29 mars 2009, par Eva Golinger
Traduit de l’espagnol par Iris Buehler (traduction révisée par Les Blough) pour Axis Of Logic puis de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société
Eva Golinger est une avocate americano-vénézuélienne.
A la fin de 2005, l’Ambassade des Etats-Unis au Venezuela, sous la direction de l’Ambassadeur d’alors, William Brownfield (actuel Ambassadeur des Etats-Unis en Colombie), a inauguré le premier de ce qui serait un total de quatre sièges de « consulats virtuels » , connus sous le nom d’ « American Corners » [littéralement « Coins Américains » ndt] en Amérique latine. Ceux-ci ne sont pas des sièges diplomatiques normaux, étant donné qu’ils n’ont aucune autorisation du Ministère des Affaires Etrangères des pays respectifs dans lesquels ils sont situés ; ils n’offrent pas non plus de services aux citoyens américains qui résident dans le pays. Des documents du Département d’Etat Américain, récemment déclassifiés dans le champ de mes investigations, soulignent explicitement que le but de ces « American Corners » est de faciliter un dialogue ? non filtré ? et des relations entre l’Ambassade des Etats-Unis et le peuple vénézuélien. Dans un mépris clair et flagrant pour le droit international et pour la Convention de Vienne sur les relations consulaires en particulier, Washington essaie d’ignorer l’autorité du gouvernement Vénézuélien dans le but d’arriver à établir des relations bilatérales directement avec des secteurs de la société vénézuélienne.
Depuis que le Président Chavez et la Révolution Bolivarienne sont arrivés au pouvoir en 1998, Washington a essayé d’affaiblir la démocratie vénézuélienne à travers différents actes de déstabilisation, y compris le coup d’Etat d’avril 2002, le sabotage économique et le sabotage de l’industrie pétrolière en 2002-2003, des Guarimbas(1), des interventions électorales, de la guerre médiatique, et un flot constant de dollars dans les poches des groupes violents et anti-démocratiques de l’opposition. C’est pourquoi, quand l’Ambassade des Etats-Unis cherche à établir des relations « non filtrées » avec le peuple vénézuélien, on ne peut pas ne pas comprendre qu’ils ont les mêmes intentions que depuis toujours, leur objectif continue à être le renversement du Président Chavez et la destruction de la Révolution Bolivarienne.
Officiellement les American Corners sont des programmes de partenariat entre l’Ambassade des Etats-Unis et certaine institutions locales qui créent de petits espaces, ou « coins » [corner], avec accès à l’information sur les Etats-Unis par Internet, et des livres et documentaires produits par le Département d’Etat (DDE). Le but est de créer une sorte de « consulat virtuel » qui ne serait pas sponsorisé formellement par le gouvernement des Etats-Unis mais par une organisation, association, école, bibliothèque ou institution locale. En réalité, les American Corners constituent un autre instrument de propagande de Washington qui travaille non seulement comme une rampe de lancement pour la guerre psychologique mais aussi subvertit et viole les régulations diplomatiques en établissant des lieus pour l’accès « consulaire » dans une nation sans l’autorisation du gouvernement du pays hôte.
Les corners sont surveillés de près par le Département d’Etat des Etats-Unis qui garde trace de leur efficacité . Le concept des American corners trouve son origine dans les années 90 et a été baptisé en Russie. L’idée était de préserver l’avance accomplie et le travail réalisé durant la Guerre Froide et d’arriver à ce que la présence de Washington passe inaperçue en Russie, avec l’objectif de garantir que la propagande des Etats-Unis continue d’exercer de l’influence sur l’opinion publique.
En 2002, le Bureau de la Diplomatie Publique et des Affaires Publiques du Département d’Etat des Etats-Unis a étendu le programme des American Corners, et maintenant, plus de 200 « Corners » existent à travers le monde(2). La majorité d’entre eux sont situés dans des nations d’Europe de l’Est, comme la Bulgarie et la Pologne ; dans des pays Asiatiques comme l’Uzbekistan, le Kirghizstan, la Turquie, le Pakistan, Afghanistan, l’Indonésie et le Bangladesh ; et dans des pays du Moyen-Orient, y compris l’Oman, entre autres. Le Venezuela est la première nation d’Amérique latine à faire partie de ce programme. Le 9 décembre 2005, l’Ambassadeur d’alors, William Brownfield a inauguré à Barquisimiento, une ville de l’Etat de Lara, le premier American corner à l’intérieur du bureau de La Société du Droit Commercial (Colegio de Avocados) de la dite région. Durant les six mois suivants, trois autres de ces consulats illégaux ont été inaugurés à Margarité, à Maturin et à Lecherias (villes de l’Etat d’Anzoategui), presque tous situés dans les bureaux des sociétés de droit commercial régionales, sauf pour Lehcerias, où il leur fut donné un espace à l’intérieur du bureau municipal du maire.
Selon les documents récemment déclassifiés, qui incluent une série de contacts entre l’Ambassade des Etats-Unis au Venezuela et l’entité hôtesse, et selon d’autres rapport sur le fonctionnement des dits sièges diplomatiques non autorisés, les Amercian corners au Venezuela reçoivent leurs fonds du Bureau des Affaires de l’Hémisphère Occidental du Département d’Etat des Etats-Unis et de l’Ambassade des Etats-Unis. Ce fait les convertis en agents de Washington, financés et surveillés par un gouvernement étranger qui a maintenu une attitude agressive contre le gouvernement du Venezuela.
Termes du contrat American Corner
Les contrats entre l’Ambassade et ses hôtes vénézuéliens sont renouvelables dans dix ans et obligent l’hôte à fournir un espace qui serait « entièrement satisfaisant » pour l’Ambassade « pour [qu'elle puisse tenir le Corner, y compris ses collections d'ouvrages écrits et son matériel électronique, son accès à Internet, et d'autres programmes connexes d'activité...»
Ensuite le contrat insiste que l'Ambassade fournira
« ...au Corner un matériel imprimé de base et une collection de CD-ROM sur les Etats-Unis...à la discrétion du PAS [la section des affaires publiques de l'Ambassade, note d'Eva Golinger] et en accord avec le jugement de La Bilbiotheca, le PAS sélectionnera et achètera du nouveau matériel imprimé et des publications électroniques, concernant des sujets qui sont liés à l’économie, au management, aux affaires, aux études sur les Etats-Unis, à des leçons d’anglais, à la science politique, au droit, et aux sociétés démocratiques, pour les incorporer à la collection du Corner. Le PAS est d’accord pour fournir au Corner de multiples copies des publications produites par le Département d’Etat et conçues pour la diffusion publique… »
Entre autres choses, le siège :
« réalisera des programmes avec des orateurs des Etats-Unis…[et]…fournira des informations et du matériel à propos des programmes, donations et opportunités éducationnelles offertes par le gouvernement des Etats-Unis »
en d’autres termes, ces American Corners sont des centres de propagande et des lieux de rencontre du gouvernement des Etats-Unis, établis sans autorisation. Ils sont illégaux. Ils servent d’espaces pour que Washington contribue à promouvoir son programme de déstabilisation du Venezuela dans le dos du gouvernement vénézuélien. Si le Venezuela établissait des sièges diplomatiques similaires aux Etat-Unis sans l’autorisation du gouvernement américain, ils seraient fermés et leurs employés américains seraient emprisonnés comme « agents non autorisés d’un gouvernement étranger ». Pourquoi alors le gouvernement vénézuélien a-t-il permis que ces agents et espaces illégaux et dangereux opèrent pendant plus de trois ans? Il n’y a aucune raison pour que le Venezuela ouvre la porte à la conspiration. Le peuple mérite une meilleure protection contre ces actes qui attentent à sa volonté et vont affaiblir le dur travail fait par tout le monde dans le but de réaliser la justice sociale.
Notes de la traduction anglaise :
Voir l’article d’Eva Golinger « Old School U.S. Intervention Model Used in Venezuela » publié sur venezuelanalysis.com.
(1) Le « Guarimba », un plan attribué au gourou de l’opposition Robert Alonso, visait à faire que les forces de droite s’engagent dans une désobéissance civile de grande envergure et dans des actes de violence dans les rues de Caracas et d’autres aires urbaines provoquant des réactions répressives des forces d’Etat qui justifieraient ensuite des plaintes pour des violations des droits de l’homme et la rupture de l’ordre constitutionnel.
(2) Pour une liste de pays et la description officielle et les informations fournies par l’American Corners Program Worldwide, voir American Corners et American Corners In the World.

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