L’analyse du correspondant de Ria novosti est proche de celle que j’ai faite hier puisque à l’inverse des autres commentaires il ne se jette pas sur l’idée que les raoulistes remplaceraient les fidélistes mais s’interroge d’abord sur le contexte des nécessités cubaines. S’il y a eu une caractéristique des dirigeants cubains, un héritage non seulement de la pensée politique de Fidel Castro mais au-delà de lui de tous ceux qui l’ont précédé dans la volonté d’indépendance de l’île, à commencer par José Marti, c’est bien cette inscription dans l’histoire, cette volonté de tracer le destin d’une nation sur des bases éthiques qui donnent à Cuba véritablement une âme et se combine avec un pragmatisme, une rationalité exemplaire, un esprit de responsabilité dans un total dévouement. Cuba représente la plus belle aventure humaine que le XXe a pu voir se réaliser, qu’en sera-t-il au XXI e ? Nul ne le sait , mais comme l’avait dit Fidel dans le discours du 18 novembre 2005 à l’Université, Cuba a fait la preuve que personne ne pourrait détruire son socialisme, sa nation indépendante, personne sauf les Cubains eux-mêmes. Et là se pose, comme je l’ai écris hier, un triple questionnement, celui du remplacement de Fidel et d’une génération héroïque qui avait la confiance des Cubains, la nécessité d’institutions pour péréniser leur oeuvre. La deuxième question est celle des réformes dans une situation de crise, la troisième est celle des négociations sur le blocus et la relation à “l’ennemi”. Mais ce contexte pose aussi celui des dirigeants aptes à conduire un peuple et en quoi l’histoire les forme. Il y a l’article de Ria novosti mais suivent des extraits de l’article d’aujourd’hui du correspondant de la Jordana (Mexique) à la Havane qui resitue bien le remaniement ministériel dans le contexte de ce qui semble être la négociation avec les Etats-Unis et l’appréciation du danger. Est jointe également la copie des deux démissions paru dans granma de jeudi. Il est probable que comme cela s’était passé avec Robaina, les Cubains sont prévenus des dessous de l’affaire dans leur diverses instances, le parti mais aussi les organisations de masse, le syndicat).
Au delà de la péripétie, de l’événement cela pose la question du parti, des institutions, et des hommes… Et de la génération qui est celle en âge d’exercer le pouvoir qui surgit en Amérique latine mais qui a du mal parfois à prendre l’essor nécessaire aux tâches qui l’attendent.. Nous connaissons cette difficulté en France avec la génération que l’on a appelé “la génération Mitterrand’” qui sitôt la gauche au pouvoir s’est précipité non pour servir le peuple mais pour se servir… Elle a durablement marqué la gauche dans son ensemble, détruit l’idée d’une alternative, diffusé le cynisme et d’autres ont grandi dans les temps de contrerévolution en fuyant la bataille et hantant les allées du pouvoir, le “sérail” … C’est un problème général, des institutions, des organisations de lutte qui se sont détruites et des arrivistes, des corrompus qui alors font ”carrière”, ce que décrivait Fidel à l’Université et qu’il applait “les petits empereurs” et dont il dit dans sa dernière réflexion qu’ils n’ont fait aucun effort, le pouvoir leur a été donné, on sent alors de la colère et du mépris, “parlons plutôt du base ball, c’est plus sérieux!”… Et sa réflexion sur sa rencontre avec Léonel est en fait guidée par l’idée “qu’est-ce qu’un dirigeant, comment son histoire et l’Histoire le forment-elles pour qu’il soit digne de sa charge envers son peuple”… Vaste question vu les médiocres que nous avons à profusion en France, ceux qui détruisent tout sous le poids de leur vanité et leur soif de privilèges… C’est une période historique mais celle qui vient verra peut-être surgir des luttes de véritables révolutionnaires… Enfin je l’espère parce que partout les temps vont être difficiles et Cuba n’est certainement pas le pays le plus mal placé pour les affronter.. (note de danielle Bleitrach)
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