Sous couvert de lutter contre le terrorisme a été mis en place tout un réseau de lois sécuritaires qui peuvent tout autant être destinése à empêcher les révoltes populaires, les organisations de défense de citoyens et le syndicalisme. Ce qu’il faut mesurer est que la contre révolution qui a déferlé sur le monde pendant une vingtaine d’années a promu une phase de l’impérialisme dite néolibérale dont nous ne finissons pas de découvrir les conséquences catastrophiques tant pour l’environnement que pour les rapports sociaux. Mais ce qui est le plus inquiétant face à ce que j’ai défini comme un tsunami social menaçant est l’absence d’organisations collectives, d’esprit collectif même, un sauve qui peut individualiste. Toutes les organisations politiques et syndicales qui étaient basées sur des relations de classe ont connu un laminage. Ont été promus soit l’attitude individualiste, soit les formes communautaires visant à la fusion du “même” et repoussant l’autre, qu’il s’agisse du religieux ou des associations catégorielles comme “les femmes”(ex.ni putes ni soumises), les “indigènes”, à la fusion catégorielle est opposée un “ennemi intérieur”.. mais qui a comme caractéristique de servir de paravent commode au capital.
La gauche dans son délabrement a largement entretenu ces formes associatives et le plus souvent clientélistes alors même qu’étaient délaissées ou intégrés (par exemple au consensus européen) les formes traditionnelles de revendication du monde du travail. Ce laminage qui se poursuit est comparable, face à la vague, à la destruction des digues de protection. Il ne s’agit pas de pessimisme mais que chacun considère l’état des lieux et prenne ses responsabilités. En particulier au niveau des dirigeants politiques et syndicaux. Mais pas seulement, il y a aujourd’hui des sites qui se présentent comme progressistes, voir altermondialistes et qui en fait contribuent à des campagnes de haine dirigées par l’extrême-droite. je le dis comme je le pense: on ne peut plus tolérer cela et il faut les dénoncer ainsi que ceux qui par stupidité ou parce qu’ils en sont membres diffusent leurs idées nauséabondes. Ils sont le recours d’un système en crise sous des allures radicales…
C’est dramatique si l’on considère le contexte qui s’est parrallélement mis en place dans le domaine des libertés fondamentales.
L’impérialisme ivre de puissance et ne rencontrant plus de résistance après la destruction de l’URSS s’est largement créé un ennemi qui permettait aux Etats-Unis de maintenir leur hégémonie alors même que la guerre froide était terminée. Cet ennemi c’était “le terrorisme”, le 11 septembre une divine surprise. Il a servi de prétexte à l’imposition de l’impérialisme sous la forme également d’un empire, d’une hégémonie totale. Le capital s’est développé sous le fondamentalisme du “marché”, l’idéologie de la régulation suprême que rien ne devait contredire le néo-libéralisme, le tout marché qui s’appuyait sur la suprématie du dollar et la puissance militaire etasunienne: l’absence totale de contrôle sur la haute finance ou encore le primat de l’intervention armée pour imposer le pillage, s’est imposé à toute la planète. La violence armée et la torture sous couvert de défense de “la démocratie” menacée, les “droits de l’homme” comme mode de justification du viol de la légalité internationale, le tout au nom de la défense des intérêts d’une caste dirigeante dans les pays occidentaux et en particulier aux etats-Unis sont devenus la règle. Tandis que l’Etat devait se retirer de la protection sociale du citoyen, du contrôle du financier , toutes ses ressources étaient mobilisées par le complexe industrialo-militaire. Il échappait au citoyen mais était livré au lobbies aux Etats-Unis mais aussi par la création d’intitutions supra-étatiques comme l’Union Européenne et se développait l’arsenal “sécuritaire”.
Rarement on a eu un tel hiatus entre le discours que tenaient sur elles-mêmes les “démocraties occidentales” et ce qui avançait derrière ce discours.
Tandis que le politico-médiatique ne cessait de nous tenir ce discours sur les droits de l’homme, sur la démocratie, justifiant toutes les exactions, tous les pillages sous couvert de défense de la “liberté”, dans les faits on s’aperçoit que non seulement a été systématiquement violé toute légalité internationale mais qu’il y a eu un recul inquiétant des libertés fondamentales dans les pays où il était censé exister un Etat de droit.
Il y a recul des libertés collectives d’association et de défense des travailleurs, les organisations ont été laminées, remplacées par des ONG qui pour certaines sont de simples relais des pouvoirs occidentaux. ceux qui aujourd’hui veulent bien se mobiliser pour la défense des libertés citoyennes, le refus par exemple du fichage n’ont pas eu la même vigilance devant la destruction des organisations de défense des travailleurs, pourtant tous les fascismes n’ont pu se développer que face à une triple avancée: contre les organisations de classe d’abord, ensuite la création de boucs émissaires raciaux et enfin la mise en place d’un arsenal de lois liberticides et de répression. Quand on veut comprendre la nature de l’Etat néo-libéral dont nous avons hérité, l’articulation Etat-société civile c’est à cette triple transformation qu’il faut se référer, on ne peut pas isoler les atteintes aux libertés syndicales et de classe, des campagnes de haine, des recherches de boucs émissaires et enfin de la répression.
Durant cette période où a triomphé cette phase impérialiste sous hégémonie étasunienne toujours sous couvert de lutte contre le terrorisme a donc été mis en place un “modèle” qui laissait toute latitude à la haute finance, livrait des peuples entiers aux exactions militaires et prônait le choc des civilisations. La peur de l’autre permettait également de développer l’arsenal sécuritaire intérieur sur le modèle du Patriot Act, que nous présentons dans un article de Maya Ghozali. Mais il ne s’agit pas que des Etats-Unis Hans Lefebvre dans Agora vox a écrit un article intéressant sur cette dérive généralisée sur le modèle étasunien.Nous le reproduisons également ici.
Ce qu’il faut bien voir c’est que non seulement les peuples ont commencé à remettre en cause cette hégémonie, l’exemple le plus évident c’est ce qui se passe en Amérique latine, mais on assiste à des mouvements de contestation sur toute la planète, en Asie en particulier. Des gouvernements refusent d’accepter l’hégémonie occidentale. Mais le vrai problème n’est-il pas qu’avec l’aggravation de la crise économique, avec les révoltes, parfois les émeutes de la faim on peut s’interroger sur la manière dont va être imposé l’ordre et de quel ordre s’agira-t-il ?
Les Etats-Unis eux-mêmes méritent que l’on dépasse la caricature qui en est souvent faite . Chomsky nous a déjà alerté sur les forces potentielles de ce pays en expliquant que “la fabrication du consensus” en particulier par le biais des médias était une nécessité pour le système capitaliste d’autant plus forte que la population des Etats-Unis dans sa masse était toujours plus proche de la révolte. Il a toujours fallu créer de la diversion, trouver des boucs émissaires, en général raciste pour maintenir l’ordre dans ce pays. Un article du new York Times que nous publions sur le refus des “endettés” de quitter leur logement témoigne de ce qui secoue cette société et qui peut se développer partout. C’est l’aspect positif de la crise. L’aspect négatif est la montée d’une extrême-droite qui va imposer ses analyses immondes, les violences intercommunautaires, la haine des immigrés, celle du juif auquel on résumerait le capital. Dans une situation où les organisations syndicales et politiques de la classe ouvrière ont été laminées depuis plus de vingt ans, toutes les dérives sont à craindre. Et chacun doit prendre ses responsabilités.Et certains salauds qui sévissent sur le net aujourd’hui, diffusant la haine sous couvert d’anti-impérialisme ne sont que les alliés d’un système qui cherche par tous les moyens les plus liberticides à sa maintenir.
Danielle Bleitrach
Oui, mais… Regarde “l’accord Jacques Bino” en Guadeloupe. Ils en sont arrivés à diviser le patronat! Tu sais, l’importance de l’organisation et de la discipline (oui, discipline), ça se réapprend assez vite, dans le fil de la lutte. La Guadeloupe n’a jamais été censée être l’avant-garde du prolétariat, et pourtant ils sont devenus des as de la lutte des classes, aujourd’hui.
Je crois que tu sous-estime un peu, Danielle, ce que j’appelle l’effet de “retour au principe de réalité” engendré par la crise. L’idéologie, c’est seulement de l’idéologie, après tout. Le nuage peut parfaitement se dissiper très vite, dans la crise et dans la lutte.
En revanche, je crois que tu as raison d’insister sur les salauds déguisés en anti-impérialistes. Parce que, remarque bien, face à la crise et face aux luttes, les classes dominantes n’ont pas d’idéologie toute prête à diffuser. Ils ne peuvent que constater la faillite de l’ancienne. Pas d’idéologie toute prête, sauf une, celle que tu pointes: “la haine sous couvert d’anti-impérialisme”.
Allez, courage. Les mauvais jours finiront.
je suis bien d’accord et je ne sais où mais dans un texte récent j’ai souligné le rôle des luttes pour l’apprentissage, et ce qui s’est passé en Amérique latine, en Guadeloupe prouve que quand on se bat réellement on ne se divise pas, mais on divise les ennemis.
mais j’ai découvert avec stupéfaction des sites qui sont en fait dirigés par des gens d’extrême droite et qui ne servent qu’à diviluguer la haine interne. Il y a des gens que j’ai même soutenu quand ils étaient accusés qui s’avèrent bel et bien proches de ces gens là..; Honnêtement les horreurs obsessionnelles que j’ai lu m’ont donné envie de ne plus me mêler à de tels combats immondes..; je crois que c’est voulu. Il y a des sites apparement plus “normaux” qui en fait divulguent les mêmes choses comme novopress… et d’autres. J’ai l’impression de la même lèpre que celle qui existait sous Hitler.
Je le dis comme je le pense je suis trés pessimiste sur la lutte de ces pauvres palestiniens, ils ont réussi à les diviser entre eux, et ceux qui sont sensés se battre avec eux ne portent le plus souvent que la haine raciale. je me dis que si Fidel dirigeait une telle lutte il aurait réussi à la fois à unir son peuple et empêcher cette lèpre raciste de ronger ceux qui les soutiennent. Il faudrait absolument que les Palestiniens arrivent à avoir un dirigeant de ce type, un politique, un vrai..
Pour revenir aux guadeloupéens et même aux Martiniquais j’ai le sentiment qu’ils ont trouvé des leaders capables d’accomplir cela.
danielle bleitrach
Oui. J’irai peut-être un peu plus loin. Ce n’est pas seulement une question de leaders, mais d’idéologie. L’idéologie qui dérive aussi facilement vers le racisme, c’est le nationalisme (ce qui inclut le sionisme, nationalisme juif). Arafat était laïc, mais c’était un nationaliste. Compare avec l’internationalisme de Castro et Chavez.
Le correspondant de ce nationalisme chez nous, c’est cette espèce de communautarisme victimaire à la Dieudonné.
Il faut que nous fassions attention (et tu le fais particulièrement bien, Danielle) à toujours raccrocher l’anti-impérialisme à l’internationalisme. Un mouvement de libération nationale peut très bien être anti-impérialiste et être animé par une idéologie purement nationaliste, et les opprimés peuvent très vite devenir des oppresseurs.
Pour être franchement iconoclaste avec l’anti-impérialisme de beaucoup d’intellectuels, je dirai par exemple que dans les réticences que le PCF a eues à l’égard du FLN pendant la guerre d’Algérie, il y avait aussi de bonnes raisons. Tu nous en diras peut-être plus après ton voyage en Algérie…