Viatcheslav Sytchev: LE GAMBIT CAUCASIEN

la lecture de l’infâme pudding envoyé aux membres du conseil National du PCf pour préparer le Congrès m’avait plongée dans l’affliction, mais voici une excellente nouvelle, une amie chti qui parle le Russe, le Chinois et quelques langues eurasiennes, nous propose ses traductions. Voici la traduction du texte sur le Caucase. Comme son nom l’indique, nous explique Marianne, Left.ru est un site russe de gauche. Ils publient régulièrement les analyses de Fidel Castro.
Merci Marianne  de ce que tu nous apportes de compréhension et d’ouverture réelle sur la planète et en particulier cette zone eurasienne où se joue une part essentielle du destin de l’humanité.

La guerre au Caucase est une affaire gravissime. Comme dans une avalanche sanglante, tout s’y mélange : antagonismes entre grandes puissances, intérêts mesquins des élites semi féodales, traditions de vendetta, blessures infligées et reçues dans les conflits de ces deux dernières décennies, jusqu’aux événements historiques du passé lointain.

Mais qui a intérêt à renverser la fourmilière caucasienne ? Et à quoi cela peut-il mener ?

La tension au Caucase est souhaitée par les impérialistes, les nouveaux maîtres du monde. L’Europe et les USA en premier lieu. Ils ont coutume de créer une situation de chaos, de haine féroce dans les régions qui les intéresse, puis de « pêcher en eau trouble ». C’est ainsi qu’a procédé la réaction mondiale lors de la chute de l’URSS, en Irak, en Yougoslavie. Pour tout marxiste, cette disposition est simple, comme deux et deux font quatre. Il est étonnant que des gens qui se disent « de gauche » ne voient pas la réalité des choses, et, en parlant de la récente guerre en Ossétie du sud et en Abkhazie, persistent à désigner la Russie comme la partie fautive. Apparemment, la logique est la suivante : la Russie n’est-elle pas un pays capitaliste au régime antipopulaire ? Oui, c’est ainsi. La Géorgie de Saakachvili n’est-elle pas un valet des Américains, avec son armée financée par l’oncle Sam ? Parfaitement. Eh bien la guerre entre ces deux formations étatiques antiprogressistes de poids inégal peut-elle être autre chose qu’une guerre impérialiste, une guerre de conquêtes et de rapine ?

Cette logique est très formelle et défectueuse. Elle laisse de côté les peuples qui prennent part à ce conflit.

Beaucoup de gens se souviennent encore du Caucase comme d’un pays prospère et accueillant. Des centres de vacances le long des côtes, des plages de galets, l’air pur des montagnes, des vergers, des fleurs, des fruits et des vignes.  Aujourd’hui, les centres de vacances commencent à peine à rouvrir leurs portes, les vagues ne se lassent pas de rejeter sur le rivage stabilisateurs de mines et obus, les vignes et vergers sont partiellement laissés à l’abandon, et sur les pentes et les dépotoirs errent des troupeaux de porcs revenus à l’état sauvage. En même temps que l’air pur, on perçoit de temps à autre une odeur de tôle brûlée. Malheur et désespoir, voilà ce que ressentent les simples gens qui vivent ici, parmi les destructions. Mais c’est de paix et de développement que rêvent les peuples d’Ossétie et d’Abkhazie. Ce rêve est partagé par le peuple de la Géorgie, durement éprouvé par deux décennies qui ont fait de cette riche république soviétique une pauvresse asservie à l’impérialisme.

Les circonstances objectives font que les Ossètes du sud et les Abkhazes sont très dépendants économiquement de leur voisin du nord. Qui d’autre dans le monde a besoin de leurs fruits et de leurs stations balnéaires ?  Un touriste occidental ne viendra pas en vacances  à Novyi Afon ou à Gagra. Les agrumes marocains sont plus gros et plus beaux que les abkhazes. Cependant, en Russie, les mandarines abkhazes sont bien meilleur marché.

Toute l’industrie des « républiques séparatistes », celle qui ne s’est pas encore effondrée, travaille en lien étroit avec les capitaux russes. Les mines d’Ossétie du sud fournissent du minerai pour NorNickel. L’usine « Vibromachina » produit des équipements pour l’extraction du charbon en Russie. Il faut avouer que les salaires laissent à désirer, mais après les années catastrophiques qu’ils ont traversées, beaucoup sont contents de trouver simplement du travail.

On peut dire de façon sûre que les deux peuples ont fait librement leur choix, et aujourd’hui, presque tous les Abkhazes et les Ossètes sont citoyens russes. Maintenant, des retraités qui n’ont droit à aucune pension en Géorgie, en reçoivent une régulièrement de Russie. Les habitants des territoires détachés de Tbilissi, leur passeport russe dans la poche, peuvent partir légalement à l’étranger, le plus souvent à la recherche d’un travail. C’est çà qui leur permet plus ou moins de vivoter.

On a ici une situation contradictoire : des territoires appartenant formellement à la Géorgie sont peuplés d’habitants natifs possédant pour la plupart la citoyenneté d’un autre pays.

Quant au peuple géorgien, bien que très dépendant de la Russie actuelle (son PIB est constitué pour une partie importante des virements postaux et bancaires), il suit la politique fasciste de son président. La ligne actuelle de Mikhail l’Enragé est faite d’alignement sur les prédateurs occidentaux et de russophobie effrénée. Marx disait déjà qu’un peuple, tout comme une femme, ne peut se permettre une minute de faiblesse, car n’importe quel vaurien peut en profiter.  Et voilà qu’un vaurien se présente afin d’utiliser la Géorgie pour ses propres intérêts. Avec un plan presque génial : résoudre les problèmes des régions « qui ne filent pas droit » par une incursion militaire, montrant ainsi son intégrité territoriale aux « copains » occidentaux et les suppliant d’accepter la Géorgie dans l’OTAN. Par la même occasion, Saakachvili et ses comparses ont forgé aux yeux des Géorgiens un ennemi extérieur : la Russie, l’Ossétie du sud et l’Abkhazie. C’est à eux que l’on impute tout les malheurs et les échecs des projets économiques néolibéraux. La montée des passions chauvines a conduit au génocide du 8 août à Tskhinvali avec l’entrée des tanks et les tirs de « Grad » géorgiens sur la population civile. Une telle chose ne peut se pardonner au Caucase. Si certains nourrissaient encore des illusions sur la réunification pacifique des « formations rebelles » et de la Géorgie, il est clair à présent qu’il n’en est plus question.

Et Saakachvili lui-même ne veut pas d’une réunification. Il veut seulement récupérer les territoires et faire peur à tous les insoumis pour les chasser : on ne tire pas au canon sur ses citoyens à moins de vouloir les faire déguerpir ou les massacrer. C’est de la même manière qu’encore tout récemment, on a fait partir les Serbes du Kosovo avec le soutien de la « communauté internationale ».

« Toute la responsabilité de la guerre fratricide, les milliers de victimes, enfants, femmes, et vieillards, habitants d’Ossétie du sud et de Géorgie, revient exclusivement au président actuel, au parlement et au gouvernement géorgien. L’irresponsabilité et l’aventurisme du régime actuel de Saakachvili sont sans bornes. Le président géorgien et son équipe sont des criminels et devront répondre de leurs actes », voilà ce qu’on peut lire dans la déclaration du CC du Parti Communiste Unifié de Géorgie. Malgré le poids de la « démocratie » de Tbilissi, nos camarades caucasiens se révèlent beaucoup plus perspicaces que bien des intellectuels russes « de gauche » qui lisent Lénine comme les scolastiques du Moyen Age, l’Ecriture Sainte.

Que cela plaise ou non, la Russie a empêché le génocide du peuple frère ossète par la Géorgie, elle a sauvé les gens de la mort et de l’exil. Le Kremlin a accompli un pas de plus, auquel peu de gens croyaient : il a reconnu unilatéralement l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud. Mais Medvedev aura-t-il la force et l’envie de se battre pour cette décision face à la résistance sans faille des puissances impérialistes ?

Il est clair que les motivations de la classe dirigeante russe dans ce conflit ne sont pas totalement altruistes. Il y a la tentation de déstabiliser la situation autour du gazoduc « concurrent » Bakou-Tbilissi-Ceyhan,  et également des ambitions impériales qui peuvent non seulement sauver, mais aussi ruiner les peuples. Mais on ne peut nier qu’elle ait « contraint à la paix » un agresseur débridé. Tout comme à une certaine époque, en se battant contre l’Empire ottoman, la Russie tsariste a offert l’indépendance à plusieurs pays balkaniques.

Cependant, ce conflit est loin d’être terminé. Le « Grand frère » d’outre-mer ne se résignera pas à la défaite de son satellite. Déjà l’aide humanitaire arrive en Mer Noire, apportée par les destroyers et les frégates, chargés à tout hasard de missiles de croisière. Youchtchenko, en russophobe forcené et valet des USA, s’emploie déjà à évincer la Flotte russe de Sébastopol. A quoi s’attendre encore ?

Le gendarme mondial peut parfaitement infliger à la Russie un châtiment exemplaire, quelque chose comme la Guerre de Crimée. Et il est impossible de prévoir comment se comporteront dans cette situation délicate les élites bourgeoises russes, déjà trop liées à l’occident. Le cauchemar des oligarques russes, c’est le gel par les pays « démocratiques » de leurs comptes bancaires et de leurs propriétés. Tant que la Russie sera dirigée par des « managers efficaces » et des businessmen, nous ne pourrons avoir de politique intérieure et extérieure indépendante. L’histoire a montré qu’une politique réellement indépendante ne peut être le fait que d’un pays socialiste, dans lequel il n’y a ni oligarques ni businessmen. Medvedev ne pourra continuer à faire le fier avec ses collègues européens et américains que tant qu’ils n’auront pas pris des mesures pour limiter les entrées, confisquer les actifs et contrôler massivement les transactions des compagnies russes. Notre élite politique et économique ne supporterait pas un tel coup.

Le résultat d’un tel retournement de situation pourrait être une nouvelle trahison, comme sous Eltsine, de la classe dirigeante russe, prête à sacrifier sans états d’âme le destin des peuples russe, abkhaze et ossète afin de conserver ses capitaux.

Left.ru,  01.09.08
Traduction : Marianne Dunlop pour http://socio13.wordpress.com/

3 Réponses vers “Viatcheslav Sytchev: LE GAMBIT CAUCASIEN”


  1. 1 COMAGUER 4 septembre 2008 à 11:31

    1- les lecteurs anglophones peuvent trés utilement consulter la version anglaise du site russe left.ru dont est issu ce texte
    Ce site est alimenté, certes irrégulièrement, mais par des textes de qualité qui alimentent la réflexion

    2- il existe effectivement en Russie une lutte interne entre le courant “capitaliste bourgeois pro-occidental” et le courant “capitaliste étatiste nationaliste”.Ces deux courants ont des expressions médiatiques russes bien organisées et bien distinctes.Le second domine pour l’instant, l’affaire YUKOS – condamnation de Khodorkovsky et prise de contrôle du capital par l’Etat – ayant manifesté sa prise de pouvoir réel et pas seulement gouvernemental
    Il a le pouvoir dans le gaz , le pétrole – exploitation et pipelines via la société Transneft- dans les transports il est puissant dans les mines et la métallurgie.

    Le premier qui a appris, avec une stupéfiante capacité d’adaptation, tous les vices du libéralisme sauvage, travaille à la fois en Russie et en Off-shore, principalement au royaume-uni et en Israel, aprés avoir amassé des fortunes colosales dans tous les types de trafic dans la décennie horrible (pour le peuple russe)

    Reste que l’armée qui s’est refait une santé “budgets permettant” (remboursement du FMI, recettes pétrolières et d’armement) soutient le courant au pouvoir et que ce courant a une véritable stratégie à long terme dont l’autre est par nature dépourvu.

    Sur le “grand échiquier” eurasiatique le meilleur joueur est celui qui contrôle la plus grande surface de l’échiquier. Comme au jeu de GO !

  2. 2 Moussars 4 septembre 2008 à 6:27

    Bonjour,

    A propos de la Géorgie, sur le site du Diplo, j’ai lu que des manifestations (en juillet sans doute) arméniennes de la région frontalière avec l’Arménie avait eu lieu, avaient été réprimées, et que leaders de la communauté avaient été emmenés à Tbilissi.
    En savez-vous plus ?

  3. 3 socio13 4 septembre 2008 à 6:56

    Ca a commencé par la contestation des résultats électoraux il y a eu des rassemblements de soutien au candidat officiellement perdant de l’élection présidentielle, Lévon Ter-Petrossian,en février 2008 je crois. Puis les manifestations ont continué au début mars elles ont donné lieu à des scènes de violence et à la répression, il y a eu 8 morts et des centaines de blessés.

    le président sortant Robert Kotcharian a imposé par décret un Etat d’Urgence jusqu’au 20 mars, pour « assurer le respect de l’ordre constitutionnel ».Il me semble que c’est là la ressemblance avec la georgie puisque en novembre 2007, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a signé un décret de même nature interdisant les rassemblements publics ainsi que l’activité de tous les médias non étatiques. Saakachvili a d’ailleurs assuré Kotcharian de son soutien. Dimanche 2 mars, Erévan était sous contrôle militaire et 15 participants aux manifestation étaient arrêtés.

    On voit les candidats démocratiques de l’occident et on comprend à quel point l’agression du président géorgien était une fuite en avant par rapport à son propre peuple. toutes ces créatures de l’occident sont de plus en plus impopulaires.
    Armen Gevorkian, le directeur de l’administration présidentielle, a affirmé aux occidentaux que que la répression policière et l’état d’urgence restaient dans le cadre du maintien de l’ordre et de la restauration de la stabilité.

    Ces affrimations ont parfaitement contentés les gouvernments occidentaux ainsi que les médias occidentaux, on n’a pas vu Robert ménard émettre la moindre protestation. Pourtant l’Arménie a des liens étroits avec la france depuis 1920.


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