“des jugements à l’emporte pièce sur la Chine” par Luoge

21-ceriumenfant-chinoisNe vous sentez pas offensée par le terme “jugements à l’emporte pièce”. Il était plutôt général et se réfère à la manière très commune dont on aborde la Chine ici en France.
Il se réfère aussi aux discours (j’utilise le pluriel sciemment !) du Dalai et de ses affidés proches, discours qui disent tout et son contraire et me semblent relever plutôt de techniques de communication que d’une réelle sincérité. Les fréquentations de ce personnage devraient aussi donner à réfléchir; je ne pense pas tant à ses amitiés nazies qu’à ses affinités et ses amitiés appuyées avec tout ce que l’Occident compte de plus néfaste, en particulier des personnages du cercle néo-conservateur américain dont on connait les exploits en matière de droits de l’homme et d’autodétermination des peuples. En ethnicisant tous les problèmes de la planète, en confondant questions sociales et questions religieuses, on va à la catastrophe, c’est-à-dire à la guerre. Il y a dans la propagande des dalaïstes une hargne antichinoise évidente; même si elle habillement enrobée de professions de foi onctueuses, elle alimente de fait une xénophobie que je me permettrai d’estimer alarmante.

Je n’ai pas très bien compris non plus par quoi et pourquoi on devrait “être déçu” en allant en Chine.

Evidemment, si on fait le voyage de la Chine comme un pélerinage, parce qu’on est convaincu par avance que tout y est plus lumineux qu’ailleurs, on risque d’être un peu déçu! Encore que! Et quand je dis “encore que!”, je pense à ces voyageurs assez communs en Occident qui recherchent ce qu’ils n’ont pas ou plus chez eux, qui courent après les mirages d’un exotisme qui est comme par hasard toujours de l’ordre du religieux ou se réfère inlassablement à des temps aujourd’hui révolus ( et qui ne justifient aucune nostalgie quand on sait ce qu’était pour le peuple le régime de la vieille Chine féodale). Si vous allez en Chine avec un “tour operator”, vous avalerez un nombre incalculable de ruelles pittoresques, de fresques bouddhistes, de temples taoïstes ou de montagnes sacrées. Je n’ai rien contre, dans la mesure ou ces touristes amateurs respectent leurs interlocuteurs chinois, prennent le temps de les écouter et évitent de leur donner des leçons sans prendre la peine de réfléchir et de se documenter. Si le voyage se passe en douceur, ces messieurs dames vont soudain “adorer” la Chine de leurs rêves. A la moindre anicroche – par exemple si un Chinois oppose une fin de non recevoir polie à une demande comminatoire de prise de position à propos de Tiananmen 89 ou d’un dissident quelconque, alors, là, on va sans plus décréter que la Chine est un pays où règne la terreur puisque sa police empêche la population de tenir le discours anticommuniste que l’on attendait d’elle !

A mon humble avis, dans ce contexte, déception ou euphorie n’ont absolument aucun sens.

En ce qui me concerne, il y a quelques années, je partageais bien des préjugés occidentaux sur la Chine. Par conformisme, bêtise, ignorance. Je n’éprouvais guère d’attirance pour cette culture mais, des circonstances parfaitement hasardeuses ont fait que je me suis mis à lire quelques vieux romans chinois (entre autre Au bord de l’eau). Il y a eu comme un effet de surprise puis l’envie m’a pris d’aller faire un petit tour en Chine. J’ai alors suivi les conseils de mon dentiste : préparer un tel voyage exige au minimum trois ans d’effort: lectures et apprentissage de la langue. Et puis me voilà parti pour deux semaines dans le cadre d’un voyage collectif. Je ne suis pas revenu euphorique mais ma curiosité pour ce peuple et sa culture s’était comme enflammée. Je suis même un peu tombé amoureux des pandas du Sichuan, pas des gros qui me parurent un peu lourdaux et rébarbatif, mais des petits – bruns, moins connus – qui semblaient se moquer joyeusement des touristes.

Je conviens que tout cela n’est pas forcément de l’ordre du rationnel, que l’affectif a pu contribuer à… je ne sais trop quoi!

Et puis, plus récemment, j’ai eu la précieuse occasion de vivre plusieurs mois dans une grande ville industrielle du Dongbai, au sein d’une famille chinoise, hebergé dans un minuscule logement. C’est justement dans ce contexte totalement opposé à l’exotisme touritique, près des usines, des fumées et des bruits de la métallurgie que j’ai fait la découverte de la Chine réelle, celle d’aujourd’hui, avec toutes les difficultés du quotidien, les problèmes liés au fait de devoir vivre nombreux dans de petits espaces mais aussi la joie de voir peu à peu la vie s’améliorer, de constater que les efforts immenses consentis ne s’avèrent pas vains. Et puis j’ai aussi constaté que, dans la mesure où l’on respecte les usages de la politesse chinoise, il règnait la-bas une surprenante liberté de parole, que personne ne se gênait pour s’en prendre à la corruption, aux injustices, aux inégalités. A peu près tout le contraire de ce que ne cessent de ressasser les médias dominants de chez nous.

Et bien non, je n’ai pas été déçu par la Chine; pas parce qu’elle serait un modèle ou un paradis; mais parce ce peuple a une extraordinaire avidité d’apprendre, d’agir, de construire, parce qu’il a une incroyable capacité d’écoute dans la mesure où… nous sommes aussi disposé à entendre avant de juger ou de donner des conseils…

Pour conclure qu’il me soit encore permis de dire que Danielle, qui n’est apparemment jamais allée en Chine, me semble avoir une perception globale infiniment plus lucide de ce pays que celle de maints journalistes qui prétendent nous “informer” depuis Beijing… Je lui ai peut-être appris une ou deux petites choses, un ou deux petits détails. Mais je suis époustouflé par sa capacité à penser globalement, à traiter avec tant d’humanité de tous les sujets qui préoccupent aujourd’hui le monde!

luoge

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