L’UE en route pour la Sibérie et derrière les Etats-Unis

19:07 | 18/ 06/ 2008
 Vous remarquerez les non-dit de l’article sur l’Union européenne, concernant en particulier le traité de Lisbonne.  Celui-ci que l’on nous a présenté comme un mini traité est désigné pâr cet expert comme un problème, une incertitude et pas seulement parce que les Irlandais viennent de le refuser, mais parce que justement il donne le feu vert à une Europe de la défense dont 20 membres sur 27 sont intégrés à l’OTAN et qui a la Russie en ligne de mire.  Comme l’indiquent deux autres articles russes, cités ici, l’Europe procède à un encerclement de la Russie avec les Etats-Unis (II). Analyse qu’il faut également rapprocher de la décisions du Sénat nord-américain d’interdire toute coopération nucléaire avec la Russie (III). Cette décision est clairement mise en relation avec le nucléaire iranien et l’on perçoit bien que ce n’est pas simplement l’Iran qui est visé mais la Russie et déjà peut-être l’Organisation de la Coopération de Shanghai.  C’est une véritable folie mais il est clair que ceux qui nous gouvernent vont jusque là. La Défense Européenne avec deux puissances industrielles militaires dominantes que sont d’abord les Britanniques (seconde industrie militaire du monde, loin derrière les Etats-Unis) et les Français (seconde industrie militaire d’Europe), ces derniers désormais totalement vassalisés aux Etats-Unis, tous deux partisans d’une défense européenne otanisée, voilà la réalité que l’on nous cache et que perçoivent bien tous les autres peuples du monde.  

Il est tout de même extraordinaire que l’étégnoir soit ainsi mis sur les questions de la Défense, ne serait-ce qu’à cause de leur implication budgétaire dans des temps où l’on veut nous priver de la sécurité sociale, où l’on veut attaquer l’assurance vieillesse. Il est extraordinaire que l’on nous fasse accepter une Europe qui nous conduit aux pires crises internationales sans jamais rien éclairer. Ce consensus criminel porte un nom: la disparition d’un parti communiste qui jadis aurait posé ce type de problème, alors qu’aujourd’hui parce qu’il s’est aligné sur le PS c’est toute la gauche qui est déportée vers une américanisation de notre vie politique, un décervelage des citoyens. Cela passe bien sûr par une désinformation et le fait que des marchands d’armes détiennent les médias n’y est pas pour rien, mais aussi par le sentiment qu’il n’y a plus de lieu pour agir. Nous sommes privés de cet instrument et c’est le repliment ou les radotages des textes de congrès et demain on nous ménera vers la guerre sans que nous sachions pourquoi…


I- L’Union européenne vers la Sibérie 

Par Dmitri Danilov, pour RIA Novosti

Le prochain sommet Russie-UE de Khanty-Mansiïsk sera probablement qualifié d’historique: les leaders européens et le président russe y donneront le feu vert aux négociations sur un nouvel Accord de partenariat et de coopération, négociations qu’ils prévoient d’engager un mois plus tard.

La Russie y était prête depuis un an et demi. Les difficultés avaient surgi au sein de l’Union européenne, qui n’arrivait pas à faire adopter le mandat pour les pourparlers avec Moscou. D’abord, c’est la Pologne qui avait occupé une position très rigide à la suite de l’interdiction par la Russie des importations de viande polonaise, non conforme aux normes sanitaires russes. Ensuite, lorsque ce problème fut enfin réglé, la Lituanie posa à son tour plusieurs conditions au lancement des négociations, à la surprise générale. Moscou est resté judicieusement dans l’expectative, considérant les obstacles apparus comme une affaire intérieure de l’UE. A présent, alors que la Commission européenne a reçu le fameux mandat pour les négociations après avoir levé les objections de Vilnius, la Russie et l’UE sont prêtes à ouvrir une nouvelle page dans l’histoire de leur partenariat.

Cependant, cela ne lève en aucun cas les désaccords au sein de l’UE sur les questions des rapports avec la Russie, ni les différences de points de vue de Moscou et de Bruxelles sur le caractère et le contenu du nouvel accord de partenariat stratégique. Les négociations promettent d’être complexes et leurs perspectives restent incertaines.

L’UE souhaiterait élaborer un document assez détaillé contenant non seulement les principes généraux et les orientations de la coopération, mais aussi une sorte de programme de développement de cette coopération dans différents domaines. Moscou juge nécessaire d’arriver à ce que le nouveau traité ne soit pas une réédition de l’Accord de partenariat et de coopération revu, dont le délai a été prorogé pour cette année. La Russie estime qu’il est important de faire entrer ses rapports avec l’Union européenne, qui est son partenaire prioritaire, dans une nouvelle dimension. Mais Moscou estime qu’il serait très difficile de tomber d’accord sur un projet trop détaillé dans des délais raisonnables. Le fait essentiel est que cet accord ne peut pas être prévu pour une période trop longue, compte tenu des transformations structurelles en cours aussi bien dans l’UE qu’en Russie. Moscou se prononce pour la signature d’un accord compact qui, d’une part, tiendrait compte des nouvelles réalités et qui soit orienté vers un partenariat approfondi et, de l’autre, permettrait aux parties de se montrer relativement souples quant à son application.

Bref, Moscou et Bruxelles se mettront à la table des négociations sans avoir une vision commune du nouvel accord. On ne sait pas encore comment régler ce dilemme apparu bien avant les pourparlers. Le fait est que la Commission européenne n’a pas le droit de modifier le mandat qu’elle a reçu des pays membres. Quant à la Russie, qui met l’accent sur la coopération sur un pied d’égalité, il est peu probable qu’elle soit prête à renoncer à son plan de négociations et à prendre pour base le projet européen.

Un compromis pourrait probablement être trouvé en complétant l’accord compact (selon le scénario russe) par des suppléments sur le développement de la coopération dans des domaines concrets (compte tenu du mandat de la Commission européenne). Mais un tel compromis revêtirait, pour beaucoup, un caractère technique, car ni l’UE, ni la Russie n’ont déterminé jusqu’à présent les objectifs souhaitables de leur coopération à long terme. Par conséquent, il sera difficile de trouver un équilibre entre l’aspiration à une nouvelle dimension des rapports et une coopération souple pragmatique.

Il y a un risque que les parties préfèrent, en fin de compte, camoufler les incertitudes et les divergences qui restent en travaillant moins sur le contenu de l’accord que sur ses formules. Exemple éloquent de document de ce genre, qui est en fait non un contrat mais une déclaration d’intentions: les feuilles de route signées il y a trois ans par la Russie et l’Union européenne portant sur la création des espaces communs: économie, sécurité intérieure et extérieure, science, ainsi qu’enseignement et culture.

Mais, d’autre part, les feuilles de route ont montré clairement que la coopération entre la Russie et l’UE a atteint une étape où les déclarations politiques sur le partenariat stratégique ne suffisent plus pour assurer la progression, il faut un nouveau fondement législatif et institutionnel. Et c’est conscientes de ce fait que les parties abordent les négociations sur le nouvel accord, c’est pourquoi il est peu probable que l’élaboration de ce document puisse s’achever rapidement.

D’autres circonstances influent également sur les délais des négociations à venir. Il s’agit, avant tout, du processus d’adhésion de la Russie à l’OMC. Pour Moscou, l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce fournira un système important de repères dans les rapports économiques avec l’Union européenne. Pour les deux partenaires, ce serait une base réglementaire commune, et les négociations sur le nouvel accord seraient menées selon la formule “OMC+”. Autrement dit, l’UE et la Russie pourraient s’entendre sur les questions de savoir sur quels aspects et jusqu’à quel point elles acceptent de dépasser le cadre et les normes de l’OMC.

Le processus de Lisbonne est une autre circonstance importante. Le traité de Lisbonne change substantiellement l’image de l’UE, ce qui doit être pris en considération dans le nouvel accord. Autre point à ne pas oublier: après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, les nouveaux mécanismes de fonctionnement de l’UE doivent subir une sorte de rodage. C’est pourquoi il est souhaitable de conclure le nouvel accord stratégique à un moment où il y aura le plus de clarté possible quant au fonctionnement pratique de la machine institutionnelle de l’UE. Actuellement, de nouveaux problèmes surgissent en raison du “non” irlandais au traité de Lisbonne. L’incertitude qui règne au sein de l’UE complique beaucoup l’élaboration des modalités de ses rapports avec la Russie, surtout à long terme. En outre, le désarroi de l’Union européenne et la nécessité de rechercher d’urgence des moyens de sortir de la situation de crise qui est apparue compliqueront inévitablement pour elle le début des négociations avec Moscou. Or, leur dynamique dépend, à bien des égards, justement de l’étape initiale, notamment de la présidence tournante de l’UE assumée par la France, qui est, de même que l’Allemagne, la locomotive de l’intégration européenne, et un partisan décidé de l’approfondissement de la coopération avec la Russie. Moscou le comprend, et ce n’est pas par hasard que le président Dmitri Medvedev a effectué sa première visite occidentale à Berlin, et que le premier ministre Vladimir Poutine s’est rendu quelques jours plus tôt à Paris.

Par conséquent, sans aller trop loin, on peut tout de même supposer que les négociations dureront au moins deux ans et qu’elles ne seront pas faciles. Si les rapports économiques se développent de façon assez dynamique, et si ce développement peut effectivement devenir la base du partenariat stratégique, en revanche, dans des sphères comme l’espace de sécurité intérieure et extérieure, l’envergure de la coopération pratique est certainement insuffisante. Pour que l’accord soit effectivement stratégique, il est important d’enregistrer des progrès dans tous les domaines, il faut équilibrer les partenariats économique et politique.

Enfin, il est temps de reconnaître que la Russie et l’UE sont non seulement partenaires stratégiques, mais aussi concurrents. Il est important de savoir de quel type sera cette concurrence. En élaborant cet accord de partenariat stratégique, il est possible d’assurer son développement transparent selon des règles établies, sur la base de la reconnaissance des intérêts mutuels. Une telle concurrence permettra d’éviter des conflits graves et de former un partenariat stratégique réel, et non pas un partenariat verbal entre deux voisins européens.

Dmitri Danilov est chef du département de la sécurité européenne de l’Institut de l’Europe de l’Académie russe des sciences.

 

 

II-  Le bouclier antimissile américain, dont l’objectif est de neutraliser le potentiel nucléaire russe, pourrait s’étendre à tous les pays voisins de la Russie, a estimé mercredi à Moscou un analyste russe interrogé par RIA Novosti.

“Nous devons nous attendre à ce que des éléments du bouclier antimissile soient déployés non seulement en Lituanie, mais aussi sur tous les territoires frontaliers de la Russie qui sont contrôlés par l’OTAN”, a indiqué Leonid Ivachov, président de l’Académie des problèmes géopolitiques, commentant les informations selon lesquelles les Etats-Unis négociaient avec la Lituanie la possibilité de déploiement du bouclier antimissile sur son territoire.

Les Etats-Unis “renforceront leur force de frappe aérienne, multiplieront leurs missiles de croisière et introduiront de nouveaux systèmes d’armement que notre défense antiaérienne sera incapable d’intercepter”, a-t-il ajouté.

Selon M. Ivachov, le bouclier antimissile américain a pour objectif de dévaluer, d’ici 2015, le potentiel nucléaire russe.

Toujours selon cet analyste russe, l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine à l’OTAN aurait des conséquences dévastatrices pour la capacité défensive de la Russie.

“Au lieu de compter sur la naïveté et la bienfaisance des Occidentaux, il faut s’attendre à ce que des éléments du bouclier antimissile américains soient déployés en Ukraine et en Géorgie après leur adhésion à l’OTAN”, a-t-il indiqué, avant d’ajouter que l’OTAN souhaitait déjà inclure dans son bouclier les radars de Moukatchevo et de Sébastopol actuellement exploités par la Russie.

Selon le général en retraite, la Russie ne consent pas suffisamment d’efforts pour s’opposer aux projets américains se bornant à une rhétorique belliqueuse face à ses partenaires occidentaux.

Le général russe a conseillé notamment à l’administration russe de faire une déclaration retentissante annonçant qu’en cas de déploiement du bouclier antimissile américain en Europe de l’Est la Russie romprait tous les liens avec l’Alliance atlantique.

Washington envisage de déployer en Europe de l’Est des éléments de son bouclier antimissile pour parer à d’éventuelles attaques venant d’Iran ou de Corée du Nord. Il compte ainsi installer un radar en République tchèque et dix missiles intercepteurs en Pologne. Moscou, se sentant menacé, a exprimé à plusieurs reprises son hostilité envers ce projet malgré les tentatives américaines pour rassurer la Russie.

 

III- Le Sénat des Etats-UNis interdit la coopération nucléaire avec la Russie 

WASHINGTON, 19 juin – RIA Novosti. Le Sénat des Etats-Unis a interdit mercredi à la Maison Blanche de mettre en vigueur l’Accord 123 portant sur la coopération russo-américaine dans le domaine de l’énergie nucléaire civile, rapporte jeudi le correspondant de RIA Novosti.

“Les Etats-Unis ne peuvent pas mettre en vigueur l’Accord conclu avec la Russie” sur la coopération dans le cadre du chapitre 123 de l’Acte sur l’énergie nucléaire et ne peuvent pas exporter vers la Russie “des matériaux ou biens, services et technologies nucléaires” jusqu’à confirmation par le président américain au Congrès que “la Russie a suspendu son soutien nucléaire et toutes les livraisons d’armes conventionnelles et de missiles à l’Iran”, lit-on dans le projet de loi concernant les sanctions contre l’Iran, ratifié par le Sénat américain.

De plus, les Etats-Unis ne peuvent pas conclure avec la Russie d’accord de coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire tant que “l’Iran n’aura pas suspendu son programme d’enrichissement d’uranium”, stipule le document.

L’accord de coopération russo-américain signé le 6 mai dernier à Moscou par le président du groupe nucléaire russe Rosatom Sergueï Kirienko et l’ambassadeur américain en Russie William Burns entrera automatiquement en vigueur si le Congrès américain ne s’y oppose pas dans un délai de 90 jours.

Selon le document, le président américain dispose de 180 jours après l’entrée en vigueur de l’Accord pour communiquer au Sénat la liste de toutes les compagnies étrangères ayant effectué des investissements excédant 20 millions de dollars après le 1er janvier 2008 dans le secteur nucléaire iranien. En cas d’adoption de cette loi, le chef de la Maison Blanche devra fournir ces données au Congrès tous les six mois.

 
 

 

2 Réponses vers “L’UE en route pour la Sibérie et derrière les Etats-Unis”


  1. 1 socio13 19 juin 2008 à 10:36

    Depêche de l’AFP
    on ne saurait être plus clair :

    “La réussite de la présidence française de l’UE est un but auquel se prépare le chef de l’Etat depuis son élection à l’Elysée. Dès son arrivée au pouvoir en mai 2007, il s’était porté au premier plan pour faire adopter la solution d’un traité simplifié, considérant avoir joué ainsi un rôle majeur pour sortir à l’époque l’Europe de l’ornière.

    Il a nommé au poste stratégique de secrétaire d’Etat aux Affaires européennes un spécialiste en la matière, Jean-Pierre Jouyet, issu de l’opposition socialiste.

    M. Sarkozy et son équipe ont défini quatre sujets prioritaires pour la présidence européenne : la mise au point d’une stratégie de développement durable pour lutter contre le réchauffement climatique, l’adoption d’un pacte européen de l’immigration, la refondation de la politique agricole commune et la relance de la défense européenne.

    Il a d’ailleurs rappelé cette dernière priorité mardi : “quel que soit l’avenir du Traité de Lisbonne, je ne changerai pas d’avis. J’entends faire de la politique de défense et de sécurité un exemple de l’Europe concrète, de l’Europe qui répond aux besoins des Européens”.

    La présidence française de l’UE sera ainsi “la première étape d’une véritable relance de la défense européenne pour les prochaines années”, a promis Nicolas Sarkozy. “

  2. 2 socio13 19 juin 2008 à 5:57

    Voici paru sur le blog de Vincent jauvert (Nouvel observateur), le discours de G.W.Bush au dernier sommet de l’OTAN, il se prononce clairement pour la Défense européenne. Il faut être un élu du PS pour prétendre opposer défense européenne et OTAN…

    discours de Bush au sommet de l’Otan

    “…les nombreux défis auxquels nous faisons face à l’aube du 21ème siècle exigent une Otan forte et une Union Européenne forte. Les nations alliées, y compris la France, ont travaillé ensemble pour transformer l’Otan face aux nouveaux défis de sécurité en élargissant sa composition, en construisant des partenariats et en lançant des opérations loin des rives de l’Otan.

    J’accueille favorablement l’intention du président Sarkozy de rendre à la France tout son rôle dans cette Otan transformée, et qu’elle assume ainsi sa place dans toutes les structures de l’Otan. Ceci renforcera l’Otan et notre capacité à faire face aux défis communs. Notre avenir est ensemble.

    En même temps, l’Union Européenne doit être un acteur fort et efficace sur la scène internationale – y compris sur les questions de sécurité. Face aux défis de sécurité d’aujourd’hui, il est de la plus haute importance que les nations européennes développent des capacités suffisamment robustes et flexibles pour participer tant à des opérations de l’Otan que de l’Union Européenne.

    Comme je l’ai dit, l’Amérique soutient une Europe forte car nous avons besoin d’un partenaire fort pour faire progresser la liberté dans le monde. Une Europe plus forte contribue à la sécurité et à la stabilité européenne et mondiale. C’est pourquoi les États-Unis encouragent leurs amis et alliés à mobiliser les ressources et à prendre les mesures nécessaires pour renforcer leurs capacités de défense.

    Nous devons aussi reconnaître que les opérations du 21ème siècle doivent inclure un large éventail d’activités civiles et militaires – des activités où l’Otan et l’Union Européenne ont des forces différentes. Ces deux grandes institutions doivent être des partenaires stratégiques, capables de travailler efficacement ensemble pour défendre nos valeurs communes et nos intérêts communs. Nous avons vu cela dans les Balkans et en Afghanistan, où l’Otan et l’Union Européenne sont engagées dans un effort conjoint. C’est pourquoi je soutiens fermement la coopération la plus étroite possible entre l’Otan et l’Union Européenne, afin que nous puissions apporter toutes capacités civiles et militaires pour faire face aux défis auxquels fait face notre communauté transatlantique.”


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