est question dans ce cas et pour répondre à mes propres interrogations en quoi cela a-t-il à voir avec un peuple qui a fait la Révolution.

 Le livre est composé de trois chapitres: “Pourquoi la Chine n’est pas contente?”,le plaidoyer chinois”  et “Laisser partir le petit bouddha et construire le grand plan” (le petit bouddha signifiant la gentillesse du coeur ). Dans le premier chapitre, les auteurs cherchent à montrer que les puissance étrangères n’ont jamais cessé de marquer leur mépris pour l’Empire du Milieu. Song Qian préconise même de réduire l’importance des relations franco-chinoises à cause de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalai-lama.

En 1996, le premier livre se situait par rapport à un évenement qui avait bouleversé les Chinois: le bombardement de l’ambassade chinoise par les américains et l’OTAN en Yougoslavie. En 2009, ce qui provoque le mécontentement est non seulement les événements décrits dans le livre, en particulier l’attitude de Sarkozy à propos du Dalaï Lama et du passage de la flamme à Paris, mais l’éclatement de la crise.  Un grand nombre d’ex-nationalistes Chinois qui soutiennent sans faille leur gouvernement ont découvert, avec la stupéfaction , que Leur gouvernement soutenu l’économie du « l’impérialisme américain » qui est le leader des pays occidentaux, en achetant le bon trésor des États-Unis avec une sommes colossale: 800 milliards de dollar, notamment après le bombardement à l’ambassade de Chine à Belgrade par l’armé américaine! Le premier traumatisme.C’est un choc dont semble être né ce second livre.Ca et d’une manière beaucoup plus superficielle sans doute la véritable humiliation infligée au peuple chinois par Sarkozy qui est probablement désormais un des hommes les plus haïs en Chine.

La lecture attentive de certains blogs, celui de Lao Caï et de Tong, la jeune interprète chinoise résidant en France nous permet d’entrevoir ce qu’est le dit courant nationaliste des auteurs de ce livre. Selon la campagne commerciale du livre, c’est une œuvre qui déclare la renaissance chinoise, en faisant appel à « forcer l’encerclement alternatif de l’Occident », « se séparer du défaitisme », « regarder en face les colères intérieures », « revendiquer un groupe d’élites distingués » et « se déterminer d’être héros leader ».

Les auteurs de “La Chine est mécontente” pensent que la Chine n’a pas grand chose à attendre de l’Occident mais ils critiquent également le système politique qui s’est montré trop ouvert, voir complice et ils revendiquent une évolution démocratique. Encore faut-il savoir ce qu’ils entendent par démocratie, certainement pas la démocratie occidentale. En fait, sur cette question il y a un accord avec le gouvernement chinois: la Chine doit chercher sa voie.   Comme l’analyse Tong, elle-même trés proche de l’occident, dans son blog en référence à un article du Magazine Time: ” Austin Ramzy, journaliste pour le magazine Time, lorsque l’on aborde la question de la démocratie, Song Qian et Wang Xiadong ont une vision assez proche de celle du gouvernement chinois qui dit vouloir une démocratie aux caractéristiques chinoises. Selon Wang, cité par Time, le discours des autorités chinoises sonnent “creux” comme celui des hommes politiques occidentaux, que Pékin ne sait pas gérer son influence grandissante à l’étranger et que l’obession pour les JO n’est que le reflet “de la psychologie d’une nation faible”. Selon les auteurs, le nationalisme est une arme à double tranchant qui peut certes être utilisée pour souder le peuple chinois autour d’une cause comme l’opposition à l’indépendance du Tibet mais qui peut aussi se retourner contre les autorités chinoises si elles sont percues comme incapables de défendre les intérêts chinois.”

Un autre blogueur Lao Caï resitue ce livre dans un contexte plus large où effectivement si la Chine fait encore bloc autour de son gouvernement central et du Parti communiste chinois tel qu’il a évolué, non seulement il y a un grand mécontentement face à la corruption des élites locales mais un ébranlement face à la découverte que depuis des années le gouvernement chinois a financé les Etats-Unis. Il explique qu’il y a une évolution du nationalisme.

Cela accentue l’évolution du nationalisme. Je constate que, les nationalistes chinois se divise grosso modo en deux courants: le nationaliste conservateur et le nationaliste de gauche ou nationaliste maoïste ( ce sont ma propre nomination ). Le premier, on a bien vu depuis un an sur Net en anglais et en français, qui défendent la position du gouvernement de façon absolue. Parmi eux, beaucoup sont les ressortissant aux pays étrangers, loin de leur pays d‘origine et entourés par « des amis étrangers » et ne tolèrent presque pas la moindre critique sur la Chine. Ils sont soutenu par des gens au pouvoir et par les ambassades.

Le deuxième, est plus social, un peu plus indépendant du pouvoir et plus puissant donc plus dangreux pour l’avenir. Il critique la politique, notamment la politique sociale du gouvernement, souvent mette en cause ouvertement la réforme économique, de manière souvent très maoïste. Leur forteresse est le fameux site « Wuyou Zhixiang », la Contrée de l’Utopie , qui est en fait une organisation puissante à Pékin. Il organise les séminaires régulièrement, et a sa propre maison de l’édition. Il bénéficie a là fois la nostalgie de l’époque de Mao de la population en bas et la protection des anciens ministres, des généraux militaires à la retraite en haut. M. Huang Jisu, un des quatre auteurs du livre « La Chine n’est pas contente » est un écrivains et un des grands figures de ce courant. Les nombreux sinologues négligent toujours son importance. Mais, depuis la publication de mon article sur renouveau maoïste , notamment depuis la crise financière mondiale, la réussite, même un peu éphémère, du livre de « La Chine n’est pas contente » a bien montré que l’influence de ce courant se développe largement. Le mois décembre dernier, il y avait plus de trois cents de anciens hauts fonctionnaires et les généraux à la retraite présents dans la cérémonie-conférence pour 116e anniversaire de Mao!

Avec les critiques virulentes sur la politique à l’intérieur et l’ambition grandiose préconisée sur la politique à l’extérieur, ce courant fait peur aux autorités. Le mois février dernier, la police a fouillé le bureau de la Contrée de l’Utopie pour la première fois.

Nous avons analysé ici dans bien des articles la manière dont le gouvernement chinois depuis le dernier congrès est le produit d’une évolution à gauche impulsée par le courant nationaliste. Tous les faits auxquels nous avons été confrontés au fil des événements nous ont montré que malgré le système d’ignorance et de propagande occidentale qui a ses héros dans des dissidents marginaux, il existe d’incontestables tensions en Chine, se multiplient à la base révoltes et manifestations en particulier contre les autorités locales corrompues. Le gouvernement chinois doit en tenir compte et les choix économiques et sociaux opérés pour répondre à la crise témoignent de cette prise de conscience, mais c’est un autre sujet.

Pour terminer temporairement sur le sujet, une question me préoccupe, celle des effets d’une révolution sur une population. Au vu de ce qui se passe actuellement en Russie et même en France, et pour ce que l’on en sait en Chine, peut-être peut-on considérer que les pays où il y a eu une révolution, c’est-à-dire ceux où il est arrivé que les masses ont réellement fait l’histoire, il reste d’une manière durable cette conviction fondamentalement démocratique à savoir que le peuple peut et doit influer sur son propre destin et pas seulement en allant déposer un bulletin dans l’urne mais en déclarant illégitime, illégal le pouvoir et en revendiquant toujours le droit à l’insurrection pour rétablir la légitimité populaire mais aussi patriotique. Il y a beaucoup me semble-t-il à travailler cette question de l’insurrection comme droit démocratique, celle-ci ne prenant sens que par rapport à une communauté qui s’estime violée dans les lois fondamentales qui régissent la volonté et la nécessité de vivre ensemble.

4 Réponses vers “Qui n’est pas content ? 谁不高兴?”Zhongguo bu gaoxing”, La Chine n’est pas contente ou de l’influence des révolutions sur l’histoire par danielle Bleitrach”


  1. 1 Wencius 11 mai 2009 à 8:56

    Les médias occidentaux qualifient souvent les réactions chinoises de “nationalistes”. Il me semblent qu’ils confondent volontairement “nationalisme” et “identité”. Comme vous le dites, les Chinois ne ressentent que de la mépris des Occidentaux pour leur pays. Les Chinois veulent avant tout retrouver dignité. Voici un ancien commentaire sur le nationalisme chinois :

    “Ce que vous appelez “nationalisme” chez les Chinois n’est pas vraiment du “nationalisme”, mais un problème de malentendu entre deux pays qui possèdent des psychologies différentes. Ce qui se passe entre la Chine et la France, c’est exactement ce qui se passe entre les USA et la France, pendant la période du début de la seconde guerre d’Irak. Comme les Américains, les Chinois possèdent une psychologie différente de celle des Français. C’est une évidence, mais les Français semblent faire fi de ce détail. Il faut comprendre que pendant des siècles, les Chinois Han ont été dominés plus ou moins par des ethnies non Han (Tibétains, Mongols, Mandchou). Et durant les dernières années avant la Révolution de Mao, ce sont les Occidentaux qui avaient le pouvoir en Chine ! Regardez comment nous, en France, ressassons sans arrêt nos quatre ans d’occupation… QUATRE ANS ! Pendant quatre ans, les Allemands avaient le pouvoir en France, et nous ne cessons de nous référer à cette époque. Ensuite, grâce au tour de magie de De Gaulle, nous avons réécrit l’histoire et complètement fantasmé “La Résistance”. Nous avons idéalisé notre propre réaction à ces quatre années… mais alors… qu’en serait-il si au lieu de quatre ans, les allemands, puis les anglais, puis les australiens, puis les Belges, avaient successivement dirigé la France pendant 500 ans, pendant 1000 ans ? C’est exactement ce qu’ont vécu les Chinois… Les Allemands, eux, n’ont pas détruit Versailles… Connaissez-vous l’histoire de l’ancien Palais d’Eté des empereurs chinois ? Une merveille mise à sac et brûlée en 1860 par les Français et les Anglais… Qu’imaginez-vous qu’il se passerait, en France, si les Allemands, en 2008, se mettaient à nous offenser, même à raison ? Alors qu’imaginez-vous qu’il se passe dans l’esprit d’un chinois qui voit ses amis de France manquer de respect à son drapeau et à ce qu’il estime être l’intégrité territoriale de son pays ? Regardez comment l’Etat français a réagi sur les sifflements contre la Marseillaise. Le nationalisme est une maladie, une pathologie. Mais… on connaît son terreau : l’humiliation nationale, collective, sur laquelle les populistes peuvent surfer avec tant d’aise. On sait quelle réaction a engendré la défaite allemande en 1918… on sait aussi que Mao a construit sa popularité sur une Chine unie, rassemblée. La Chine aux Chinois ! Il n’y a bien qu’en France qu’on trouve ça nationaliste ! Ce qui s’est passé à Paris a profondément vexé les Chinois. Puisque le chinois se vexe, il veut aussi vexer. Alors il brule le drapeau français, pensant que notre psychologie est identique à la sienne. Mais les Français n’ont pas compris ce geste et l’interprète de nationaliste”.

  2. 2 BENBARA abdallah 11 mai 2009 à 11:41

    Ce qu’on apelle Nationalisme en Chine n’est que le Patiotisme d’un Pays qui n’accepte pas les leçons de l’occident qui a peur d’une Chine prospére et forte qui ne s’en laissera pas compter. Pour ta dernierre remarque sur l’imprégnation profonde chez les peuples qui ont fait la Révolution de la possibilité et le droit de se révolter quand quand les puissants en font de trop je pense que c’est trés juste .Moi pour l’Algérie je suis persuadé qu’un jour le peuple se soulévera contre les chacals qui ont trahi,et méme en france que de fois ai je entendu dire si cela continue on ressortira les Fourches.

  3. 3 Annie 11 mai 2009 à 8:33

    Je comprends parfaitement la stupéfaction de ces chinois qui comprennent que la Chine a acheté 800 milliards de bons du Trésor US, et que ces bons ne seront peut être que de la monnaie de singe !

    J’apprécie les études du site LEAP2020 http://www.europe2020.org/spip.php?article599&lang=fr et je pense qu’ils sont dans le vrai quand ils écrivent :
    “La prochaine étape de la crise sera déterminée par un rêve chinois. En effet, à quoi peut bien rêver Pékin pris, d’après Washington, dans le « piège Dollar » de ses 1.400 milliards d’actifs libellés en Dollars US [1] ? D’après les dirigeants américains et leur cortège d’experts médiatiques, à continuer à être prisonnier et même à renforcer cette condition carcérale en achetant toujours plus de Bons du Trésor et de Dollars US [2].
    Pourtant, tout le monde sait à quoi rêve vraiment un prisonnier ? A s’évader bien sûr, à sortir de sa prison. Aussi, pour LEAP/E2020, il ne fait aucun doute que Pékin cherche sans relâche désormais [3] à se débarrasser au plus vite de cette montagne d’actifs « toxiques » que sont devenus les Bons du Trésor US et la devise américaine sous laquelle la richesse de 1 milliard 300 millions de Chinois [4] est emprisonnée. Dans ce GEAB N°34, notre équipe détaille donc les « tunnels et les galeries » que Pékin creuse discrètement depuis plusieurs mois dans le système économique et financier mondial afin de s’évader du « piège Dollar » d’ici la fin de l’été 2009. Sur fond de cessation de paiement des Etats-Unis s’ouvrira alors la période à partir de laquelle le « chacun pour soi » deviendra la règle du jeu international, dans la droite ligne d’un G20 de Londres dont le communiqué final se lit comme la « chronique d’une dislocation géopolitique annoncée » ainsi que LEAP/E2020 l’analyse dans ce numéro du Global Europe Anticipation Bulletin.”

    En tout cas le nationalisme des chinois exprimé par les auteurs du livre “La Chine n’est pas contente” me semble être une réflexion démocratique et saine.

  4. 4 Bruce GAO 11 mai 2009 à 8:57

    ah je suis pas content, :)


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