Pour un monde meilleur : Veuillez avoir l’obligeance de nous débarrasser de vous et de vos gouvernants

On sait que les athlètes français envisagent de porter un badge “pour un monde meilleur”, une manière de protester contre “les événements” du Tibet. Il y a quelque chose qui me stupéfait toujours, c’est la manière dont des occidentaux, des français peuvent gravement disserter sur ce qui se passe au Tibet, au darfour, sans jamais s’interroger sur eux-mêmes. Comment peuvent-ils prétendre juger de problèmes INTERNES d’un pays sans jamais s’interroger sur les catastrophes internationales qu’ils ne cessent de provoquer chez les autres. Comment en arrive-t-on à une vision aussi impérialiste de son droit à gérer l’humanité ? Comment peut-on négliger aussi superbement le fait que désormais des français sont sous alimentés, que tout cela est dû non à la Chine mais à cet impérialisme que les Européens et leur rejeton sanglant, les USA ont réussi  depuis des siècles à instaurer sur la planète.

La caricature de cette attitude de “naive” ingérence étant bien sûr ces acteur d’Hollywood qui se mobilisent en faveur du Darfour ou du Tibet et qui jamais ne songent à intervenir pour que s’arrête le massacre quotidien en Irak. Mais nous Français nous leur ressemblons beaucoup, avec ce piment arrogant si particulier qui veut que nous infligions aux peuples que nous colonisons des leçons sur la révolution française, les droits de l’homme universele.

Bref nous sommes d’autant plus imbuvables que   la plupart des gens qui prennent position se fichent complétement des Tibétains, ils règlent des problèmes de prestige intérieurs ou se positionnent dans des jeux de pouvoir, c’est le narcissisme parisien. Pour combiner indifférence et hystérie, il faut en rajouter dans la description de l’horreur chez les autres, pour croire à sons propre pathos.

Voici la prose que l’on peut lire sur internet sous le thème Tibet, on aura rarement vu en peu de mots autant de contre-vérités et elles sont proférées par un certain Christophe lambert, ancien ambassadeur. Vous remarquerez sa référence : Stéphane Courtois. Celui qui fut il y a très longtemps un chercheur est désormais un employé zélé de la fondation Aznar, chargé de tester la propagande de l’ancien dirigeant franquiste et de s’introduire par le biais de prix et fondations universitaires dans l’orientation même de la recherche universitaire. On retrouve dans cette fondation non seulement Aznar, mais des banques, des trusts de la presse et des personnalités comme Juan Carlos. Etonnez-vous après cela que l’on pleure sur de pseudo génocide tibétain et qu’il ne soit rien dit sur ce qui est tenté en Bolivie, où l’oligarchie terrienne tente des manœuvres séparatistes pour en finir avec l’Indien.

« Le Tibet aujourd’hui n’existe plus. Les communistes chinois ont fait disparaître quelque 800 000 Tibétains sur 2,8 millions qui n’ont pas été seulement fusillés, mais battus à mort, crucifiés, brûlés vifs, noyés, mutilés, affamés, étranglés, pendus, ébouillantés, enterrés vivants, écartelés ou décapités (Cf. Tibet : génocide sur le « Toit du monde », in Stéphane Courtois : « Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression »). Lhassa est sinisée, défigurée par les enseignes chinoises, les gargotes, les bars et les bordels que fréquentent les Chinois qui arrivent de plus en plus nombreux, maintenant par le train Pékin-Lhassa, ce qui coûte moins cher que d’émigrer Porte d’Italie à Paris.

La jeunesse tibétaine elle-même, de plus en plus intoxiquées par la télévision, se sinise et peu à peu abandonne sa propre civilisation.
Si l’on veut trouver ce qui reste du Tibet, c’est au Bhoutan qu’il faut aller, dans certains quartiers de Katmandou et au Ladakh, « le petit Tibet » et, bien sûr, à Dharamsala en Inde, où réside le Dalaï-lama

Ceci étant, que l’on sache que les protestations, occidentales et autres, en faveur du Tibet n’auront aucun effet. Les Jeux Olympiques auront lieu. Les milliards de dollars investis dans cette grande foire au sport et à la télévision ne seront pas perdus. Il faut savoir aussi qu’obsédé de tout temps par la crainte de forces centrifuges, le pouvoir à Pékin ne cédera rien, qui se moque totalement des états d’âme de tel ou tel chef d’État occidental s’interrogeant sur sa présence à la cérémonie inaugurale des Jeux – ce ou ces présidents qui s’en vont à Pékin en grande pompe et en famille pour supplier nos « amis communistes chinois » de signer quelques contrats de nature à diminuer le nombre de nos chômeurs. »

Si je vous cite longuement ce texte c’est parce que malgré sa propagande haineuse et mensongère, il est obligé d’aborder une question qui n’est jamais posée : que pense la masse des Tibétains ? N’y a-t-il que des bonzes, des disciples du Dalaï Lama ? Depuis le début je m’interroge là-dessus. Ce texte répond avec ses caricatures « les bordels chinois » à la véritable question, celle d’un développement du Tibet, celle quoiqu’il en dise du doublement de la population tibétaine depuis le départ du dalaï Lama, que pensent-ils, que veulent-ils ? N’y a-t-il pas désormais l’instauration d’une mixité ? Les problèmes ne naissent-ils pas d’une situation bien réelle non seulement au Tibet mais dans toute la Chine, celle du passage du rural à l’urbain, avec une masse grandissante de paysans qui arrivent en ville. Le véritable défi n’est-il pas de résoudre ce développement ?

Voilà en tant que sociologue ce que j’aurais souhaité poser au débat de hier de « ce soir ou jamais » Un débat tronqué où une fois de plus les pro-dalaï lama n’ont jamais laissé la parole aux autres, coupant la parole, répétant inlassablement leur doxa.

Autre question que j’aurais posé dans ce débat et en particulier à l’intervenant qui a déclaré en toute « innocence » que c’était la faute de la Chine, elle voulait faire la démonstration de sa puissance, elle ne devait s’en prendre qu’à elle s’il y avait des manifestations contre elle. Ce qui est énorme quand on se souvient qu’il y a peu alors qu’à Gaza il y avait des centaines de morts et que Paris a fait un triomphe au salon du livre à Israël et à Simon Peres. Que personne ne songe à manifester contre l’Angleterre quand elle aura la torche alors que ses troupes sont en irak. Même quand dans Politis repris par grand soir Rony brauman dénonce ce deux poids deux mesures, il reprend les chiffres du Dalaï lama sur le fait qu’il y aurait une centaine de morts à Gaza comme à Lhassa, ce qui paraît tout à fait inexact.

Mais le fond du problème n’est même pas là. Il y a une petite différence entre ce qui est reproché aux Etats-Unis et à la Chine, même si l’on crée un signe d’égalité entre les deux vu que ces deux pays pratiquent par rapport au nombre d’habitants un usage assez comparable de la peine de mort, celle des Etats –Unis ayant de surcroît une dimension raciste, mais la véritable différence n’est-elle pas que les Etats-Unis agissent hors de chez eux, portent partout la guerre et en sont même arrivés à créer des centres de torture hors droit hors de chez eux, alors que la Chine a des problèmes de droits de l’homme internes, et que sur le plan extérieur elle paraît un facteur de paix et de développement d’abord avec ses voisins qui lui vouent une certaine reconnaissance et apprécient visiblement ce rôle.

Personnellement ma position a toujours été claire, les Etats-Unis sont ce qu’ils sont et sur leur gestion interne, leur démocratie devenue une véritable oligarchie, leur système pénal leur convient c’est l’affaire de leur citoyens. La seule chose que je leur reproche c’est la catastrophe qu’ils ne cessent d’engendrer sur la planète. Et là les manifestations sont légitimes : qu’ils arrêtent de détruire l’environnement, d’imposer des bioénergies, de développer une spéculation financière à partir de leur main mise sur une monnaie universelle qui s’affaiblit tous les jours, qu’ils arrêtent d’envahir d’autres pays, de provoquer des séparatismes, des campagnes de haine, d’entretenir des dictateurs, des terroristes, des tortionnaires chez les autres.
Parce que les Etats-Unis sont ce qu’ils sont non au plan interne mais dans les relations internationales, le bras armés des multinationales qui pillent la planète, je n’ai qu’une chose à dire à la bande de crétins qui ont pris les patins du Darfour ou du Tibet à Hollywood « bouclez-là et occupez vous plutôt d’arrêtez la guerre en Irak, arrêtez le massacre des palestiniens que vous couvrez, arrêtez vos saloperies en Amérique latine, débarrassez-nous de vous ! »
Dire cela c’est bien sûr réserver aux Français le même discours : « regardez vous avant d’aller faire la morale aux Autres ! »

Danielle bleitrach

19 Réponses vers “Pour un monde meilleur : Veuillez avoir l’obligeance de nous débarrasser de vous et de vos gouvernants”


  1. 1 Wencius 24 avril 2008 à 11:22

    Que pensent vraiment les Chinois et les Tibétains ? Pour beaucoup de Chinois, il est clair que le Tibet fait partie de la Chine. C’est un point de vue qui est déjà présent bien avant 1949. Les citoyens chinois ne se fondent pas sur l’histoire, car il y a autant de manipulations historiques, d’un côté comme de l’autre. Ils préfèrent regarder la réalité en face. Que l’on ait tort ou raison, c’est une chose, le risque réel du conflit, de la violence, c’est une autre chose…

    Du côté du gouvernement tibétain en exil, les conseillers du Dalaï-Lama maîtrisent un chinois parfait. Quand on leur pose la question de l’indépendance en privé, voici ce qu’ils répondent :

    «Vous savez, les Tibétains, en exile depuis longtemps, sont différents de ceux qui restent au Tibet. Nous savons que la plupart de Chinois n’acceptent pas que le Tibet se sépare de la Chine. Cela contient tous les risques de guerre. De plus, nous avons besoin de la Chine pour l’ouverture et la modernisation. On ne peut pas se passer de la chine. Par ailleurs à l’arrière plan du Tibet plane la menace indienne. Les Indiens ne sont pas tous des agneaux. L’histoire a montré que l’Inde a toujours cherché à grignoter le territoire du Tibet».

  2. 2 Wencius 24 avril 2008 à 11:35

    J’ai regardé l’émission hier sur le Tibet. Béja est un sinologue connu, comme Jean-Luc Domenach. Mais dès fois, ils tiennent des propos qui paraissent étranges et incompréhensibles aux Chinois. Un des étudiants de Jean-Luc Domenach a fait cette remarque que je partage parfaitement :

    “Jean-Luc Domenach a beaucoup étudié la Chine, mais m’a apparu ingénu il y a quelques années quand j’ai suivi ses leçons au Sc Po de Paris, sur la Chine. J’ai trouvé alors que ce Monsieur qui nous disait qu’il voyageait à travers la Chine depuis des années n’avait pas bien saisi le Tao chinois.

    Dans son explanation de la chose chinoise je trouvais qu’il était techniquement compétent, mais qu’il lui manquait ce feeling de la compréhension de ce qu’on appelle ici ETRE, mais qui est autre chose différente pour le chinois qu’on a dû mal à cerner!

    Passées déjà quelques années de ces conférences je retrouve aujourd’hui ici dans Le Figaro le même professeur dans une interview avec François Jullien. Je suis étonné de retrouver ce même tic ingénu du prof. à propos de la Chine, non pas que son analyse est fausse, mais parce que je trouve qu’il n’a pas toujours compris le Tao chinois.

    Par contre son interlocuteur Jullien, que je lis souvent et de façon récurrente, est un maître dans l’appréhension de l’esprit chinois. Jullien, est selon moi, un des seuls sinologues français qui a cerné le Tao chinois. Et comme il dit, en travaillant dans la connaissance de la Chine, il a appris aussi avec les outils de la pensée chinoise à mieux connaître la pensée européenne et occidentale. Je suis aussi de cet avis, et c’est d’ailleurs aussi, mon approche à moi de ces deux mondes”.

  3. 3 viktor dedaj 24 avril 2008 à 11:54

    Un ami cubain vivant en France a eu cette réflexion hier : “à voir les médias français, on croirait qu’il n’y a que des moines au Tibet. Tout le moine doit être moine là-bas. Mais alors, d’où vient le riz ?”

  4. 4 socio13 24 avril 2008 à 1:29

    Il cultivent de l’orge… mais comme la terre est basse, les moines épris de sainteté ont décidé de ne pas la labourer de peur du mal à un ver de terre (qui pourrait être quelque ancêtre réincarné… On se dmande comment ces saints moines soucieux de ne pas blesser un ombilic peuvent être les mêmes qui se livrent à des lynchages de han?

    je suis d’accord sur la remarque sur Jullien, je suis en train de lire “Chemin faisant, connaître la Chine, relancer la philosophie, je me régale et je dois dire que j’apprends beaucoup non seulement sur la Chine mais sur la pensée occidentale.

    Danielle Bleitrach

  5. 5 socio13 24 avril 2008 à 5:26

    L’idée de faire pousser du riz sur les hauteurs himalayennes me laisse rêveuse,étant bien entendu que l’origine du riz est la Chine et qu’il est cultivé sur les deux versants de l’himalaya, ils ont pas mal d’eau au Tibet mais je ne suis pas sûre que ce soit une culture de base, pourtant il est un fait que désormais les Tibétains consomment plus de riz que d’orge, est-ce que ce riz provient de Chine? Vous voyez où je veux en venir? C’est tout de même extraordinaire que l’on sache si peu sur un pays et que l’on prétende gérer ses affaires. Commaissant un peu la géographie du lieu quelqu’un pourrait-il me dire comment le Tibet peut-il survivre en se coupant de la Chine ? Les routes vers l’Inde passent par le Népal et elles sont abruptes. Comment comptent-ils nourrir le Tibétain en cas de rupture avec la Chine?

    Vous remarquerez l’enthousiasme du sieur Lambert pour le Bhoutan, décidemment ce royaume d’opérette qui semble répéter mot à mot le programme du Dalaï Lama (sa sainteté a octroyé la démocratie à des sujets qui ne la revendiquaient pas) est paré de toutes les vertus aux yeux des Européens. Savez-vous que la Commission de bruxelles a dépêché une mission de 15 observateurs au Bhoutan afin de suivre cinq semaines durant les premières élections législatives de ce petit paradis royal bouddhiste: coût de l’opération: 600.000 euros(1). Je me demande quelles sont les productions locales ayant un tel coût, ce n’est pas le beurre de yack tout de même ? Bref comment 15 personnes lâchées sur les hauteurs désolées du Bhoutan ont-elles pu coûter 600.000 euros au budget européen ? Combien nous coûtera à ce tarif là l’entretien des monastères tibétains.Déjà nous avons le Kosovo, allons nous assumer tous les pays enkystés que nous prétendons provoquer? mais j’ai mauvais esprit!
    Danielle Bleitrach

    (1) brève relevée dans l’Express du 4 avril 2008, p.24

  6. 6 Pierre M. Boriliens 24 avril 2008 à 5:45

    Bonjour,

    Vous évoquez la peine de mort en Chine. Figurez-vous qu’ils y refléchissent aussi :

    http://www.cefc.com.hk/fr/pc/articles/art_ligne.php?num_art_ligne=9101

    Chose dont on pouvait se douter, à lire François Jullien :

    http://www.monde-diplomatique.fr/2008/02/JULLIEN/15588

    Tout cela montre bien l’abîme entre la pensée, la Culture (je mets intentionnellement une majuscule, “l’élitisme pour tous” cher au CNR), et l’indigence de l’esprit de tout le reste, que nous concoctent les politiques, la journaille, l’industrie culturelle, et j’en oublie.

  7. 7 socio13 24 avril 2008 à 5:54

    Vous avez parfaitement raison, c’est ce que je tentais d’expliquer à propos de mon exemple du riz, avec la simple question : d’où vient le riz que mangent les Tibétains?

    Merci pour l’article sur la peine de mort… Il est trés intéressant. Entre temps, il y a eu une intervention que j’ai bloqué en lui demandant de supprimer les insultes et les grossieretés s’il voulait être publié… mais le gars hurlait de desespoir en déclarant que la Chine emposonnait, polluait la planète, que nous allions nous réveiller quand il serait trop tard, et que c’étaient tous des militaires tenant en esclavage leurs frères de race, que lui même allait se faire moine pour expier tout ça… Je n’invente rien c’était un cas extrême d’hystérie contre le péril jaune, mais cela fait froid dans le dos que l’on puisse provoquer par la propagande de tels réflexes. Alors que justement quand on commence à s’intéresser à une question on est de plus en plus stupéfait de constater tout ce qu’on ignore.

    Danielle bleitrach

  8. 8 Pierre M. Boriliens 24 avril 2008 à 7:40

    Notre ami Wencius évoquait le Tao chinois et le fait que nos “sinologues”, hormis Jullien, n’y avait pas compris grand-chose.
    J’ai eu une impression analogue en écoutant Domenach. Ça sonnait faux, j’ai du mal à préciser davantage. Je venais de lire François Cheng, Vide et Plein, Seuil, 1991, un petit bouquin sur le langage pictural chinois. On y apprend des tas de choses, en particulier sur la conception chinoise du temps. C’est ce qui m’a le plus frappé, tellement c’est différent de la nôtre. Au point que je me demande si ce n’est pas la question centrale.

    Bon, je vous l’accorde, c’est plutôt vague et il faudrait développer. Néanmoins, je vous invite à refléchir au “temps réel” (par rapport à la durée, à la notion de projet…), aux antipodes de la vision chinoise du temps (si j’ai bien compris), et aux conséquences que ça a par exemple sur “quand on commence à s’intéresser à une question on est de plus en plus stupéfait de constater tout ce qu’on ignore”.

  9. 9 socio13 24 avril 2008 à 7:50

    C’est trés bizarre mais ce que j’aime plus dans ce blog, (qui par ailleurs me desespère parce que désormais je suis incapable de l’illustrer et que personne ne veut m’aider)c’est cette espèce de manie collective de chercher, de fouiller un sujet, de tenter de comprendre, sans nous le dire nous sommes tous partis sur certains sujets et nous travaillons et tout à coup nous découvrons que nous en sommes aux mêmes sujets.

    A propos je vous signale qu’à côté de la Chine, je continue sur l’amérique latine, la Bolivie en particulier et j’ai trouvé un petit livre d’Alvaro Garcia Linera: pour une politique de l’égalité. communauté et autonomie dans la Bolivie contemporaine, c’est non seulement actuel mais c’est dans le prolongement du grand théoricien et dirigeant communiste péruvien José Carlos Mariategui. J’alterne Julien et le marisme andin… au fait l’éditeur c’est les prairies ordinaires. Et puis au fait avez vous lu notre livre à Bonaldi et moi sur Cuba, fidel et le Che ou l’aventure du socialisme.

    Théoriquement mais je vais vous mettre une annonce, le 15 je viens à Nanterre et le vendredi 16 mai à Valenton.

    Danielle bleitrach

  10. 10 Pierre M. Boriliens 24 avril 2008 à 11:38

    Vous savez, chercher à comprendre c’est probablement le propre de l’Homme. Et ce qui va détruire l’Occident, c’est qu’il y a renoncé, en tous cas comme objectif collectif. Ce qui fait qu’il y a effectivement encore des individus dispersés qui essayent, mais je crains que dans quelques générations, peu, ils auront disparu : parce que “ça prend la tête”.

    Regardez l’appel des anciens du CNR (2006 ?) : des “révolutionnaires” nonagénaires et plus (Vernant, Vidal-Naquet, Tillion… ;) dont la plupart sont morts depuis ! Où est la relève ?

    Regardez ce qu’on veut faire de l’Université (le lieu traditionnel depuis sa fondation, de transmission du savoir et de production de savoir nouveau). Ou de l’école (transmission des bases du savoir). Professionnaliser ! Le bac McDo et la thèse LVMH ! C’est notre arrêt de mort !

    L’exemple récent le plus savoureux et le plus ahurissant de la bêtise dans laquelle nous sommes déjà, c’est cette histoire d’avion sanitaire envoyé au petit bonheur en Colombie. J’étais mort de rire, en entendant ça ! La suite ne m’a pas déçu ! Et je le suis régulièrement en lisant ria novosti ou xinhua (ou Fidel Castro, d’ailleurs, et les autres).

    Vous voulez que je vous dise : ils se foutent de nous comme c’est pas permis. Le problème, c’est que nous ne sommes même plus capables de nous en rendre compte, tellement notre orgueil nous étouffe ! Et nos “amis américains” qui pensent (si le mot convient) qu’ils vont s’en sortir avec l’artillerie lourde… Quel gâchis ! Mais bon, nous l’aurons bien cherché ! Les civilisations meurent aussi…

  11. 11 Pierre M. Boriliens 24 avril 2008 à 11:41

    Le petit machin, c’est involontaire…

  12. 12 Pierre M. Boriliens 25 avril 2008 à 12:56
  13. 13 Blob 25 avril 2008 à 1:12

    Bonjour!

    Je lis depuis quelques temps avec intérêt votre blog.

    Je fréquente depuis maintenant quelques mois un petit groupe d’étudiants chinois, avec lesquels j’ai sympathisé.

    Une de mes amies chinoise qui est thésarde m’a particulièrement recommandé la lecture des écrits de François Cheng.

    D’après elle, c’est réellement le meilleur sinologue Français: c’est certainement celui qui a le mieux compris l’esprit chinois.

    Pour JL Domenach, j’ai entendu plusieurs opinions assez discordantes allant du mondain à la limite de l’incompétence au spécialiste de la Chine moderne. J’ai lu son petit essai chez Perrin, La Chine m’ m’inquiéte, qui m’a paru à la fois à la limite du pamphlet par certaines outrances, tout en étant finalement relativement nuancé si l’on ne s’attache pas aux tournures les plus polémiques.

    L’impression général que j’en ai est qu’il réagit un peu trop en Occidental, exaspéré par les tournures d’esprit des chinois.

    A mon avis, sa demande de boycott tombe complètement à côté de la plaque parce qu’il semble plus vouloir s’opposer aux Chinois, ce qui est le pire à faire avec eux, que réellement faire changer quelque chose.

    Je crois qu’il oublie un peu rapidement que les Chinois comprennent bien les rapports de force: ils ne disent rien contre l’Allemagne notamment, parce que sa spécialisation industrielle, particulièrement dans le domaine des machines-outils, est essentielle pour la Chine.

  14. 14 Pierre M. Boriliens 25 avril 2008 à 3:25

    @Blob

    François Cheng est chinois, et même lettré chinois, ce qui n’est pas peu dire (on considère comme simplement alphabétisé quelqu’un qui sait lire 2000 caractères !)… Mais il est aussi français d’adoption et de culture. Rien d’étonnant donc, si ce n’est le bonhomme lui-même.

    “Je crois qu’il oublie un peu rapidement que les Chinois comprennent bien les rapports de force: ils ne disent rien contre l’Allemagne notamment, parce que sa spécialisation industrielle, particulièrement dans le domaine des machines-outils, est essentielle pour la Chine.”

    Je n’en serais pas aussi sûr, de cette explication : je pense au contraire que les chinois sont parfaitement capables de se débrouiller tout seuls, et s’ils achètent des machines en Allemagne, c’est tout simplement que c’est plus rentable (pas nécessairement d’un point de vue économique, ils sont plus futés que ça) que de les fabriquer soi-même.

    Toujours cette idée, à mon avis totalement périmée et dont nous avons le plus grand mal à nous débarasser, comme si c’était dans nos gènes, que sans nous…

    Il faut quand même finir par réaliser que les chinois disposent de la bombe H, et qu’ils font dans le spatial, haute technologie s’il en est, sans nous. Eh oui, sans nous !

    Mais le mieux est d’en discuter avec vos amis chinois…

  15. 15 Blob 25 avril 2008 à 10:00

    >Pierre M. Boriliens

    Je ne suis pas d’accord avec votre explication.
    J’ai une formation de physicien, je connais assez bien ce qui touche aux programmes spatiaux et militaires et je peux vous dire que pour l’instant la Chine n’est pas très évoluée dans ses domaines.

    Le programme spatial chinois est un décalque de celui des Russes: les choix sont relativement pertinents, marqués par le même type de solutions de bon sens, mais assez vieillot.
    Il résulte pour l’essentiel de transfert technologique datant de l’époque Soviétique, amélioré par les Chinois.

    Par exemple, le test d’arme antisatellite chinois, qui a tant questionné les occidentaux est finalement assez primitive. Cela ne signifie pas qu’ils soient inefficace, mais n’importe maîtrisant les bases de la satellisation aurait pu le faire.

    Par ailleurs, là encore, cette arme était la copie directe d’une arme soviétique des années 70-80. Cela a été confirmé par les Russes, qui reconnaissent avoir transmis ce genre de technologie aux Chinois.

    Quand à la bombe H chinoise, elle est aussi directement venu avec les experts soviétiques.

    Par contre en terme d’autonomie, l’Inde est beaucoup plus impressionnante: ce pays a acquis la bombe H tout seul, ainsi que les vecteurs permettant de la transporter.

    Or, si une bombe A est quelque chose de relativement simple à faire, il n’en est pas de même de la bombe H qui met en oeuvre des réseaux technologiques et industriels plus vastes, plus sophistiqués et qui nécessite une réelle autonomie du pays.

    Les bombes H sont des armes d’une sophistication démoniaque qui supposent pour leur réalisation à la fois, une élite ouvrière et technique capable de maîtriser une vaste gamme de savoir faire en métallurgie, en chimie, en mécanique de précision et en électronique, et une élite scientifique versé dans la physique théorique, les mathématiques appliqués et l’informatique.

    Tout ceci pour dire que la Chine a encore bien des manques et des lacunes, qu’elle se doit de résoudre.
    Je pense que ce n’est pas faire du bien aux Chinois de les conforter dans une illusion de puissance, qui provoque les pires comportements en Occident, mais qui amène les Chinois eux même à s’enfermer dans une impasse.

    Si vous voulez mon avis, le monde a besoin d’une Chine puissante, tenant son rang dans le monde, pas d’une nouvelle puissance impérialiste.

    J’ai le sentiment que les chinois peuvent beaucoup apporter au monde, par leur sensibilité à la nature par exemple, par leur capacité à organiser d’immenses masses humaines et par un certain universalisme d’une nature assez différente de la notre.

  16. 16 Wencius 25 avril 2008 à 1:39

    Depuis quarante ans et malgré tous les progrès qui ont été faits depuis, le danger et le risque d’échec est toujours important. Quarante ans n’ont pas effacé cette réalité : réussir un vol spatial habité, que ce soitent par les américains, les russes ou les chinois, c’est toujours un exploit digne d’être reconnu. Malgré le spectaculaire avance des Américains, ils ont connu des échecs tout aussi spectaculaires, avec l’explosion de Challenger et aux vaisseaux.

    Un programme spacial, c’est assez particulier, cela forme des ingénieurs de haut niveau et donne une base technologique qui irriguent l’économie. Il y a plusieurs volets dans la technologie spatiale : l’accès à l’espace grâce aux lanceurs, vol habité, station spatiale, maitrise des technologies de renseignement satellitaires, maîtrise des technologies balistique, etc. Les Américains, les Russes et les Chinois sont au stade du vol habité. Les Européens l’ont abondonné avec le programme Hermès. L’Inde développe son programme GSLV et le Japon son lanceur H-II. Il faut savoir que le développement d’une capacité de lancement spatial repose directement sur les programmes militaires visant à acquérir des capacités balistique. En France par exemple, Ariane est le fruit de l’expérience acquises sur les programmes missiles M1, à M51. C’est ce qui explique pourquoi l’Inde et le Japon connaissent des difficultés importantes en matières de lanceurs.

    Certes, Shenzou est dessiné sur une base du vaisseau russe, mais sa conception entière reste chinoise. Et il a été fortement amélioré, en particulier il a été conçu en vue d’usages futurs particuliers : manoeuvres, rendez-vous, missions prolongées, etc (le Souyouz original n’a pas ces fonctions, c’est un simple taxi). De nombreuses spéculations sur la station spatiale chinoise, le programme lunaire chinois, le programme martien chinois… Et elles ne sont pas démenties. Mais la priorité numéro du programme spatiale chinois reste la protection du pays : maitrise des technologies de reconnaissance spatiale pour savoir ce qui se passe en dehors de la sphère d’influence chinoises ; capacité d’alerte avancée face à la menace proliférante des missiles balistiques. Les préoccupations chinoises sont exactement les mêmes de celles des Etats-Unis.

  17. 17 Blob 25 avril 2008 à 2:20

    >wencius

    Mon but n’était pas d’effacer les exploits des chinois. Nous sommes bien d’accord pour souligner que l’envoi d’un homme dans l’espace est effectivement un indicateur de la maîtrise par la Chine de technologie clef.

    C’est d’ailleurs au point de vue militaire le signe qu’une bonne capacité balistique, la précision du guidage des armes nucléaire obéissant aux même type de contraintes que celle du guidage d’un astronaute.

    Mais il n’empêche: la base générale de ce programme spatial est russe, avec tout ce que cela implique de rusticité.

    Que l’on ne se méprennent pas! Je pense que c’est une bonne approche dans un premier temps, parce que cela permet d’accumuler l’expérience et d’avoir un matériel que l’on maîtrise ainsi bien mieux.

    Mais cela signifie aussi que l’on ne peut en déduire une supériorité technologique future ou une grande audace technologique, qui pourrait irriguer par la suite toute la société.

    Les Russes ont pu multiplier les exploits, en faisant courir de grands risques à leurs astronautes (qui par ailleurs étaient souvent volontaires et nettement plus tête brûlée que leur dirigeants… ;) tout en ayant recours à une technologie assez vieillotte et finalement peu innovante.

    Pour résumer d’une façon un peu caricaturale: par ce qu’ils n’arrivaient pas à construire des microprocesseurs et à faire des soudures sous hautes contraintes, les Russes ont mis au point des fusées démesurément puissantes afin de transporter des satellites plus lourds.
    Ce manque de maîtrise de technologies clefs par les Russes étaient ainsi masqué par le courage et une astuce merveilleuse, qui trompa les dirigeants soviétiques.

    Je crains qu’il n’en soit de même pour les Chinois.

    Quand à ce que vous dites sur l’approche chinoise des programmes spatiaux, cela me semble tout à fait correcte.

    Les Etats -Unis d’ailleurs sont largement responsable de la course actuelle, du fait de leur volonté de dénoncer le traité d’interdiction de la militarisation de l’Espace.

    Rumsfeld dans un rapport de 2001 avait ainsi défini les objectifs stratégiques des Etats-Unis, en faisant de l’accès à l’Espace et notamment des points de Lagranges les prochains grands points stratégique à maîtriser.

    En fait, il y a belle et bien la volonté de maîtriser les véritables futurs détroits que constitue certaines orbites mais aussi les points de Lagranges, qui sont de véritables autoroutes à faibles énergies pour tout le système solaire…

  18. 18 Pierre M. Boriliens 25 avril 2008 à 4:49

    Ce que je voulais surtout dire, c’est que si on est capable d’envoyer un bonhomme en orbite, on est capable aussi de fabriquer une machine du genre de celles que vendent les allemands. Qu’importe qu’elle soit un peu moins sophistiquée, un peu moins rapide, etc. Il suffit de la faire tourner un peu plus longtemps pour obtenir le même résultat…

  19. 19 Blob 25 avril 2008 à 11:02

    >Pierre M. Boriliens

    Et bien, malheureusement, je vous répondrai pas forcement: l’exemple français est assez typique.

    Nous savons fabriquer quelques machines outils, mais nous en sommes incapable pour l’essentiel des machines utiles dans la mécaniques de précision.

    Une part des connaissances nécessaire à la construction de ses machines reposent sur un savoir-faire implicite qui est détenu par de véritables guildes d’ouvriers ultra-spécialisés et d’ingénieurs, qui protègent jalousement leurs savoirs et sont très localisés géographiquement.

    Au final, il y a finalement peu de pays capable de construire ses machines, dont les Allemands…

    Le pire est que ceci est connu depuis bien longtemps: Robert Dautray le père de la bombe H s’en était ému dans les années 70, car il avait constaté la dépendance française à cet égard lors de la construction de cette arme. Il avait alors écrit un rapport à Giscard, qui l’a gentiment enterré.

    Du coup, nous n’avons pas développé cette industrie et nous nous en mordons encore les doigts: nos spécialisations industrielles finalement ne nous permettent pas de profiter pleinement de la croissance extérieure, et surtout elles nous autorisent de moins en moins une voie autonome.

    Or comme je le disais plus haut, l’essentiel du savoir incorporé dans ses machines corresponds à des tours de mains acquis sur le terrain, de façon empirique.

    Pour maîtriser cette filière technologique, il faudrait accepter les gaspillages dus à une phase d’apprentissage et donc des investissements sur une longue durée, motivés par une vision stratégique consensuelle.

    Or là, je pense que notre pays en est désormais totalement incapable, du fait de la cécité et pour tout dire la nullité de nos dirigeants.