Le gouvernement chinois a dévoilé, lundi 20 octobre, les derniers chiffres sur sa croissance. Le mardi 21 octobre, la presse française titrait sur le fait que la Chine était à son tour atteinte par la crise. Se rapporter à la source des déclarations chinoises permettait de nuancer le diagnostic.
Il y a d’abord le fait que la Chine a trés bien subi la crise financière “ Les banques chinoises moins impliquées dans les produits à risque Les analystes pensent même que cette baisse de croissance sera la bienvenue. Le gouvernement de Beijing tente en effet depuis des mois de réduire la croissance et de maîtriser l’inflation. « Quand nous voyons le chaos qui règne actuellement aux USA et ailleurs, nous avons l’impression que les banques chinoises, et le système financier chinois en général, sont moins impliquées dans les produits financiers à risque, très sophistiqués », estime Louis Kuijs, de la Banque mondiale à Beijing. D’après la TV chinoise CCTV, les banques chinoises n’ont investi que 3,7 % de leurs capacités totales dans ce genre de produits. De ce fait, seules quelques institutions ont encouru des pertes, jusqu’à présent (dont Ping An, qui a investi 2,5 milliards de dollars dans Fortis, mais s’est bien vite retirée).”
Les leviers de l’économie sont très bien contrôlés par l’État Le journal britannique Financial Times constate que « jusqu’à présent, la crise économique a peu d’impact sur la Chine ». L’article énumère plusieurs raisons à cela. « La Chine n’est absolument pas dépendante de l’afflux du capital étranger. Le contrôle qu’elle exerce sur le capital la protège des investissements peu sûrs de l’étranger. Les banques publiques chinoises ont très prudemment gardé leurs mains en poche, là où les institutions financières japonaises se sont précipitées pour entrer dans le saint des saints des géants malades ou terrassés entre-temps de Wall Street. L’État chinois a donc bien en main les rênes de l’économie.”(1)
Nous avons beaucoup de mal à estimer la réalité de la situation chinoise entre ce qui relève du socialisme ou d’un capitalisme débridé. le fait est que la manière dont nos médias traitent la Chine est plutôt un élement qui joue en faveur d’une Chine socialiste. C’est un critère pertinent mais non suffisant. Le plus simple est d’analyser les faits sans nécessairement leur donner une conotation idéologique à priori.
Il y a quelques faits incontournables. En deux ou trois décennies la Chine est passé du sous développement au stade de puissance économique telle qu’aujourd’hui elle apparaît comme un des pôles de résistance à la crise. Elle a mené ce développement sans guerre, sans colonialisme, en nouant des relations pacifiques et mutuellement avantageuses tant au niveau régional qu’au niveau international. De 1981 à 2005, le nombre de pauvres dans le monde a été spectaculairement réduit de 1981 à 2005, puisqu’il est passé de 1,9 milliard à 1,4, et comme durant le même temps la population mondiale s’est accrue, la pauvreté a été réduite de moitié: de 52% à 26% de la population mondiale.(2) Cette réduction de la pauvreté est en fait trés inégale. Ce qui a créé l’effet de diminution est essentiellement dû à l’Asie où le taux de pauvreté est passé de 79 à 18%, et de 84 à 16% pour la Chine.
On peut dire que la Chine porte une grande part de cette lutte contre la pauvreté. Et si l’on va au fond des indicateurs de développement humain, l’évolution est tout aussi intéressante. Les Chinois ont gagné 5 ans d’espérance de vie de 1978 à 2008, cette espérance de vie est aujourd’hui de 72 ans. dans le même temps, le taux de mortalité infantile a baissé de 56% et le taux de mortalité maternelle a chuté de 60%.
Mais la plupart des statistiques sur l’évolution du seuil de pauvreté ont été établis par la banque mondiale en 2005, il est probable comme cette institution le reconnaît qu’aujourd’hui avec la crise alimentaire en particulier ces chiffres se sont dégradés. Mais pour revenir à la Chine ce qui est intéressant est la relation de ce pays avec la crise à rebondissement depuis 2007.
1- L’impact de la récession mondiale
Si la Chine ne craint pas la crise financière, elle ne sousestime pas l’impact de la récession économique. Et c’est à ce titre, comme à celui des tensions intérieures que son organisme de statistique et son gouvernement ont commenté les derniers chiffres de la croissance.
La Chine n’échappe pas à la crise dans la mesure où il y a frein des exportations, même si son niveau de croissance reste bien supérieur à la moyenne générale.
Au cours des trois premiers trimestres de l’année 2008, la croissance est passée sous la barre des 10%, alors qu’elle était encore de 12% l’année dernière, sur la même période. Une progression du PNB qui n’a pas dépassé 9% au 3ème trimestre.
Mais en septembre, Pékin avait encore enregistré un nouvel excédent record de sa balance commerciale de 29,3 milliards de dollars qui depuis le début de l’année, a tout de même reculé de 2,6%. La production industrielle affiche encore, elle aussi, un rythme de progression très élevé de plus de 15%, mais cela reste un chiffre inférieur à celui de l’année dernière.
En fait dans la mesure où le gouvernement chinois ne cesse de lutter contre les effets de surchauffe de son économie, ces nouvelles n’ont pas que des effets négatifs. Mais cela devrait lui permettre de réorienter son économie. Sans fermer celle-ci. Les Chinois tout en affirmant que leur principal apport à la lutte contre la crise mondiale est d’assurer à 1,3 milliard,de l’humanité des conditions optimales, insistent beaucoup sur le fait qu’ils continuent à ouvrir leur économie.
Mais ils doivent poursuivre ce qu’ils ont entamé en particulier depuis le dernier congrès (automne 2007) du parti communiste, à savoir apporter une attention plus grande à “l’harmonie intérieure”. Nous avons interprété ce congrès comme une victoire de la gauche alliée aux nationalistes contre ceux qui voulaient une occidentalisation.
Les effets sur l’emploi de la récession des Etats-unis, de l’Europe et d’autres pays risquent pourtant d’aller a contrario de ces objectifs affirmés, et être très destabilisateurs au plan intérieur. Dans la région de Canton, une région à très forte densité industrielle, on redoute, selon la presse locale, la perte de plus de 2 millions d’emplois dans les trois mois à venir.
2- Privilégier la consommation intérieure
Le gouvernement s’apprête à répondre à cette menace par le lancement d’un plan de soutien de l’économie, privilégiant la croissance intérieure. Les ventes de détail ont déjà progressé de 20% en rythme annuel depuis le début de cette année. Mais en fait comme il y a hausse des prix d’environ 8% au cours des trois premiers trimestres, la croissance réelle tant sur les investissements en capital fixe que sur les ventes au détail pourraient être plus faibles.
Les exportateurs se tournent vers le marché intérieur alors que les commandes étrangères se réduisent
Un bilan effectué sur la 104ère Foire d’Importation et d’Exportation de Guangzhou, la plus importante foire en Chine, a montré que les entreprises qui étaient à la recherche des acheteurs étrangers, mettent désormais l’accent sur le marché local, étant donné que leurs clients dans les pays occidentaux sont entraînés dans la récession, liée à la crise mondiale du système de crédit.
Qiao Guan, le président du conseil d’administration du Jiangsu Hotwind Sauna Equipement, a déclaré que son entreprise prévoit de détourner une partie de son commerce de l’étranger vers le marché chinois. Les ventes de la société aux Etats-Unis, qui représentaient environ 30% du total de ses exportations, ont chuté de plus de 20% cette année, a dit Qiao. Il espère que les ventes locales pourraient compenser la baisse des commandes sur le marché étranger. “Nous avons achevé la recherche sur le marché intérieur, et elle montre que certaines marchandises exportées sont abordables et ont de bonnes perspectives de vente sur le marché intérieur”, a-t-il dit.
La compagnie Himin Solar Energy Group, basée à l’Est de la Chine dans la province du Shandong, produit des chauffe-eau à énergie solaire, qui sont vendus en Chine et à l’étranger. Xue Xinwen, le chef du département du commerce international de l’entreprise, a déclaré que la société aurait perdu des commandes car certains pays occidentaux ont annulé des subventions sur l’importation des produits respectueux de l’environnement.
“Nous avons envoyé plus de personnel pour faire écouler notre production pour les autorités de l’infrastructure locale et les entreprises”, a-t-il déclaré. “La consommation du marché intérieur a été grandement stimulée par une vigoureuse croissance de l’économie, créant des bonnes possibilités pour les exportateurs pour se tourner vers le marché local”, a-t-il dit.
3-Mais le réajustement peut être difficile.
Li Jianlan, une salariée de la compagnie de plomberie Wanji Plumbing Materials Co Ltd., basée à Ningbo, dit qu’un exportateur exclusif comme sa compagnie manquait de moyens d’écoulement et de réputation pour sa marque sur le marché intérieur. «Ce sont deux types de marchés, et il faut beaucoup de travail pour se familiariser avec les façons de faire des affaires avec les acheteurs locaux», dit-elle. Certains produits, qui sont fabriqués pour l’exportation et sont considérés comme trop coûteux pour les acheteurs chinois.
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Les gouvernements locaux sont conscients de cette tendance et prennent des mesures pour encourager les reconversions. La province du Guangdong, le principal exportateur du pays, a publié un avis en juin dernier, ordonnant aux autorités locales de contrôle de la qualité de fournir une assistance technique nécessaire pour les exportateurs en vue du marché intérieur.
Comme le déclare le quotidien du peuple: “En réponse à la crise actuelle, les dirigeants du pays ont promis d’augmenter les dépenses du gouvernement pour renforcer l’investissement et la demande intérieure.”
Zhang Ping (selon Xinhua) président de la Commission nationale des réformes et du développement a déclaré mardi 21 octobre en Australie que “les 1,3 milliards de consommateurs chinois sous-tiendront la croissance continue chinoise aidant la Chine face à la récession qui frappe le monde industrialisé” (…) “A cause de l’action des perturbations économiques à l’extérieur de la Chine, notre croissance ralentit, mais selon mes prévisions le taux de croissance de l’économie chinoise se maintiendra à 9%. “la Chine est un pays qui compte 1,3 milliards d’habitants, la Chine est à elle seule un marché”.
4- Il n’est pas tablé sur le seul marché
Donc tout en continuant une politique d’ouverture et de signature d’accord bi-latéraux avec de nombreux pays industrialisés, la Chine va augmenter les dépenses du gouvernment dans des secteurs jugés prioritaires. Selon Huang Yiping économiste à la Citigroup ces secteurs de dépenses prioritaires sont l’éducation, la santé, le système de sécurité sociale et le logement à loyer bas.
Et il y aura également un souci d’investissement dans les transports, avec la mise en oeuvre de projets de train rapides et de métro dans les zones urbaines pour favoriser les transports collectifs et les économies d’énergie autant que la lutte contre la pollution.
On voit que tant à cause des tensions sociales que pour lutter contre les retombées de la récession mondiale, le gouvernement Chinois a choisi de développer le marché intérieur mais également de privilégier les réponses non marchandes facteur de stabilité et de développement humain.
Cette volonté s’accompagne d’une lutte plus active contre la corruption (3) qui risque de limiter les effets de cette politique et d’en détourner les bénéfices pour l’ensemble de la population. Les cadres locaux et régionaux, leur faible niveau est un problème constant, comme d’ailleurs leur possible corruption. Beaucoup de mouvements sociaux récents avaient pour cible ces cadres locaux, leur corruption, leur incapacité à entendre la population.
Comme d’aileurs avec la récente réforme du code du travail, un rôle accru est dévolu aux syndicats pour la défense des droits des salariés. Obliger les multinationales à reconnaitre le droit des syndicats, voire du parti dans l’entreprise est également une orientation.
On le voit la question du marché intérieur qui a comme atout la capacité d’épargne de la population chinoise et son nombre, pose la question du pouvoir d’achat d’une manière élargie dans l’amélioration des conditions de vie, dans la protection sociale et environnementale. Mais également des questions portant sur la démocratisation de la société.
Ces orientations ont été au centre de la troisième session plénière du 17 e congrès du Comité central du parti communiste Chinois (PCC) et aux réunions du conseil d’Etat.
De ce point de vue, les réformes qui ont été élaborées lors de cette réunion concernent les zones rurales et les travailleurs migrants,c’est-à-dire les formes les plus marquantes du développement inégal de ces dernières années.
5- Développer les zones rurales
Cette session du PCC a décidé en effet en priorité d’augmenter les apports des investissements dans les zones rurales. Un document intitulé”la décision sur les questions importantes relatives à l’avancement de la réforme et du développement dans les régions rurales” a été approuvé le 1é octobre par le Comité central du PCC en session plénière.
Il s’agit bien sûr d’attirer davantages d’onvestissements dans les zones rurales, améliorer leurs infrastructures pour stimuler la demande intérieure, mais il s’agit également d’”harmoniser” les inégalités entre la ville et les campagnes, comme d’ailleurs de développer l’autosuffisance alimentaire de la Chine par rapport à la crise mondiale.
a) Les défis concernent :
-l’existence d’une agriculture de type extensif, l’obsoléscence des infrastructures et des équipements agricoles, la réduction des terres arables, les changements climatiques, les catastrophes naturelles, la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire.
- des garanties sociales et services publics de bas niveau en zone rurale et l’élargissement de l’écart des revenus entre ruraux et urbains.
- la faiblesse et le laxisme des organisations de base dans les zones rurales. le système judiciaire et la représentation des populations doivent être renforcés.
- Le système économique rural doit être amélioré, mieux organisé.
- Le système de commercialisation des produits agricoles, le système de services publics pour l’agriculture et le système d’assistance et de protection national doivent être amélioré.
- la construction d’un système économique et social intégrant les régions urbaines et rurales est une nécessité urgente.
b) A ce titre de nombreuses mesures ont été prises:
- Le régime de location de la terre- La première concerne le marché de location des terres agricoles. Selon la loi chinoise, les terres agricoles sont possédées collectivement mais les agriculteurs en louent de petites parcelles avec des baux à long terme. Il y a aujourd’hui un conflit aigu entre l’offre et la demande de terre. L’offre de terre arable s’est réduite par suite de l’urbanisation, de la destruction de l’environnement et de l’avancée du désert. Il a donc été décidé une politique de remembrement agricole, des facilités de location accrue pour les paysans, et une injonction faite aux gouvernements locaux de “respecter le système de protection de la terre plus rigoureux” pour contrôler strictement la surface totale de terre utilisée pour le développement urbain.
Il s’agit en fait d’étendre une expérience qui a donné de bons résultats, celle du district de Fengyang dans la province de l’Anhui (est) où depuis 1978 a été initié la responsabilité et la rénumération suivant la qualité et la quantité des produits fournis par les foyers paysans et des contrats permanents sur les champs cultivés.
Le gouvernement s’efforce de doubler le revenu disponible par personne des paysans de 2008 à 2020 a précisé le rapport du gouvernement publié le 19 octobre 2008.
- Un système financier adapté au développement rural –Un système fiancier permettant d’obtenir des crédits et de développer l’investissement social en milieu rural est mis en place, selon le même rapport, il doit intégrer les aspects commerciaux et coopératif à partir des banques de développement agricole, en développant les prêts à long terme et la construction d’infrastrucutres dans les régions agricoles.
Selon le sytème chinois des expériences sont tentées, celle de “petits crédits” aux agriculteurs et ce dans neuf provinces. Il s’agit d’utiliser à la fois l’épargne des dépots et les investissements gouvernementaux comme ceux des coopératives.
- L’équipement de santé -La Chine traditionnellement fait des projets pilote et si les résultats sont bons, l’expérience est étendue. Un projet pilote de plus de 50 millions de dollars, visant à améliorer la santé publique dans les zones rurales a été également annoncé le 20 octobre.
“Le service médical et le système de soins des zones rurales sont confrontés à de graves problèmes et doivent être améliorés», a déclaré Chen Xiaohong, le vice-ministre de la santé, en citant comme exemple la faible capacité des services médicaux, la mauvaise qualité des installations médicales et le manque d’instruments médicaux, ainsi que de professionnels. Il a ajouté que les investissements chinois dans le secteur de la santé sont insuffisants et déséquilibrés par rapport aux zones urbaines.
La Banque mondiale a prêté à la Chine 50 millions de dollars pour le développement du secteur de la santé en milieu rural, et 5 millions de livres ont été proposés par le Royaume-Uni. Le Ministère des Finances est chargé de rembourser 80% du prêt. Les départements provinciaux des finances prendront en charge les 20% restants.
Le Ministère de la Santé n’a pas dit quand le programme sera lancé, mais une fois mis en place, il sera en vigueur dans 40 districts en cinq ans. Ces comtés font partie de huit provinces et municipalités, y compris la province du Shanxi, du Shaanxi, du Qinghai, du Heilongjiang, du Gansu, province du Jiangsu, province du Henan et la municipalité de Chongqing.
6-Les travailleurs migrants
Comme nous l’avions vu dans notre article sur les conditions de travail en Chine, les plus désavantagés sont les travailleurs migrants. Ils sont actuellement 210 millions qui ont quitté la campagne soit de manière défintive, soit temporaire pour trouver un complément de ressources.La discrimination dont il sont l’objet date d’une loi de 1958 (système du Hukou), il s’agissait de bloquer l’exode rural.
Le document du comité central leur consacre un chapitre particulier. Il indique que la Chine “multipliera les mesures pour soutenir le développement économique et social pour parvenir à une croissance équilibrée entre ses régions rurales et urbaines” “Une planification exhaustive va être mise sur pied, elle comprendra le développement industriel, la construction d’infrastructures, les services publics et l’emploi en prenant autant en compte les besoins des régions rurales que ceux des régions urbaines (…) une priorité est accordée aux droits et aux intérêts des travailleurs migrants.”
le comité central s’est engagé à prendre des mesures efficace pour leur garantir les mêmes garanties sociales en matière de salaire, d’éducation, de santé publique et de logement.
“le pays travaillera aussi à améliorer les conditions d’emploi des travailleurs migrants et à accroître leur couverture sociale en particulier en ce qui concerne les accidents de travail, les soins médicaux et les retraites. Les mesures sur le transfert et l’extension de leur sécurité sociale vont être regroupés dans un proche avenir”
Par ailleurs, le Comité a indiqué qu’il réformera les formalités administratives de résidence pour les familles afin de faciliter l’établissement des travailleurs migrants dans les petites et moyennes villes.
Il s’agit bien sûr de rapports officiels, mais ils témoignent d’une volonté de faire face à la crise mondiale en avançant dans la voie de solutions bénéfiques à l’ensemble de la population et de tenter ce faisant de résoudre quelques contraditions liées à la croissance accélérée.
7- La Chine est-elle aussi dépendante de l’exportation que nous l’estimons en Occident?
Mais la question peut se poser devant ces mesures: ne sont-elles pas prises en catastrophe, la Chine qui depuis des années a orienté son économie vers l’exportation est-elle en mesure de résister à la crise qui frappe ses “clients”. Comme le souligne Baudouin Deckers dans l’article déjà cité, peut-être s’agit-il d’un mythe occidental et la Chine n’est pas aussi dépendante qu’il n’y paraît: « Un vieux mythe chinois », titre le journal britannique The Economist. « Contrairement à l’opinion universellement répandue, ce ne sont pas les exportations, mais les investissements et la consommation interne qui constituent le gros de l’économie chinoise. » Les investissements – 40 % du Produit intérieur brut (PIB) – visent surtout le développement de l’économie interne. Ils sont surtout chinois, au départ, pas étrangers. Les exportations contribuent pour moins de 10 % à la croissance du PIB. C’est surtout la consommation interne, qui augmente dans des proportions considérables .
En juin dernier, le groupe d’experts américain Carnegie Endowment publiait un rapport sur la croissance économique de la Chine. L’auteur du rapport, Albert Keidel, écrivait : « La croissance des exportations a conduit à une conception erronée disant que la croissance économique de la Chine résulte des exportations et que, suite à un marché intérieur limité, une crise en résultera quand les exportations ralentiront. Aucun chiffre n’étaie cette supposition. Les chiffres nous enseignent au contraire que le moteur de la croissance économique est surtout interne. »
Autre info surprenante : la fortune des Chinois les plus riches a baissé de 8 %. . Au premier semestre de 2008, le pouvoir d’achat des citadins et des paysans chinois a augmenté de 9 à 12 %, annonce le Bureau national de la statistique . Il vaut à coup sûr la peine de noter le contraste suivant avec nos pays occidentaux : la fortune des Chinois les plus riches a régressé de 8 % l’an dernier, et celle des 50 Chinois les plus riches d’un tiers, même.”
Les occidentaux devraient tirer de la période au moins une leçon, celle de ne pas donner de leçons à l’humanité et de ne pas prétendre connaître ce qu’ils ignorent. Cette leçon de bonne conduite qui ne concerne pas seulement les réactionnaires colonialistes mais également des gens de gauche qui, tout en étant incapables de construire le socialisme dans leur propre pays se montrent très critiques par rapport aux expériences dans le monde. Quand on est devant un pays de cette taille, aussi complexe, ce conseil est plus que jamais utile.
Danielle Bleitrach
(1)Baudouin Deckers L’importance des exportations chinoises est un mythe. Chemarx
(2) si l’on considère les statistiques de la Banque mondiale fixe le seuil de pauvreté à 1,25 dollar par jour et par habitant. Ce qui on le reconnaîtra est trés bas. Si l’on remonte le seuil de pauvreté à 2,5 dollars par jour et par habitant , on compte alors plus de 3 milliards de pauvres, soit plus de la moitié de la planète.
(3) Il y a deux jours a été annoncée la condamnation à mort pour corruption d’un ancien maire adjoint de Pékin.
Je dois dire que je trouve que les gens qui parlent de la Chine sont singulièrement arrogants, par exemple il y a des stéréotypes, les Chinois ne penseraient qu’à la consommation, toute la politique chionoise extérieure et intérieure serait orientée vers le consumérisme.
Sans faire des Chinois des disciples de Karl Polany, je suis frappée par la manière dont face à la crise le choix est fait de résoudre les contradictions sociales et de prendre des mesures qui vont au-delà du marché, qui est un facteur de développement, mais aussi aggrave les contraditions sociales jusqu’à l’explosion.
Il est vrai que les dirigeants chinois sont confrontés à un peuple qui est beaucoup plus exigeant, beaucoup plus marqué par le socialisme qu’on ne le croit, il y a eu de nombreux mouvements sociaux. Et de surcroit comme je le dis dans l’article, avec les effets de la crise économique on assiste à la montée du chomage. Mais là encore les nouvelles qui parviennent sont celles d’une tentative de répondre aux problèmes sociaux. Les débats auxquels donnent lieu les mesures ne nous dépaysent pas non plus. Faut-il aider les entreprises privées qui ont fait faillite sous couvert d’aider les salariés?
On considère de créer un fonds de payements d’urgence pour les chômeurs
Les autorités de la province du Guangdong vont envisager la création d’un fonds d’urgence pour protéger les travailleurs contre la perte de leur salaire en cas de nouvelles fermetures d’usines, a déclaré le 20 octobre le département du travail et de la sécurité sociale du Guangdong.
En réponse à une résolution, présentée par un membre à la Conférence consultative politique de la province, le département a annoncé dans une déclaration que la possibilité de mettre en place un tel fonds sera examinée et que les services financiers devraient y contribuer à différents niveaux.
Le fonds sera principalement utilisé comme une garantie pour les employés des entreprises à la dérive ou des sociétés, dont les patrons auraient pris la fuite sans scrupule, annonce la déclaration.
Zhang Xiang, le chef de département du travail, a dit dans sa déclaration: “Il arrive que le patron d’une entreprise en difficultés financières prenne la fuite et laisse ses dettes, ce qui crée des problèmes.
“Dans le climat économique actuel, il y a de fortes chances pour que plus d’entreprises, en particulier celles qui utilisent beaucoup de main-d’œuvre, s’effondrent.
“Ce fonds permettrait de protéger contre certains problèmes financiers et sociaux, causés par ces fermetures.”
Zhang dit que traditionnellement, les sociétés payaient des suppléments en plus de leur loyer aux propriétaires de bâtiments industriels qu’ils occupaient.
Lorsqu’une entreprise éprouve des difficultés financières ou son patron est en fuite, cet argent pourrait être utilisé pour couvrir le paiement des salaires pour les employés.
“Mais les fonds sont rarement suffisants pour couvrir la masse salariale totale», a-t-il dit.
Le département du travail a également incité les entreprises à payer leurs employés par virement bancaire, pour pouvoir les surveiller de plus près, dit-il.
En outre, le département cherche actuellement à travailler plus étroitement avec d’autres organismes locaux, y compris la Banque populaire de Chine, l’administration de l’industrie et du commerce et le département du commerce extérieur et de la coopération économique, pour développer une meilleure image de la côte de crédit des entreprises.
Cependant le fonds d’assurance ne fait pas unanimité.
Li Qingqing, professeur associé d’économie à l’Université Normale de la Chine du Sud, a déclaré le 21 octobre à China Daily: «L’argent des contribuables ne doit pas être utilisé pour soutenir les entreprises en faillite.
“Une somme d’argent infinie pourrait être perdue si les entreprises continuent à faire faillite.
“Au lieu de cela, les entreprises devraient être plus responsables, en payant peut-être une certaine forme de suppléments lorsqu’elles demandent à être enregistrées.”
Source: le Quotidien du Peuple en ligne