Ce week end je vais tenter de vous exposer, comme nous le faisons dans ce blog, une mise en perspective dans le temps d’un lieu de rébellion. Nous connaissons mal les Antilles, nous ignorons à quel point la Guadeloupe a toujours été un foyer de lutte intense, le rôle des communistes. Le Parti communiste Guadeloupéen qui a récemment tenu son congrès et s’était prononcé pour un Front large est totalement partie prenante du mouvement social. Son secrétaire général a expliqué à cette occasion sa stratégie que nous publions ici.
De surcroît pour que l’on comprenne les racines de ce parti et sa position nous faisons à la suite de sa prise de position actuelle
1- un bref historique
2-Une de ses militantes historiques, la première femme avocate et députée Gerty Archimède, communiste et féministe.
GUADELOUPE. Pointe-à-Pitre. vendredi 13 février 2009. (Caribcreole.com) – Le Parti Communiste Guadeloupéen (PCG) ne s’était pas encore exprimé sur le puissant mouvement social déclenché par «Lyannaj Kont Pwofitasyon». Il faut toutefois rappeler que Félix Flémin, l’actuel secrétaire général du PCG, est aussi l’un des membres éminents du LKP. La déclaration que CC1 publie ci-dessous est l’analyse que fait le PCG de la situation actuelle.
«La situation socio-économique à l’origine du puissant mouvement social qui paralyse la Guadeloupe ne relève ni du hasard, ni d’un malentendu, encore moins d’un accident de l’histoire.
Il s’agit de l’accélération brutale de la crise structurelle qui mine le pays depuis déjà bien longtemps, sous la conjonction de deux phénomènes : La mise en œuvre de la politique capitaliste anti-sociale et anti-démocratique agressive du gouvernement français d’une part, et l’explosion de la crise du système capitaliste mondialisé, d’autre part.
La réalité objective de la crise structurelle de la société guadeloupéenne a été mise en évidence depuis 1958 dans la résolution constitutive du Parti Communiste Guadeloupéen. Son évolution constamment étudiée et vulgarisée, de même que les voies pour en sortir : La lutte des masses au grand jour et l’unité des forces anti-colonialistes et anti-capitalistes.
La déclaration du Comité Central du 11 mai 1999 : «La Guadeloupe avance vers une déflagration» appelant à paralyser le système qui, à l’époque, a «tétanisé» les forces politiques et sociales a été un jalon important dans l’éveil des consciences et a contribué à faire naître le mouvement d’aujourd’hui.
Dix ans après, suite aux différentes actions, luttes et réflexions menées par les forces sociales, les associations culturelles et de défense, les partis politiques, ensemble ou séparés, le processus de développement socio-historique de notre pays est arrivé à cette étape : La paralysie du système de domination coloniale.
Pour sortir de cette paralysie annoncée en 1999 et réelle aujourd’hui, nous avons deux nouvelles étapes à franchir.
La première est la sortie victorieuse de la bataille menée avec détermination par les masses populaires sous la direction de «Liyannaj Kont Pwofitasyon» contre toutes les « pwofitasyon » et toutes les discriminations dans notre pays.
Contrairement à ce que disent le Secrétaire d’Etat et le Président du Medef, nous ne sommes pas tous responsables de cette situation de déclin économique, de la flambée des prix, du chômage, de la misère sociale et morale qui frappent des milliers de Guadeloupéens.
Les responsables que sont l’Etat colonial français, les capitalistes parasitaires de France, de Martinique et de Guadeloupe, les élus guadeloupéens assimilationnistes et intégrationnistes doivent répondre sans atermoiement aux revendications des salariés et des citoyens, contenues dans la plate-forme du LKP.
Le Collectif «LKP» qui a déjà remporté une grande victoire morale sur tous ces décideurs, qui avaient pris l’habitude de regarder les travailleurs et le peuple guadeloupéen pour moins que rien, a le mérite de montrer au monde et aux Guadeloupéens eux-mêmes qu’il y a une autre Guadeloupe de compétence, de courage, d’intelligence, de solidarité et d’honnêteté qui émerge de la faillite du système.
La deuxième est la conquête d’un pouvoir politique guadeloupéen. L’incapacité ou le refus de l’Etat colonial et des patrons capitalistes, l’impuissance des assemblées locales majeures à apporter des réponses concrètes et fiables aux revendications du peuple ont conduit à la paralysie du système. Cela indique clairement que :
• C’est la faillite de la gouvernance politique tricéphale basée sur le mensonge, le vèglaj, la communication aliénante.
• C’est la faillite du système de l’assistanat économique sur lequel s’est développé un capitalisme parasitaire.
• Les contradictions entre les intérêts des travailleurs et du peuple guadeloupéen d’une part et ceux des capitalistes français, martiniquais et guadeloupéens d’autre part sont arrivées à maturité. Il faut les résoudre en faveur du peuple.
Le mouvement enclenché par le «LKP » place les forces politiques qui luttent contre la domination coloniale et l’exploitation capitaliste face à leurs responsabilités.
Ce mouvement fait la démonstration que dans la vie, c’est l’unité d’action sur la base d’objectifs démocratiquement arrêtés qui ouvre la voie du possible.
Le Parti Communiste Guadeloupéen qui, à son XIè congrès des 9 et 10 février 2008, a appelé à la construction d’un Front Patriotique pour un Etat Autonome de Guadeloupe, invite toutes les forces politiques, sociales et culturelles, toutes les personnalités guadeloupéennes, engagées dans le combat pour l’émancipation de la Guadeloupe, à poursuivre le mouvement du «Liyannaj » sur le terrain politique.
C’est la voie pour que le combat exemplaire mené par le peuple guadeloupéen en confrontation directe avec le système colonialiste et capitaliste français, ne soit pas sans lendemain.»
1° La départementalisation
Un des premiers combats du PCF de Guadeloupe a été la départementalisation. Conduit par Rosa Girard, Gerty Archimède (1)ou Ibéné (ancien maire de Ste Anne) avec des ouvriers-intellectuels comme Boissel, Ste Luce ou Songeons, le PC se fixe pour objectif premier l’assimilation. Il s’agit que les mêmes lois s’appliquent aussi bien en métropole qu’en Guadeloupe, pour en finir avec le système inégalitaire colonial. En 1946, la départementalisation devient effective mais 10 ans après, les espoirs d’égalité ont été déçus : les lois votées en métropole ne sont pas appliquées automatiquement en Guadeloupe : il faut pour cela un décret spécial. Les luttes menées par le PCF de Guadeloupe s’intensifient.
2° Nouvelle ligne : L’autonomie
Les 28 et 29 mars 1958 le PCF de Guadeloupe tient un congrès qui va changer la ligne du parti : puisque les décisions prises pour la France en métropole ne s’appliquent toujours pas en Guadeloupe, et ce au détriment de l’économie locale et des libertés, on décide alors qu’il faut gérer les affaires importantes de l’archipel directement en Guadeloupe (l’école, la gestion de la terre, les questions économiques, etc.).
3° Le GONG, 1ers pas vers l’indépendance
La naissance du GONG, le premier mouvement ouvertement indépendantiste guadeloupéen, nait d’une scission au sein du PCG. Il faut se replacer dans le contexte de l’époque avec la révolution cubaine, l’indépendance des îles anglophones de la Caraïbe, la guerre du Vietnam,etc. Considérant que l’autonomie prônée désormais par le PCG ne va pas assez loin, des syndicalistes et des intellectuels de ce parti réclament dès 1966 l’indépendance pure et simple. Leur position est avant-gardiste dans le sens où elle n’a pas encore de soutien populaire. La tension entre le PCG et la nouvelle tendance autoproclamée « La liberté » est très dure. Cette dernière prend vite la forme d’une organisation radicale, le GONG (Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe) qui prône le boycott des élections notamment, et une action radicale contre l’Etat français. le GONG (Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe), qui deviendra, en 1978, l’UPLG (Union populaire pour la Libération de la Guadeloupe) et enfin Le Mouvement Guadeloupéen qui sera rejoint par le KLNG (Kombat de libération nationale de la Guadeloupe).
En 1964, le Parti communiste guadeloupéen adopte également une ligne indépendantiste.
A propos le non au référendum à la Constitution européenne est sorti gagnant à 72,98 % alors que chacun vantait les bienfaits et la manne que l’Europe apportait aux Antilles…
3) Gerty Archimède (Gerty, Marie, Bernadette Archimède) est une femme politique française, née le 26 avril 1909 à Morne-à-l’Eau (Guadeloupe), décédée dans la même commune le 15 avril 1980.
Avocate guadeloupéenne, aînée d’une famille de cinq enfants, elle fut la première femme inscrite au barreau de la Guadeloupe en 1939.[1]
Elle mène une active carrière politique. En 1945, elle est élue conseillère générale sur la liste d’entente prolétarienne Social Communiste avant de élue députée de la Guadeloupe, membre du groupe du PCF du 10 novembre 1946 au 17 avril 1951[2] et d’être la première femme député de Guadeloupe. En 1948, elle adhère au Parti Communiste Français, qui la désigne pour le représenter dans de nombreuses conférences à travers le monde.
En 1952, elle réintègre le barreau de la Guadeloupe, puis est élue en 1953 adjointe au maire Chauferein de Basse-Terre, tout en continuant ses activités d’avocate, avant de le remplacer jusqu’en 1956.[1]
Militante féministe, elle crée en Guadeloupe une fédération de l’Union des Femmes Françaises (proche du PCF) pour soutenir ses efforts pour obtenir l’application de la sécurité sociale et du droit à la retraite pour les femmes de Guadeloupe. Elle contribue activement à la transformation de la fédération UFF en Union des Femmes guadeloupéennes.
Pas de prison pour le vent

Héros de l’Histoire, Gerty Archimède est aussi une héroïne de théâtre. La pièce d’Alain Foix, Pas de prison pour le vent, met en scène sa rencontre avec une autre grande femme militante noire: Angela Davis !
À cette époque (dans les années 1970), Angela Davis, de passage en Guadeloupe après un voyage à Cuba se fit confisquer son passeport et ses livres par un douanier français. C’est cet événement qui entraîna la rencontre de ces deux très grandes dames :
Maitre Archimède était une grande femme à la peau sombre, aux yeux vifs et au courage indomptable. Je n’oublierai jamais notre première rencontre. Je sentais que j’étais en présence d’une très grande dame. Pas un instant je ne doutais qu’elle allait nous sortir de notre mauvaise posture. Mais j’étais tellement impressionnée par sa personnalité, le respect qu’elle attirait que, pendant un certain temps, notre problème parut secondaire. Si je n’avais écouté que mes désirs, je serais restée sur l’île pour tout apprendre de cette femme. Les jours suivants, elle négocia opiniâtrement avec les douaniers, la police, les juges. Nous apprîmes qu’il existait une loi qui pouvait être légitimement invoquée pour nous envoyer en prison pour un bout de temps…Les colonialistes nous autorisaient à quitter l’île à condition que les Portoricains abandonnent leurs livres (extrait de l’autobiographie d’Angela Davis)

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