L’EUROPE, FER DE LANCE DE L’ALLIANCE ATLANTIQUE OU LE RETOUR DE LA GUERRE FROIDE par Danielle Bleitrach

Lula et les émergents (Inde, Algérie, Chine et Afrique du Sud)

Quelques événéments épars, tels que les présente la presse occidentale, ne semblent pas avoir une signification cruciale, il faut les rassembler, les recomposer en regard les uns des autres. Ce travail permet de lutter à la fois contre la fragmentation de l’information et l’effet loupe toujours moralisateur et individualisant du politico-médiatique. En effet si on rassemble ces fragments, si on les met en relation avec les intérêts qui ne sont pas individuels mais  de classe , on ne peut qu’être effrayé. La bête est blessée mortellement, elle est prêt à entraîner l’humanité dans son agonie. On ne peut qu’être alors convaincus de la volonté belliciste des Etats-Unis, du rôle grandissant que joue l’Europe dans ce nouveau scénario de guerre froide dont l’enjeu est la domination de la planète sur fond de crise. Face à cette offensive chaque camp cherche à s’unifier non seulement politiquement mais géographiquement.Mais l’essentiel est de comprendre la nature de l’impérialisme et de ne pas en rester au théâtre d’ombre des marionnettes politiques. 

 La Serbie où l’Europe enchaînée derrière le triomphe otanesque

Partons d’un événement “moral”l’Arrestation de Karadzic, celui qui symbolise le scénario vertueux occidental du dépeçage de la Yougoslavie,est mis en prison, déporté à la haye. Notre presse nous le dit, les méchants sont vaincus, le dernier bastion plus ou moins communisant a été parcellisé à l’extrême, la violence des guerre inter-ethniques et l’intervention de l’OTAN pour en finir avec les vestiges du socialisme enkystés en Europe, pour ouvrir aux mafias, aux trafiquants d’arme, mais aussi au futurs oléoducs la totalité de l’Europe.

 S’il s’élève des voix critique c’est pour noter le caractère de  passport humiliant de la Serbie pour entrer dans l’Union Européenne, voir dans l’OTAN que représente cette livraison. L’élection d’un gouvernement s’affirmant pro-européen pendant toute la campagne électorale, alors même que cela signifiait de fait l’indépendance acceptée du Kosovo avait comme corollaire également la remise de Karadzic au TPY. les anciens impérators  romains avaient le triomphe, les Etats-Unis ont le TPY et c’est l’Europe qui défile derrière le char du vainqueur. Il est facile d’accuser les Serbes et leurs dirigeants, mais quelle solution leur restait-il pouvaient-ils accepter le blocus qui leur était infligé, ils n’étaient pas le peuple cubain, ils n’avaient pas de fidel Castro à leur tête, et surtout leur alliance avec les frères russes a montré à partir de l’élection de candidats pro-européens ses limites. Le patriarche orthodoxe pouvait venir avec ses icones, il était clair que l’armée russe ne déploirait pas ses chars autour de Belgrad, étant bien trop occupée à defendre ses marches, l’Ukraine, la Georgie, et à tenter de démanteler les missiles que les Etats-Unis installaient en Europe.

Notons une des constantes, les démonstrations sont faites sur des petits peuple épuisés par l’embargo mais non seulement elles visent d’autres cibles, mais le politico-médiatique nous les présente à chaque fois comme le triomphe de la démocratie contre le mal absolu.

Personne ne doit résister à l’offensive otanesque

Comme pour marquer cette victoire, la chambre du Congrès Etats-Unis, mercredi 30 juillet a approuvé une résolution soutenant l’élargissement de l’OTAN et spécifiant clairement qu’aucun Etat en dehirs de l’Alliance n’est en droit de décider qui peut y adhérer. La Russie est clairement visée qui s’oppose résolument à l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Alliance atlantique.  
  
. “Toute décision portant sur l’adhésion à l’OTAN sera adoptée par les membres de l’Alliance atlantique sur la base d’un consensus, et aucun Etat en dehors de l’OTAN n’a de droit de vote ou de veto concernant ce type de décisions”, indique la résolution dans laquelle les législateurs américains félicitent l’Albanie et la Croatie invitées à intégrer l’Alliance atlantique.

Le document souligne également que le Congrès des Etats-Unis “soutient l’élargissement de l’OTAN et estime que la poursuite de la coopération avec tous les pays désireux d’adhérer à l’OTAN renforcera la sécurité des Etats de la région euro-atlantique”.

La résolution constate que “le sommet de l’OTAN en avril dernier a reconnu la contribution importante apportée par l’Ukraine et la Géorgie aux opérations de l’Alliance” et a exprimé un “soutien manifeste” à l’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie au Plan d’action pour l’adhésion à l’OTAN (MAP). Le sommet a également déclaré que “l’OTAN entamerait une coopération intense avec l’Ukraine et la Géorgie en vue d’examiner leurs demandes d’intégration au MAP lors de la rencontre prévue pour décembre 2008″, ajoute la résolution de la Chambre des représentants.

Pour comprendre ce qui se passe en Russie, comme d’ailleurs dans la plupart des pays soumis à ce diktats, il faut tenter d’analyser la contradiction entre le développement d’une classe capitaliste locale et cette offensive impérialiste, est-ce que celle-ci dans sa forme occidentalisée, déjà prête à participer au pillage va appuyer l’offensive occidentale, va-t-elle faire monter les enjeux pour accroître sa part ou va-t-elle jouer la carte nationale et pour cela s’appuyer sur la volonté populaire, la mobiliser avec le danger que cela représente pour elle.  Ce qui apparaît aujourd’hui c’est la volonté qui se renforce de faire front à l’offensive occidentale impérialiste.

Recomposition asiatique: l’Organisation de coopération de Shanghai

Ce à quoi il leur a été immédiatement répondu par une prise de position de l’organisation de Coopération de Shanghai contre le terrorisme. Parce qu’il n’y a désormais plus aucun pays qui ignore d’où vient le danger terroriste et d’où viennent les projets séparatistes, la manière dont a été attquée et dont continue d’être attaqué la Russie, les opérations menées actuellement sur toute la planète par les Etats-unis ne laissent aucun doute sur la stratégie du chaos entretenue par les Etats-Unis.Après l’opération en Serbie, la décision du Congrès sur l’OTAN et les déclarations de Obama sur la nécessité d’intervenir au Pakistan,sur le “mur de Berlin”, comme celles de Mac cain de bouter la Russie hors du G 8, les attaques de plus en plus ciblées contre la Chine, il y a incontestablement la nécessité d’une mobilisation sud-sud. Mais aussi à l’intérieur du Sud,le renforcement de certains blocs régionaux comme en Amérique latine et en Asie autour de l’OCS.

C’est ce à quoi nous sommes en train d’assister. L’Iran, le Pakistan et l’Inde transmettront des données sur les organisations extrémistes qui opèrent sur leur territoire au centre antiterroriste de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), a annoncé mercredi 30 juillet à Pékin un responsable de haut rang de l’OCS.

“Un protocole sur le transfert des données confidentielles de ce type a été signé le 25 juillet dernier” par trois pays observateurs auprès de l’OCS – Iran, Inde et Pakistan, a-t-il précisé. La Mongolie est le seul pays observateur à ne pas avoir signé le document.

Conformément au protocole, l’OCS utilisera ces informations pour lutter contre le terrorisme, le séparatisme et le trafic de drogue, ainsi que pour rechercher les criminels en cavale sur le territoire des pays membres et observateurs de l’OCS, selon le diplomate.

Mardi matin, le secrétaire général de l’organisation Bolat Nourgaliev avait annoncé que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS: Chine, Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Russie, Tadjikistan) avait l’intention d’élargir son champ d’action en fondant un nouveau statut de “partenaire de dialogue” pour les pays ou organisations intéressés par la coopération.

A l’heure actuelle, l’OCS étudie plusieurs demandes d’octroi du statut d’observateur. “Toutefois, le nombre des pays observateurs ne doit pas dépasser celui des pays membres”, avait estimé M.Nourgaliev.

La dimension impérialiste de l’alliance Etats-Unis Europe, le cycle de Doha et l’échec des négociations 

Au même moment, apparemment dans un tout ordre d’idée il y a eu l’échec des négociations de l’OMC. Là encore les Etats-Unis et l’Union Européenne ont mené l’assaut ensemble.On a beaucoup parlé de l’union sacrée autour du protectionnisme agricole, de la politique de subvention des Etats-Unis et de l’Europe à leur agriculture qui condamne l’agriculture du sud, c’est essentiel mais s’il s’agissait simplement du soutien à l’agriculture que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, il se trouverait d’autres secteurs industriels prêts à sacrifier par exemple la France champion du soutien à l’agriculteur, ou quelques grands fermiers nord-américains. En fait l’enjeu est encore plus global, c’est celui du système impérialiste des pays occidentaux et en particulier le maintien d’un système financier alors même qu’il est dans une crise majeure.
 
Ce qu’il faut bien mesurer c’est que même si notre agité président français est pour six mois à la tête de l’Europe, c’est la commission européenne qui mène le jeu, comme l’OTAN mène l’offensive militaire, en prise directe avec les Etats-Unis, dans la négation totale des nations.Et la rédition de la Serbie, l’acceptation de passer sous les fourches caudines en livrant Karadzic n’est que le symbole de ce qui est exigé des nations.

L’occident se rassemble autour des Etats-Unis, en reconnait le leadership et si le monde entier est indigné de la criminalisation de l’immigré que promeut l’Union européenne au même moment, le pire est sans doute le pillage des cerveaux et le rejet de l’immigré non qualifié, cela est dans la logique de ce qui s’est joué dans ces négociations du cycle de Doha: l’exigence que la planète entière soit ouverte aux multinationales occidentales, derrière les bruits de pas otanesques, ou les manoeuvres des flottes étasuniennes. Comme le note à juste raison un économiste espagnol membre d’ATTAC Espagne (1) :  
 

Durant les contacts, sur les négociations de l’OMC sur agriculture et sur l’accès aux marchés de biens non agricoles, l’Union Européenne et les EU, ont insisté pour obtenir des compromis en vue d’une plus grande libéralisation du commerce les services en incluant les services financiers à l’intérieur du cadre de l’Accord Général pour le Commerce et les Services (AGCS, dans des sigles en castillan et GATS, chez des Anglaises). L’UE s’associe aux EU pour prétendre que les pays en développement  exagèrent les risques qui résulteraient d’une libéralisation ultérieure de ses secteurs financiers, bien que le monde tout en digérant encore l’une des crises financières internationales les plus fortes n’ait pas encore mis en place des mesures pour éviter les autres crises à venir . Au contraire, les dites négociations poursuivent dans le sens d’une plus grand desregulación des services financiers ; et ils ne prennent pas en compte que c’est justement la grande liberté d’action  et la complexité des conglomérats financiers qui généèrent intabilité et crise.

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Comme le pointe une étude récente de l’Institut Transnational, avec ces prétentions  à une plus grande libéralisation et une amplification des marchés financiers on ignore les actuelles crises financières et alimentaires. Alors que l’ont sait que la crise financière actuelle, surgie déjà il y a un an, a révélé de grave déficience dans les mécanismes de gestion et d’évaluation des risques, mécanismes  qui ont été incapables d’éviter son étendue internationale et sa portée mondiale. Et il a été reconnu que cette fragilité du système provient d’un marché déréglé qui permet à ‘lindustrie financière la combinaison des activités aussi différentes la combinaison d’activités aussi différentes que la banque, les assurances et  la Bourse avec son expansion rapide dans beaucoup de pays
.”(1)

Dans un tel contexte, un pays comme l’Inde tenté par l’alliance avec les etats-Unis s’est trouvé rejetée dans le camp des pays soumis au pillage et livré à la violence d’un peuple affamé. D’où sans doute les liens renforcés avec la Russie et l’OCS dont nous venons de faire état. Il est clair mais c’est une autre histoire que c’est dans ce cadre que se pose la question de l’évolution du Nepal et le choix des maoistes.

Si l’on veut comprendre à quel point nous sommes entrés dans une logique de guerre froide et jusqu’où les Etats-Unis flanqués de leurs alliés européens sont prêts à s’unir pour mener l’offensive il faut arrêter de lire les enjeux politiques au seul niveau des personnalités. Vu ce que sont les systèmes “démocratiques” occidentaux, et le poids sans cesse grandissant qu’y prennent une alliance étroite entre la finance, le pétrole, le complexe industrialo-militaire qui ont mis la main sur les médias, il faut plus que jamais mesurer la nature de l’impérialisme auquel nous avons à faire, sa crise et la violence de l’assaut qu’il a décidé de mener sur le reste de la planète.

Ce qui est frappant c’est à quel point tout est fait pour nous détourner de ce niveau d’analyse et lui substituer une compréhension du politique qui relève du drame bourgeois, la peoplisation, du type Sarkozy est-il ou non une créature de la CIA? Certainement mais cela se passe à une autre niveau que celui des ragots ordinaires et c’est beaucoup plus inquiétant. Parce que l’on peut imaginer que l’on va changer de gouvernement, qu’il suffit d’une campagne de haine contre un dirigeant, oula promotion d’un Obama – qui va tout de même à berlin déclarer que les Allemands nazis n’ont jamais été les ennemis, les seuls ennemis étant les Russes- ou la stigmatisation de la lâcheté du gouvernement Serbe pour changer les orientations du monde.

Nous sommes devant bien autre chose et face à cela fort heureusement certains peuples et certains dirigeants mesurent les enjeux, ils savent que nous sommes dans une période comparable à la guerre froide, à ce temps de la guerre de Corée où les etats-Unis flanqués de leurs alliés européens et du Japon ont clairement envisagé le recours à l’arme atomique.

Si l’on veut bien comprendre cette situation cela implique que nous considérions que toutes les alliances qui sont aujourd’hui en train de se développer pour empêcher cet impérialisme destructeur dont la finalité est désormais clairement de réduire à la famine des centaines de millions d’êtres humains dans le monde, de réduire la majorité de la population dans leurs propre pays à la misère, si l’on mesure bien cela nous sommes confrontés à un élargissement du rassemblement.

Le pire danger serait de ne pas voir ce qui se joue et de rester à la surface du politcico-médiatique, de ses dénonciations vertueuses des autoritarismes du Tiers-monde, la xénophobie ordinaire. Il est clair que comme du temps de la Guerre froide une guerre culturelle est également lancée contre les peuples, on nous monte un film avec d’un côté les méchants et de l’autre les bons. est-ce un hasard si comme au temps de la Guerre froide, l’impérialisme trouve ses meilleurs alliés dans la Gauche, celle qui est toujours prête à diviser au nom de l’idéale vertu “prolétarienne”, au nom de la “démocratie”, de la liberté individuelle menacée. L’agent de la CIA aujourd’hui cela commence à se savoir a le profit de Robert ménard, mais il y en bien d’autres, et il n’est pas besoin de les traquer, il suffit de voir qui divise, qui fait de la surenchère pour isoler, qui trouve son principal ennemi dans un pays du Tiers-Monde qui défend ses ressources et sa souveraineté face aux pilleurs.

Nul doute que les jeux olympiques en Chine vont donner à ces belles âmes de quoi exsercer leurs talents vertueux.

Mais ce dont nous devons être convaincus c’est que nous sommes dans un moment passionnant de l’histoire de l’humanité, celui où le capitalisme arrivé à son stade sénile et destructeur fait la preuve qu’il doit céder la main, que sa sruvie artificielle signifie la fin de la planète. Est en train de monter partout la conscience de cette évidence, et ce que l’on peut également se dire est que jamais il a été plus aisé de convaincre les peuples de cette réalité, un champ immense d’action s’ouvre devant les révolutionnaires et jamais on aurait cru que le temps de domination apparemment sans partage de l’impérialisme sous une forme quasi impériale durerait aussi peu, un peu plus d’un décennie. Cela devrait donner du coeur à tous ceux qui agissent pour le rassemblement politique, pour un nouvel internationalisme, une émancipation humaine, où qu’il le fasse et par quelque méthode que ce soit.

Danielle Bleitrach

 

 (1) Il s’agit de Juan H.Vigueras, un économiste espagnol qui s’est spécialisé dans la critique politique de la dérégulation financière. Il vient d’écrire un livre non encore traduit en français
“La Europa opaca de las finanzas.Y sus paraísos fiscales offshore” (Icaria, Junio 2008). Il appartient au Comité d’Attac-espagne. En prenant briévement connaissance de ses travaux, j’ai été trés frappé par notre vision commune d’une Europe intégrée aux Etats-Unis par le biais du système financier, niveau qui est peu mis en évidence et qui me paraît pourtant essentiel. On s’est beaucoup trop interessé à “l’Empire” et pas assez à l’impérialisme aujourd’hui.

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