Une planète au bord de la catastrophe ? par Michael T. Klare

lutte_classes12289923831Le point aveugle du discours d’Obama dont parle Paul Jorion dans l’article qui suit est sans doute là dans ce que Michael T.Klare décrit comme la catastrophe et qui est la violence de la lutte des classes. Une fois de plus voici un texte dont je suis loin de partager tous les attendus mais qui met l’accent ce que je crois être un phénomène essentiel,  à la racine d’une lutte des classes. D’abord celle menée depuis quelques décennies par le Capital, l’impérialisme, d’une violence totale sans merci, sous des discours techniques, voir psychologisant comme le décrit paul Jorion et quand il s’agit de défendre leurs priviléges leur profit le retour à Marx. C’est le talon de fer de la contrerévolution qui s’est écrasé sur la planète. Et à partir de là, alors que leur domination apparaît une véritable catastrophe pour l’immense majorité, pour la planète elle-même, jusqu’où iront-ils pour maintenir leur exploitation, leur domination? Il y a la peur de l’insécurité qui nous jette dans leurs bras, il y a la division, les écrans mais si tout cela ne suffit pas ils ont prouvé que Hiroshima, le hors-droit de Guantanamo était leur finalité réelle. Fini le discours des droits humains, de la démocratie, qui n’a jamais servi qu’à masquer leur pillage, on tire dans le tas. La violence des mouvements sociaux que décrit Klare n’est que le produit de cette violence là. Elle n’apparaît violente que parce qu’elle dénonce l’intolérable violence et refuse de subir. Toute lutte va montrer cette racine radicale, on le voit bien à la Guadeloupe, la manière dont l’union se fait sur le fond, sur l’exploitation, sur la base de classe, cela balaye les positions traditionnelles de droite et de gauche, indépendantiste ou pas, toute solution doit être mesurée à l’aune de cette question de classe. Mais il faut bien  voir que la classe capitaliste est prête à aller trés loin, à utiliser les divisions ethniques, confessionnelles, tout pour ne pas se laisser remettre en cause. La catastrophe c’est eux, mais il leur faut démontrer que la catastrophe c’est la révolte contre leur pouvoir. L’enjeu est là, et toute confusion  est préjudiciable, la prise de conscience rapide est nécessaire. (note de Danielle Bleitrach)

 

CounterPunch, publié le 3 mars 2009
article original : “A planet at the brink? “

Le krach économique mondial a déjà provoqué des faillites bancaires, des banqueroutes, des fermetures d’usines et des saisies ; et, dans les années à venir, ce krach fera, sur toute la planète, des millions de chômeurs. Mais une autre conséquence dangereuse du krach de 2008 ne vient de faire son apparition que dernièrement : des troubles civils en augmentation et des conflits ethniques. Un jour, peut-être, la guerre pourrait s’ensuivre.

Au fur et à mesure que les gens perdent confiance dans la capacité des marchés et des gouvernements à résoudre la crise mondiale, ils exploseront probablement dans des manifestations violentes ou s’en prendront violemment à ceux qu’ils tiennent pour responsables de leur situation désespérée, y compris les fonctionnaires, les directeurs d’usines, les propriétaires de logements, les immigrés et les minorités ethniques. (Dans le futur, cette liste pourrait se révéler plus longue et plus déroutante.) Si le désastre économique actuel se transforme en ce que le Président Barack Obama a appelé une « décennie perdue », la conséquence pourrait être des soulèvements partout dans le monde ayant pour origine la situation économique

En effet, pour s’en convaincre, il suffit d’accrocher au mur une carte du monde et de commencer à positionner des épingles rouges, là où des épisodes violents ont déjà eu lieu. Athènes (Grèce), Longman (Chine), Port-au-Prince (Haïti), Riga (Lettonie), Santa Cruz (Bolivie) et Vladivostock (Russie), pour commencer. Beaucoup d’autres villes, de Reykjavik, Paris, Rome et Saragosse à Moscou et Dublin, ont connu d’énormes manifestations contre la montée du chômage et la chute des salaires, des manifestations qui ont été contenues grâce, en partie, à la présence de nombreuses forces de l’ordre anti-émeute. Si l’on fixe des épingles oranges sur ces sites – pour l’instant, aucun aux Etats-Unis – la carte aurait déjà l’air débordant d’activité. Si l’on est joueur, on peut parier à coup sûr que cette carte comptera bientôt beaucoup plus d’épingles rouges ou orange.

Dans la plupart des endroits, de tels soulèvements, même s’ils sont violents, resteront probablement localisés dans leur nature et suffisamment désorganisés pour que les forces de l’ordre puissent les ramener sous contrôle en l’espace de quelques jours ou de quelques semaines, même si – comme lors des émeutes à Athènes en décembre dernier – la paralysie urbaine s’installe, provoquée par la violence des manifestations, les gaz lacrymogènes et les cordons de police. Du moins, c’est ainsi que cela s’est passé jusqu’à présent. Cependant, il est entièrement possible qu’au fur et à mesure que la crise économique s’aggravera, certains de ces incidents se métastasent en évènements bien plus intenses et plus longs : rebellions armées, coups d’Etat militaires [déjà, le chef d’Etat de la Guinée-Bissau vient d’être assassiné], conflits civils – voire guerres entre Etats sur fond de crise économique.

Chaque éruption de violence a ses propres origines et ses caractéristiques distinctes. Cependant, toutes trouvent leur source dans une combinaison similaire d’angoisse du futur et de manque de confiance dans la capacité des institutions établies à s’occuper des problèmes immédiats. Et, tout comme la crise économique s’avère être mondiale, d’une manière jamais vue auparavant, de même, les incidents locaux – en particulier avec la nature instantanée des communications modernes – ont le potentiel d’entraîner dans leur sillage d’autres lieux très éloignés, uniquement reliés entre eux de façon virtuelle.

Une pandémie de violence d’origine économique
Les émeutes, qui ont éclaté au printemps 2008 en réponse à l’augmentation des prix alimentaires, semblent indiquer la vitesse à laquelle la violence d’origine économique peut s’étendre. Les médias occidentaux ne rapportent généralement pas tous les incidents de ce type, mais le New York Times et dans le Wall Street Journal on toutefois rapporté des émeutes au Cameroun, en Egypte, en Ethiopie, en Haïti, en Inde, en Indonésie, en Côte d’Ivoire et au Sénégal.

En Haïti, par exemple, des milliers de manifestants ont investi le palais présidentiel de Port-au-Prince et exigé qu’on leur remette de la nourriture, et se sont vus repoussés par les troupes gouvernementales et les soldats onusiens de maintien de la paix. D’autres pays, dont le Pakistan et la Thaïlande, ont cherché rapidement à dissuader de tels assauts en déployant des troupes dans les exploitations agricoles et les entrepôts, et ceci, dans l’ensemble du pays.

Ces émeutes n’ont cessé qu’à la fin de l’été [dernier], lorsque la chute des prix de l’énergie a entraîné avec elle la chute des prix des denrées alimentaires. (Le coût des denrées alimentaires est maintenant étroitement lié aux cours du pétrole et du gaz naturel, à cause de l’utilisation massive de produits chimiques dans la culture des céréales.) Cependant, il est certain que ce répit ne sera que temporaire, car une autre menace pointe à l’horizon : les sécheresses épiques qui sévissent durablement sur les greniers de la planète, les Etats-Unis, l’Argentine, l’Australie, la Chine, le Moyen-Orient et l’Afrique. Il faut s’attendre à ce que les prix du blé, du soja et peut-être aussi du riz, augmentent dans les mois à venir – juste au moment où des milliards de personnes dans le monde en développement sont assurées de voir leurs revenus déjà marginaux plonger à cause de l’effondrement économique mondial.

Les émeutes de la faim n’ont été qu’une forme de violence provoquée par l’économie, qui a fait son apparition en 2008. Alors que les conditions économiques s’aggravent, ont également éclaté des manifestions contre la montée du chômage, l’incompétence des gouvernements et les besoins non satisfaits des pauvres. En Inde, par exemple, des manifestations violentes ont menacé la stabilité dans de nombreuses régions clés. Bien qu’elles aient été généralement dépeintes comme des conflits ethniques, religieux ou de castes, ces éruptions de violence ont été manifestement provoquées par l’angoisse économique et le sentiment envahissant qu’un autre groupe se portait bien mieux – aux dépens des plus précaires.

En avril, par exemple, les six jours d’émeutes intenses dans la partie du Cachemire sous contrôle indien ont été largement attribués à l’animosité religieuse entre la population majoritairement musulmane et le gouvernement indien dominé par les Hindous. Tout aussi important, le ressentiment profond vis-à-vis de la discrimination que connaissent les Musulmans cachemiris, au niveau de l’emploi, du logement et du droit à la terre. Puis, en mai, des milliers de bergers nomades, les Gujjars du Rajasthan, ont bloqué les routes et les trains menant à la ville d’Agra, où se trouve le Taj Mahal, dans une tentative d’obtenir des droits économiques spécifiques : plus de 30 personnes ont été tuées lorsque la police à tiré sur la foule. En octobre, la violence d’origine économique a éclaté à Assam, dans l’extrême nord-ouest du pays, où les résidants locaux qui sont dans la misère résistent à un afflux de gens encore plus pauvres qu’eux. La plupart sont des immigrés illégaux venant du Bangladesh voisin.

En 2008, des conflits provoqués par la situation économique ont également éclaté dans une grande partie de la Chine orientale. De tels événements, étiquetés « incidents de masse » par les autorités chinoises, impliquent généralement des manifestations de travailleurs contre la fermeture soudaine d’usines, les pertes de salaire ou les saisies illégales de terres. Le plus souvent, les manifestants ont exigé des indemnités de la part des directeurs des entreprises ou des autorités gouvernementales et ont été accueillis à coups de matraques par la police.

Inutile de dire que les dirigeants du Parti Communiste Chinois ont été réticents à reconnaître ces incidents. En janvier dernier, le magazine Liaowang [Perspectives Hebdo] a rapporté que les licenciements et les conflits salariaux avaient déclenché une augmentation brutale de ce type d’ « incidents de masse », en particulier le long de la côte orientale du pays, où est située une grande partie de la capacité de production chinoise.

Dès décembre, l’épicentre de tels incidents sporadiques de violence s’est déplacé depuis le monde en développement vers l’Europe occidentale et l’ancienne Union Soviétique. Ici, les manifestations ont été surtout motivées par la peur d’un chômage prolongé, par l’écœurement lié aux méfaits et à l’incompétence des gouvernements, et par le sentiment que « le système », quelle que soit la manière dont on le définit, est incapable de satisfaire les aspirations futures de larges groupes de citoyens.

L’un des premiers soulèvements de cette nouvelle marée s’est produit à Athènes, en Grèce, le 6 décembre 2008, après que la police eut tué par balle un élève de 15 ans au cours d’une altercation dans un quartier peuplé du centre-ville. Au fur et à mesure que la nouvelle se répandit dans la ville, des centaines d’étudiants et de jeunes gens ont surgi dans le centre-ville et se sont engagés dans des batailles rangées avec la police anti-émeute, jetant des pierres et des cocktails molotov.

Bien que le gouvernement se soit plus tard excusé pour cette mort et qu’il ait mis en accusation l’officier de police impliqué dans cet homicide, des émeutes ont éclaté à plusieurs reprises dans les jours qui ont suivi, à Athènes et dans d’autres villes grecques. Des jeunes gens en colère ont attaqué les policiers – généralement considérés comme des agents de l’establishment –, ainsi que des hôtels et des magasins de luxe, dont quelques-uns ont été incendiés. Selon une estimation, ces six jours d’émeutes ont causé 1 milliard d’euros de préjudice aux entreprises, en pleine saison de Noël.

La Russie a connu également une série de manifestations violentes en décembre, déclenchées par l’imposition de tarifs douaniers élevés sur les automobiles importées. Institués par le Premier ministre Vladimir Poutine, afin de protéger l’industrie automobile nationale en péril (on prévoit que les ventes baisseront de 50% en 2009), les tarifs douaniers ont porté un coup aux marchands dans le port extrême-oriental de Vladivostok, qui bénéficiaient d’un commerce sur l’ensemble du territoire de véhicules japonais d’occasion. Lorsque la police locale a refusé de réprimer les manifestations contre les tarifs douaniers, les autorités étaient évidemment suffisamment inquiètes pour envoyer depuis Moscou, à 5.900 km, des unités des forces spéciales.

En janvier, des incidents de cette nature ont semblé se répandre dans toute l’Europe orientale. Entre le 13 et le 16 janvier, des manifestations antigouvernementales impliquant des affrontements violents avec la police ont éclaté à Riga, la capitale lettone, à Sofia, la capitale bulgare, et à Vilnius, la capitale lituanienne. Il est déjà impossible d’établir la liste de tous les épisodes de ce genre, ce qui semble indiquer que nous sommes au bord d’une pandémie mondiale de violence, ayant une origine économique.

Une recette parfaite pour l’instabilité
Tandis que la plupart des incidents de ce type sont déclenchés par un événement immédiat – un tarif douanier, la fermeture d’une usine locale, l’annonce de mesures d’austérité – il y a des facteurs systémiques qui sont au travail. Tandis que les économistes s’accordent maintenant à dire que nous sommes au milieu d’une récession plus profonde que toutes les autres depuis la Grande Dépression des années 30, ils supposent généralement que ce déclin – comme tous les autres depuis la deuxième guerre mondiale – sera suivi dans un, deux, voire trois ans, par le début d’un rétablissement typique.

Il y a de bonnes raisons de soupçonner que cela pourrait ne pas être le cas – que les pays les plus pauvres (en même temps que les habitants des pays les plus riches) devront attendre bien plus longtemps un tel rétablissement ou qu’ils pourraient n’en connaître aucun. Même aux Etats-Unis, selon un récent sondage Ipsos/McClatchy, 54% des Américains pensent à présent que « le pire » est « à venir » et seuls 7% d’entre eux que l’économie a « tourné la page ». Un quart de la population pense également que la crise durera plus de quatre ans. Que ce soit aux Etats-Unis, en Russie, en Chine ou au Bengladesh, c’est cette angoisse sous-jacente – ce sentiment que les choses sont bien pires que ce que tout le monde dit – qui contribue à alimenter la pandémie mondiale de violence.

Le tout dernier rapport de la Banque Mondiale (BM) sur la situation, les Perspectives Economiques Mondiales pour 2009, répond à ces angoisses de deux manières. Il refuse d’exposer le pire, même s’il parvient à le laisser entendre en termes trop clairs pour être ignorés, à la perspective d’un déclin de longue durée, voire permanent, des conditions économiques pour de nombreuses personnes dans le monde. Théoriquement optimiste – comme le sont tant d’experts dans les médias – quant à la probabilité d’un rétablissement économique dans un futur pas trop éloigné, ce rapport reste plein d’avertissements relatifs au potentiel de dommages durables dans le monde en développement si les choses ne vont pas exactement comme il faut.

Deux inquiétudes, en particulier, dominent les Perspectives de l’Economie Mondiale pour 2009 : que les banques et les entreprises dans les pays les plus riches cessent d’investir dans le monde en développement, étouffant ce qui reste des possibilités de croissance ; et que le coût des denrées alimentaires ne s’accroisse de façon désagréable, tandis que l’utilisation des terres agricoles dédiées à la production accrue de biocarburants aura pour conséquence une disponibilité réduite des denrées alimentaires pour des centaines de millions de personnes.

Malgré ses passages à la Pollyanna [en référence au roman de littérature enfantine d’Eleanor H. Porter, publié en 1913] quant à un rebond économique, ce rapport ne mâche pas ses mots lorsqu’il discute de ce que signifierait la baisse quasi-certaine à venir des investissements occidentaux dans les pays du Tiers Monde :

Que les marchés du crédit échouent à répondre à la politique énergique d’intervention adoptée jusqu’à maintenant, et les conséquences pour les pays en développement pourraient être très graves. Un tel scénario serait caractérisé par… un bouleversement important et du désarroi, incluant des faillites bancaires et des crises monétaires, dans un éventail important de pays en développement. Une croissance négative brutale dans un grand nombre de pays en développement, avec toutes les répercussions concomitantes, dont une pauvreté et un chômage accrus, seraient inévitables.

A l’automne 2008, lorsque ce rapport fut écrit, ceci était considéré comme le « pire scénario ». Depuis, la situation s’est bien sûr radicalement aggravée, avec des analystes financiers qui rapportent le gel virtuel des investissements dans le monde entier. Egalement troublant, les pays nouvellement industrialisés qui comptent sur l’exportation de biens manufacturés vers les pays les plus riches pour une grande partie de leur revenu national ont rapporté des plongeons abyssaux de leurs ventes, produisant des fermetures d’usines et des licenciements massifs.

Cette enquête de la Banque Mondiale, faite en 2008, contient également des données troublantes sur la disponibilité future des denrées alimentaires. Tout en insistant sur le fait que la planète est capable de produire suffisamment d’aliments pour répondre à la demande d’une population mondiale en croissance, ses analystes étaient bien moins confiants pour dire que suffisamment de nourriture sera disponible à des prix que les gens pourront payer, surtout une fois que les prix des hydrocarbures recommenceront à monter. Avec de plus en plus de terres agricoles réservées à la production des biocarburants et des efforts pour accroître les récoltes au moyen des « semences miraculeuses » en perte de vitesse, les analystes de la BM ont nuancé leur prévision généralement optimiste avec une mise en garde : « Si la demande de récoltes liées aux biocarburants est plus forte ou que la performance de la productivité déçoit, les approvisionnements futurs en denrées alimentaires pourraient être plus coûteux que par le passé ».

Combinez ces deux conclusions de la BM – une croissance économique zéro dans le monde en développement et des prix alimentaires en augmentation – et vous avez une recette parfaite pour des troubles civils et une violence implacable. Les éruptions de violence vues en 2008 et au début de 2009 seraient alors les signes annonciateurs d’un futur sombre au cours duquel, à un moment donné, un nombre indéterminé de grandes villes seront bouleversées par des émeutes et des troubles civils qui pourraient se répandre comme un feu de paille.

La carte d’un monde au bord de la catastrophe
Etudiez le monde tel qu’il est actuellement et vous vous apercevrez facilement qu’il y a une pléthore de sites potentiels pour de telles éruptions multiples – voire bien pire. Prenez la Chine ! Jusqu’à maintenant, les autorités ont réussi à contrôler les « incidents de masse » individuels, les empêchant de fusionner en quelque chose de plus grand. Mais dans un pays qui a plus de 2.000 ans d’histoire de vastes soulèvements millénaires, le risque d’une telle escalade doit être gardé à l’esprit de tous les dirigeants chinois.

Le 2 février, un responsable de premier plan du parti chinois, Chen Xiwen, a annoncé que, seulement dans les derniers mois de 2008, le chiffre renversant de 20 millions de travailleurs migrants, qui ont quitté, ces dernières années, les zones rurales pour les villes du pays en plein essor, avaient perdu leur emploi. Pire encore, il a annoncé que ceux-ci avaient peu de perspective de retrouver un emploi en 2009. Si beaucoup de ces travailleurs retournent à la campagne, ils pourraient ne rien y trouver non plus, pas même de la terre à travailler.

En de telles circonstances, et avec des millions de travailleurs supplémentaires qui se retrouveront licenciés des usines côtières dans l’année à venir, les perspectives de troubles massifs sont élevées. Il n’est pas étonnant que le gouvernement [américain] ait annoncé un plan de stimulation de 585 milliards de dollars, destiné à générer de l’emploi rural et qu’il ait appelé, en même temps, les forces de sécurité à exercer discipline et retenue lorsqu’elles se retrouvent face aux manifestants. De nombreux analystes pensent à présent, alors que les exportations continuent de s’assécher, que la montée du chômage pourrait conduire à des grèves et à des manifestations nationales, qui pourraient dépasser les capacités de la police et nécessiter une intervention de grande envergure de l’armée (comme cela s’est produit en 1989 à Pékin, lors des manifestations de la Place Tienanmen).

Prenez les nombreux Etats pétroliers du Tiers Monde qui ont connu des envolées grisantes de leurs revenus lorsque les cours du pétrole étaient élevés, permettant à leurs gouvernements d’acheter les groupes dissidents ou de financer de puissantes forces de sécurité intérieures. Avec les cours du pétrole qui ont plongé, de 147 dollars le baril à moins de 40 dollars, de tels pays, de l’Angola à l’Irak branlant, sont maintenant confrontés à une grave instabilité.

Le Nigeria est, en fait, un cas typique : Lorsque les cours pétroliers étaient élevés, le gouvernement central d’Abuja a engrangé des milliards chaque année, assez pour enrichir les élites dans des parties clés du pays et subventionner un imposant establishment militaire. A présent que les cours sont bas, le gouvernement aura beaucoup de difficultés pour satisfaire toutes ces obligations concurrentielles auparavant bien alimentées, ce qui signifie que le risque du déséquilibre intérieur sera exponentiel. Une insurrection dans la région pétrolière du Delta du Niger, alimentée par le mécontentement populaire né de l’absence de retombées de la manne pétrolière, est déjà en train de prendre de la vitesse et deviendra probablement plus forte au fur et mesure que les revenus du gouvernement se ratatineront. D’autres régions, également désavantagées par cette politique nationale relative au partage des revenus, seront ouvertes aux bouleversements de toutes sortes, y compris des guerres fratricides plus nombreuses et plus intenses.

La Bolivie est un autre producteur d’énergie qui semble se trouver à la veille d’une escalade de violence, alimentée par la situation économique. L’un des pays les plus pauvres de l’hémisphère occidental, la Bolivie recèle des réserves importantes de pétrole et de gaz naturel dans les plaines de ses régions orientales. Une majorité de la population – en grande partie de descendance indienne – soutient le Président Evo Morales, qui cherche à exercer un contrôle étatique fort sur ces réserves et à utiliser les revenus des hydrocarbures pour améliorer la situation des pauvres dans son pays. Mais une majorité de ceux qui contrôlent la partie orientale du pays, l’élite de descendance européenne, supporte mal l’interférence du gouvernement central et cherche à contrôler elle-même ces réserves. Les efforts de cette élite en vue de parvenir à une plus grande autonomie ont conduit à des altercations répétées avec les troupes gouvernementales et, en ces temps de détérioration, ils pourraient dresser le décor pour une guerre civile généralisée.

Etant donné la situation mondiale dans laquelle se succèdent des développements surprenants et souvent inattendus, prédire quoi que ce soit est particulièrement risqué. Cependant, pour le peuple, les données essentielles sont assez claires : le déclin économique continu, combiné au fort sentiment que les institutions et les systèmes existants sont incapables de remettre les choses en ordre, produit déjà un mélange potentiellement létal, d’angoisse, de peur et de colère. Des explosions populaires d’une sorte ou d’une autre sont inévitables.

Un certain sens de cette nouvelle réalité semble être remonté vers les échelons les plus élevés de la communauté des services de renseignements américains. Dans une audition sénatoriale devant la Commission d’Experts sur les Renseignements, le 12 février dernier, l’Amiral Dennis C Blair, le nouveau directeur des Renseignements Nationaux, a déclaré : « La toute première préoccupation à très court terme des Etats-Unis, en matière de sécurité, est la crise économique mondiale et ses implications géopolitiques… Les modèles statistiques montrent que la crise économique, si elle persiste sur une période d’un à deux ans, accroît le risque d’instabilité menaçant certains régimes » – ce qui, dans la situation actuelle, est certainement le cas.

Blair n’a pas spécifié quels pays il avait en tête lorsqu’il a parlé « d’instabilité menaçant certains régimes » – un nouveau terme dans le lexique des renseignements américains, du moins lorsqu’il est associé aux crises économiques – mais il est clair, après son témoignage, que les responsables américains surveillent de près des douzaines de nations instables, en Afrique, au Proche-Orient, en Amérique Latine et en Asie Centrale.

A présent, reprenez la carte fixée sur votre mur, avec toutes ces épingles oranges et rouges que vous avez positionnées, et coloriez les pays appropriés dans diverses nuances de rouge et d’orange, afin d’indiquer les déclins récents les plus frappants des PIB et les plus fortes augmentations du chômage. Même sans 16 agences de renseignements sous vos ordres, vous avez quand même une assez bonne idée des endroits sur lesquels Blair et consorts ont le regard braqué, en termes d’instabilité, tandis que le futur s’assombrit sur une planète au bord de la catastrophe.

Michael T. Klare enseigne la paix et la sécurité mondiale au Hampshire College.

 

(Copyright 2009 Michael T Klare – Traduction JFG-QuestionCritiques.)

13 Réponses vers “Une planète au bord de la catastrophe ? par Michael T. Klare”


  1. 1 Philosophe 5 mars 2009 à 8:28

    Je suis en gros en accord avec les points concrets soulevés par ce texte, mais, encore une fois, en désaccord avec son ton catastrophiste-apocalyptique. La dernière phrase est typique: “le futur s’assombrit sur une planète au bord de la catastrophe”. Ce texte a bel et bien pour but de susciter la peur.

    Et, pour susciter cette peur, il utilise un sophisme habituel des media: focaliser sur la violence, réduire les mouvements populaires aux émeutes et à leurs formes les plus violentes. Or ce qui est en train de s’attiser dans la crise, ce n’est pas la violence en général, c’est la lutte des classes, sous ses formes violentes mais aussi sous ses formes non violentes.

    Enfin quoi, les révoltes populaires dans les Antilles françaises pourraient-elles être sans mauvaise foi assimilées à des émeutes et au déchaînement de la violence? Peut-on vraiment sans caricature présenter les peuples en lutte, aujourd’hui, comme animés par “un mélange potentiellement létal, d’angoisse, de peur et de colère”? Et présenter la Bolivie comme un “décor pour une guerre civile généralisée”, c’est oublier qu’il y a le peuple, et que la Bolivie n’est pas seule.

    En plus, j’ai une réticence de fond face à tous ces discours au futur de l’indicatif, développant des “scenarios” imaginaires, organisant leur mise en scène visuelle à coup d’épingles oranges et rouges sur la carte du globe, et soutenus par des affirmations aussi vides que “de nombreux analystes pensent à présent que…”. Tous ces discours sont fondamentalement démobilisateurs.

    Nul ne sait ce que nous réserve le futur, précisément parce qu’il est “à venir”. L’avenir sera ce que nous en ferons, point-barre.

  2. 2 socio13 5 mars 2009 à 8:45

    Bref, ilo ne faut pas désespérer Billancourt, il faut l’aliéner avec un discours sur les prochaines élections, sur les “régulations” qui peuvent sauver la planète, sur le gentil Obama qui vaut mieux que Bush.

    Et surtout il ne faut jamais lire ce qui est écrit et dire que l’on est pas d’accord si l’on ne trouve pas confirmation de ces propres stéréotypes… On crève de tout ça…

    Alors que la seule chose de juste était une phrase que vous avez dite: “justement parce qu’il y a lutte des classes, nécessité absolue le prolétariat continue à revendiquer comme en Guadeloupe, comme en France comme partout”.

    Oui mais il faut être conscient des tentatives de divisdions, ethniques confessionelles, des fausses espérances , des vrais peurs (pas de celle de la réalité de celle de l’inconnu).. Mais je crois que sur le fond il y a une divergence fondamentale avec ce que j’espère apporter de conscience de l’urgence et la position qui ne veut pas “effrayer” pour continuer par exemple à préparer les élections européennes.Résultat on a eu la préparation de con,grès, celui du PS, celui du PCF, celui du NPA d’une sottise incroyable, à des kilomètres de l’urgence. Tous plus décidé à faire la peau du rival (le frère pas l’adversaire) pour un poste de député européen de plus, pour une niche…Voilà où nous en sommes… Et il ne faudrait surtout pas “effrayer” ?

    Il faut ajouter que si vous reprenez les textes au départ de ce blog (je pense à la “nausée” et “la crise expliquée au nuls par une nulle”) vous vous apercevez que je n’ai cessé d’annoncer ce qui allait arriver et j’ai eu droit à quoi aux congrès de la gauche précités, aux petites manoeuvres imbéciles des groupuscules, à des haines contre moi digne de la pissotière de clochemerle, avec le con du coin qui m’interdit à la fête de l’huma, l’autre crétin quui m’envoit une femelle de rouge vif me traiter de vieille peau, sans parler du troisième qui pique une crise d’hystérie parce qu’il prend une remarque pour lui et après il fait le tour de ses copains pour leur expliquer que je suis une ennemie de classe, sans parler de la folle nymphomane qui me harcèle en me traitant de tribale sioniste … Voilà pour la hauteur de vue de ceux qui se sont adressés à moi ces dernkiers temps… Tous ces gens comme le dit rosa ne sont que le produit d’une confusion généralisée, ils sont comme des rats dans un bocal ils mordent le voisin parce qu’ils n’ont plus prise sur rien… cela ne se résoudra que quand sera mis en place un projet collectif politique mais pour cela il faut mesurer où on est autrement on continuera à viser le voisin…

    Personnellement j’ai décidé de ne pas voter parce que je refuse la peur qui me jette dans les bras d’une ségolène… ou de la bande de décérébrés qui refuse de voir de quoi il est question. est-ce un hasard si Elie Damota a dit que pour le moment il refuse de participer au jeu politique en question ?

    “L’avenir sera ce que nous en ferons”, mais si nous sommes marxistes nous sommes aussi spinozistes: la véritable liberté de faire c’est de mesurer les contraintes réelles pas celles que la réligion crée comme des illusions, mais les possibles autant que les obstacles, la force de l’adversaire, les points d’appui, mais me voici arrivée à lénine… Pour la “catastrophe imminente” ce n’est pas mal…
    Danielle Bleitrach

  3. 3 Philosophe 5 mars 2009 à 9:22

    Danielle, je n’ai pas l’impression que tu sois entièrement de bonne foi, là, parce que tu amalgames mes propos avec des positions que je n’ai absolument pas soutenues – et qu’il ne m’intéresse absolument pas de discuter (une mauvaise habitude à perdre, tu sais d’où elle vient).

    Tu m’accuses de ne jamais lire ce qui est écrit, mais excuse-moi, tous les passages entre guillemets de mon commentaire précédent sont des citations du texte qui précède, je ne les ai pas inventées, il n’y a qu’à le lire pour vérifier.

    Ca ne m’intéresse absolument pas de discuter des prochaines élections, et si tu assimiles mes propos à un discours électoral (“la position qui ne veut pas “effrayer” pour continuer par exemple à préparer les élections européennes”), ou si tu en profites pour entrer en campagne pour soutenir ta propre position sur les prochaines élections, alors notre discussion s’arrêtera là.

    Bon, nous avons un désaccord sur la peur, le catastrophisme et ce que tu appelles “l’urgence”, mais c’est là-dessus qu’il porte, pas sur des élections qui à vrai dire, m’indiffèrent plutôt pour le moment. Je n’ai ni n’entretiens aucune illusion sur Obama, mais j’estime positif le fait qu’il a bâti sa campagne sur une autre émotion que la peur, à savoir l’espoir. Parce que la peur, ça empêche de penser, ça rend bête, ça fait chercher un sauveur, ça donne des ailes pour la fuite seulement, mais ça empêche toute action réelle.

    • 4 socio13 5 mars 2009 à 9:39

      mais je ne fais pas d’amalgame, je ne te confonds pas avec ces gens-là, je dis simplement que nous sommes tous dans une sacrée mélasse et que toutes ces divisions, ces hostilités, dé”pendent de notre courte vue, de notre refus de prendre conscience de la situation réelle et de réfléchir aux moyens de la conjurer. Parce que les méthodes employées par nous jusqu’ici, celles qui ont permis de nous penser “communistes” tout en demeurant dans le contexte d’une régulation du capitalisme ne conviennent plus, les communistes comme les autres ont besoin de comprendre ce à quoi nous sommes confrontés et à envisage des solutions hors régulation. Donc il y a deux types d’effroi, celui qui nous jette dans les bras du capital et de leur petit personnel et celui qui nous incite à agir…

      Danielle Bleitrach

  4. 5 Philosophe 5 mars 2009 à 10:23

    Bon, là c’est clair, tu penses qu’il y a deux types d’effroi, et moi un seul. Mais ta discussion sur la notion de régulation, j’avoue ne pas y comprendre grand chose, cette notion me semble quelque peu métaphysique, excuse-moi.

    Corrige moi si je dis une bêtise, mais il me semble que le capitalisme a toujours été régulé, par son Etat et par les rapports de force issus de la lutte des classes, ces régulations étant forcément différentes selon les conjonctures – non? Même dans le capitalisme le plus sauvage, cette sauvagerie est le produit d’une régulation étatique. C’est par exemple le poids de la Communauté européenne et de sa commission pour imposer une “concurrence libre et non faussée”. Non?

    Du coup, j’ai du mal à comprendre ta formule des “solutions hors régulation”. Si nous parvenons un jour à construire une société non capitaliste, cette société sera aussi régulée, non? Et elle intègrera évidemment les acquis que les travailleurs avaient imposés dans la société capitaliste précédente, non?

  5. 6 socio13 5 mars 2009 à 10:58

    La régulation est un concept économique trés à la mode, c’est l’école de régulation de paris avec comme tête de file Aglietta. Voici un résumé des dites thèses pris dans “alternative économique” le journal de ce courant. C’est une sorte de synthèse ou voulue telle entre Marx et keynes. Paul Boccara affirme qu’il a fondé “l’école de la régulation de Paris”…Avec un marxisme plus appuyé mais toujours l’intégration de Keynes et de l’acte fondateur de bretton woods.

    Ce courant hétérodoxe principalement français est né dans les années 70 au sein du Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap). Il est également représenté, entre autres, par Robert Boyer et Alain Lipietz. La thèse ici développée est la suivante: les crises majeures (celles que Robert Boyer qualifiera de “grandes crises”) naissent de distorsions entre les grandeurs macroéconomiques (consommation, investissement, production) que le marché ne parvient pas à réguler spontanément et qui nécessitent que la société se dote de règles adéquates. Appuyé sur le cas américain, ce livre puise son inspiration à la fois chez Marx et chez Keynes, mais prête aussi une attention particulière au contexte institutionnel.

    Commentaire critique

    La thèse de doctorat de Michel Aglietta, dont cet ouvrage est la traduction “grand public”, pose la première pierre de la théorie de la régulation. Elle marque une triple rupture:

    - en opposition avec la théorie dominante de la croissance de l’époque, l’auteur a pour but de fonder une théorie endogène. Celle-ci postule que les changements institutionnels sont le produit des déséquilibres et des forces internes au système économique et social, et non le résultat de l’action plus ou moins arbitraire de forces “tombées du ciel”, comme c’est le cas chez Solow;

    - en opposition avec l’analyse marxiste, l’auteur refuse de voir dans l’action de l’Etat le moteur exclusif du mécanisme qui permet au capitalisme d’intégrer le salariat (et par là d’échapper au triste sort que lui prédisait Marx: son autodestruction);

    - en opposition avec l’analyse standard, il s’agit d’affirmer la variabilité des capitalismes et des lois qui le gouvernent, donc de reconnaître le rôle central des institutions. Ces partis pris inscrivent dans une certaine mesure l’école de la régulation dans la continuité de l’école des Annales, en histoire, qui rompt avec l’histoire événementielle en s’attachant à analyser les cycles longs et en s’inspirant des autres disciplines. Ils permettent à l’auteur de produire une analyse riche et profonde, concrète, car historiquement située, tout en marquant les limites du régulationnisme: puisqu’elle est historique, ses capacités prédictives sont forcément limitées.

    Le rapport salarial est au coeur de l’analyse que produit Aglietta. En effet, ce rapport intervient, du côté de la demande, par l’intermédiaire de la formation des revenus et de la demande anticipée et, du côté de l’offre, par le biais des gains de productivité. Cette interaction entre offre et demande permet de dépasser les impasses du keynésianisme, limité au court terme. L’étude économétrique du rapport salarial fait apparaître une succession de situations différentes, qui seront qualifiées de régimes de régulation.

    Parmi ces régimes, le plus connu est le fordisme, caractérisé par la conjonction d’une production et d’une consommation de masse, sources d’une croissance autoentretenue (les gains de productivité entraînent la hausse des salaires, donc de la demande, donc de la production, donc de la productivité). Mais, dans la tradition marxiste, Aglietta considère ce processus de développement comme fondamentalement déséquilibré. Ce processus porte donc en lui, via l’exacerbation de ses contradictions, la perspective dcrise majeure, ce que Robert Boyer qualifiera de crise “de” la régulation par opposition aux crises “dans” la régulation. Le fordisme lui-même naît de l’écroulement de la régulation “concurrentielle” du capitalisme.

    Dans une postface écrite pour la réédition de 1997, l’auteur brosse, en une soixantaine de pages, les grandes lignes de l’évolution du capitalisme d’aujourd’hui vers un capitalisme patrimonial, où les actionnaires prennent le pouvoir dans l’entreprise au détriment des managers; la rémunération se fait largement sous forme de capital et le crédit est remplacé par le recours aux marchés financiers… Il s’efforce de penser l’émergence d’un nouveau régime de croissance qui, compte tenu des transformations structurelles induites par la mondialisation, serait susceptible de permettre à nos sociétés de renouer avec le progrès social.

    Des divergences apparaîtront entre les fondateurs de l’école de la régulation, notamment sur la question de la prise en compte de la monnaie, domaine auquel Aglietta consacrera par la suite la majeure partie de ses recherches. Mais l’école de la régulation conserve sa vitalité, ne serait-ce que parce qu’elle est l’une des seules à réconcilier l’économie et l’histoire, en inscrivant les mécanismes économiques dans une dynamique historique orientée par les institutions.

    Comme tu le vois la thèse de Jorion n’est pas éloignée de ce questionnement.

  6. 7 ML 5 mars 2009 à 1:58

    Bonjour à vous

    Confrontation Europe de Philippe Herzog s’inspire de cette école de la régulation me semble t-il. Cela les amène, par exemple, à réfléchir et proposer les régulations qu’ils estiment utiles pour le marché de l’électricité, du gaz, …afin de permettre une ”europe sociale”, ”écologique”, … Il s’agit d’installer un marché plus pérenne en quelque sorte, le marché étant pour eux une avancée sociale et politique acquise sur laquelle il n’est pas question de revenir.

    Maurice Lecomte

  7. 8 Arlequin 5 mars 2009 à 2:42

    la Grande Violence c’est celle du système capitaliste…que des Hommes réagissent pour ce qui est vital quoi de plus “normal” ?

    Mais…des possibles s’ouvrent et certains très inquiétants, la caste aux pouvoirs restera les yeux fixés sur le Cacarente jusqu’au crash final…est-ce faire du catastrophisme ? je ne crois pas : c’est souligner simplement les tendances du capitalisme dévastateur ! dèjà près de 3 milliards d’humains sont “sacrifiés” à moins de 2€ par jour…la moitié d’entre ceux-là ne dispose pas d’eau potable ! est-ce une “catastrophe” sûrement pour ces victimes !!

    Penser que l’Homme sur la Terre est éternel ressort de doux rèveurs, je crois plutôt aux cafards et aux ver de terre qui pourront survivre et se développer après nous.

    Donner l’Alerte devant les défis mondiaux et souligner encore et encore que le Capital pourrait bien un jour réhabiliter Hitler sous quelque forme que ce soit…est faire du catastrophisme ou tout simplement être réaliste.

    Qu’aujourd’hui certains se précipitent pour “raconter une nouvelle histoire catastrophique” est évident…curieusement ce sont souvent les mêmes qui hier encore nous certifiaient que tout irait bien et s’autorégulariseraient : ce n’est pas une coïncidence…simplement un nouvel angle de vue pour faire du FRIC sur l’écologie, la protection citoyenne….dévoyé comme dab

    L’Amérique Latine, les Antilles ont mis des clefs dans les serrures, à nous de forcer la porte des coffres.

    Roger de ANDRADE de Pluvigner en Morbihan

    • 9 socio13 5 mars 2009 à 2:59

      “la ou les régulations” sont des mécanismes qui permettent à des structures sociales, des institutions, différentes voir indépendantes de former système.

      Le capitalisme commence sur un mode de régulation concurrentiel ou tous les ajustements se font sur le marché et à travers la concurrence, c’est cet âge d’or du capitalisme que les théoriciens fondamentalistes du marché ont prétendu restaurer alors que nous étions dans une phase dominée par les monopoles. cette phase concurrentielle correspond à la révolution industrielle décrite par Marx. soit une mobilisation et accumulation du capital et de la main d’oeuvre à travers la régulation concurrentielle du marché et une accumulation extensive qui correspond à l’impérialisme.

      Rosa Luxemburg a mis en évidence le caractère parasitaire du capitalisme, il ne s’agit pas pour elle de régulation, mais d’une sorte de maladie, le capitalisme se nourrit d’organismes sains, il les pourrit et part ailleurs pour son accumulation. Ainsi il a besoin d’utiliser les modes de production antérieurs ou encore les pays qu’il colonise.Elle décrit les convulsions qui précèdent et suivent la première guerre mondiale.

      Nos régulationnistes y voient un mode hybride où on est entre régulation concurrentielle (et qui étant extensive comme le décrit lénine produit de grands affrontements entre monopoles et le partage violent des zones d’influence) et domination monopolistique.

      Après la deuxième guerre mondiale cela reprend de plus belle avec une courte expansion …

      Intervient une période de crise (celle des années trente avec réponse en terme d’intervention de l’Etat)

      nous avons alors un deuxième mode de régulation dit fordiste ou capitalisme monopolistique d’Etat, ce sont les trente glorieuse: le système est basé sur la hausse des salaires grâce aux gains de productivité.Avec un développement du “travail mort” sur le travail vivant dont on accroit la productivité. Hauts salaires pour aboutir à une Consommation de masse, accumulation intensive, intervention de l’Etat pour soutenir la consommation de masse.

      La théorie de la régulation s’est essentiellement construite sur l’analyse du système née de la dépression de 1929, du fordisme. mais comme nous le verrons elle a du mal à définir ce qui vient de se passer et se passe aujourd’hui.

      La théorie de la régulation affirme que le système capitaliste se purifie par les crises, la crise peut être externe. Il existe cependant des crises endogènes qui correspondent à un cycle de développement et à sa dépression, c’est la purification du système, cela fait partie de sa santé. Le capitalisme est en fait un grand maniaco-dépressif qui dans sa phase d’expansion, maniaque, euphorique accumule des déséquuilibres qui se vident dans le moments dépressifs. C’est un mode de fonctionnement normal.

      Mais il y a les crises systémiques, quand la spirale dépressionniste paraît enclanchée et que rien ne paraît pouvoir l’arrêter il faut changer de régulation. La crise de 1929 a témoigné du fait que les mécanismes du marché, la concurrence même portée à son niveau le plus élevé des guerres impérialistes ne permettait pas une phase de retour à l’expansion, la croissance bien sûr des profits. Donc il a fallu une nouvelle régulation c’est-à-dire une manière pour le capital de déployer son accumulation à travers l’innovation technologique et les institutions. Analyse de Galbraith de la crise de 1929: aux etats-Unis de 1919 à 1929, les gains de productivité ont été de 43% et les salaires ont stagné d’où la crise de surproduction. D’où la nécessité d’une régulation qui développait une consommation de masse.

      Dans les années quatre-vingt nouvelle crise systémique qui correspond “miraculeusement” à l’effondrement de l’URSS, et au fondamentaliste du marché.

      Oui mais voilà non seulement nos théoriciens de la régulation n’arrivent pas à s’entendre sur le mode de régulation de la période que nous avons traversé à la fin du XX e siècle et au début du XXI e s. Il y a incontestablement des gains de productivité et l’élévation du taux de profit, ne serait-ce qu’à travers les nouvelles technologies, mais ils ne savent toujours pas ce qui régulait. Les économistes du marché pensaient que c’était le dit marché , les régulationnistes la finance, en fait personne ne sait réellement s’il y a eu régulation et comment.

      Ce qui est sûr c’est que plus personne ne sait comment ça marche et quel mécanisme institutionnel doit être mis en place, quelle innovation technologique (l’ére informationnelle?)mais le fait qu’il y a effondrement du système. D’où l’idée qu’il faut chercher une “régulation”…

      C’est pour cela que je me dis parfois que ça va peut-être comme le bug informatique de l’an 2000, il n’y a rien eu du tout… Mais c’est peu vraisemblable, ce qui est fascinant intellectuellement c’est que c’est la première fois où l’on peut contempler de visu l’agonie d’un système installé depuis des siècles et qui a modelé toute notre civilisation… Il faut lire y compris l’interview de Robert castel, il en appelle de fait à une nouvelle “régulation” du capitalisme, il dit qu’il ne peut pas y avoir le socialisme et surtout le communisme, donc il faut retrouver Keynes mais comme le dit un des auteurs, la réalité est que jusqu’ici toutes les interventions des Etats ont consisté à jeter de l’argent massivement dans un puit sans fond… accroissant l’effet surproduction et pression sur l’emploi et les salaires…

      Mais je me dis aussi que la seule solution, la grande régulation des régulations, c’est que les salariés, les exploités d’ici et du tiers monde revendiquent autre chose et s’obstinent mais il y a aussi le fait que ceux qui revendiquent ont été formés à ce système délirant alors ça peut être une névrose collective, une implosion généralisée du type de celle que freud envisageait dans “malaise dans la civilisation”… Une sorte de narcissisme de chacun jusqu’à la mort de l’humanité… Parfois je trouve tout cela un peu effrayant parce qu’il y manque l’essentiel : des organisations capables de s’unir, des hommes et des femmes en, prise avec ces besoins vitaux… la période précédente les a détruites mais il est vrai que dans les luttes se reconstruisent rapidement d’autres collectifs… avec quelle permanences? Quelles institutions diraient les régulationnistes… Au profit de qui parce que c’est bien là la question.

      danielle Bleitrach

  8. 10 Philosophe 5 mars 2009 à 4:14

    Merci à tous, et surtout à Danielle, pour ce cours. Je vais bûcher un peu plus la régulation, même si, hum, je pense que ça ne deviendra pas ma tasse de thé (sur le fordisme, par exemple,ce que j’ai trouvé dans Gramsci et Lénine me semble supérieur à ce que vous évoquez ici).

    Mais je maintiens ma critique de la peinture catastrophiste et apocalyptique de l’avanir découlant de la crise du capitalisme. Si jamais c’était l’effondrement du capitalisme, eh bien bon sang, ce serait une sacrée bonne nouvelle! Ca s’arrose, non?

    A Danielle: ils étaient combien, avec Fidel et le Che, au départ, et quelles étaient leurs organisations? Allez, ce sont les masses qui font l’histoire – et si jamais tu avais peur de l’avenir, ça voudrait dire que tu as peur des masses, ce que je ne crois pas.

    • 11 socio13 5 mars 2009 à 4:22

      je te signale que sur le fordisme il n’y a notre livre avec Alain Chenu “l’usine et la vie”(Maspero), j’avais effectivement travaillé Gramsci, son concept d’hégémonie et son analyse passionnante des conseils ouvriers, de la Fiat et de Ford… J’avais travaillé sur la relation production-consommation dans l’hégémonie du capital. Nous avions travaillé sur le golfe de Fos, la sidérurgie… et pris en considération plus de 5000 ouvriers de la zone correspondant à divers stades de la production, l’idée était celle de l’accumulation dans le cadre de la mobilisation des capitaux et de la main d’oeuvre dans la mise en place d’une nouvelle chaîne portuaire celle de Fos.

      je n’ai pas peur des masses sauf quand elles sont chauffées à blanc à Nuremberg… ou actuellement en italie… et je trouve qu’autour de moi se multiplient les comportements névrotiques, les haines, les passions, les comportements paranoïaques, les délations… Ces derniers temps j’ai eu quelques délirants et ils ont tenté de recruter pour alimenter leurs fantasmes, et la plupart se croient révolutionnaires mais ils préférent s’attaquer à moi, le capital étant un peu trop hors de portée sans doute…
      Danielle Bleitrach

  9. 12 Visiteur 6 mars 2009 à 7:43

    Chers amis bonsoir

    la lecture, certes rapide, que je viens de faire sur ce site me fait penser ceci : j’ai l’impression (comme un malaise) que la crise serait,quelque part, de notre fait. Rassurez moi car à lire “nous sommes tous dans une sacrée mélasse” je m’interroge comment nous allons répondre aux nombreux problèmes qu’ont semés les capitalistes sur notre planète si l’on demeure avec de tels arguments. Le grand capital est en train de perdre toutes les batailles ne lui laissons pas gagner* la guerre.

    *gagner dans le sens “aller vers”

    Bien amicalement

    • 13 socio13 6 mars 2009 à 7:56

      visiteur bon soir, tiens ça fait le visiteur du soir…

      ce qui est sur ce site n’est pas nécessairement la totale opinion de celle qui gère ce blog, ni de ceux qui participent au débat… Et j’ai déjà signalé que ma vision n’était pas du tout celle de Klare mais il dit ce que peu de gens disent à savoir qu’il y a des luttes partout, j’ajoute donc qu’il serait temps de penser global pour mieux agir local comme viennent de le faire les camarades antillais… Et ce site n’a qu’une prétention, celui d’apporter des élements de connaissance sur cette planète, sur ceux qui luttent…
      Maintenant si vous voulez que je vous dise que l’état du politique en France est particuliérement réjouissant, en vous réponds NON… ‘ailleurs ce site a décidé de ne plus se mêler de politique politicienne, chacun est libre dans ce domaine d’agir comme il le sent…
      Donc pour faire court votre lecture est vraiment rapide mais comme beaucoup de gens cela ne vous empêche pas d’asséner une opinion, de donner une leçon à qui ne vous demande rien.
      C’est une manie trés de chez nous…
      Danielle bleitrach


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