Mikhaïl Gorbatchev est un opportuniste et l’on peut s’interroger sur l’opportunité qui l’a poussé à lancer un appel à retirer le corps de Lénine du mausolée de la place Rouge. A priori, au risque de choquer pas mal de communistes, cette proposition ne me paraît pas une attaque contre nos idées, pourtant je m’interroge sur quelle mouche pique Gorbatchev pour qu’il refasse surface sous la pression d’une telle “urgence” ?… Selon mon hypmothèse qui est que derrière l’événement le plus futile peut se jouer l’Histoire la vraie, celle des peuples…
Personnellement je suis allée une quinzaine de fois dans l’ex-URSS et chaque fois quel que soit le lieu où je me rendais je restais deux ou trois jours à Moscou. Trés souvent j’ai été invitée à visiter le mausolée de Lénine. Je ne voulais pas vexer les amis russes aussi avais-je mis au point une tactique, je refusais énergiquement que l’on me fasse passer devant l’immense queue qui attendait pour aller contempler Lénine. “Alors nous n’avons pas le temps!” soupiraient les camarades étonnés de mon égalitarisme forcené. Donc j’ai échappé à cette visite qui m’horrifiait. Lénine dans les films d’actualité me paraissait si remuant, si vivant, et je trouvais que cette momification- exposition était le contraire de ce que pouvait rêver un communiste. Voilà pourquoi a priori la proposition de Gorbatchev ne me choque pas, mais je soupçonne det homme d’avoir d’autres idées derrière la tête… Notons que Gorbatchev s’est rallié avec enthousiasme à Poutine – dont on peut penser qu’il est un grand homme d’Etat, une sorte de Napoléon, mais pas un tendre. En revanche je n’ai pas beaucoup entendu Gorbatchev protester contre les résultats des élections en Tchetchenie où il y a eu plus de 90% de votants et pratiquement 90 % de voix pour le parti de poutine, Russie unie. Donc “la démocratie” de Gorbatchev ma paraît comme la tartine de confiture, elle tombe toujours du même côté…
Pourquoi donc Gorbatchev veut-il enterrer Lénine ? Il n’y a pas que Gorbatchev pour réclamer une révision des symboles. Au même moment une proposition a été faite par un certain nombre de personnalités pour que soit érigé un monument “aux victimes du communisme“, les auteurs expliquent “ N’est-il pas temps de faire enfin ses adieux aux spectres du communisme et de mettre les points sur les “i” dans l’histoire nouvelle de l’Etat russe, autrement dit, de faire ce que ses deux prédécesseurs n’ont pas pu ou n’ont pas voulu faire?”
Vous remarquerez le terme de spectre! Comme le disait déjà Marx dans le Manifeste du Parti Communiste : le spectre hante-t-il toujours l’Europe? il ajoutait que puisque tout le monde s’interroge sur ce que veulent les communistes, il faudrait qu’ils songent à le dire. Mais fermons la parenthèse.
D’abord il faut noter que ceux qui en Russie porposent ce mémorial aux victimes du communisme en ont également après les manuels scolaires qui parlent de Staline comme “d’un gestionnaire efficace“. Il se plaignent non seulement de ce manuel mais de nombreux travaux scientifiques, d’école artistiques, des documentaires qui présentent Staline “sous un jour un peu trop flatteur” S’agit-il de dénoncer les tendances autoritaires d’aujourd’hui ? Mikhaël Gorbatchev avec cette propension qu’on lui connait à étouffer la cause qu’il embrasse, dénonce non seulement Staline mais le fondateur “éternellement vivant” “du système autoritaire soviétique“- je rappelle une fois encore que le même Gorbatchev apporte son soutien au “système un peu autoritaire” de Poutine.
Cette idée de la dénonciation du léninisme avait été énoncée des les années 1990 par “les démocrates de la tendance la plus radicale“, bref soyons clairs les “libéraux“, les oligarques, tous ceux qui déchiraient à belle dent avec un appétit féroce l’ex-Etat soviétique dans le sillage du vacillant Elstine… L’opinion publique l’avait repoussé. Ce qui a le plus marqué la génération qui a vécu l’effondrement de l’Union soviétique a été l’absence de réaction populaire, la force d’inertie reste à analyser. Ce qu’il faudra peut-être un jour se décider à comprendre c’est comment avait été désorganisées toutes forces de résistance et à quoi cela était dû, donc il ne restait plus que l’inertie, ceux qui ont lu le brave soldat Schweik de Brecht sauront de quoi je veux parler. Le fait est que les mêmes se sont heurté au même refus de l’opinion publique en ce qui concerne le retrait des statues de lénine qui ornent la plupart des places des villes russes. Sans doute la décision communale ne venait jamais, le dossier se perdait…
Le seul qui a été enelevé Félix Dzerjinski (Félix de fer) sur la place Loubianka etait le fondateur de la Tcheka, puis la Guepeou, la police politique. Selon les données du VTSIOM (Centre national d’étude de l’opinion publique), il y a pourtant un quart des citoyens russes qui ont “voté” pour le retour du dirigeant de la Guepeou sur son socle initial. Un quart je trouve cela considérable mais je crois qu’il n’a pas des admirateurs seulement chez les communistes mais sans doute plus encore parmi les inconditionnels de Poutine. Au delà de l’aspect anecdotique, il y a beaucoup de gens qui ne veulent plus entendre parler de démocratie à l’occidentale, tant celle-ci s’est accompagné d’un dépeçage de l’ex-Union Soviétique, une humiliation permanente et une mise en coupe réglée de toutes les formes de droits sociaux et de protections sociales, réelles au temps de l’ex-Union soviétique. Peut-être est ce de ce côté là qu’il faut chercher les raisons de cette “nostalgie” soviétique ? Mikhaël Gorbatchev, qui n’en a cure et qui reste toujours au niveau du discours sur la “démocratie”, juge lui qu’il y a quelque chose qui cloche dans ce pays puisque certains ne veulent ni de la démolition des statues, ni de la réhabilitation des victimes, réhabilitation qui est le fond de sa proposition.
Il se heurte lui et tous ceux qui font des propositions de ce type à une forte résistance, résistance institutionnelle, par exemple celle de l’armée qui classe secret défense des propositions de réhabilitation, mais pas seulement, c’est une opinion populaire qui repousse la révision. S’agit-il de vieillards mécontents et qui ont subi le choc de l’intoduction du mibéralisme, c’est ce qu’on nous répète mais il semble que la résistance soit beaucoup plus profonde.
“En fait,note un article de ria novosti, il n’est pas bien vu ces derniers temps en Russie de critiquer l’époque soviétique et d’évoquer la responsabilité historique du pays quant à la politique du régime précédent.(…) D’autre part, à cause de cette politique de l’autruche, la politique criminelle des guides bolchéviques et leur idéologie inhumaine perdent de leur gravité dans la conscience sociale et deviennent quelque chose de plus ou moins abstrait. Selon les sondages du FOM, déjà 40% des Russes estiment que le coup d’Etat d’octobre 1917 a eu des conséquences plus positives que négatives et 54% des jeunes interrogés par le Centre Levada sont certains que l’activité de Staline a été dans l’ensemble plus positive que négative.”(1)
C’est pourquoi un certain nombre de personnalités, dont Gorbatchev lui-même ont décidé de parachever le travail et de mener une offensive contre le communisme en particulier dans les jeunes générations et on remarquera qu’il s’agit non pas de dénoncer Staline mais de faire “un paquet-cadeau” du communisme considéré comme intrinséquement pervers .
Il serait intéressant de savoir si cette vertueuse offensive est à rapprocher de la manière dont certains hommes politiques piaffent aujourd’hui à l’idée d’un développement industriel aux frais de l’Etat russe, avec des privatisations permettant un enrichissement ? Ou encore si les vagues de grève, les protestations qui se sont récemment déroulées en Russie ont quelque chose à voir avec cette offensive ou encore le fait que Russie Unie le parti de Poutine n’a qu’un seul opposant réel, le parti communiste ?
Certes Gorbatchev nous a habitué à faire à peu près n’importe quoi y compris de la publicité mais ces derniers temps il s’est caractérisé par le souci de “coller” au parti du président devenu premier ministre et il a même découvert que décidemment on ne pouvait pas faire confiance aux Etats-Unis. Il est à noter que non seulement Poutine s’est opposé à ce que soient confondus les crimes du nazisme avec ceux du stalinisme, mais qu’il a dit et répété que la fin de l’URSS était une mauvaise chose.
Peut-être faut-il également rapprocher ces propositions de Gorbatchev et d’autres sur “les crimes du communisme” des diverses tentatives qui ont fleuri en Europe et sont allées jusqu’au parlement européen proposant de mettre sur un pied d’égalité nazisme et communisme, alors même que dans les pays se sont déroulés des chasses aux sorcières on a également assisté à la multiplication de célébrations de groupements fascistes et nazis. Il y a une situation différente dans les ex-pays satellites et la Russie, c’est que dans ce dernier pays, le bolchevisme est une création autochtone alors que dans la plupart des pays européens le socialisme est intervenu derrière l’avancée de l’armée rouge et les accords de Yalta. Cela dit si dans ces pays sont utilisés tous les nationalismes et parfois les plus suspects, il est évident que les Etats-Unis ne sont pas innocents et que cette politique correspond à la volonté d’encercler la Russie, de créer des divisions et des séparatismes et plus généralement de faire de l’Europe le continent dont serait à jamais aboli toute vision socialiste, toute perspective, un bastion allié et vassal des Etats-Unis.
Ceux qui aujourd’hui tentent de faire avancer cette affaire en Russie, alors que dans l’Union européenne on assisté aux mêmes assauts de la part des plus atlantistes des dirigeants des ex-pays dans l’orbite de l’Union soviétique sont-ils des “démocrates”soucieux de l’évolution de la conscience de leurs concitoyens ? Ne s’agit-il pas plutôt de créer des courants vers l’Europe et les Etats-Unis dans une Russie qui renforce ses liens avec l’Asie, la Chine en particulier? Une Russie qui reconquiert peu à peu un rôle mondial? S’agit-il de tabler sur le nouveau président ? On le voit il ne s’agit pas de faire reposer ne paix la dépouille de Lénine, loin de tout mausolée, ce qui personnellement ne me paraîtrait pas un sacrilège, il s’agit de bien autre chose, en particulier de travailler les mémoires, pour intervenir dans le présent, le sens paraissant tout tracé… Affaire à suivre…
Danielle bleitrach
(1) La Russie entre mémoire et nostalgie
20:53 | 10/ 06/ 2008 Par Maxime Krans, RIA Novosti
Comme le peuple est ingrat et qu’elle brutes ceux-là qui refusent “d’enterrer” les dirigeants qui leur ont permis de battre les nazis, ceux qui ont contribuer à construise une société ou l’on croyait que vivre libre et avoir une vie meilleure était, pour le première fois dans l’histoire du peuple russe, possible…
Cette “nostalgie” du socialisme qui n’est pas seulement soviétique mais concerne peu ou prou tout les anciens pays socialistes, mesure bien que les peuples ne sont pas dupes de qui a gagné ce ne sont pas eux mais l’impérialisme, les oligarches ou les mafias locales. (On pourrait évoquer le rôle que joue la Tchécoslovaquie dans les offensives anti cuba.. vieille habitude de la bourgeoisie tchèques de se soumettre aux impérialismes jusqu’à jusqu’à la bêtise, on l’a vu dans l’entre deux guerres, idem pour les élites polonaises anti communiste et pro allemande jusqu’à leur écrasement par Hitler…)
Quant au pitoyable Gorbatchev, on aurait dû se méfier de lui quand Margaret Tatcher, avant même son accession au poste de premier secrétaire, disait de lui “que c’était quelqu’un avait qui on pouvait discuter” : en effet…
(Et dire que je me souviens que il y a cinq/six ans, un “leader” des rénovateurs, que j’avais bien connu à la fac, m’expliquait tout le mal qu’il pensait du PC russe et que Gorbatchev était lui un vrai communiste…
L’HISTOIRE n’est pas finie ,les gens commencent à se rendre compte qu’avec la disparition de l’URSS et l’affaiblissement des partis communistes et des syndicats c’est un recul général des acquis sociaux (santé,éducation ,emploi )aussi bien à l’est qu’a l’ouest.Les choses peuvent bouger à condition de redresser la téte et de lutter patiamment mais résolument.
Gorbatchev est un monument vivant à Louis Vuitton.
Tu oublies la pizza Hunt….
ET AUX JEUX DU CASINO QUE LES USA LUI ONT OFFERT
En réaction à la lecture de l’article paru sur le site francophone de l’agence Novosti, j’ai formulé un bref commentaire dans le cadre de leur courrier des lecteurs, (non publié à ce jour) et dans lequel je m’étonnais, à l’idée “d’enterrer Lénine”, de la permanence du rôle de fossoyeur que M. Gorbatchev entend jouer dans le riche continuum de l’histoire de son pays… “Enterrer Lénine,…”, on n’enterre pas l’histoire. (Sinon, elle vous ratrappe, sous forme d’un spectre. Dans le cas qui nous occupe, ce serait un “spectre qui hante l’Europe,…”
Merci pour votre veille infatigable et la qualité des analyses.
Serge PIERRE
J’ai visité le mausolée de Lénine en juillet 1986 ! Le prophète du bolchevisme était comme endormi, c’était très impressionnant !
C’est vraiment instructif de relire les textes et les commentaires qu’ils sucitent .Cette analyse de ce qui se jouait en Russie n’a pas pris une ride .On veut faire rentrer de force dans la téte des gens que crimes Nazis et crimes du Stalinisme sont équivalents et donc qu’il n’y avait rien de positif ( à comparer avec la formulation “du “Bilan globalement positif de l’URSS” qui moi me parait juste rien que dans le fait que l’URSS a ecrasé les hordes Nazies )dans les pays socialistes .En ce moment un sondage en ex allemagne de l’est prouve que la bas aussi les gens tirent le bilan positif de la RDA et c’est l’école qui va étre mise à contribution pour bien faire entrer dans les chéres tétes blondes ce qu’il faut “penser”!