La radicalisation du processus latino-américain, et le coup de semonce à Lula par danielle Bleitrach

070417venezuela

chavez_lula_xviii-cum_390 Le 21 novembre, le gouvernement brésilien a rappelé son ambassadeur à Quito pour protester contre la décision du président équatorien Rafael Correa de faire appel à un tribunal international pour ne pas honorer une dette de 192 millions d’euros concédée par la Banque nationale de développement économique et social (BNDES) pour la construction d’une usine hydroélectrique en Equateur via l’entreprise brésilienne Odebrecht [Correa a qualifié cette dernière de "corrompue", a fermé le chantier et l'a occupé militairement pour en expulser l'entreprise brésilienne].

La tension est montée d’un cran le  26,  lors du sommet extraordinaire de l’ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques, qui regroupe le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, le Honduras, Cuba et la Dominique). Les chefs d’Etat qui font partie de la gauche radicale mais dont les choix ont un impact moral auprès des populations de toute l’Amérique latine, et des forces de gauche, des syndicats, des mouvements associatifs ne pourraient pas se passer, Lula en tête.

Si la presse française a coutume en suivant le Monde d’insister sur une gauche radicale et “populiste” contre une gauche modérée selon, ses voeux représentée par le Brésil et le Chili, sur le terrain la situation est beaucoup moins claire. Avec la montée des prix, l’aiguisement dans chaque pays de la lutte des classes, chaque gouvernement est soumis à la pression de plus en plus forte de populations qui ne tolérent plus les conséquences des politiques néolibérales imposées au sous continent avec une particulière rigueur. Ceci est la toile de fond, mais il existe aussi entre les peuples comme entre les dirigeants des relations de familiarité dans lesquelles les questions d’estime ou de rejet ne sont pas négligeables.
En fait la position de Lula, sa volonté de jouer dans la cour des grands, et de céder du terrain comme au sommet du G 20 est peu appréciée en Amérique latine. Le sommet du G 20 a été considéré comme une farce, dans laquelle était une fois de plus méprisés les pays du sud. le document final signé par Lula fait l’apologie du libre marché.Alors que les pays de l’ALBA, Chavez en tête dénoncent de plus en plus ce libre marché et la manière dont leur continent est livré aux multinationales.
La crise diplomatique à propos du refus par l’Equateur d’honorer une dette qui a été passée entre une institution corrompue, depuis nationalisée comme sanction, et une entreprise brésilienne ayant passé un contrat de complaisance est un signal fort de ce refus.Mais le Brésil explique que si l’Equateur n’honore pas ce contrat il met en péril toute les CCR (conventions de crédit réciproque), une sorte de mécanisme de compensation entre les banques centrales latino-américaines. Le Brésil espère jouer grâce à ces conventions un rôle de plus en plus affirmé dans la prestation de services, dans l’aide technologique pour tout le continent. Mais d’autres pays s’intéréssent désormais à l’Amérique latine, la Chine, la Russie.

Ce qui a conduit autant que la petite crise diplomatique entre l’Equateur et le Brésil à tendre les relations générales avec le Brésil est le refus de voir un pays émergent du continent prétendre relayer la teraditionnelle attitude des Etats-Unis.   Le président équatorien a affirmé que le Brésil faisait partie du groupe de pays, “toujours les mêmes”, qui veulent mettre la pression sur ceux qui demandent à analyser la légalité des dettes contractées auprès de la BNDES. [l'organisme a prêté des millions d'euros à l'Equateur, au Venezuela, à la Bolivie et au Paraguay]. “Toujours les mêmes” est une expression habituellement utilisée par la gauche latino-américaine pour se référer aux Etats-Unis.Donc plus ou moins identifier le Brésil; aux Etats-unis était la preuve d’une colère généralisée contre l’attitude brésilienne jugée de plus en plus complaisante avec les Etats -Unis. Le fait que le Président Correa ait décidé comme il aurait pu le faire avec les Etats-Unis, de ne pas négocier mais de déclarer à la presse son refus d’honorer la dette, est un coup de semonce. Lula doit se positionner: est-il avec le directoire du G20, ou sze situe-t-il du côté des pays du sud et avec ses homologues de l’Amérique du sud.

Ce qui est en jeu c’est toute une conception des rapports sud-sud, égalité, solidarité ou domination des pays puissants sur les autres.

Il est clair que le président Brésilien ne veut pas se couper du processus bolivarien à l’échelle du continent, et à propos de la réflexion de Correa sur les pays “toujours les mêmes”, le conseiller de Lula Marcos Aurélio Garciaest intervenu pour calmer le jeu : “Si l’Equateur pense que le Brésil en fait partie, il se trompe complètement”

après la victoire de Evo Morales, celle de Chavez et celle de daniel Ortega, la preuve semble faite que le processus de radicalisation de l’Amérique latine s’étend et se renforce. Tous les chefs d’Etat qui sont censés appartenir à la gauche modérée sont en train de se positionner par rapport à cette donne, et si l’on excepte les cas du Perou et de la Colombie, où la répression des peuples en rébelion prend le pas sur toute autre logique,l’aile radicale représentée par l’Alba gagne du terrain et fait pression sur ses homologues pour qu’ils renforcent leur solidarité continentale. Il semble que le Brésil et son président cherche l’apaisement ce qui joue et a joué un rôle important jusqu’ici depuis le début du processus.

il faut lire plus que jamais ce qui se passe en Amérique latine qu’il s’agisse d’élections, de relations diplomatiques dans le contexte d’un aiguisement de la lutte des classes qui a ici une dimension anti-impérialiste trés forte.

5 Réponses vers “La radicalisation du processus latino-américain, et le coup de semonce à Lula par danielle Bleitrach”


  1. 1 Romu 9 décembre 2008 à 8:31

    Un Brésil vraiment aligné sur l’ALBA serait un atout de taille pour le continent, de par sa place dans les BRIC et donc sa “tendance” actuelle!
    L’Amérique du Sud fait de plus en plus parler d’elle!

  2. 2 Romain Migus 9 décembre 2008 à 9:39

    Attention !!!
    Dans l’article, la République Dominicaine est signalée comme faisant parti de l’ALBA. Il s’agit en fait de l’ile de la Dominique. Ce sont deux pays différents !!!
    R.

  3. 3 pedrito communista 9 décembre 2008 à 10:35

    Oui: c’est primordial, et Danielle a raison fondamentalement raison, il faut plus que jamais lire ce qui se passe en Amérique latine. Pour ma part, à CHAQUE discussion, j’invite mes vis à vis à s’y intéresser, à lire ce blog notamment, à regarder “telesur”….

  4. 4 Junior 9 décembre 2008 à 11:33

    le monde change mais pas dans le meme sens et dans la meme direction que les peuples de l’amerique latine et indine. nous donnerons encore une fois aux imperialiste une lecon de resistance vers la liberation totale.

  5. 5 synaptique 10 décembre 2008 à 6:32

    Le Brésil a souvent une attitude “deux poids-deux mesures” au niveau de sa politique régionale – est-ce un trait impérialiste? Un exemple de cela, c’est la différence de traitement à propos de la présence d’étrangers et d’entreprises étrangères en Amazonie – considérée récemment comme une menace à la souveraineté de l’État – et la présence de fermier et entrepreneurs brésiliens au Paraguay. Ceux-ci pour leur part, sont d’honnêtes citoyens qui ne font de mal à personne…

    L’une des raisons, est sans doute le fait que très peu de Brésiliens se rendent compte de l’influence des entreprises comme Petrobras, Odebrecht et autres sur le continent. Résultat, personne ne se pose de question quand la presse brésilienne crie aveuglément au scandale en Équateur.


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