L’Inde et l’Occident par Jean Luc Racine

Du 15 avril au 13 mai, 714 millions d’Indiens vont élire leurs députés (543). Dans ce pays aux prises avec la crise, nul ne peut prédire l’issue de ce scrutin. Quels sont les évolutions du pays et ses liens à l’Occident ? Lors du colloque annuel organisé par Le Monde diplomatique et les Carrefours de la pensée, au Mans, du 13 au 15 mars, Jean-Luc Racine a analysé ces rapports. Nous publions sa conférence [1].

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Le rapport de l’Inde d’aujourd’hui à l’Occident peut être analysé au crible de plusieurs filtres. J’en retiendrai trois : 1/ celui de l’histoire nationale et de la genèse de la modernité indienne ; 2/ celui du mouvement des idées qui nourrit, en Inde et ailleurs, la réflexion sur l’universalité conçue par l’Occident et remise en cause par divers courants de pensée, en partie nés en Asie ; 3/celui de la géopolitique et de la posture que prend ou que prendra l’Inde sur deux espaces emboîtés : le tablier de go sur lequel se déploient les nouvelles compétitions inter-asiatiques liées à la montée en puissance de la Chine, et l’échiquier mondial sur lequel, après le système Bush, l’administration Obama s’efforce de préserver la suprématie américaine par une approche moins unilatéraliste des problèmes.

Ceci étant, il importe de préciser que le concept d’Occident ici utilisé est problématique pour au moins deux raisons. On peut d’abord juger la formule paresseuse, en ce qu’elle englobe à la fois l’Amérique du Nord et l’Europe. Mais si certains Européens rappellent à juste titre que l’Europe et les Etats-Unis sont deux entités distinctes à maints égards, vu d’ailleurs, et en particulier vu d’Asie, ce qui les unit l’emporte de loin sur ce qui les différencie.

La fièvre hexagonale célébrant constamment l’exception française est parfois justifiée — on l’a vu en 2003 dans l’opposition de Paris à l’intervention américaine en Irak — mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt, puisque plusieurs pays européens ont alors rejoint la coalition américaine contre Saddam Hussein.

Vu d’ailleurs, l’Occident se définit par un faisceau de particularités qui ont assuré sa suprématie, une combinaison de facteurs techniques et idéologiques qui ont permis son expansion politique, économique et culturelle — rupture libératrice de la Renaissance, philosophie des Lumières, utilitarisme britannique, révolution industrielle, conquêtes coloniales, impérialisme, avancées scientifiques, prospérité générale — fût-elle inégalitaire. En est résulté un genre de vie érigé en modèle, fondé sur la démocratie, le consumérisme, l’individualisme. Des « valeurs » diffusées grâce à ces instruments décisifs du soft power que sont la suprématie des images (hollywoodiennes entre autres) et celle des systèmes d’information portés par les médias anglo-saxons, écrits et audiovisuels.

Second constat : nous sortons à peine d’une phase née de la fin de la guerre froide, où la suprématie idéologique américaine, bien au-delà des néo-conservateurs estampillés, a mis en avant l’Occident, soit pour célébrer la victoire de ses idées (La fin de l’histoire, Fukuyama, en 1989 puis en 1992) soit pour mettre en garde contre les menaces pesant sur cette victoire (Le choc des civilisations, Huntington, 1993 puis 1996). Il est clair qu’on ne se situe pas ici dans la dichotomie « The West and the Rest » (l’Ouest et le reste du monde), voire dans la perspective conflictuelle résumée par la formule « The West against the Rest »(l’Ouest contre le reste du monde). On ne peut pour autant les balayer d’un revers de main. Les idées, justes ou fausses, sont le moteur de l’histoire, par ce qu’elles promeuvent comme par les réactions qu’elles suscitent.

Histoire nationale et genèse
de la modernité indienne 
Les Indiens se savent les héritiers d’une grande civilisation, ancrée en terre indienne depuis des millénaires et marquée du sceau d’une puissante originalité, dont l’hindouisme est d’évidence un marqueur essentiel — même si l’« hindouisme » est un concept beaucoup plus récent que les sources spirituelles, intellectuelles et sociales qui ont forgé la pensée classique de l’Inde, du védisme au brahmanisme. Cet héritage a donné lieu à deux lectures opposées de l’histoire.

Alors que les idéologues du nationalisme hindou font remonter la genèse de la nation à la plus haute antiquité et se lamentent du déclin multiséculaire qu’auraient entraîné, à leurs yeux, l’arrivée de l’islam puis la domination occidentale, l’idéologie dominante, portée par le parti du Congrès dès avant l’indépendance et inscrite dans la Constitution de 1950, voit dans l’Inde une entité par essence composite. L’hindouité n’est plus la substance de la nation. Elle est un paramètre majeur certes, mais non privilégié, qui a permis à l’Inde d’accueillir des religions étrangères : islam, christianisme, zoroastrisme des parsis, judaïsme aujourd’hui résiduel, comme elle lui a permis, sans doute, de retrouver dans la démocratie parlementaire une traduction politique contemporaine de la gestion de la pluralité.

Les idéologues du nationalisme hindou couvrent volontiers de la même réprobation les siècles de domination musulmane du sous-continent et ceux de la présence coloniale, célébrant d’un côté une Inde pré-islamique réinventée —celle des empires et des royaumes hindous—, et de l’autre la « résurgence » de l’hindouité dont témoignerait leur arrivée au pouvoir en 1998 [1]. Mais de fait, nombre de leurs idées se sont nourries de certaines philosophies européennes de la nation, et le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS = l’Association des serviteurs de la nation), noyau central de la famille nationaliste hindoue, a directement emprunté son goût de l’uniforme et de la force à certaines milices fascistes ou fascisantes européennes, mâtinées des shorts et des chemises de la police coloniale. Bien avant l’émergence de ce mouvement dans les années 1920, et sur un plan idéologique très différent, l’impact de la pensée européenne a commencé à se faire sentir dès le début du XIXe siècle. Ram Mohan Roy (1774-1833) fut ainsi l’un des pères de la Renaissance du Bengale, en un siècle où de multiples mouvements réformateurs, à tonalité aussi bien religieuse que politique et culturelle, ont transformé l’Inde par un double mouvement.

D’une part, l’influence des idées occidentales, amplifiée par certaines réformes administratives et juridiques de l’Empire britannique, témoigna d’une greffe largement réussie d’une partie de la philosophie des Lumières. De l’autre, et très classiquement, cette influence suscita des mouvements qui s’en inspiraient pour mieux prendre leurs distances avec les porteurs de ces idées. Par exemple, l’Arya Samaj, sur le plan socio-religieux, entendit contrecarrer les missionnaires chrétiens et réaffirmer la vitalité d’un hindouisme réassumé, tandis que le mouvement nationaliste, sur le plan politique, retourna contre la puissance coloniale le principe démocratique dans sa quête de l’indépendance politique.

Dans une société certes fondée sur l’idéologie inégalitaire de la caste, mais aussi sur le principe du pluralisme et sur une brillante tradition intellectuelle ouverte au débat et au commentaire, la longue percolation des idées nées en Europe et la lente mise en œuvre du principe électoral dès la fin du XIXe siècle ont préparé l’Inde à gérer son indépendance selon des principes démocratiques, tout en affichant sa singularité.

Figures emblématiques, très différentes mais en partie complémentaires, Mohandas Karamchand Gandhi et Jawaharlal Nehru portent ainsi, chacun à sa façon, une part de la modernité indienne et de son rayonnement universel. Gandhi, par la stratégie non-violente qu’il met en œuvre, par sa capacité inégalée à transformer un mouvement revendicatif élitiste en mouvement nationaliste de masse, par sa critique de la modernité techniciste et consumériste de l’Occident au nom de la quête nécessaire d’un autre modèle d’organisation socio-économique. Nehru l’agnostique, par les trois piliers sur lesquels il fonde l’Inde post-coloniale qu’il dirige de 1947 à 1964 : la démocratie parlementaire, l’économie mixte, le non-alignement.

La modernité indienne qui se construit par un lent processus n’est évidemment pas une pâle copie d’un modèle occidental univoque. Et l’on voit bientôt, avec la guerre froide, que le choix démocratique ne suffit pas à nouer des alliances géopolitiques. Le non-alignement promu par Nehru l’éloigne des Etats-Unis en raison du vieux principe de la politique étrangère américaine : « Qui n’est pas avec nous est contre nous ». Le choix prolongé du protectionnisme économique, y compris à l’heure du thatchérisme et du reaganisme triomphants, renforce alors la singularité de l’Inde démocratique.

De la construction post-coloniale
à l’émergence post-post-coloniale 
Pourvu d’un outil universel —la langue anglaise— et nourri d’un double héritage, souvent vécu au quotidien, celui des idées occidentales et celui de l’indianité, une partie des intellectuels indiens, à compter des années 1980, commence à repenser l’histoire des idées, l’histoire politique, et l’histoire tout court. La critique de l’orientalisme a de multiples sources, et l’Américain d’origine palestinienne Edward Saïd a plus qu’aucun autre lancé le mouvement dans son ouvrage-phare de 1979 ( L’Orientalisme. L’Occident n’aurait pas seulement inventé l’orientalisme, comme discipline scientifique. Il aurait inventé l’Orient lui-même, comme catégorie. En Inde, les critiques du sécularisme —cette manière de laïcité à l’indienne sur laquelle est fondée la République indienne qui n’a pas voulue être république hindoue—¬ lancent le débat avec Ashis Nandy et T.N. Madan, deux universitaires de premier plan, coutumiers des grands circuits intellectuels internationaux. Nandy ouvre le feu en 1985 avec son Manifeste anti-séculariste [2]. Madan plaide en 1987 pour que le sécularisme reste « à sa place” » [3]. Tous deux s’interrogent sur la viabilité d’une « idéologie d’origine étrangère », fruits d’un moment très particulier et très localisé de l’histoire universelle : le croisement entre la Réforme protestante et la philosophie des Lumières. L’hégémonie européenne aurait ainsi voulu greffer ses valeurs en affirmant leur vocation universelle indépassable, au détriment du savoir penser et du savoir vivre ensemble précoloniaux.

Nombre d’intellectuels indiens, en parallèle, repensent l’histoire sociale, déconstruisant l’Etat-nation hérité de l’Occident pour mettre en évidence une autre histoire, celle des subalternes [4]. Paradoxe : c’est au cœur des universités les plus prestigieuses de la Ivy League américaine que bien des critiques indiens (et non-indiens !) de la prétention occidentale à l’hégémonie finiront pas enseigner. Etudes post-coloniales et travaux « subalternistes » irrigueront ainsi, au cœur de l’Empire américain, une nouvelle pensée critique, dont l’esprit se retrouvera dans le titre emblématique de l’ouvrage publié à Princeton par Dipesh Chakravarty en 2000 : Provincializing Europe : Post Colonial Thought and Historical Difference. L’Europe, comme métaphore de l’Occident, y est dépeinte comme la source d’une modernité qui se veut indépassable, alors que toute greffe, toute transition implique aussi une « traduction » locale. Le monde ne peut être eurocentré, et l’Occident en général ne peut seul définir l’universel.

L’Inde n’aura pas participé au mouvement en faveur des « valeurs asiatiques » mises en avant dans les années 1990, de la Malaisie au Japon, affirmant contre l’universalisme des idées occidentales la pertinence d’autres façons de penser la société et le pouvoir —une tentative cherchant également, au passage, à défendre les régimes autoritaires, le Parti communiste chinois revalorisant pour sa part le confucianisme tout en combinant « socialisme de marché » et parti unique. L’Inde offre donc un cas particulier. Comment s’en étonner, vu son poids, son parcours historique, et la vigueur de sa vie intellectuelle ?

Certes, le nationalisme hindou, en sa fièvre identitaire, appelle de ses vœux une Inde forte, reconnue dans le monde. Mais dans son discours stigmatisant la faiblesse de la majorité hindoue tout en célébrant les promesses de son réveil, la volonté d’être maître chez soi –en particulier vis-à-vis des minorités religieuses— compte autant que la dénonciation de l’Occident. Du reste le BJP, quand il fut au pouvoir de 1998 à 2004, travailla au rapprochement avec les Etats-Unis, comme le fit ensuite de 2004 à 2009 le gouvernement congressiste de Manmohan Singh.

Au total, le rapport de l’Inde à l’Occident est ambigu, comme il se doit dans une période de transition qui vit passer l’Inde post-coloniale à un nouveau statut, post-post-colonial cette fois.

Le tournant fut pris dans les années 1990, et il fut porté tour à tour par les deux forces politiques majeures du pays. En 1991, le Congrès revenu au pouvoir se saisit d’une crise financière grave pour lancer une politique de libéralisation économique mesurée et graduée, mais continue. Le protectionnisme fut largement démantelé, sauf dans certains secteurs sensibles, l’Etat continuant toutefois à jouer son rôle de régulateur. Cette mutation est décisive car elle témoigne d’un nouvel état d’esprit, d’une nouvelle confiance dans la capacité de l’économie indienne à améliorer ses performances, sa productivité, sa compétitivité. La chute de l’URSS et l’évolution de la Chine y sont pour quelque chose, mais la réforme était dans l’air du temps. Elle fut mise sur les rails par des gouvernants ayant déjà été aux affaires et par un parti ayant gouverné le pays plus longtemps qu’aucun autre, et elle suivit un rythme plus lent que celui préconisé par le « consensus de Washington ». En ce sens, le mouvement fut essentiellement endogène, même s’il jouait l’ouverture au monde.

Le second tournant, beaucoup plus tranché, fut marqué par les essais nucléaires de 1998, conduits trois mois après l’arrivée au pouvoir du BJP, dans un contexte international particulièrement hostile. Trois ans plus tôt, la communauté internationale avait prorogé le traité de non-prolifération (TNP) entré en vigueur en 1970, et en 1996 le Traité d’interdiction totale des essais nucléaires avait été signé (sinon ratifié) par 180 Etats. Dans les deux cas, sous deux gouvernements différents, l’Inde avait refusé de signer, le TNP ne reconnaissant comme Etats nucléaires légitimes que ceux ayant conduit des essais avant 1967 (le premier essai indien, solitaire, date de 1974).

Dans le domaine économique comme dans le champ stratégique, ces décisions, objets d’un large consensus politique, témoignent d’une double démarche qu’il faut éclairer pour comprendre la nature du changement mettant en marche l’Inde émergente. D’un côté, l’Inde s’ouvre au monde et aux dynamiques de globalisation, mais elle le fait à sa façon et à son rythme. De l’autre, elle rompt avec le consensus stratégique du moment, qu’elle qualifie «  d’apartheid nucléaire » privilégiant injustement les cinq pays « légitimement » nucléarisés, qui se trouvent être aussi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Volonté d’intégration, ajustement pragmatique, affirmation de soi et posture critique du système international se combinent donc au service d’une ambition affichée : donner à l’Inde un statut à sa mesure dans le nouvel ordre mondial.

Cette dynamique ne peut durer que si les résultats sont au rendez-vous. Ce fut le cas pour l’essentiel, tant en termes de croissance qu’en termes d’acceptabilité stratégique, les années 2000 en témoignent. Moins de deux ans après les essais nucléaires sanctionnés par les Etats-Unis, le Président William Clinton en visite d’Etat à New Delhi célébra les convergences entre « la plus vieille » et «  la plus grande démocratie du monde ». Le rapprochement s’intensifia sous l’administration Bush, qui a clos son mandat en signant, au terme de trois ans de difficiles tractations, un accord-cadre pour la coopération dans le secteur sensible du nucléaire civil, sans demander à l’Inde de signer le Traité de non-prolifération. Il fallut pour cela que l’administration américaine s’emploie à convaincre la communauté internationale de l’exceptionnalité indienne. Paris, Londres et Moscou étaient sur la même ligne que Washington.

Depuis bientôt vingt ans, cette émergence de l’Inde signe son entrée dans les temps post-post coloniaux. Le passé colonial, mais aussi les avancées et les échecs des décennies post-coloniales sont en quelque sorte digérés, et une nouvelle confiance en l’avenir se fait jour, dont témoignent le nouveau regard que l’Inde porte sur elle-même et sur le monde, mais aussi le nouveau regard que le monde porte sur elle.

Le discours de Manmohan Singh à l’Université d’Oxford, en 2005, est à cet égard emblématique. Un Premier ministre en exercice qui déclare que la colonisation britannique n’a pas eu que des effets négatifs sur l’Inde témoigne d’une liberté de jugement qui est aussi un signe : les rancoeurs contre le racisme et l’exploitation coloniale sont inscrites dans l’histoire. Le présent, pour sa part, est riche de nouvelles promesses, portées par ce que Singh définit comme « un sens renouvelé de confiance en soi de l’Inde émergente ».

On voit donc se croiser, sur des plans très différents, des paramètres qui convergent involontairement pour définir le rapport que l’Inde entretient aujourd’hui avec l’Occident et avec le monde. Compte d’abord un « désir d’Occident », pour reprendre un titre de l’essayiste Pankaj Mishra, qui se décline sous deux formes. L’une, que Mishra éclaire après bien des travaux universitaires, porte sur l’historicité des manifestations identitaires ou contestataires, et leur dette envers l’Occident : on l’a dit, bien des contempteurs de l’Occident, depuis les communistes jusqu’aux nationalistes, ont pour matrice idéologique des idées empruntées à l’Occident, mais réajustées au contexte local –du marxisme à la nation, en passant par la crispation des identités religieuses. L’autre forme, moins sophistiquée, tient à l’attrait du modèle consumériste et entrepreneurial du capitalisme. Les deux peuvent se mélanger, et prospèrent en Inde même, mais aussi dans la diaspora, particulièrement la diaspora indienne des Etats-Unis, devenue un puissant lobby. Quant à la posture critique des théoriciens indiens du post-colonialisme, si influents dans la pensée universitaire américaine, elle converge sans nécessairement l’avoir prévu avec la posture géopolitique post-post-coloniale des gouvernants indiens, qui entendent bien, sinon replacer à court terme l’Inde au centre du monde, du moins bien faire comprendre à l’Occident que l’ère de son hégémonie triomphante se clôt, et qu’il importe désormais de construire un monde véritablement multipolaire.

Géopolitique de l’Inde nouvelle :
fausses et bonnes questions 
La fin de la guerre froide a permis à l’Inde de repenser, nécessité oblige, sa politique étrangère, et de normaliser ses relations avec les Etats-Unis. Le rapprochement indo-américain, qui avança spectaculairement sous l’administration Bush, ne vaut pas pour autant alliance. Contrairement à ce que pensent certains faucons pakistanais, l’Inde ne sera pas, comme l’est Israël au Moyen-Orient, un pilier indéfectible de la politique américaine en Asie du Sud, voire dans ce que l’Inde appelle son « voisinage étendu », qui court du Moyen-Orient à l’Asie du sud, de l’Asie centrale à l’Océan indien.

New Delhi a su profiter de la stratégie américaine visant à favoriser sa montée en puissance pour contrebalancer l’essor de la Chine. Toutefois, la tentation de rejoindre un « arc des démocraties » pro-américaines en Asie (Japon, Australie, Singapour), qui se manifesta parfois, ne fut jamais pleinement concrétisée. Alors même qu’elle travaillait au rapprochement avec Washington, l’Inde menait en parallèle une politique de normalisation de ses relations avec Pékin, en dépit de la persistance du contentieux frontalier sino-indien. Derrière l’Union européenne, mais devant les Etats-Unis, la Chine est devenue le deuxième partenaire commercial de l’Inde.

C’est donc une fausse question que de s’interroger sur ce que pourrait être le basculement de l’Inde, jadis non-alignée : soit vers l’Occident soit vers un hypothétique consortium Russie-Inde-Chine. La tradition du non-alignement s’est transformée en une diplomatie tous azimuts qui voit l’Inde mener des dialogues stratégiques avec un maximum de partenaires. New Delhi joue ses cartes aussi bien dans des groupes Nord-Sud (Inde, Brésil, Japon, Allemagne) pour réformer le Conseil de sécurité de l’ONU, que dans des groupes Sud-Sud, à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), pour dénoncer le protectionnisme déguisé des Etats-Unis et de l’Union européenne protégeant leurs paysans à coups de milliards d’euros de subventions. Ce qui n’empêche pas non plus de travailler sur un nouvel axe transcontinental des pays émergents : Inde Brésil Afrique du Sud (India,Brasil, South Africa – IBSA).

Pour autant, il convient d’être mesuré en évoquant « l’irrésistible glissement du pouvoir mondial vers l’Est », une thèse chère au Singapourien d’origine indienne Kishore Mabhubani, qui exhorte l’Occident —qu’il pourfend volontiers pour son aveuglement— à se réjouir de la montée en puissance de l’Asie, et non à y voir une menace. Assurément, l’Asie va retrouver une place qu’elle a perdue depuis des siècles, avec la montée en puissance de l’Europe puis des Etats-Unis. Mais vu de New Delhi, il s’agit bien de parler avec tout le monde, Europe comprise, même si l’Union européenne est souvent moins ouverte sur les dossiers chers à New Delhi que ne le sont certains des grands Etats membres, dont la France. En deux mots, l’Inde qui veut trouver sa place dans un monde multipolaire entend aussi mieux réguler l’ordre international, en réajustant les règles qu’elle jugent caduques d’un multilatéralisme fondé avant même son indépendance, en 1944 à Bretton Woods pour sa dimension financière, et en 1945 à San Francisco avec la charte des Nations Unies.

La bonne question tient donc moins à s’interroger sur ce qui divise —l’Occident et l’Orient ; le monde atlantique et l’Asie ; le Nord et le Sud— ou sur qui dominera qui, qu’à imaginer ce qui peut faire naître un ordre mondial plus sûr parce que plus équilibré. New Delhi appelle, pour ce faire, à rechercher « l’équilibre des intérêts », plutôt que « l’équilibre des puissances » cher à la vieille histoire européenne ou à celle de la guerre froide. Ce n’est pourtant pas le seul idéalisme qui la guide, bien qu’elle invoque volontiers Gandhi et Nehru. La real-politik est aussi aux commandes, mêlant comme il se doit un pragmatisme assumé et, s’il se peut, une vision à long terme.

La crise, un problème ou une opportunité ? 
L’Inde n’échappe évidemment pas à la crise, et elle en est frappée plus fortement que le gouvernement ne l’avait d’abord cru. Les évaluations gouvernementales de la croissance pour 2008-09, à 7 %, sont sans doute optimistes, d’autres prévisions donnant 5 . Contraction du marché des exportations, textile, automobile, transports aériens en baisse affectent le marché de l’emploi. Mais l’impact de la crise est à prendre en compte sur deux plans : l’absolu et le relatif. Si l’Inde se trouve confortée dans son choix d’une libéralisation mesurée laissant à l’Etat un rôle régulateur, en matière monétaire et financière certains observateurs sont optimistes à moyen terme, pour l’après-crise. Les propos tenus en février 2009 à New Delhi par Shyam Saran, ancien Foreign Secretary devenu émissaire spécial du Premier ministre méritent attention.

Que dit Saran ? Que la crise financière puis économique « a secoué jusque dans ses fondements la domination occidentale », et qu’elle se double d’une crise intellectuelle due à la remise en cause « de la croyance occidentale dans la magie des marchés et dans leur capacité d’autorégulation, comme dans le repli inéluctable de l’Etat dans pratiquement toutes les manifestations essentielles de la vie économique ». Conséquences ? Il va falloir penser «  à la redistribution du pouvoir politique sur la base de la réalité des forces économiques ». Il va falloir aussi repenser «  le libéralisme du marché, qui a été l’idéologie dominante depuis plus de deux siècles ». Quelles implications en déduire pour l’Inde ? Que la crise ne lui sera peut-être « pas nécessairement négative », dans la mesure où elle pourrait « encourager le mouvement vers un ordre international plus diversifié », compatible avec la «  préférence instinctive de l’Inde pour un monde multipolaire ». Il s’agit donc pour New Delhi de maintenir, voire d’accentuer une ligne diplomatique très ouverte. Dans ce scénario, les relations avec les Etats-Unis restent décisives, et celles avec l’Union européenne le sont aussi, à une interrogation près : « L’Europe semble actuellement déchirée entre le désir de préserver la domination occidentale, et celui de conduire une restructuration ambitieuse des structures gouvernant l’ordre économique et politique mondial ». Et Saran de conclure : «  Nous devons encourager cette deuxième tendance ». Sa lecture des conséquences géopolitiques de la crise reste hypothétique, mais elle offre une assez bonne perspective des enjeux que dessine aujourd’hui, dans une Inde qui n’est pas encore une puissance mondiale, la dialectique mouvante entre pays émergents et pays dominants.
Le Monde diplomatique jeudi 16 avril 2009,

Notes
Jean-Luc Racine est directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Centre d’étude de l’Inde et de l’Asie du Sud (EHESS), auteur notamment de Pakistan. The Contours of State and Society (sous la codir. de), Oxford University Press, Karachi, 2002 ; et Cachemire. Au péril de la guerre, Autrement, Paris, 2002.

[1] L’ensemble des interventions sera publié en mars 2010 aux presses universitaires de Rennes. Le programme du colloque est consultable sur le site Les carrefours de la pensée.

[1] Le Bharatiya Janata Party (BJP) est resté au pouvoir jusqu’en 2004.

[2] cf « An Anti-secularism Manifesto », Seminar, New Delhi, n° 314, 1985, pp. 14-24.

[3] cf « Secularism in its place », Journal of Asian Studies, n° 46/4, 1987.

[4] Lire Partha Chatterje, « Controverses en Inde autour de l’histoire coloniale, Le Monde diplomatique, février 2006.

1 Réponse vers “L’Inde et l’Occident par Jean Luc Racine”


  1. 1 Gilles Questiaux 2 novembre 2009 à 10:03

    Traduction de GQ publiée sur Réveil Communiste

    Première interview du secrétaire général du Parti communiste indien (maoïste) sur la lutte armée dans son pays et des questions connexes

    Lien à la source

    Lien au commentaire du traducteur

    Entretien avec Ganapathi, dirigeant de la révolution maoïste qui monte en Inde

    Cet entretien est extrait du numéro du 17 octobre du magazine Open. Ganapathi, secrétaire général du Parti communiste indien PCI (maoïste), répond aux questions sur le travail du parti dans la région du Lalgarh [au Bengale Occidental, où vient de se produire un soulèvement rural de masse], sur sa réplique à l’offensive militaire fédérale qui s’annonce, sur la situation politique au Népal, sur la défaite du LTTE [tigres Tamouls], sur la nature contradictoire des mouvements islamistes dans le monde actuel, et le rôle du nouveau chef de l’impérialisme US.

    “Nous vaincrons certainement le gouvernement”

    Le commandant en chef du PCI maoïste, interviewé pour la première fois, répond aux questions d’« Open ».

    A première vue, Mupalla Laxman Rao, qui aura bientôt 60 ans, ressemble à un instituteur. Et il l’était effectivement, au début des années 1970 dans le district de Karimnagar en Andrah Pradesh. Mais en 2009 cet homme à la voix douce, porteur de lunettes, est devenu l’homme le plus recherché par toutes les polices en Inde. Il dirige une des plus importantes insurrections armées de gauche du monde. Un homme connu dans les dossiers du ministère de l’intérieur sous le nom de Ganapathi, un homme dont les ordres sont relayées dans 15 États de l’Union. Le commandant en chef du PCI (maoïste) est diplômé en sciences et en éducation. Il enseigne maintenant la guerre de guérilla aux cadres maoïstes. Il a remplacé le fondateur du GGP (Groupe Guerre populaire), Kondapalli Seetharaamiah, comme secrétaire général du parti en 1991. Ganapathi change fréquemment de résidence et les rapports des services secrets mentionnent sa présence dans diverses grandes villes comme Hyderabad, Kolkotta, ou Kochi. Après de longs mois d’attente, Ganapathi a donné pour la première fois son accord pour une interview. Quelque part au cœur de la jungle impénétrable de Dandakaranya, il a répondu aux questions de Rahul Pandita sur des sujets variés qui vont de la prochaine offensive anti naxalite que le gouvernement prépare, à ses opinions sur les mouvements jihadistes.

    Le Lalgarh a été décrit comme un nouveau Naxalbari par les maoïstes. Pourquoi ce soulèvement a-t-il acquis une telle importance pour vous?

    Le soulèvement de masse au Lalgarth a certainement rendu l’espoir au peuple opprimé et au camp révolutionnaire en son entier au Bengale occidental. Il a eu un impact positif non seulement sur le peuple du Bengale occidental mais aussi sur le peuple du pays tout entier. Il apparaît comme un nouveau modèle pour le mouvement de masses dans le pays Nous avons vu des soulèvements similaires déjà au Manipur, contre les atrocités commises par l’armée et contre le décret des pouvoirs militaires spéciaux au Kashmir, au Dandakaranya et jusqu’à un certain point en Orissa, après le massacre de Kalinganagar perpétré par le gouvernement de Naveen Patnaik. Puis il y a eu les mouvements de masse au Singur et au Nandigram, mais où des fractions des classes dirigeantes ont joué aussi un rôle important. Ces mouvements ont été instrumentalisés par les partis des classes dirigeantes pour leurs fins électorales. Mais au Lalgarh c’est un mouvement des masses plus étendu et plus durable qui s’est produit et qui a refusé de se ranger sous la direction des partis parlementaires, les disqualifiant totalement. Le peuple du Lalgarh a même boycotté le récent scrutin législatif indien national, montrant ainsi sans équivoque sa colère et sa déception envers tous les partis réactionnaires émanant des classes dirigeantes. Le Lalgarh a d’autres traits intéressants : forte participation des femmes au mouvement, authentique démocratie interne et grande mobilisation des hors-castes [« intouchables » et membres des tribus, parias de la société indienne]. Ce n’est donc pas étonnant qu’il soit devenu le point de ralliement des forces démocratiques révolutionnaires du Bengale occidental.

    S’il s’agit au Lalgarh d’un mouvement populaire spontané, comment les maoïstes s’y sont-ils trouvés mêlés?

    En ce qui concerne le rôle de notre parti, nous avons travaillé dans les districts de Paschim, Midnapur, Bankula, et Purulia, dans cette zone habituellement appelée maintenant le Jangalmahal depuis les années 1980. Nous avons combattu les forces féodales locales, l’oppression et l’exploitation par les fonctionnaires forestiers, les usuriers sans scrupules, les capitalistes, et les bandits du PCM [Parti communiste marxiste indien, comme quoi les mots ça suffit pas, ndt] et du Congrès. Le PCM qui est au pouvoir dans l’État du Bengale Occidental est devenu le principal oppresseur et exploiteur des hors-castes de la région, et il déchaine ses nervis de sinistre réputation, les Harmad Vahini, sur tous ceux qui remettent en cause son autorité. Avec le pouvoir d’État en main, avec l’aide de la police, il joue un rôle encore plus néfaste que les féodaux les plus cruels des autres régions du pays.

    Dans ces conditions, quiconque ose défier l’oppression et l’exploitation du PCM obtiendra le respect et la confiance du peuple. Comme notre parti a toujours combattu sans aucun compromis les exactions des nervis du PCM, il a gagné naturellement le respect et la confiance du peuple dans la région.

    Les violences policières qui suivirent l’explosion de mine du 2 novembre 2008 (le premier ministre du Bengale occidental, Buddhadeb Bhattacharjee, échappa de peu à l’explosion) servirent de détonateur à la colère accumulée par les masses. Elle prit la forme d’un mouvement populaire de longue durée où notre parti a joué un rôle catalyseur.

    Mais il n’y pas si longtemps, le PCM était votre ami! Vous lui avez même emprunté des armes et des munitions pour combattre le Congrès Trinamool. Ce qui a été confirmé par un membre du politburo du PCI (maoïste). Et maintenant vous combattez le PCM avec l’aide du Trinamool ! Comment l’ami est-il devenu un ennemi et vice versa ?

    Ce que vous dite n’est que partiellement vrai. Nous avons appris en effet que des munitions ont été obtenues par un responsable local auprès d’une unité du PCM dans cette zone. Mais ce n’était pas dans le cadre d’un accord avec la direction du PCM. Notre démarche était d’unir tous les secteurs des masses opprimées contre le gangstérisme et l’oppression du Trinamool à ce moment là dans la région. Et comme une partie des masses était encore sous l’influence du PCM, nous avons combattu à leur coté contre le Trinamool. Cela dit, considérant la situation générale dans le Bengale occidental, ce n’était pas avisé de demander des armes et des munitions aux PCM même au niveau local vu que la contradiction concernait à la base deux factions des classes dirigeantes. Notre comité central en a discuté, a critiqué le camarade responsable de cette décision, et a ordonné aux camarades impliqués de cesser immédiatement. En ce qui concerne l’obtention de munitions auprès du Trinamool, je me souviens que nous ne leur avons pas acheté directement mais à quelqu’un qui était en relation avec eux. Il n’y aura jamais d’accords politiques ou d’accords sous condition avec les marchands d’armes. C’est notre politique depuis le début. En ce qui concerne les déclarations du membre de notre politburo, nous allons vérifier ce qu’il a effectivement dit.

    Quelle est votre stratégie maintenant au Lalgarh après l’offensive massive des forces de l’État et du gouvernement central?

    D’abord je voudrais qu’il soit parfaitement clair que notre parti va contre-attaquer et qu’il se tiendra fermement aux coté du peuple du Lalgarh et de tout le Jangalmahal, et qu’il aura une stratégie conforme au mandat et aux intérêts du peuple. Nous allons étendre partout la lutte contre l’État et nous efforcer de gagner les larges masses à la cause du peuple. Nous combattrons l’offensive de l’État en mobilisant davantage les masses contre la police, les milices et les bandits du PCM. Le développement du mouvement dépendra bien sûr du niveau de conscience et de préparation du peuple dans la région. Le parti en tiendra compte dans la détermination de sa stratégie, dans le but de libérer pleinement l’initiative des masses.

    Le gouvernement s’est référé au Lalgarh comme à un laboratoire des opérations anti-naxalites. De son coté, votre parti a-t-il tiré des leçons du Lalgarh ?

    Oui, notre parti aussi a beaucoup de choses à apprendre des masses du Lalgarh. Leur soulèvement est allé bien au-delà de nos espérances. En fait, c’est la base du peuple avec l’aide d’éléments avancés influencés par les idées politiques révolutionnaires qui a joué le rôle déterminant pour choisir les formes de la lutte. Elle a constitué sa propre organisation, rédigé sa plate forme de revendication, inventé de nouvelles formes de luttes, et a fait front malgré la brutalité des agressions de la police et des bandits sociaux-fascistes des bandes de l’Harmad. Le mouvement du Lalgarh a le soutien des forces révolutionnaires et démocratiques non seulement au Bengale mais dans tout le pays. Nous faisons appel à ces forces pour qu’elles s’unissent pour repousser l’offensive fasciste du gouvernement Buddhadeb au Bengale occidental et du gouvernement central du Congrès. En bâtissant le front de combat le plus large et en adoptant une stratégie adéquate qui combine le militantisme politique de masse avec à la résistance populaire armée et l’action de notre AGPL (armée de guérilla populaire de libération), nous infligerons la défaite à l’offensive massive des forces du Centre. Je ne peux pas en dire davantage en ce moment.

    Le Centre a déclaré une guerre totale aux maoïstes en qualifiant le PCI maoïste d’organisation terroriste et en imposant son interdiction dans l’ensemble de l’Inde. Quelles en sont les conséquences pour votre parti ?

    Notre parti était déjà interdit dans plusieurs États de l’Union indienne. En imposant l’interdiction aux autres États, le gouvernement veut rendre impossible nos activités légales au Bengale occidental et dans quelques autres où des possibilités légales subsistaient. Le gouvernement veut utiliser cette loi scélérate de Prévention des Activité Illégale pour persécuter quiconque ose lever la voix contre les exécutions illégales au cours de fausses opérations militaires, les viols, et les autres exactions policières contre les habitants des régions contrôlées par les forces maoïstes. Quiconque demandera des comptes sur la brutalité des forces de l’État sera automatiquement classé comme terroriste.

    Mais les vrais terroristes et les pires menaces pour la sécurité nationale proviennent de Manmohan Singh, de Chidambaram, de Buddhadeb, et d’autres chefs de la classe dirigeante et des forces féodales qui terrorisent le peuple quotidiennement.

    Le gouvernement de l’UPA a commencé son deuxième mandat en annonçant qu’il écraserait la menace maoïste et s’est mis à verser des fonds énormes aux États dans cette intention. La cause immédiate en est la pression exercée par la bourgeoisie compradore et bureaucratique et les impérialistes, et en particulier l’impérialisme des États-Unis qui veut piller les ressources de notre pays sans entraves. Ces requins aspirent aux richesses naturelles minérales et forestières abondantes d’une vaste région qui s’étend du Jangalmahal jusqu’au au nord de l’Andrah Pradesh. Cette région est la plus riche et pourtant la moins développée de notre pays. Ces requins veulent y prendre la richesse et en chasser les Adivasi [hors castes] de la région pour les appauvrir davantage.

    L’autre raison de l’offensive actuelle des classes dirigeantes est la peur de la croissance rapide du mouvement maoïste et de son influence croissante sur une part significative de la population de l’Inde. Les assemblées, comités populaires ou révolutionnaires au Dandakaranya, au Jharkand, en Orissa, et dans des secteurs d’autres États sont devenus des modèles de développement et de démocratie authentiques, et commencent à apparaître au peuple dans l’ensemble du pays comme la véritable alternative politique.

    Le ministère de l’intérieur prépare le lancement d’une offensive de longue haleine contre les maoïstes. Une force militaire énorme s’apprête à de vous chasser des territoires que vous contrôlez. Quel-est votre plan pour resister à cette offensive ?

    Plusieurs gouvernements qui se sont succédés au Centre et dans les États ont nourri des plans dans ce sens depuis bien des années. Mais ils n’ont pu obtenir aucun succès important malgré leurs actes de cruauté et les meurtres de centaines de nos cadres et de nos dirigeants. Notre parti et notre mouvement a continué à se consolider et à s’étendre géographiquement. De deux ou trois États à l’origine, il est maintenant actif dans 15, ce qui provoque la panique des classes dirigeantes. Surtout depuis la fusion de l’ancien MCCI et de People’s War en septembre 2004 [la fusion qui a donné naissance au PCI maoïste]. Le gouvernement de l’UPA a déchainé une offensive générale et sans merci contre le mouvement maoïste. Mais notre parti a continué sa croissance malgré quelques pertes sévères. Ces trois dernières années notre armée à remporté plusieurs victoires importantes.

    Nous nous sommes confrontés aux offensives continues de l’ennemi avec le soutien et l’implication active des masses. Nous continuerons à affronter la nouvelle offensive de l’ennemi en rehaussant le niveau de cette résistance héroïque et en y préparant le parti entier, l’armée de libération, les divers partis révolutionnaires et le peuple tout entier. Bien que l’ennemi pourrait obtenir quelques succès dans la phase initiale de son offensive, nous prévaudrons certainement et nous vaincrons l’offensive gouvernementale grâce à la mobilisation active des masses et au soutien de toutes les forces révolutionnaires et démocratiques de tout le pays. Aucun régime fasciste ou aucun dictateur militaire dans l’histoire n’a jamais pu supprimer par l’usage de la force brutale les luttes démocratiques et justes du peuple, au contraire, ils ont été balayés à leur tour par la marée montante de la résistance populaire. Le peuple, qui fait l’histoire, se lèvera comme un ouragan sous la direction de notre parti pour éliminer les vampires réactionnaires suceurs de sang qui dirigent notre pays.

    Comment analysez-vous les graves échecs du PCI maoïste en Andrah Pradesh?

    En 2006, Nous avions essuyé une défaite sévère dans la plus grande partie de l’Andrah Pradesh. Elle était due à plusieurs erreurs de notre part. Cela dit il faut aussi examiner l’affaire d’un autre point de vue. Dans toute guerre populaire, il y a des avancées et des reculs. Si l’on met en perspective la situation générale en Andrah Pradesh, vous la comprendrez comme une retraite stratégique. Confrontés à un ennemi supérieur, nous avons choisi de nous retirer temporairement de certaines zones d’Andrah , de renforcer nos bases dans les régions voisines, pour contrattaquer par la suite.

    Même si nous avons subi un échec, il faut garder à l’esprit qu’il n’est que provisoire. Aucune des conditions objectives qui ont déterminé le début de la Révolution en Andrah Pradesh n’a changé. Ce fait objectif continue à nourrir la croissance et l’intensification de notre mouvement. De plus, nous avons maintenant une base de masse consolidée, une armée de guérilla mieux entrainée et un parti basé dans toutes les régions de l’Inde aux racines profondes dans les classes qui sont l’épine dorsale de notre révolution. C’est pourquoi les dirigeants réactionnaires ne peuvent pas écraser la guerre révolutionnaire qui fait rage dans plusieurs États du pays.

    Nous avons tiré les bonnes leçons de nos échecs en Andrah Pradesh et développé sur ces bases une meilleure stratégie appliquée dans les autres États. Ainsi nous sommes en capacité de répliquer avec efficacité aux attaques cruelles et généralisées de l’ennemi, de lui infliger des pertes sévères, de préserver nos forces subjectives, de consolider notre parti, de développer l’Armée de Guérilla de Libération du Peuple, d’établir les formes embryonnaires d’un nouveau gouvernement démocratique et populaire dans certaines poches libérées, et de porter la guerre populaire à un niveau supérieur. De ce point de vue nous sommes en position de force pour revitaliser le mouvement en Andrah Pradesh. Notre révolution avance par vagues et au reflux succèdera la marée haute.

    Quelles-sont les causes de la défaite des LTTE au Sri Lanka?

    Sans aucun doute le mouvement pour la souveraineté du Tamil Eelam a subi une défaite sévère et les troupes des LTTE ont été décimées. Le peuple Tamoul et les forces de libération nationales sont maintenant sans direction. Mais le peuple Tamoul continue à aspirer à l’indépendance. Les conditions qui ont produit le mouvement nationaliste tamoul sri-lankais n’ont pas changées, les chauvins de la classe dirigeante du Sri Lanka ne pourront en rien modifier leurs politiques discriminatoires aux dépens de la langue, la culture et la nation tamoule. Les meetings et les célébrations grotesques organisées par les partis chauvins au Sri Lanka à l’annonce de la mort de Prabhakaran et de la défaite des Tigres montrent l’étendue de la haine des Tamouls qui a été cultivée dans ces organisations, et le degré d’empoisonnement des esprits par l’hystérie chauvine.

    La conspiration des classes dirigeantes cinghalaise pour s’emparer des territoires Tamouls est comparable à celle des dirigeants sionistes en Israël. La démographie de la région va être entièrement modifiée. Le terrain reste favorable à une réémergence de la lutte de libération tamoule.

    Même si ça doit prendre temps, la guerre pour la création d’un état séparé Tamoul au Sri Lanka reprendra certainement, lorsque les leçons auront été tirées de la défaite du LTTE. En choisissant un point de vue prolétarien, en modifiant la stratégie et en construisant un front uni, le plus large possible, des forces nationalistes et démocratiques, il est possible de parvenir à la libération du peuple Tamoul opprimé [au Sri Lanka]. Les forces maoïstes devront se renforcer pour obtenir la direction et imprimer une ligne anti-impérialiste à la lutte pour un une république démocratique populaire de l’Eelam Tamoul au Sri Lanka. C’est seulement à ces conditions que la nation tamoule peut réellement obtenir sa libération.

    Est-il vrai que votre entrainement militaire initial provenait du LTTE?

    Non, c’est inexact, et nous avons déjà démenti cette assertion plusieurs fois.

    Mais l’un de vos principaux commandants m’a dit que des cadres importants de l’ancien PWG avaient bien reçu des armes et de l’entraînement, et d’autres formes de soutien du LTTE.

    Laissez moi donc réaffirmer qu’il n’y aucun lien de quelque nature que ce soit entre le LTTE et notre parti. Nous avons essayé à plusieurs reprises d’en établir mais sa direction était réticente à l’idée d’entretenir des liens avec les maoïstes en Inde. Ainsi, il n’était évidemment pas question pour eux de nous fournir un entrainement militaire. Malgré ces faits, nous avons persisté dans notre soutien à la lutte pour le Tamil Eelam. Cela dit, quelques éléments qui s’étaient séparés du LTTE nous ont contacté et nous avons utilisé leur aide à la fin des années 1980 dans nos premiers entrainements.

    Votre parti entretient-t-il des liens avec Lashkar el Toiba ou d’autres groupes militants islamistes en lien avec le Pakistan?

    Non, pas du tout. Il ne s’agit que de mensonges ourdis par la propagande policière, les bureaucrates et les chefs des partis réactionnaires pour nous discréditer et justifier leurs actes de cruauté contre le mouvement maoïste. En propageant ces mensonges, selon lesquels notree parti aurait des liens avec des groupes liés au ISI pakistanais, les réactionnaires veulent prouver que nous sommes des terroristes et légitimer leur propre terrorisme contre le peuple et les maoïstes dans les régions où a lieu la lutte armée paysanne. Tenter de prouver le rôle de l’étranger dans chaque lutte démocratique, cataloguer ceux qui combattent pour la libération comme des traitres à leur patrie, cela fait partie de la panoplie habituelle des moyens de leur guerre psychologique.

    Quelle est la position de votre parti par rapport aux jihadiustes?

    Les mouvements islamistes jihadistes actuels sont un produit de l’impérialisme, et en particulier de l’impérialisme US et de ses agressions, interventions, pressions, exploitation et destruction des pays arabes ou musulmans riches en pétrole en Asie occidentale, Afghanistan, Somalie, Pakistan, etc. et de leur persécution de l’ensemble des musulmans. Dans leur plan pour l’hégémonie globale, les impérialistes ont encouragé et soutenu toutes les guerres d’agression et les coups de forces de leur État satellite Israël.

    Notre parti prend position sans équivoque contre toutes les attaques de pays musulmans ou arabes et de la communauté musulmane dans le sens large dans le cadre de la soi-disant guerre globale au terrorisme. En réalité le fondamentalisme religieux musulman est encouragé et protégé par les impérialistes, du moment qu’il est au service de leurs intérêts, en Arabie Saoudite, dans les pays du Golfe, à Koweït, en Afghanistan, en Irak, au Pakistan.

    Mais que pensez-vous des attaques perpétrées par les soi-disant jihadistes contre des innocents comme le 26/11/2008?

    Voyez-vous, les mouvements jihadistes ont un double aspect : antimpérialiste d’un coté, réactionnaire sur le plan social et culturel de l’autre. Notre parti soutient la lutte anti-impérialiste des pays et des peuples musulmans, tout en critiquant et luttant contre l’aspect réactionnaire de l’idéologie de fondamentalistes musulmans. Seule la direction maoïste peut apporter une orientation correcte à la lutte anti-impérialiste et réaliser l’unité de classe entre musulmans et peuples d’autres confessions. L’influence du fondamentalisme diminuera à mesure que croitra sur les masses musulmanes celle des communistes révolutionnaires, et d’autres idéologies démocratiques laïques. En tant que communistes révolutionnaires nous luttons de façon permanente pour diminuer l’influence des mollahs obscurantistes sur les masses musulmanes, et nous nous unissons avec ceux qui combattent l’ennemi communs de tous les peuples du monde, l’impérialisme et surtout l’impérialisme US.

    Comment voyez-vous les changements de la politique US après la victoire de Barack Obama sur Georges Bush?

    Premièrement serait fou celui qui s’imaginerait qu’il va se produire un changement qualitatif de la politique américaine (interne ou extérieure) après l’élection de Barack Obama. La politique de sécurité nationale et la politique étrangère qu’il a menées depuis 8 mois montrent pour l’essentiel la continuité avec celle de son prédécesseur. Les justifications idéologiques des politiques intérieures régressives et des politiques extérieures agressives sont tirées des mêmes poubelles que celles qu’avançaient l’administration Bush, la soi-disant « guerre au terrorisme » qui se base sur des mensonges et des calomnies éhontées. Pire encore, ces politiques sont encore plus agressives qu’avant sous Obama avec son plan d’expansion de la guerre sous direction américaine d’Afghanistan vers le Pakistan. Les mains du nouvel assassin en chef à la tête de la meute des loups impérialistes sont déjà tâchées du sang de centaines de femmes et d’enfant brutalement exécutés par les missiles impitoyables lâchés par les drones Prédator en Afghanistan et au Pakistan. Et aux États-Unis, le rachat des dettes d’une minuscule élite capitaliste et les attaques contre les droits démocratiques et humains des citoyens américains continuent sans aucun changement.

    Les peoples et les nations opprimées font face maintenant à un ennemi encore plus formidable et dangereux, sous la forme d’un président africain –américain de la plus grande machine de guerre au monde, gendarme du monde. Les peuples du monde doivent s’unir pour mener une lutte plus déterminée, plus militante, plus cohérente contre les brigands américains conduits par Barack Obama et se consacrer à la tâche de les vaincre pour faire naitre un monde de paix de stabilité et de vraie démocratie.

    Quel est votre point de vue sur le développement de la situation au Népal?

    Dès que le parti Communiste népalais (maoisite) PCN-M [devenu ensuite PCUN-M] est parvenu au pouvoir au sein d’une alliance avec des partis compradores-féodaux par la voie parlementaire, nous avons attiré l’attention sur les graves dangers d’intervention indienne et impérialiste, et sur le fait qu’ils remueraient ciel et terre pour renverser le gouvernement dirigé par la PCN-M. Tant que Prachanda n’a pas défié les directives du gouvernement indien, il lui a été permis de continuer à gouverner, mais quand son gouvernement s’est mis à s’opposer à l’hégémonie indienne, il a été immédiatement renversé. Le PCN-UML a retiré son soutien au gouvernement de Prachanda sur l’injonction des impérialistes américains et des expansionnistes indiens. Nous sommes en désaccord avec la stratégie de transition pacifique mise en pratique par le PCUN-M. Nous avons rendu publique une lettre ouverte au PCUN-M en juillet 2009.

    Nous avons clairement énoncé la position de notre parti dans cette lettre. Nous avons montré que le PCUN-M a choisi de réforme l’États existant par la voie d’une assemblée constituante et d’une république démocratique bourgeoise au lieu d’adhérer fermement à la thèse marxiste léniniste de la nécessité de briser l’ancien État bourgeois pour instaurer le nouvel État prolétarien. Une telle mesure aurait été le premier pas vers la réalisation du socialisme par la transformation radicale de la société et de tous les rapports de classe d’oppression. C’est certainement une tragédie que le PCUN-M ait choisi d’abandonner la voie de la guerre populaire prolongée pour choisir celle de l’action parlementaire à la place, alors qu’il détenait le pouvoir de facto dans la plus grande partie des campagnes.

    Et il est réconfortant d’apprendre qu’un partie de la direction du PCUN-M a entrepris de lutter contre la ligne révisionniste du camarde Prachanda et d’autres. Au vu de la grande tradition révolutionnaire du PCUN-M, nous espérons qu’à l’issue de la lutte interne la ligne opportuniste de la direction actuelle sera répudiée, et que les pratiques révisionnistes et opportunistes seront abandonnées, et que les esprits s’appliqueront à nouveau à l’intelligence créative de la situation concrète au Népal.

    Récemment le parti a souffert de sérieuses pertes parmi ses directions aussi bien au niveau des États qu’au niveau central. De plus l’opinion générale est que la plupart des dirigeants maoïstes, vous compris sont devenus vieux, sont gravement malades, ce qui est aussi avancé comme l’explication de certaines redditions. Quel est l’effet des pertes et des redditions sur votre mouvement ? Comment affrontez-vous les problèmes qui sont lié au vieillissement et aux maladies des cadres ?

    (Sourire …) Ce type de propagande a été mis en œuvre de manière continue, surtout par les services secrets d’Andrah Pradesh. C’est un des aspects de la guerre psychologique menée par les officiers de renseignement et d’état major ennemis pour troubler et démoraliser les sympathisants du mouvement maoïste. C’est exact que certains es leaders du parti aux deux échelons peuvent être classés comme des « seniors » d’après les critères du gouvernement, c’est-à-dire ceux qui ont franchi le seuil des 60 ans. Vous pourrez bientôt me considérer comme un « senior », dans quelques mois. Mais la vieillesse et la maladie n’ont jamais été un problème important dans la vie du parti jusqu’à maintenant. Vous pouvez voir les « seniors » du parti travailler 16 à 18 heures par jour et parcourir de longues distances à pied. En ce qui concerne les redditions, c’est un gros mensonge de les attribuer à la vieillesse et à la maladie.

    Quand Lanka Papi Reddy, ancien membre de notre comité central s’est rendu au début de l’année dernière, les medias ont fait courir le bruit que d’autres redditions de dirigeants de notre parti auraient lieu bientôt à cause de leur âge ou de leur mauvais état de santé. Mais Papi Reddy s’est rendu à cause de la perte de ses convictions politiques, et de son ego, de son goût pour un faux prestige petit bourgeois. C’est ainsi qu’il n’était pas prêt à rendre des comptes au parti après qu’il ait été démis de ses fonctions par le comité central à cause de son comportement anarchique à l’égard d’une camarade

    Certains dirigeants âgés de notre parti furent le cauchemar des classes dirigeantes, à 65 ans passés, comme le camarade Sushil Roy et le camarade Navaran Sanyal. C’est ainsi qu’ils ont été arrêtés torturés et emprisonnés malgré leur mauvaise santé et leur âge avancé. Le gouvernement fait l’impossible pour empêcher leur remise en liberté. Même si un membre de notre parti est vieux, il/elle continue à servir la révolution en accomplissant toute tâche dans ses possibilités. Ainsi le camarade Niranjan Bose, qui est mort récemment à 92 ans, a accompli des tâches de propagande révolutionnaire jusqu’à l’heure du martyre. Les sociaux-fascistes avaient si peur de ce révolutionnaire maoïste nonagénaire qu’ils l’avaient même encore arrêté il y a quatre ans. Tel est l’esprit des révolutionnaires maoïstes, et le pouvoir de l’idéologie marxiste léniniste maoïste dont ils lèvent le flambeau. Et quand il y a des maladies graves, ou des handicaps physiques ou mentaux qui empêchent d’accomplir des tâches normales, les camarades affectés se voient attribué un travail adapté.

    Mais comment réagissez-vous à l’arrestation, et à l’élimination d’une partie de votre direction? Comment comptez-vous remplacer ces pertes?

    Il est exact que nous avons perdu des dirigeants importants au niveau des États et au niveau central depuis quatre ou cinq ans. Certain ont été arrêtés en secret et assassinés de la manière la plus lâche. Beaucoup d’autres et des dirigeants d’État ont été arrêtés et placés derrière les barreaux, dernièrement, dans le Jharkand, Bihar, Chhatisgarh, Orissa, Bengale occidental, Maharashtra, Haryana et d’autres états. Ces pertes auront un impact grave sur le parti et sur la révolution indienne dans son ensemble. Nous examinons régulièrement les raisons de ces pertes et nous développons de nouvelles méthodes pour les faire cesser. En adoptant des méthodes secrètes d’organisation plus strictes, et des règles de clandestinité qui protègent contre les erreurs, en renforçant notre implantation dans les masses, notre vigilance et nos réseaux d’information locaux, en brisant ceux de l’ennemi, en étudiant leurs plans et leur stratégies, nous espérons éviter d’autres pertes. Et nous sommes aussi en train d’entrainer et de d’éduquer de nouveaux dirigeants à tous les niveaux pour combler les pertes.

    Comment définissez-vous l’étape présente de la guerre entre vos forces et celles de l’État Indien ?

    Nous sommes en situation de défensive stratégique. Dans certaines régions nous avons le dessus, dans d’autre c’est l’ennemi qui a l’initiative. Dans l’ensemble, nos forces ont obtenu des succès en menant une série de contre-offensives tactiques dans nos zones de guérilla, ces dernières années.

    Il est exact que nous avons subi d’importantes pertes au niveau de nos directions, mais nous pouvons aussi infliger des pertes sévères à l’ennemi. Durant les trois dernières années, l’ennemi à eu davantage de pertes que nous. Il essayé par tous les moyens d’affaiblir, de rompre, d’écraser notre mouvement. Ils ont utilisé des agents infiltrés et des délateurs, versé d’énormes sommes pour corrompre des éléments faibles du camp révolutionnaire, et ont annoncé de plans de réhabilitation et d’autres primes pour provoquer des désertions. Des millions de roupies ont été affectés à la modernisation des forces de police, au recrutement et à l’entrainement de forces supplémentaires, pour former des commandos ; pour accroitre les forces du Centre, pour entrainer ses forces et celles des État à la contre-insurrection, pour construire des routes, des réseaux de communication, et d’autres infrastructures pour permettre le mouvement rapide de leurs troupes en zone de guérilla. Les États indiens ont mis sur pied des milices et soutenu sans réserve les abominations commises contre le peuple par ces bandes armées. La guerre psychologique contre les maoïstes atteint un niveau sans précédent.

    Malgré tout, nous avons continué d’avancer, consolidé le parti et les comités populaires révolutionnaires à divers niveaux, renforcé l’armée quantitativement et qualitativement, détruit les réseaux d’information ennemis dans divers secteurs, déjoué les tentatives d’écrasement de l’ennemi, et contrecarré effectivement la dégoutante guerre psychologique menée par l’ennemi. Les succès que nous venons d’obtenir dans diverses opérations de contre-offensive tactiques ces derniers jours à travers le pays, les mouvements de masse militants de plusieurs États, en particulier contre les déplacements forcés de population et pour d’autres causes populaires brûlantes, les initiatives de nos gouvernements populaires à divers niveaux, tout ceci a un grand impact sur le peuple et contribue à démoraliser les forces ennemies. Il y a des informations qui circulent sur des mutineries et des désertions parmi les miliciens des forces de répression recrutés contre les maoïstes dans les zones où ils dominent. Nombreux sont ceux qui refusent l’entrainement à la guerre dans la jungle ou de prendre positions dans les secteurs que nous contrôlons, et qui subissent des sanctions. Cette tendance va s’amplifier avec la croissance de notre guerre populaire. Dans l’ensemble, l’influence de notre parti est devenue plus forte et il commence à être reconnu par le peuple comme la seule véritable alternative qui lui soit proposée.

    Combien de temps va durer cette défensive stratégique, avec le Centre qui a décidé de vous prendre à la gorge?

    L’étape actuelle de défense stratégique va durer encore quelques temps. Il est difficile de prévoir le passage à l’équilibre stratégique et son renversement, Cela dépend de la transformation de nos zones de guérilla en bases permanentes, de la création de nouvelles zones de guérilla et de nouvelles bases dans tout le pays, du développement de l’armée de guérilla populaire de libération. Avec la crise qui va sans cesse s’aggravant dans tous les domaines à cause de politiques antipopulaires, pro impérialistes, pro féodales, le mécontentement et la colère croissante des masses résultant de politiques de pillage et de brigandage des classes dirigeantes, nous sommes sûrs que les larges masses de ce pays vont rejoindre les rangs des révolutionnaires et porter la révolution indienne à sa prochaine étape.

    Traduction GQ 25/10 /2009

    Références sur le site marxiste-léniniste basé je crois en Australie “South Asia Revolution”

    This entry was posted on October 16, 2009 at 11:48 pm and is filed under India Background, India News, Maoist Theory. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

    Pétition et texte, signés par Chomsky, Howard Zinn, Arundhati Roy, Mira Nair, etc pour demander l’annulation de l’offensive génrale des autorités indiennes contre les paysans insurgés et les hors-castes encadrés par les maoistes :

    India: Demand a stop to the Indian governments assault on the CPI-Maoist and adivasis people!


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