Violences en Guadeloupe : Elie Domota s’exprime

Interview du porte-parole du LKP, le collectif à l’initiative de la grève générale

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Cette semaine, la grève générale entamée le mois dernier en Guadeloupe a pris une tournure dramatique. Chaque nuit, des groupes de jeunes érigent des barricades et affrontent les forces de l’ordre. Lundi, des manifestants ont été passés à tabac par des CRS. Et un syndicaliste, Jacques Bino, a été tué par un tir provenant d’un barrage, mardi soir. Pendant ce temps, les négociations entre le LKP (Liyannaj kont pwofitasyon : Collectif contre l’exploitation outrancière), le patronat et l’Etat français sont au point mort. Elie Domota, porte-parole du LKP, livre à Afrik.com son point de vue sur les événements.


mercredi 18 février 2009, par Franck Salin        
La grève générale contre la vie chère qui sévit en Guadeloupe depuis le 20 janvier avait commencé dans le calme, le LKP veillant à ce que les nombreuses marches organisées dans l’île se déroulent sans incident. Depuis le 8 février, les négociations entre les grévistes, le patronat et l’Etat sont suspendues. Le LKP reproche au secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, Yves Jégo, d’être revenu sur les accords qu’il avait entérinés – et en particulier sur celui concernant une augmentation de 200 euros sur les bas salaires. Lundi, le LKP a décidé de franchir une étape dans la contestation en érigeant des barrages routiers. Parallèlement, des groupes de jeunes incontrôlés affrontent sporadiquement les forces de l’ordre. Après qu’un syndicaliste a été tué par balles, hier soir, aux abords d’une barricade érigée par l’une de ces bandes de jeunes, la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a décidé l’envoi de quatre escadrons de gendarmerie supplémentaires sur l’île. Jeudi, Nicolas Sarkozy reçoit les parlementaires et présidents de collectivités locales de l’Outre-mer afin d’élaborer une sortie de crise. La protestation s’est étendue à la Martinique, la Réunion et la Guyane. En Guadeloupe, Elie Domota, secrétaire général du syndicat indépendantiste UGTG et porte-parole du LKP, est la figure emblématique du mouvement. Ce fils de charpentier de 42 ans, directeur adjoint de l’ANPE Guadeloupe, est engagé depuis de nombreuses années dans le combat syndical et observe avec gravité la tournure que prennent les événements.

Afrik.com : Depuis lundi, les scènes de violence se multiplient en Guadeloupe. Et hier soir, un syndicaliste a trouvé la mort à Pointe-à-Pitre. Quelle est votre réaction face à ces événements ?

-Elie Domota : J’éprouve d’abord de la tristesse, et beaucoup de colère. Car cela fait un mois que les Guadeloupéens sont dans la rue. Ni le patronat ni l’Etat n’ont réagi. Et maintenant qu’un homme a perdu la vie, les ministères de l’Intérieur et de l’Outre-mer essaient de réagir. Dans un autre département français, une solution aurait déjà été trouvée. Mais dans ce petit pays des DOM qu’est la Guadeloupe, il faut attendre que le sang coule pour que le gouvernement bouge.

Afrik.com : Jeudi, Nicolas Sarkozy reçoit les élus de l’Outre-mer à l’Elysée. Qu’espérez-vous de cette rencontre ?
-Elie Domota : Cette rencontre m’inspire le même sentiment de colère. Il a fallu attendre 30 jours et un mort pour que ça bouge ! Ils vont nous trouver de belles formules pour expliquer la situation, alors qu’il y a deux semaines nous avions trouvé un accord avec Yves Jégo. On nous ballade depuis un mois, donc maintenant on attend de voir ce qu’ils vont dire…

Afrik.com : Jusqu’à la semaine dernière, le LKP a manifesté en organisant des marches pacifiques. Pourquoi avez-vous décidé, cette semaine, de passer un cran au-dessus en installant des barrages routiers ? N’y avait-il pas d’autre solution que l’épreuve de force ?
-Elie Domota : Un mois de marche, ça ne s’est jamais vu. 100 000 personnes sont descendues dans les rues, le quart de la population guadeloupéenne. Mais puisque personne ne nous écoutait, nous avons décidé de barrer les rues. Alors, les manifestants ont été tabassés par les forces de l’ordre à coups de matraques et de « sales nègres, on va vous casser la gueule ». C’est là que ça a mal tourné. La violence qui sévit depuis deux jours s’explique aussi par le mépris dont a fait preuve l’Etat. On avait trouvé un accord avec Yves Jégo, le 8 février, qui prévoyait un règlement du conflit entre les syndicats et les patrons avec la participation de l’Etat. Brusquement, M. Jégo est parti et il est revenu sur sa décision. Tout cela prouve que l’Etat français n’en a rien à foutre de la Guadeloupe.

Afrik.com : Jeudi dernier, vous avez déclaré que « si quelqu’un blesse un membre du LKP ou un manifestant guadeloupéen, il y aura des morts. » Cette déclaration a été interprétée comme une menace par certains, d’autant plus que l’UGTG, le syndicat dont vous êtes le secrétaire général, est souvent pointé du doigt pour la brutalité de ses méthodes.
-Elie Domota : Il faut replacer cette citation dans son contexte. Les patrons ont monté une milice pour tuer les syndicalistes. L’un d’entre eux a fait une annonce sur un média local dans laquelle il disait qu’il y avait un contrat sur ma tête et sur celle de Nomertin. Quant à l’UGTG, il vient de gagner les élections (prudhommales, ndlr) avec 52% des voix, il est très apprécié des travailleurs guadeloupéens. Donc nous savons bien d’où viennent ces commentaires… Ces derniers jours, on a déjà lancé beaucoup d’appels au calme, et nous avons toujours manifesté dans le calme. Mais l’Etat nous a trompés. L’Etat a refusé de respecter ses engagements. C’est pour ça que nous en sommes arrivés là.

Afrik.com : Est-ce qu’au delà des revendications sur la vie chère le LKP réfléchit à l’avenir politique et statutaire de la Guadeloupe ?
-Elie Domota : Pour l’instant, on travaille sur la situation sociale et la question des salaires. La situation actuelle est catastrophique. Il ne faut pas croire que juste un changement statutaire va changer les choses. Quoiqu’il en soit, ce sont les Guadeloupéens qui décideront des voies à suivre pour leur avenir.

Afrik.com : Une question personnelle pour conclure. Vous avez réussi socialement. Vous êtes directeur adjoint de l’ANPE Guadeloupe. Pourquoi vous êtes-vous engagé avec le LKP dans ce combat contre « l’exploitation outrancière » ?
Elie Domota : Pour aider ceux qui n’ont pas de travail. Je sais d’où je viens. Et ceux qui sont comme moi ont peu de chances d’accéder à de hautes fonctions. Dans ce petit pays, quand on consulte les organigrammes, on se rend compte que c’est presqu’impossible. Donc il est nécessaire que les Guadeloupéens soient un peu plus propriétaires et un peu moins locataires dans leur pays.

7 Réponses vers “Violences en Guadeloupe : Elie Domota s’exprime”


  1. 1 brie 20 février 2009 à 6:09

    BONJOUR DOMOTA JE SUIS DE VOTRE COTER ET TOUT SEQUE VOUS DISSIEZ C ES VRAI J VOUS CROIS ET JE VOUS SUTIEN TOUS la guadeloupesé tan nou la guadeloupe sé pa t yo yo pé ké fè sa yo vlè adan péyi an nou

  2. 2 naomie 20 février 2009 à 11:58

    Bravo M.DOMOTA grace à vous nous avons un espoir. Merci au LKP de nous avoir ouvert les yeux. Je vous soutiendrai tout le temps.

  3. 3 éric 21 février 2009 à 12:00

    Félicitations au LKP pour son action ainsi qu’à son porte parole qui est brillant. Bonne continuation.

  4. 4 William SEBASTIEN 21 février 2009 à 7:01

    >
    >
    > Objet : Lettre ouverte à Monsieur Domota

    >
    > Merci Monsieur Domota, de nous avoir ouvert les yeux …
    >

    > Vous avez su nous faire la démonstration des ravages que peuvent faire le fanatisme dans un pays.
    >

    > Vous connaissez les faiblesses de notre pays et vous saviez bien qu’il existe en Guadeloupe une forte proportion de jeunes délinquants et illettrés pour qui vous n’avez jamais rien entrepris .
    >

    > Pourtant vous avez su vous servir d’eux !!
    >

    > En diabolisant les Békés, en direct sur les médias avec vos amis journalistes, en faisant croire à ces jeunes que tous leurs maux venaient de ces fameux Békés, votre tactique a été parfaite « Commandant Domota ».
    >

    > Il vous a fallu quatre semaines pour fanatiser une jeunesse désœuvrée, avec vos appels à la haine raciale qui ont été légitimés par les médias dont la quasi-totalité vous ont donné raison.

    > Vous avez choisi la bonne période en choisissant celle du Carnaval : Vous ne vous êtes pas trompé car c’est bien pendant cette période que se déversent dans les rues les soupapes de sécurité d’une jeunesse désespérée.
    >

    > Que cherchiez vous ?
    >

    > Nous ne pouvons pas croire que dans une période de crise sociale telle que celle que traverse le monde aujourd’hui, vous cherchiez à donner vraiment …….. 200 Euros de plus à ceux qui travaillent déjà, c’est-à-dire à 80000 personnes sur les 420000 que comptent notre pays .
    >

    > Les délinquants de la rue , dont vous « déclinez toute responsabilité » ne vous intéressent pas ?

    > Oui Monsieur Domota, ils vous intéressent, vous en avez besoin pour arriver à vos fins !

    > Vous les avez armés, vous les avez commandités , pendant vos réunions du soir, et vous les avez lâchés tels des fauves sur les barrages…

    > Ils étaient enfin devenus utiles, de plus ils passaient sur les médias nationaux avec leur masques !

    > Bravo monsieur Domota, vous leur avez laissé croire, l’espace d’un instant, qu’ils étaient devenus des héros !!

    > Vous vouliez d’un martyr tué par les forces colonialistes, le malheur vous frappe, car ce sont vos « bras armés » qui l’ont assassiné !!

    > Vous avez fait assassiné un de nos frères, vous porterez sa mort sur la conscience.

    > Vous aviez déjà du mal à vivre avec vos origines, vous aurez maintenant du mal à vivre avec votre futur .

    > En voulant imposer votre dictat de 200 Euros, vous avez fait la preuve de votre mal être , car nous savons bien que tous les dictateurs qui ont sévit dans le monde étaient tous des malades .

    > Il faut donc Monsieur Domota soigner votre maladie, et je me permets de vous donner une « ordonnance » que vous pourrez transmettre à tous ceux qui comme vous ne savent pas qui ils sont :
    >

    > – Il faut regarder son histoire et l’accepter , car personne ne pourra rien y changer. Il faut accepter que notre peuple Antillais est un peuple nouveau, né d’un épisode dramatique de l’histoire. Un peuple qui a eu le mérite d’assimiler des années de civilisation en si peu de temps.

    > – Nos ancêtres Africains, ont capturés leurs frères de race et les ont vendus à des marchands Nantais et Bordelais.

    > – Nos ancêtres colons les ont achetés , car ils étaient très importants pour eux pour l’avenir des îles.

    > – Ceci est un constat, mais aussi un crime contre l’Humanité. De quel côté vous sentez vous le plus proche Monsieur Domota : Celui qui les a capturé ou de celui qui les a vendu ? Moi je ne me reconnais ni dans l’un , ni dans l’autre, car j’ai déjà accompli mon devoir de mémoire. Aujourd’hui, j’en ai fini avec le passé. Je me sens le fruit de l’union de la souffrance et de l’amour. Le peuple Antillais est physiquement beau, riche par sa culture , par son accueil , mais semble s’acharner à vouloir s’engluer dans une boue de rancœurs . Cette boue est entretenue par la culpabilité de ceux qui n’ont jamais rien fait pour ce pays , qui ne vivent pas ici, ou qui ne sont pas d’ici, tel que Lilian Thuram, Métropolitain d’origine Guadeloupéenne, Thierry Fendéré, Guadeloupéen d’adoption né en Afrique, mais de cette boue chacun d’entre nous doit s’en extraire..
    >

    > Lorsque vous aurez digéré vos origines , vous pourrez entrevoir l’avenir et commencer à construire.

    > Tant que vous ne l’aurez pas fait vous serez dans une logique de destruction .

    > C’est la raison pour laquelle vous avez commencé à faire détruire tous les commerces de nous autres Guadeloupéens, alors que vous vouliez nous faire croire que 90% de l’activité économique locale, appartenait à des Békés.

    > Vous les avez bien manipulé vos « bras armés ».

    > Mais oui Monsieur Domota vous vous êtes trompés, car nos commerces brûlent et son pillés pas vos milices, car le Békés ne détiennent plus l’économie, comme vous voulez le faire croire.

    > L’histoire de notre pays continue , et nous devons y participer !!

    > Nous aussi Patrons Antillais faisons aujourd’hui partie du tissus économique de notre pays, et c’est avec tous les entrepreneurs, de ce pays que nous construirons le modèle de société que nous voulons pour nos enfants .

    > Il faut dire la vérité Monsieur Domota, c’est à partir d’une situation établie, validée et constatée que l’on doit se baser pour construire un idéal pour une jeunesse qui ne cesse d’espérer, et non sur des clichés et des idées reçues d’un autre temps.

    > J’ai le regret de vous dire que ce n’est pas avec vous que nous construirons la Guadeloupe !

    > Il est temps de retirer masques et de voir la réalité en face .

    > Guadeloupéens arrêtons le massacre, retournons au travail et laissons la justice condamner les assassins .

    >
    > Patrick Coco.

    >
    > PS : Sur les 800000 salariés pour lesquels vous vous êtes soit disant battus, Combien de « Clients » aller vous récupérer à L’ANPE

  5. 5 organika 23 février 2009 à 2:23

    Voici se qu’on pouvait lire dans l’Encyclopédie Alpha (volume 8 ) aux éditions Erasme (Belgique), Grange Batelière (France) et Kister Sa (Suisse), version 1970:

    “… L’économie est restée de type “colonial”, caractérisée par un déséquilibre chronique de la balance commerciale: les exportations se font uniquement en direction des pays de la zone franc. Composées uniquement de bananes et des dérivés de la canne à sucre, elles n’ont pas varié depuis 1948. La canne à sucre est presque une monoculture à Grande terre et à Marie-Galante. La deuxième culture est la banane, qui a remplacé le café et le cacaoyer après le cyclone de 1928. Ce déséquilibre de la production se double d’un malaise agraire: face à quelques grosses exploitations, souvent groupées autour d’une usine à sucre, existe une multitude de très petites propriétés…

    L’industrialisation est pratiquement nulle en Guadeloupe, si l’on excepte les usines à sucre, les distilleries et les petites entreprises de bâtiment ou de transport. Le problème de l’emploi, de l’éducation et de la formation professionnelle est ici très aigu; accompagné d’un sentiment d’isolement par rapport à la métropole, il contribue à expliquer les troubles sociaux qui ont éclaté en mai 1967.

    …”

    La situation a t’elle vraiment changé?

  6. 6 éric 25 février 2009 à 12:52

    Bravo M.DOMOTA pour tout ce que vous faites pour nous ouvrir les yeux, il y a tellement de profitations et cela dans tous les domaines. Vous donnez de l’espoir et ça c’est magnifique.

    M.SEBASTIEN vous parlez de crime contre l’humanité et que pensez vous du syndicaliste qui a été abattu (il travaillait appremment sur un dossier sensible concernant les grosses sociétés qui ne payent pas d’impôt), pas un mot de condoléances n’est sorti de la bouche de vos chers collegues malgré la perche qui leur a été tendue à plusieurs reprises sur une télé privé?

    Arretez de mettre toute la responsabilité de la durée de cette grève sur le dos du LKP, si vous et vos collegues aviez accepté de discuté au lieu de jouer le pourrissement on n’en serait pas là, c’est votre responsabilité. Pourquoi vous ne voulez pas augmenter les salaires?
    Vous êtes un patron antillais vous pensez qu’avec les petits salaires que vous donnez on peut vivre décemment ici? Arrettez de tout mettre sur le dos de M.DOMOTA, soyez honnete avec vous même et demandez vous si le combat est juste ou pas?

  7. 7 Shan Djyt 7 mars 2009 à 5:46

    Quand on touche aux intérêts mafieux l’on évoque l’ordre républicain tout en oubliant que le patronat local a défié cet ordre.
    Nous sommes partis pour un lynchage médiatique haut de gamme contre le LKP, un David contre Goliath. Les foundamentalistes du PROFIT: le PATRONAT mettra tout en oeuvre pour diaboliser les exploités.
    Entre temps le net sert aux talibès du profit à renoircir le combat des exploités.
    Les Antilles ont decidé de se réveiller, de se faire entendre malheureusement ceux qui sont censés(patronat et amis) leur prèter une oreille attentive, joue avec le facteur temps.


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