La lutte idéologique et l’économie socialiste de marché
Erwin Marquit
traduit de l’anglais par Marc Harpon pour Changement de Société
Dans un article du numéro de Juillet 2007 de Political Affairs [ndt publication du CPUSA], « La lutte des classes dans une économie socialiste de marché », j’ai essayé d’illustrer les différentes formes de lutte des classes qui se développent dans une économie mixte orientée vers le socialisme avec une solide composante capitaliste.
Je l’ai écrit parce que le Parti Communiste Chinois (PCC) sous la direction de Hu Jintao tient que des relations sociales harmonieuses peuvent être maintenues tandis que la Chine persévère dans le stade actuel de son développement économique. La théorie marxiste, d’un autre côté, a toujours souligné que le conflit d’intérêt entre le capital et le travail peut uniquement être éliminé avec l’abolition des relations de production capitalistes.
Mon article visait à résoudre cette apparente contradiction. J’ai avancé que si les intérêts de classe qui dominent l’Etat sont ceux de la classe ouvrière, alors le mouvement syndical peut utiliser le levier de l’Etat pour exiger que le secteur capitaliste accepte les niveaux de salaires et les conditions de travaial appropriées au niveau de développement économique. Dans cette situation, le but de Hu Jintao, le développement harmonieux- c’est-à-dire le développement sans confli ouvert entre le capital et le travail- est une possibilité.
Ce but, toutefois, ne peut être confondu avec la réalité actuelle des relations de classes en Chine. En fait, la réalité actuelle est beaucoup plus complexe.
Le développement de la Chine continue à être précipité. Le niveau de vie moyen avance à une vitesse qui le fait doubler tous les quinze ans, bien que de façon inégale parmi les différents segments de la population. Bien que certains problèmes continuent à se maintenir, l’éducation primaire universelle est une réalité, les familles les plus pauvres étant exemptées du paiement des frais de scolarité ; l’éducation secondaire universelle est maintenant l’objectif immédiat, et le nombre d’étudiants des universités continue de croître.
D’ici à 2010, la population entière devrait être couverte par l’assurance maladie, assurant de vrais soins médicaux fournis par de vrais docteurs avec des diplômes médicaux, ce qui contraste avec le bas niveau de soins offert par le passé. La construction de maisons se poursuit à une échelle sans précédent. En 2007, le revenu des paysans, qui avait lourdement traîné derrière les revenus urbains, a augmenté plus vite que ceux-ci. Durant un voyage de deux jours en Chine en juin dernier, qui a couvert également les territoires des minorités dans la Province de Yunnan (à la frontière du Tibet), j’ai été frappé par l’absence de sans abris et de cette pauvreté terrible que j’ai rencontrée lors d’un récent voyage en Inde.
En dépit de buts et de succès aussi louables, la privatisation de plus en plus large de l’industrie et l’accent mis sur l’activité entrepreneuriale, qui accompagnent toutes deux le changement en faveur d’une économie de marché, ont causé des inégalités sociales dramatiques et mal anticipées. Rapportant à peine les développements positifs en Chine, le New York Times rapporte presque quotidiennement des cas d’abus contre les travailleurs, d’accidents industriels, de pollution de l’air, des sols et de l’eau et d’autres calamités. Ces événements impliquent, dans beaucoup d’exemples, des violations des lois nationales sur les droits des travailleurs, la santé au travail et la protection de l’environnement.
Comment de telles situations peuvent-elles exister dans un Etat mené par un parti Communiste? Comment est-ce possible alors que la Constitution chinoise déclare que la Chine est «un Etat socialiste sous la dictature démocratique de la classe ouvrière et fondé sur l’allliance des ouvriers et des paysans »?
D’abord, nous devons nous souvenir que la Chine est toujours un pays relativement sous-développé, dans lequel les populations locales et régionales doivent avoir une autonomie considérable pour fournir l’infrastructure nécessaire pour maintenir son rythme rapide de développement économique. Avec l’étendue du territoire chinois, dont la majeure partie manque d’infrastructures adéquates d’accumulation et de traitement des données diverses et d’intervenetion économique, le gouvernement national est incapable de consacrer les ressources nécessaires pour surveiller et contrôler suffisamment la mise en oeuvre des lois nationales. Il doit se fier au souvent peu fiable niveau de développement des autorités locales, soucieuses de montrer une performance économique impressionnante. La corruption universellement associée au sous-développement vient s’ajouter aux difficultés.
Comme cela a été démontré à son dix-septième Congrès en octobre, le PCC est engagé, sous sa direction actuelle, dans la réalisation du but de long-terme du développement socialiste, conservant au sein du secteur d’Etat les éléments clés de son économie, dans le but de contrôler la direction générale du développement. En effet, en dépit des objections des Etats-Unis et de l’Organisation Mondiale du Commerce, les capitaux étrangers ou non sont exclus de l’investissement dans un large nombre de branches de l’économie.
En dépit de ces restrictions, les investissements capitalistes étrangers ou non rendent compte de 70% à 90% de la production industrielle chinoise, qui a rendu possible le rythme rapide de développement du pays. Les dirigeants politiques chinois considèrent qu’il est nécessaire de maintenir le ryhtme élevé actuel du développement. La croissance de sa capacité productive sert comme base pour une meilleure satisfaction des besoins du peuple.
Le rythme élevé du développement est en train de conduire à une expansion comparable du marché intérieur, qui, à son tour, continue à attirer des investissements de capitaux étrangers ou non, ainsi que les dernières technologies, dans des entreprises à risques partagés, dans le secteur capitaliste et le secteur d’Etat. L’augmentation de la productivité de la force de travail chinoise en tant qu’elle résulte de l’introduction des technologies modernes devrait nécessairement continuer à attirer les investissements de capital en Chine, malgré l’élévation du niveau des salaires.
Cette situation force le Parti et l’Etat à chercher un compromis entre les coûts environnementaux et sociaux du maintien d’un rythme de croissance rapide, et le besoin de développement économique.
Pour ces raisons, le Parti considère qu’il est nécessaire de maintenir un équilibre délicat entre le fait de défendre les intérêts de la classe ouvrière et celui de rendre possible le fonctionnement des secteurs capitalistes étrangers ou non dans une économie mondiale globalisée. C’est pourquoi le but d’harmonie sociale est haut placé dans les objectifs de la nation.
Ces tâches doivent être accomplies dans des conditions difficiles. La plupart des membres des syndicats chinois ne travaillent pas sous des conventions collectives négociées, comme celles qu’on s’attend à trouver dans des entreprises dotées de syndicats dans des pays capitalistes. Le changement est en train de commencer dans ce domaine, mais les syndicats à l’heure actuelle, pour autant qu’ils ont des structures organisationnelles dans les entreprises, fonctionnent largement comme des organisations de services sociaux sur le lieu de travail.
Lénine a caractérisé les syndicats comme l’école du communisme. En l’absence d’un mouvement syndical bien développé, il est difficile d’imaginer que les membres ouvriers du Parti Communiste puissent significativement contribuer à la stabilité de l’orientation de classe de la direction du Parti.
La présence d’un large secteur capitaliste ne peut pas ne pas être reflétée idéologiquement à travers l’intelligentsia du pays, dans le Parti comme dans l’Etat. La pression de la bourgeoisie pour des concessions avec ses intérêts matériels et idéologiques est omniprésente, comme l’est son appétit insatiable pour le profit capitaliste.
Les 5 et 6 novembre 2007, j’ai assisté à un séminaire d’économie intitulé « Le Capital de Marx et sa valeur contemporaine » à l’Institut du Parti à Shanghai du Parti Communiste Chinois. A part une douzaine à peu près d’universitaires étrangers, le séminaire était suivi par des professuers et des chercheurs de l’Institut du Parti, de l’Académie du Marxisme de l’Académie Chinoise des Sciences Sociales, de l’Université de la Finance et de l’Economie de Shanghaï et d’autres institutions académiques chinoises.
L’idée centrale de la plupart des articles chinois était une défense vigoureuse de la théorie de la valeur travail de Marx, dont même certains marxistes disent qu’elle ne s’applique plus, au vu du déclin du rôle de la manufacture dans les économies de marché. Bien que la plupart des articles aient dispensé de la théorie marxiste de haut niveau, j’ai été surpris par certaines des vues exprimées, telles que l’attaque selon laquelle les capitalistes créent aussi de la valeur ou celle qui veut que le capital, sous « le socialisme avec les caractéristiques chinoises », n’exploite pas le travail.
Plus surprenante encore a été pour moi une conférence dans laquelle un professeur d’économie affirmait que les économistes néolibéraux pro-occidentaux dominaient les départements d’économie dans les universités chinoises. Il a dit que dans le but de construire la liste de ses publications de façon à devenir professeur d’université, il a eu dans ses articles à cacher ses vues marxistes et à incorporer les méthodes mathématiques habituellement employées par les économistes occidentaux, même s’il abhorrait ces méthodes.
Pourquoi cet intérêt pour les méthodes mathématiques occidentales en économie?
Les économies de marché occidentales impliquent de nombreuses opérations mathématiques complexes. Les méthodes mathématiques ont été développées pour déterminer quand et où les investissements les plus profitables doivent être réalisés. Les méthodes mathématiques sont aussi utilisées pour diverses productions et décisions de marketting. Les écnonomistes des pays capitalistes ont développé ces méthodes mathématiques pour traiter de telles opérations.
Dans l’économie de marché orientée vers le socialisme de la Chine, les entreprises industrielles, commerciales et financières du secteur privé comme du secteur étatique, doivent aussi emprunter ces méthodes mathématiques de l’Occident (ou les développer de façon indépendante) dans le but d’être compétitives dans l’économie de marché mondiale. Ce n’est pas surprenant, donc, que les économistes chinois, à moins d’être solidement fidèles idéologiquement au socialisme, aient une forte propension à accepter l’idéologie bourgeoise livrée dans le même emballage que les méthodes économiques occidentales ainsi empruntées. L’accumulation du profit devient, en soi, un objectif de la vie, absorbant souvent et le corps et l’âme.
Durant la visite, et un précédent voyage d’étude de deux semaines à travers la Chine en Juin dernier, j’ai assisté à trois conférences avec des universitaires marxistes. Bien que l’enracinement théorique dans les fondamentaux de la théorie marxiste ait été à un niveau élevé parmi ces universitaires chinois, un nombre dérangeant d’entre eux manquaient d’une compréhension de la dynamique sociale de la formation d’une conscience socialiste dans la classse ouvrière.
Une telle conscience socialiste est nécessaire dans n’importe quel pays s’embarquant sur le chemin du socialisme. Ce manque est apparent. Un délégué en chef adjoint d’une unité académique du Comité Central du PCC a fait la remarque : « Pourquoi les travailleurs dans les entreprises étrangères ont-ils besoins de syndicats? Leurs salaires sont plus élevés,»
Le PCC est en train de supporter les conséquences de 35 ans passés à négliger la lutte idéologique pour soutenir une conscience socialiste dans la population, en particulier parmi ses intellectuels. Tandis que l’éducation marxiste a été maintenue dans les programmes scolaires, y compris au niveau de l’université, des étudiants m’ont dit que l’éducation marxiste était généralement limitée aux cours sur le marxisme, et largement ignorée dans les autres cours.
La nouvelle direction du PCC, sous Hu Jintao, est en train d’essayer d’insuffler un nouvel esprit socialiste dans le pays. C’est vraiment clair si l’on compare le contenu idéologique du récent discours de Hu Jintao au dix-septième Congrès du Parti avec le discours de son prédécesseur, Jiang Zemin, au seizième Congrès du Parti, qui considérait que sa principale contribution théorique au développement de la pensée marxiste en Chine résidait dans le principe des « Trois Assertions », qui sont : « vivre avec son temps, maintenir le caractère progressiste du parti, et exercer le pouvoir d’Etat dans l’intérêt du peuple, »
Pour donner une force nouvelle à la dissémination de la pensée marxiste en Chine, l’Académie du Marxisme a été crée à l’Académie Chinoise des Sciences Sociales en 2006. A l’initiative d’économistes marxistes en Chine, l’Association Mondiale pour l’Economie Politique [World Association for Political Economy] a également été fondée l’année dernière, et sert à élever le niveau des Universitaires Marxistes Chinois en économie à travers leur participation à des conférences internationales d’économistes marxistes.
Son premier Forum, à Shanghaï en avril 2006, a édité un manifeste s’achevant par ces mots : « Economistes Marxistes de tous les pays, unissez vous! ». Son second Forum, qui s’est tenu en ocotbre 2007, à l’Université Shimane au Japon, incluait plus de 40 universitaires chinois, près de la moitié de tous les participants. Le troisième Forum, « Le Marxisme et le développement scientifique », aura lieu les 24 et 25 Mai 2008, à Pékin, et le quatrième se déroulera probablement à Paris en 2009. L’Académie du marxisme a appelé les marxistes du monde entier à suggérer des travaux marxistes pour que la Chine les traduise.
Pour la première fois depuis le début en 1990 des réunions internationales annuelles de Partis Communistes et Ouvriers, la Chine a envoyé une délégation au meeting qui vient de se tenir à Minsk en novmebre 2007. La délégation a activement participé au déroulement de l’événement.
Le jour d’après la conférnece à laquelle j’ai assisté à l’Institut de Shanghaï du PCC, j’ai eu une conversation avec quatre étudiants engagés dans des curusus universitaires diplômants à l’Institut, dont deux étaient des membres du parti. Tous les quatre pensaient que la Chine conservera un parcours socialiste. Ils pensaient tous le plus grand bien de la direction de Hu Jintao. Quand je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de son prédécesseur, Jiang Zemin, ils ont répondu en me demandant de leur expliquer le sens des Trois Assertions!
Bien que Hu Jintao fasse du but de la société harmonieuse une caractéristique du développement du socialisme avec des caractéristiques chinoises, il est clair qu’une lutte idéologique vigoureuse devra être lancée dans le Parti et les organes de l’Etat pour créer les conditions de cette harmonie. Nous ne pouvons qu’espérer que l’issue de la lutte soit une réussite dans la perspective d’un futur socialiste.
Erwin Marquit est éditeur et contributeur de Political Affairs.
Repris de Political Affairs (CPUSA) par l’Australian Marxist Review, n°49, novembre 2008 [viendront bientôt d'autres traductions de ce numéro consacré à la Chine de l'Australian Marxist Review, ndt].


Apparement les intellectuels marxistes Chinois reprennent de l’importance et c’est trés bien ainsi,ceci explique pourquoi ,les médias occidentaux et leurs larbins inféodés ,sont anti chinois.Si la Chine allait vers un capitalisme pur elle ne recevrait que des louanges mais voila la chine est indépendante et ce sont les chinois qui controleront la politique économique ,ils ne seront jamais sous le talon de fer du capitlisme pur et dur.
Le socialisme et le capitalisme ne sont pas seulement des systèmes économiques, mais aussi des organisations politiques de la société. La question dont dépend toutes les autres est : quelle classe – ou quelles classes – exerce(nt) le pouvoir, et dans l’intérêt de qui s’exerce-t-il ? Peut-on dire que la classe ouvrière est au pouvoir en Chine ? Dans un article publié dans Etincelles, j’ai pu lire des exemples des conditions d’exploitation barbares, dignes du 19ème siècle, du prolétariat chinois. Pensons à l’impossibilté de leur droit à créer de vrais syndicats, à la destruction relative des services sociaux qui étaient assurés auparavant, aux conditions d’hygiène et de sécurité calamiteuses, à l’accueil d’investissements capitalistes étrangers, sans que rien soit prévu pour protéger réellement les travailleurs – investissement étranger précisément attiré en Chine par la possibilité d’une exploitation sans limite. Il est sûr que la classe ouvrière ne va pas d’elle-même à la rencontre de telles horreurs. Non seulement ce n’est pas le socialisme, mais cela n’arrive même pas au niveau des normes modernes dans les états impérialistes, où la classe ouvrière et les mouvements démocratiques ont en général été capables d’imposer certaines limites à la prédation capitaliste.
LE RAPPORT CLE DES RAPPORTS DE PRODUCTION
Une des plus importantes contributions théoriques de Marx et Engels fut leur théorie du matérialisme historique, qui explique la transformation sociale, le rôle de la lutte de classe, et particulièrement le rôle de la classe ouvrière moderne dans l’inévitable renversement du capitalisme dans la longue marche vers le communisme. En fin de compte, comme le montrent Marx et Engels, la classe qui domine les rapports de production devient celle qui détient le pouvoir d’Etat. Elle utilise alors ce pouvoir d’Etat pour avancer vers ses buts de classe et consolider sa domination sociale. Comme le signale le Manifeste communiste, « Chaque étape du développement de la bourgeoisie s’accompagne d’une avancée politique correspondante pour cette classe. » Le développement, l’extension et la consolidation des rapports de production capitalistes en Chine, rapports qui sont à présent dominants dans la société chinoise, ne peuvent avoir d’autre issue que la prise du pouvoir d’Etat par les capitalistes, quelle que soit la forme sous laquelle ce pouvoir s’exerce. Ce qui distingue le capitalisme chinois du développement historique capitaliste typique, c’est le rôle actif de l’état pour faire en sorte que ce développement serve les objectifs nationaux, étant donné que tant d’investissements capitalistes viennent de l’étranger. L’état chinois souhaite s’assurer que l’investissement étranger ne met pas en danger l’indépendance nationale. C’est son impact potentiellement négatif sur l’intérêt national de la Chine qui inquiète les dirigeants chinois. Ils ne s’inquiètent pas des conséquences sociales négatives, de l’impact du développement du capitalisme chinois sur la classe ouvrière et la paysannerie. Bien sûr, il nous faut nous demander quel est cet intérêt national qui exclut l’écrasante majorité du peuple. A l’évidence, l’intérêt national est défini par les dirigeants comme l’intérêt de la bourgeoisie chinoise, tout comme l’intérêt national est défini par les impérialistes comme l’intérêt de leur propre classe dirigeante.
LE PCC AU SERVICE DE LA BOURGEOISIE NATIONALE
Et ce n’est donc pas une idéologie socialiste qui guide le développement de la Chine aujourd’hui, mais une idéologie bourgeoise nationaliste qui voit que les intérêts de la bourgeoisie sont mieux servis par le développement capitaliste le plus rapide possible. Un développement qui doit être contrôlé afin de rester sûr. Non pas contrôlé au sens où l’on augmenterait et assurerait le bien- être de la classe ouvrière chinoise, mais au sens où l’on s’efforce d’empêcher un capital étranger plus puissant d’écraser la classe capitaliste chinoise encore faible. C’est aussi un développement « contrôlé » au sens où il essaie d’empêcher la classe ouvrière et la paysannerie de résister à leur exploitation sans merci. Le capital international a planté ses crocs dans la Chine, et se repaît de la chair de la classe ouvrière chinoise. Le caractère capitaliste du développement économique chinois est universellement salué par la bourgeoisie mondiale, dont l’instinct de classe est très sûr. Si seulement cela était aussi le cas dans les rangs des communistes !
Je ne pense pas que les pays occidentaux “saluent” le développement “capitaliste ” de la Chine.Quand AUX conditions terribles pour (surtout la paysannerie)cela est du à la pression impitoyable des multinationales et c’est à marche forcée (il n’y a pas le choix)que le peuple Chinois s’arachera au sous développement.
enfin comparer les conditions de vie du peuple chinois avec celui des pays développés n’est pas pertinent ,il faut comparer avec l’inde.
quand je dis que la Chine suit le bonne voie ,j’ai en vue le fait qu’aujourd’hui elle va adopter une politique de développement social alors que dans les pays capitalistes c’est aux riches qu’on fait des cadeaux.De plus je ne dis pas que tout est joué les marxistes chinois doivent se battre pour faire pencher la balance du bon coté.
Alain Eugène Victor je crois que tu oublies un détail important : le socialisme ne peut s’édifier sans que la base matérielle qui le rend possible (voir inévitable) ne soit construite. Cette base matérielle est celle sans laquelle la productivité du travail n’est pas assez importante pour que les tâches de direction ou de production culturelle ne soient pas séparées des autres : tant que la richesse crée par le travail ne dépasse pas un certain stade, les travailleurs ne sont pas en mesure de se soutenir lors d’activités moins productives, telles que la théorie, l’art ou la politique, il est nécessaire que ceux qui assument ces tâches soient d’une façon ou d’une autre, nourris de l’exploitation des autres. C’est ainsi qu’ENGELS (cf. la partie “économie politique” de l’Anti-Dürhing) pouvait estimer que l’étape historique de l’esclavage grec était inévitable, aussi condamnable et condamnée fût-elle aux yeux des utopistes.Autrement dit, il faut d’abord que le capitalisme (comme tout mode de production) ait produit les conditions de son propre dépassement pour qu’ensuite les stades supérieurs du socialisme soient possibles.C’est pourquoi, dans un pays largement sous-développé, aussi désagréable que cela soit, il peut être nécessaire de conserver des relations de type capitaliste, afin que celles-ci produisent les prémisses pratiques du socialisme pleinement accompli. C’est pourquoi, je pense, MARX pouvait écrire, dans le “Discours sur le libre-échange” (dans le volume “Economie I” en Bibliothèque de la Pléiade) : “c’est seulement dans un sens révolutionnaire [...] que je vote pour le libre-échange” (eh oui, MARX a écrit ça!!!!).Je ne le suivrai pas nécessairement sur ce point, du moins, pas pour tous les pays, puisque tous ne sont pas au même stade de développement des rapports bourgeois de production. Mais je tenais à montrer en quoi la stratégie chinoise était peut-être beaucoup moins irrationnelle qu’on veut le croire au vu des inévitables ratés qui accompagnent ses indéniables succès.
J’ai trouvé une version en ligne du “Discours sur le libre-échange”, dont ma réponse ne se veut pas une interprétation littérale. Elle s’enracine plus dans l’Anti-Dürhing que dans ce discours.
http://www.marxists.org/francais/marx/works/1848/01/km18480107.htm
Par ailleurs, ma prochaine traduction reviendra sur cette question du “socialisme de marché” à la chinoise, ce qui ne manquera pas de nourrir de prochains débats tout en relançant celui-ci. Une des choses que j’ai apprises en lisant Danielle Bleitrach, c’est précisément qu’il ne faut pas préjuger (à partir de prénotions inculquées par les médias) d’un pays avant de s’être correctement renseigné : la Chine est un pays immense et trop contrasté pour qu’on puisse trancher dans le vif, comme le fait chaque petit spécialiste de plateau télé, chaque militant Reporters Sans Frontière, au chaque téléspectateur du “journal” de TF1.
ALAIN EUGENE VICTOR semble se référer à un article d’une revue “Etincelles” (coordonnées ??) pour dépeindre une Chine apocalyptique, un véritable concentré de “goulag” et de “bagne de Cayenne”.
Et cela alors que AEV, dans une autre contribution, semble mettre tous ses espoirs révolutionnaires dans l’Amérique latine.
Je n’aurai pas la prétention de trancher la question. Mais pour ce qui est de la Chine, je suis vraiment fatigué d’entendre ces jugments hystériques et définitifs. AEG, après avoir lu cet article sinophobe de la revue Etincelles a-t-il pris la soin d’en vérifier la source, s’est-il documenté sur la situation réelle de la société et de l’économie chinoise ? Apparemment non. Apparemment il n’a jamais non plus eu l’occasion de poser un pied en Chine. Alors un peu de modestie svp!
Pour moi les grossiertés proférées anihilent toute possibilité de débat sérieux. Il est triste de voir des gens de gauche jouer les prolongations de la campagne anti JO de RSF et autres tibétologues. Je ne vais pas répéter l’évidence: la Chine est un pays en développement, ce n’est pas le paradis sur terre; c’est aussi un pays immense, marqué par une vieille culture (tiens, pourquoi les Chinois devraient-ils suivre en tout les canons de l’européocentrisme?). Nous Européens qui avons saccagé et humilié ce pays durant plus d’un siécle,ne devrions-nous pas faire preuve d’un tout petit peu de modestie?
Un simple rappel: la Chine est au 81eme rang dans le monde pour l’indice de développement humain; elle nourrit plus de 20% de la population mondiale en disposant de 7% des terres cultivables; elle a largement dépassé l’Inde (128e rang mondial pour l’indice de développement humain!) alors qu’en 1949 elle se trouvait derrière ce pays pour le PIB par habitant! Certes, depuis la politique du Gaige Kaifang, la Chine, qui n’avait pas d’autres ressources pour accéder au développement technique de pointe que de se “soumettre” en partie aux conditions posées par le monde capitaliste dominant, a dû accepter des compromis, opérer ce qui apparaît à première vue comme des sortes de replis stratégiques. Mais j’ai l’impression qu’elle l’a fait avec un sens stratégique fin et subtil, avec surtout un sens du concret dont nous aurions peut-être aussi intérêt à nous inspirer parfois, nous, les donneurs de leçons patentés.
Et puis, allez voir en Chine, allez voir ses villes où l’on ne voit pas un être humain dormir dehors, et vous réviserez peut-être un peu votre jugement. Le socialisme en chambre, c’est toujours très beau, mais les gens ont d’abord envie de vivre mieux, de pouvoir s’instruire,se soigner et, aussi, faire la fête.
Je reconnais néanmoins qu’une approche objective de la Chine est difficile pour nous, Français. Où se documenter ? Comment vérifier ses sources ? Comment discuter avec des Chinois si on ignore leur langue, leurs rituels de politesse, leur culture ? Il y a aussi l’écriture qui fait barrière, qui oblige le visiteur incapable de la déchiffrer à vivre dans une sorte de vase clos, loin de le vie foisonnante du pays. Alors voilà, quand on ne sais pas évitons d’imagner tout savoir…