Prix agricoles : Bruxelles redoute un « tsunami » humanitaire

« Un choc alimentaire mondial se profile », a prévenu hier le commissaire européen au Développement, Louis Michel. L’Afrique risque d’être la région la plus touchée. Les gouvernements multiplient les mesures d’urgence.

Pour endiguer les menaces d’explosion sociale, nombre de gouvernements prennent des mesures désordonnées, jugées très insuffisantes.  Afrique, Asie, Amérique latine… La flambée des prix des denrées agricoles de base provoque des tensions sociales de plus en plus fortes, qui couvent un peu partout comme dans une gigantesque Cocotte-Minute.

Hier, le commissaire européen au Développement, Louis Michel, s’est montré franchement alarmiste. « Un choc alimentaire mondial se profile, moins visible que le choc pétrolier, mais avec l’effet potentiel d’un vrai tsunami économique et humanitaire en Afrique », a-t-il averti, à l’issue d’une rencontre avec le président de la commission de l’Union africaine, Jean Ping. La Commission européenne a décidé de renforcer son aide alimentaire d’urgence.

En Afrique, la grogne sociale se diffuse rapidement. Les émeutes contre le coût de la vie ont fait 40 morts au Cameroun en février et généré de violents incidents en Côte d’Ivoire, en Mauritanie et au Sénégal. Au Burkina Faso, plusieurs syndicats ont lancé hier une grève générale de deux jours.

Dans un rapport publié lundi, la Banque des règlements internationaux (BRI) tirait aussi la sonnette d’alarme : « Le poids de la nourriture dans les dépenses des ménages est élevé en Afrique. Cela veut dire que la hausse des prix mondiaux peut avoir un impact majeur sur les revenus réels. »

Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques, est aussi touché de plein fouet. Des milliers de personnes ont manifesté hier à Port-au-Prince. En Asie, l’envol du prix du riz exaspère de plus en plus les populations, contraignant les gouvernements, paniqués par les risques de déstabilisation, à réagir dans l’urgence. Au Bangladesh, grand importateur de riz, où les familles les plus pauvres consacrent 70 % de leurs revenus à la nourriture, l’explosion des prix constitue une vraie menace pour la survie du gouvernement intérimaire.

Pour endiguer les menaces d’explosion sociale, l’armée philippine distribue du riz dans les quartiers pauvres de Manille. Le gouvernement indonésien, obsédé par l’élection présidentielle de l’an prochain, promet lui aussi de distribuer du riz et subventionne désormais l’huile de cuisson. Mais ces mesures désordonnées et de court terme paraissent très insuffisantes à de nombreux experts.

« Des causes de long terme »
En Chine, où le prix de la viande a augmenté de 60 % en un an, la colère monte et les autorités ont gelé en janvier les prix de plusieurs produit de base. L’inflation génère aussi des troubles au Vietnam et en Thaïlande, où le prix du riz a bondi de 50 % le mois dernier. L’apparition de ces pénuries mondiales est certes en partie liée aux aléas du climat (inondations au Bangladesh, intempéries en Chine, sècheresse ailleurs…) et à l’essor des biocarburants. Mais il y a aussi « des causes de long terme », a souligné hier à Paris Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, devant l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). L’émergence de classes moyennes en Chine et en Inde, dont la demande explose, va de pair avec l’amélioration de la qualité de leur alimentation. « Elles consomment de plus en plus de poulet et de porc, eux-mêmes transformateurs de céréales », ajoute-t-il.

En outre, les grands pays producteurs réduisent leurs exportations pour protéger leur marché intérieur, poussant davantage encore les prix mondiaux à la hausse. La suspension annoncée des exportations de riz de l’Inde (troisième exportateur mondial), elle-même confrontée à une forte inflation, a généré une nouvelle poussée de fièvre. De la Chine à l’Union européenne en passant par les Philippines, il n’y a qu’un seul mot d’ordre désormais : stimuler la production agricole.

ANNE DENIS

 

vous remarquerez que cet article du journal financier les Echos s’il dresse un état des lieux ne pose aucun véritable diagnostic sur l’origine de cette situation, sur la politique appliquée depuis des années par le FMI, par les subventions aux productions agricoles dans les pays occidentaux, aux Etats-Unis, en Europe, le refus de payer la production agricole à son coût pour mieux enrichir les intermédiaires, les trusts de l’agroalimentaires, tous les phénomènes qui ont provoqué un terrible exode rural, des zones de bidonvilles s’étendant de plus en plus, sans emploi, sans conditions de vie décente, et qui aujourd’hui sont les premiers frappés par ce renchérissement des produits alimentaires.

Souvenez-vous il y a quelques mois la manière dont ont été accueillies les prévisions de Fidel Castro sur les bio-énergies, il radote ma parole ont dit certains, non en partant comme toujours du point de vue des plus pauvres il voyait plus loin quie les autres.

Autre remarque, regardez la manière où insidieusement on tente de démontrer que si tout va mal c’est parce que la Chine et l’inde ont une classe moyenne qui veut manger de la viande. Moins que les Etats-Unis, moins que nous mais nous nous avons tous les droits eux non. Il ya de cela une dizaine d’années j’ai renoncé à la voiture parce que je me suis dit qu’un système qui serait totalement invivable si tous les humains de la planète l’adoptait n’est pas juste, donc je ne voulais culpabiliser personne puisque rien n’était fait pour une autre mode de vie, mais je ne voulais pas être coupable. Je crois qu’il faut aller plus loin, il faut que tous ensemble nous réfléchissions aux moyens de changer le monde, non à partir de ce que nous souhaitons interdire aux pauvres de la planète, en imaginant une décroissance insupportable pour eux, mais en mettant la justice sociale, la paix, le développement humain comme la santé et l’éducation au coeur de la défense de la planète et de cette espèce mencée qui est la notre, l’espèce humaine.

Danielle Bleitrach

7 Réponses vers “Prix agricoles : Bruxelles redoute un « tsunami » humanitaire”


  1. 1 Pierre M. Boriliens 10 avril 2008 à 6:43

    Mais il y a aussi « des causes de long terme », a souligné hier à Paris Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, devant l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). L’émergence de classes moyennes en Chine et en Inde, dont la demande explose, va de pair avec l’amélioration de la qualité de leur alimentation. « Elles consomment de plus en plus de poulet et de porc, eux-mêmes transformateurs de céréales », ajoute-t-il.

    En somme, ils commencent à crever de faim, parce qu’ils mangeaient un peu mieux et ne crevaient plus de faim. CQFD, pour tout libéral qui se respecte !
    Odieux jusqu’au bout, cette bande de…
    Mir fällt zu Hitler nichts ein, disait Karl Kraus (Concernant Hitler, rien ne me vient à l’esprit).

  2. 2 jacques-françois bonaldi 10 avril 2008 à 10:33

    Pas quelques mois, Danielle, voilà même plus d’un an : Fidel a entamé ses Réflexions précisément sur ce point des biocarburants qui allaient, entre autres conséquences, faire flamber les cours des denrées alimentaires, le premier homme politique, je crois, à avoir lancé un cri d’alerte.
    COMME QUOI, LE VIEUX DINOSAURE AVAIT LA VUE PERÇANTE DE L’AIGLE ET VOYAIT UNE FOIS DE PLUS CE QUE LES AUTRES, LE NEZ SUR LE GUIDON, ÉTAIENT INCAPABBLES DE VOIR. JE NE RÉSISTE PAS AU PLAISIR DE DONNER A RELIRE LES DEUX PREMIÈRES ET LA QUATRIÈME OÙ IL ANNONCE LA RÉCESSION AUX USA. OUI, ON AURAIT BIEN BESOIN D’AUTRES FIDEL CASTRO…

    (PREMIÈRES) RÉFLEXIONS DE FIDEL CASTRO

    PLUS DE TROIS MILLIARDS DE PERSONNES DANS LE MONDE
    CONDAMNÉES À MOURIR PRÉMATURÉMENT DE FAIM ET DE SOIF

    Je n’exagère pas ; je serais même plutôt prudent. J’ai beaucoup réfléchi là-dessus après la réunion du président Bush avec les fabricants de voitures étasuniens.
    Ce lundi 26 mars, l’idée sinistre de convertir les aliments en carburant a été définitivement établie comme un des grands axes économiques de la politique extérieure des Etats-Unis.
    Une dépêche de l’agence de presse étasunienne, AP, qui parvient à tous les endroits du monde, affirme textuellement :

    « WASHINGTON, 26 mars (AP). Le président George W. Bush a vanté, ce lundi, les avantages des voitures roulant à l’éthanol et au biodiesel au cours d’une réunion avec les fabricants d’automobiles où il s’est efforcé de promouvoir ses plans de carburants alternatifs.
    « Bush a affirmé qu’un engagement des dirigeants de l’industrie automobile nationale de doubler leur production de voiture fonctionnant au carburant alternatif pousserait les automobilistes à renoncer aux moteurs à essence et réduirait la dépendance du pays par rapport au pétrole importé.
    « “C’est là une grande avancée technologique pour le pays”, a affirmé Bush après avoir inspecté trois voitures à carburant alternatif. “Si la nation veut réduire sa consommation d’essence, le consommateur doit avoir la possibilité de prendre une décision rationnelle.”
    « Le président a pressé le Congrès d’adopter sans retard une loi que le gouvernement a proposée récemment afin d’ordonner l’utilisation de 132 milliards de litres de carburants alternatifs d’ici 2017 et d’imposer des normes plus exigeantes d’économie de carburant automobile.
    « Bush a soutenu une réunion avec Rich Wagoner, président du Conseil d’administration et P.D. G. de General Motors Corp., Alan Mulally, P. D. G. de Ford Motor Co., et Tom LaSorda, P.D. G. du groupe Chrysler de Daimler Chrysler AG.
    « Tous les quatre ont discuté de mesures destinées à soutenir la fabrication de voitures à carburant alternatif, d’essais de produire de l’éthanol à partir de sources telles que le gazon et la sciure, et d’une proposition de réduire la consommation d’essence de 20 p. 100 d’ici dix ans.
    « Les discussions se sont déroulées alors que les prix de l’essence ont monté. L’étude la plus récente de l’organisation Lundberg Survey signale que le gallon d’essence (3,78 litres) a augmenté de 6 centimes en moyenne dans le pays ces deux dernières semaines pour atteindre 2,61 dollars. »

    Je pense que réduire mais aussi recycler tous les moteurs à électricité et à essence est une nécessité élémentaire et urgente pour toute l’humanité. L’idée tragique n’est pas de diminuer ces dépenses d’énergie, mais de convertir les aliments en carburant.
    L’on sait aujourd’hui exactement qu’une tonne de maïs ne peut produire que 413 litres d’éthanol en moyenne, selon les densités, soit 109 gallons.
    Le cours moyen du maïs aux ports étasuniens est de 167 dollars la tonne. Il faut donc 320 millions de tonnes de maïs pour produire 35 milliards de gallons d’éthanol.
    Selon la FAO, la récolte de maïs aux USA a été de 280 200 000 tonnes en 2005.
    Bien que le président Bush parle de produire du carburant à partir du gazon ou de la sciure, n’importe qui comprend qu’il s’agit de phrases absolument irréalistes. Calculons bien : 35 milliards, c’est 35 suivi de neuf zéros !
    On nous sortira ensuite de beaux exemples au sujet de la productivité par homme et par hectare qu’atteignent les agriculteurs expérimentés et bien organisés des USA ; du maïs converti en éthanol ; des résidus de ce maïs convertis en aliments pour animaux à 26 p. 100 de protéine ; des excréments du bétail utilisés comme matière première pour la production de gaz. Et ce, bien entendu, après de gros investissements à la portée seulement des entreprises les plus puissantes où tout fonctionne à l’électricité et au carburant. Appliquez donc cette recette aux pays du tiers monde et vous verrez combien de personnes parmi les masses affamées de notre planète cesseront de manger du maïs. Pis encore : prêtez donc des crédits aux pays pauvres pour qu’ils produisent de l’éthanol de maïs ou de tout autre type d’aliment, et il ne restera pas un seul arbre pour défendre l’humanité des changements climatiques !
    D’autres pays du monde riche ont prévu d’utiliser non seulement le maïs, mais encore le blé, les graines de tournesol et de colza et d’autres aliments pour produire des carburants. Il serait rentable pour les Européens, par exemple, d’importer tout le soja du monde afin de réduire la consommation d’essence de leurs voitures et de nourrir leurs animaux avec des résidus de cette légumineuse spécialement riche en tous types d’acides aminés essentiels.
    A Cuba, les alcools étaient un sous-produit de l’industrie sucrière, après trois extractions de sucre du vesou. Les changements climatiques portent déjà préjudice à notre production sucrière. De grandes sécheresses alternent avec des pluies record, ce qui permet à peine de produire du sucre pendant cent jours avec des rendements adéquats durant les mois de notre hiver très modéré, de sorte qu’il manque toujours du sucre par tonne de canne ou de la canne par hectare à cause des sécheresses prolongées à l’époque des semailles et de la culture.
    Je crois savoir qu’on utiliserait l’alcool au Venezuela non pour l’exporter, mais pour améliorer les effets qualitatifs du carburant sur l’environnement. Aussi, indépendamment de l’excellente technologie brésilienne de production d’alcool, son utilisation à Cuba pour produire directement de l’alcool à partir du vesou ne constitue qu’un rêve ou un délire de ceux qui s’illusionnent sur cette idée. Dans notre pays, les terres consacrées à la production directe d’alcool peuvent être bien plus utiles à la production d’aliments pour la population et à la protection de l’environnement.
    Tous les pays du monde, riches et pauvres, sans la moindre exception, pourraient économiser des milliards de dollars en investissements et en carburants rien qu’en substituant à leurs ampoules à incandescence des ampoules fluorescentes, comme Cuba l’a fait dans tous ses foyers. Cela signifierait un répit qui permettrait de mieux résister aux changements climatiques sans tuer les masses pauvres du monde de faim.
    Je ne qualifie pas, on le constatera, ni le système ni les maîtres du monde. Les experts en information et les hommes de sciences socio-économiques et politiques honnêtes qui abondent dans le monde et ne cessent de fouiner dans l’actualité et l’avenir de notre espèce savent le faire excellemment. Il suffit d’un ordinateur et des réseaux croissants d’Internet.
    Nous sommes face aujourd’hui, pour la première fois, à une économie vraiment mondialisée et à une puissance dominante sur le terrain économique, politique et militaire qui ne ressemble en rien à la Rome des empereurs.
    Certains se demanderont pourquoi je parle de faim et de soif. Je réponds : il ne s’agit pas du revers de la médaille, mais de plusieurs face d’une autre pièce, à la manière d’un dé à six faces ou d’un polyèdre à encore plus de plans
    Je m’en remets en l’occurrence à une agence de presse officielle fondée en 1945 et généralement bien informée des problèmes économiques et sociaux du monde : TELAM, qui affirme textuellement :

    « Près de deux milliards de personne habiteront d’ici à peine dix-huit ans dans des pays et des régions où l’eau ne sera plus qu’un lointain souvenir. Les deux tiers de la population mondiale risquent de vivre à des endroits où cette rareté provoquera des tensions sociales et économiques d’une telle ampleur qu’elles pourraient conduire les peuples à la guerre pour le précieux “or bleu”.
    « Ces cent dernières années, l’utilisation de l’eau a augmenté à un rythme de plus de deux fois supérieur au taux de croissance de la population.
    « Le Conseil mondial de l’eau (WWC) estime que 3,5 milliards de personnes seront touchées par cette grave situation d’ici 2015.
    « L’Organisation des Nations Unies a fêté le 23 mars, Journée mondiale de l’eau, en appelant à faire face d’ores et déjà à la rareté de l’eau dans le monde sous la coordination de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), en vue de souligner l’importance croissante de cette rareté de l’eau à l’échelle mondiale et la nécessité d’une intégration et d’une coopération accrues qui permettent de garantir une gestion soutenue et efficace des ressources en eau.
    « De nombreuses régions du monde souffrent une grave pénurie d’eau, à raison de moins de 500 mètres cubes par personne et par an. Toujours plus de régions connaissent un manque chronique de cet élément vital.
    « Les principales conséquences de cette pénurie d’eau sont les quantités insuffisantes de ce liquide indispensable à la production d’aliments, l’impossibilité du développement industriel, urbain et touristique et les problèmes de santé. »

    Ici conclut la dépêche de TELAM.
    Je me garde de signaler ici d’autres faits importants, comme la fonte des glaciers au Groenland et dans l’Antarctique, les dommages causés à la couche d’ozone, et les quantités de mercure croissantes que l’on trouve dans de nombreuses espèces de poissons de consommation habituelle.
    Je pourrais aborder d’autres questions, mais je ne prétendais faire qu’un simple commentaire sur la réunion du président Bush avec les P.D. G. des compagnies d’automobiles étasuniennes.

    28 mars 2007

    Fidel Castro

    (DEUXIÈMES) RÉFLEXIONS DE FIDEL CASTRO

    L’INTERNATIONALISATION DU GÉNOCIDE

    La réunion de Camp David vient de conclure. Nous avons tous écouté avec intérêt la conférence de presse des présidents des Etats-Unis et du Brésil, et les nouvelles concernant leur rencontre et les opinions qu’ils ont avancées.
    Bien que son visiteur brésilien l’ait pressé au sujet de dispositions tarifaires et des subventions qui protégent et étayent la production étasunienne d’éthanol, Bush n’a pas fait la moindre concession à Camp David.
    Le président Lula a attribué cette fin de non-recevoir à la hausse des cours du maïs qui a été, selon lui, de plus de 85 p. 100
    Un peu avant, la principale autorité brésilienne avait exposé dans The Washington Post l’idée de convertir les aliments en carburant
    Je n’ai pas l’intention de blesser le Brésil ni de me mêler de questions ayant à voir avec la politique intérieure de ce grand pays. C’est précisément à Rio de Janeiro, qui avait accueilli le Sommet mondial sur l’environnement, voilà maintenant quinze ans, que j’ai dénoncé avec véhémence, dans une allocution de sept minutes, les nuisances environnementales qui menaçaient l’existence de notre espèce. Bush père, qui était présent à cette réunion en sa qualité de président des Etats-Unis, a eu la politesse d’applaudir à la fin, comme tous les autres.
    Personne à Camp David n’a répondu à la question cruciale : où et qui va fournir les plus de 500 millions de tonnes de maïs et d’autres céréales dont les Etats-Unis, l’Europe et les pays riches ont besoin pour produire la quantité de galons d’éthanol que les grandes compagnies des USA et d’autres pays exigent en contrepartie de leurs lourds investissements ? Où et qui va produire le soja, les graines de tournesol et de colza dont les huiles essentielles vont être convertis en carburant par ces mêmes pays riches ?
    Un certain nombre de pays produisent des aliments et exportent leurs excédents. L’équilibre entre exportateurs et consommateurs était déjà tendu, si bien que les cours ont flambé. Pour être bref, je dois me borner à signaler ce qui suit.
    Les cinq principaux producteurs de maïs, d’orge, de sorgho, de seigle, de millet et d’avoine, ces grains que Bush veut convertir en matière première pour la production d’éthanol, en écoulent 679 millions de tonnes sur le marché mondial, selon des chiffres récents. De leur côté, les cinq principaux consommateurs, dont certains sont aussi des producteurs de ces grains, ont besoin aujourd’hui de 604 millions de tonnes par an. L’excédent disponible est donc de moins de 80 millions de tonnes.
    Or, ce gaspillage colossal de céréales, sans parler des graines oléagineuses, pour produire du carburant permettrait aux pays riches d’économiser à peine moins de 15 p. 100 de ce que consomment leurs voraces automobiles.
    Bush a affirmé à Camp David qu’il avait l’intention d’appliquer cette formule à l’échelle mondiale, ce qui ne signifie rien moins que l’internationalisation du génocide.
    Le président du Brésil, dans son article du Washington Post, publié la veille de la rencontre de Camp David, a affirmé que moins de 1 p. 100 des terres arables du pays était consacré à la canne à sucre destinée à la production d’éthanol. C’est le triple de la superficie que consacrait Cuba quand elle produisait presque dix millions de tonnes de sucre avant la crise de l’URSS et les changements climatiques.
    Notre pays produit et exporte du sucre depuis plus longtemps, d’abord à partir du travail des esclaves, qui finirent par être plus de trois cent mille dans les premières années du XIXe siècle et qui convertirent la colonie espagnole en la première exportatrice de sucre au monde. Presque cent ans après, au début du XXe siècle, dans la République médiatisée dont la pleine indépendance fut frustrée par l’intervention étasunienne, seuls des immigrants antillais et des Cubains analphabètes cultivaient et coupaient la canne. La tragédie de notre peuple était la morte-saison, compte tenu du caractère cyclique de cette culture. Les plantations appartenaient à des compagnies étasuniennes ou à de gros propriétaires terriens d’origine cubaine. Nous avons donc accumulé plus d’expérience que quiconque au sujet de l’incidence sociale de cette culture.
    Dimanche dernier, 1er avril, des spécialistes brésiliens affirmaient sur CNN que bien des terres consacrées à la culture de la canne dans ce pays avaient été achetées par de riches Etasuniens et Européens.
    Dans mes réflexions du 29 mars, j’ai expliqué les effets des changements climatiques à Cuba, à quoi s’ajoutent d’autres caractéristiques traditionnelles de notre climat.
    Dans notre île pauvre, qui n’est pas une société de consommation, il n’y aurait même pas assez de gens pour supporter les rigueurs qu’implique la culture de la canne à sucre, au milieu de la chaleur, des pluies ou des sécheresses croissantes. Quand les cyclones s’abattent sur l’île, même les machines les plus parfaites ne peuvent couper les cannes couchées et tordues. Des siècles durant, on n’avait pas pris l’habitude d’y mettre le feu, tandis que le sol ne se tassait pas sous le poids de machines complexes et d’énormes camions ; les engrais azotés, potassiques et phosphoriques, aujourd’hui très coûteux, n’existaient même pas, et les mois secs et les mois de pluies alternaient régulièrement. Dans l’agriculture moderne, il n’y a pas de rendements élevés possibles sans rotation des cultures.
    L’AFP a donné, dimanche 1er avril, des informations inquiétantes sur les changements climatiques que des experts réunis par les Nations Unies jugent d’ores et déjà inévitables et appelés à avoir de graves conséquences dans les prochaines décennies.

    « Les changements climatiques toucheront largement le continent américain, provoquant plus de tempêtes violentes et de vagues de chaleur qui produiront en Amérique latine des sécheresses, des extinctions d’espèce et même de la famine, selon le rapport de l’ONU qui doit être adopté la semaine prochaine à Bruxelles.
    « A la fin du siècle, chaque hémisphère aura des problèmes d’eau, et si les gouvernements ne prennent pas de mesures, la hausse des températures pourrait aggraver les risques de “mortalité, de pollution, de catastrophes naturelles et de maladies infectieuses”, avertit le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).
    « En Amérique latine, le réchauffement est déjà en train de faire fondre les glaciers des Andes et menace les forêts de l’Amazonie dont le périmètre peut finir par se transformer en savane », affirme la dépêche.
    « Compte tenu de la grande quantité de population qui vit près des côtes, les Etats-Unis sont eux aussi exposés à des phénomènes naturels extrêmes, comme l’a démontré le cyclone Katrina en 2005.
    « Ce rapport du GIEC est le deuxième d’une série de trois qui a démarré en février dernier par un premier diagnostic scientifique établissant avec certitude l’existence des changements climatiques.
    « Dans cette seconde livraison de 1400 pages, qui analyse les changements par secteurs et par régions et dont l’AFP a obtenu un exemplaire, les experts estiment que, même si l’on prend des mesures radicales pour réduire les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, la hausse des températures sur toute la planète dans les prochaines décennies est d’ores et déjà une certitude », conclut la dépêche de l’AFP.
    Comme on pouvait s’y attendre, Dan Fisk, conseiller à la sécurité nationale pour la région, a déclaré le jour même de la réunion de Camp David que « Cuba ferait partie de la discussion de questions régionales, et pour aborder non le thème de l’éthanol – sur lequel le président Fidel Castro convalescent a justement écrit un article jeudi dernier – mais celui de la famine qu’il a provoquée chez le peuple cubain ».
    Comme ce monsieur mérite une réponse, je me vois obligé de lui rappeler que le taux de mortalité infantile à Cuba est inférieur à celui des Etats-Unis. Il peut être sûr qu’aucun citoyen cubain n’est privé de soins médicaux gratuits. Tout le monde fait des études et personne ne manque d’offres de travail utile, malgré presque un demi-siècle de blocus économique et la tentative des administrations étasuniennes d’amener le peuple cubain à la reddition par la faim et l’asphyxie économique.
    La Chine n’utiliserait jamais une seule tonne de céréales ou de légumineuses pour produire de l’éthanol. Il s’agit d’une nation à l’économie prospère qui bat de records de croissance, où aucun citoyen ne manque des revenus nécessaires pour acheter des biens de consommation essentiels, bien que 48 p. 100 de la population, qui dépasse 1,3 milliard d’habitants, travaille dans l’agriculture. Elle s’est proposée au contraire de faire des économies d’énergie considérables en éliminant des milliers d’usines qui consomment des quantités d’électricité et de carburant inacceptables. Elle importe bien des aliments mentionnés de n’importe quel endroit du monde, les transportant depuis des milliers de kilomètres.
    Des dizaines et des dizaines de pays ne produisent pas d’hydrocarbures et ne peuvent pas cultiver du maïs et d’autres grains, ni des graines oléagineuses, parce qu’ils n’ont même pas assez d’eau pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.
    Lors d’une réunion convoquée à Buenos Aires par la Chambre de l’industrie de l’huile et le Centre des exportateurs et portant sur la production d’éthanol, le Hollandais Loek Boonekamp, directeur des Marchés et du Commerce agricole de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a déclaré à la presse :

    « Les gouvernement se sont emballés ; ils devraient garder la tête froide et se demander s’il faut soutenir l’éthanol si fortement.
    « La production d’éthanol n’est viable qu’aux Etats-Unis, nulle part ailleurs, à moins de subventions.
    « Ce n’est pas la manne, et nous ne devons pas nous engager à l’aveuglette », a-t-il conclu.
    « Aujourd’hui, les pays développés poussent à ce que les carburants fossiles soient mêlés aux biocarburants à hauteur de 5 p. 100, ce qui exerce déjà une pression sur les cours des produits agricoles. Si ce taux s’élevait à 10 p. 100, il faudrait utiliser 30 p. 10o de la surface semée aux USA et 50 p. 100 de celle de l’Europe. Je me demande donc si c’est soutenable. La demande accrue de cultures à éthanol fera grimper les prix et les rendra plus instables. »

    Les mesures protectionnistes se montent désormais à 50 centimes le gallon, tandis que les subventions réelles sont encore plus élevées.
    Un simple calcul arithmétique, de ceux qu’on apprend à l’école, permet de constater qu’il suffit de substituer des ampoules à basse consommation aux ampoules à incandescence pour économiser, comme je l’ai dit dans mes réflexions antérieures, des milliards de dollars en investissements et en ressources énergétiques, sans utiliser un seul hectare de terre arable.
    Sur ces entrefaites, des nouvelles publiques en provenance de Washington nous apprennent, selon l’AP :

    « La disparition mystérieuse de millions d’abeilles dans tous les Etats-Unis met les apiculteurs sur les nerfs et inquiète même le Congrès qui débattra jeudi la situation critique d’un insecte capital pour le secteur agricole.
    “Les premiers indices sérieux de cette énigme sont apparus un peu après Noël dans l’Etat de la Floride, où les apiculteurs ont constaté que les abeilles avaient disparu.
    « Depuis, ce syndrome que les experts ont baptisé Problème de la disparition des essaims (CCD, selon le sigle anglais) a réduit de 25 p. 100 les essaims du pays.
    « “Nous avons perdu plus d’un demi-million de ruches, qui compte environ 50 000 abeilles chacune”, a déclaré Daniel Weaver, président de la Fédération des apiculteurs des Etats-Unis, qui a précisé que le mal touchait une trentaine des cinquante Etats. Le plus curieux, c’est que, bien souvent, on ne trouve pas de cadavres.
    « Selon une étude de l’université de Cornell, les abeilles assurent la pollinisation de cultures évaluées de 12 à 14 milliards de dollars.
    « Les scientifiques avancent toutes sortes d’hypothèses, entre autres qu’un pesticide ait provoqué des dommages neurologiques aux abeilles et altéré leur sens de l’orientation. D’autres accusent la sécheresse, voire les ondes des téléphones portables, mais le fait est que personne se sait vraiment quelle est la cause de ce phénomène. »

    Le pire nous attend peut-être : une nouvelle guerre pour contrôler les fournitures de gaz et de pétrole, qui mettrait l’espèce humaine au bord de l’hécatombe totale.
    Des organes de presse russes, citant des services de renseignement, ont informé que les préparatifs minutieux de la guerre contre l’Iran ont démarré depuis plus de trois ans, le jour où l’administration étasunienne a décidé d’occuper totalement l’Iraq, y déclenchant une guerre civile odieuse et interminable.
    En attendant, le gouvernement des USA consacre des centaines de milliards de dollars à la mise au point d’armes à technologie hautement perfectionnée, telles celles qui utilisent des systèmes microélectroniques, ou de nouvelles armes nucléaires qui pourraient atteindre leur cible à peine une heure après en avoir reçu l’ordre.
    Les Etats-Unis se moquent royalement de l’opinion mondiale qui s’oppose aux armes nucléaires, quel qu’en soit le type.
    Démolir jusqu’à la dernière usine iranienne est une besogne technique relativement facile à exécuter pour une puissance telle que les USA. Le plus difficile risque de venir ensuite, si l’on déclenche une nouvelle guerre contre une autre croyance musulmane qui mérite tout notre respect, tout comme le méritent les autres religions des peuples du Moyen, du Proche ou de l’Extrême-Orient, antérieures ou postérieures au christianisme.
    L’arrestation de soldats britanniques dans les eaux territoriales de l’Iran semble une provocation tout à fait comparable à celle des prétendus « Frères à la rescousse » quand, violant les ordres du président Clinton, ils se sont introduits dans nos eaux territoriales et que l’action défensive de Cuba, absolument légitime, a servi de prétexte à cette administration pour signer la fameuse loi Helms-Burton qui viole la souveraineté de pays tiers. De puissants médias ont enseveli cet épisode dans l’oubli. Beaucoup de gens attribuent le fait que le baril de pétrole ait atteint lundi presque 70 dollars aux craintes d’une attaque contre l’Iran.
    D’où les pays pauvres du tiers monde tireront-ils les ressources minimales pour survivre ?
    Je n’exagère pas ni ne tiens des propos outranciers : je m’en tiens aux faits.
    Comme on peut le voir, le polyèdre a bien des faces sombres.

    Le 3 avril 2007
    Fidel Castro

    (QUATRIÈMES) RÉFLEXIONS DE FIDEL CASTRO
    CE QUI S’IMPOSE SUR-LE-CHAMP, C’EST UNE RÉVOLUTION ÉNERGÉTIQUE
    Je n’ai rien contre le Brésil. De nombreux Brésiliens, sur lesquels on ne cesse de déverser des arguments dans un sens ou un autre capables de tromper des amis traditionnels de Cuba, doivent nous juger des trouble-fêtes qui ne se soucient pas de porter préjudice aux recettes en devises de leur pays. Garder le silence serait pour moi choisir entre l’idée d’une tragédie mondiale et un prétendu avantage pour le peuple de cette grande nation.
    Je ne saurais rendre Lula et les Brésiliens responsables des lois objectives qui ont régi l’histoire de notre espèce. Sept mille ans à peine se sont écoulés depuis que l’être humain a laissé des traces tangibles de ce qui a fini par devenir une civilisation immensément riche en culture et en connaissances techniques. Ses progrès n’ont pas été les mêmes aux mêmes époques ni aux mêmes endroits géographiques. Compte tenu de l’immensité apparente de notre planète, on peut même dire que bien souvent des civilisations s’ignoraient entre elles. Jamais avant, et ce pendant des milliers d’années, l’être humain n’avait vécu dans des villes de vingt millions d’habitants comme Sao Paulo ou Mexico, ou dans des communautés urbaines comme Paris, Madrid, Berlin et d’autres où des trains sur rails ou sur coussin d’air filent à plus de quatre cents kilomètres-heure.
    A l’époque de Christophe Colomb, voilà à peine cinq cents ans, certaine de ces villes n’existaient pas ou ne comptaient que quelques dizaines de milliers d’habitants. Aucune ne dépensait un kilowatt pour éclairer les foyers. La population mondiale ne dépassait probablement pas cinq cents millions d’habitants. C’est en 1830, on le sait, qu’elle a atteint son premier milliard ; cent trente ans plus tard, elle avait triplé ; quarante-six ans après, elle s’élevait à 6,5 milliards, des pauvres dans leur immense majorité qui doivent partager les produits alimentaires avec les animaux domestiques et désormais avec les biocarburants.
    L’humanité ignorait alors les progrès de l’informatique et des moyens de communication d’aujourd’hui, même si les premières bombes atomiques avaient déjà explosé sur deux grandes communautés humaines, ce qui constitua un acte de terrorisme brutal contre une population civile désarmée, et ce pour des motifs strictement politiques.
    Le monde compte aujourd’hui des dizaines de milliers de bombes atomiques cinquante fois plus puissantes, dotées de porteurs plusieurs fois plus rapides que le son et d’une précision absolue, si bien que notre espèce perfectionnée peut s’autodétruire. A la fin de la Seconde Guerre mondiale que les peuples livrèrent contre le fascisme, on vit surgir un nouveau pouvoir qui s’empara du monde et imposa l’ordre actuel, despotique et cruel.
    Avant de se rendre au Brésil, le maître de l’Empire, Bush, a décidé que le maïs et d’autres aliments seraient la matière première idéale de biocarburants. Lula a déclaré pour sa part que le Brésil pouvait fournir tout ce qu’il faudrait à partir de la canne à sucre ; il voyait dans cette formule un avenir pour le tiers-monde, le seul problème à régler étant l’amélioration des conditions de vie des travailleurs de la canne. Il était bien conscient, et il l’a déclaré, que les Etats-Unis devaient de leur côté lever les obstacles tarifaires et cesser les subventions qui portent préjudice aux exportations d’éthanol aux Etats-Unis.
    Bush lui a répondu que les tarifs douaniers et les subventions aux agriculteurs étaient intouchables dans un pays comme les Etats-Unis, premier producteur d’éthanol au monde à partir du maïs.
    Les grandes transnationales étasuniennes qui produisent ce biocarburant et qui investissent à toute allure des dizaines de milliards de dollars avaient exigé du maître de l’Empire que non moins de trente-cinq milliards (35 000 000 000) de gallons en soient distribués sur le marché national cette année. Entre tarifs protecteurs et subventions réelles, le chiffre se montera chaque année à presque cent milliards de dollars.
    Sa demande étant insatiable, l’Empire a imposé au monde le mot d’ordre de produire des biocarburants pour libérer les Etats-Unis, le plus gros consommateur mondial d’énergie, de toute dépendance extérieure en matière d’hydrocarbures.
    L’Histoire prouve que la monoculture de la canne à sucre a été étroitement associée à l’esclavage des Africains, arrachés de force de leurs communautés naturelles et transportés à Cuba, en Haïti et dans d’autres îles antillaises. Il s’est passé exactement la même chose au Brésil.
    Dans ce pays-là, presque 80 p. 100 de la canne à sucre se coupe encore aujourd’hui à la main. Selon des sources et des études de chercheurs brésiliens, un coupeur de canne, qui travaille au rendement, doit produire au moins douze tonnes pour satisfaire des besoins élémentaires. Ce travailleur doit plier 36 630 fois les jambes, faire huit cents petits trajets en portant quinze kilos de canne aux bras et marcher 8 800 mètres au total. Il perd une moyenne de huit litres d’eau par jour. Cette productivité quotidienne par homme ne peut s’atteindre qu’à partir de la canne brûlée. On met normalement le feu à la canne, qu’elle soit coupée à la main ou à la machine, pour protéger le personnel de piqûres ou de morsures nocives et surtout pour élever la productivité. Bien que la journée de travail soit fixée de huit heures du matin à cinq heures de l’après-midi, le coupeur au rendement travaille généralement douze heures. La température atteint parfois 45º à midi.
    J’ai souvent coupé de la canne par devoir moral, tout comme d’autres autres dirigeants du pays. Je me souviens du mois d’août 1969.J’avais choisi un endroit proche de la capitale. Je m’y rendais très tôt le matin. La canne non brûlée était verte, d’une variété précoce et à rendement agricole et industriel élevé. Je coupais la canne pendant quatre heures d’affilée sans m’interrompre une minute. Quelqu’un se chargeait d’affûter la machette. J’ai toujours coupé au moins 3,4 tonnes par jour. Ensuite, je prenais une douche, je déjeunais posément et je prenais du repos à un endroit tout proche. J’ai gagné plusieurs distinctions durant la fameuse campagne sucrière de dix millions de tonnes. Je venais juste d’avoir quarante-quatre ans. Le reste du temps, jusqu’à l’heure du coucher, je me consacrais à mes tâches révolutionnaires. J’ai arrêté cet effort personnel quand je me suis blessé au pied gauche après que la machette très coupante eut traversé ma botte. Notre objectif national avait été de produire dix millions de tonnes de sucre et environ quatre millions de tonnes de mélasses d’arrière-produit. Nous n’y sommes jamais arrivés, même si nous nous en sommes approchés.
    L’URSS n’avait pas disparu (cela semblait impossible). La Période spéciale, qui nous a lancés dans une lutte pour la survie et a entraîné des inégalités économiques accompagnées des facteurs de corruption qui leur sont inhérents, n’avait pas débuté. Celui-ci décidé, l’impérialisme a cru que le moment était venu de donner le coup de grâce à la Révolution. Il est honnête de reconnaître, certes, que nous avons appris à gaspiller durant ces années d’abondance et que notre héroïque Révolution s’est accompagnée de pas mal d’idéalisme et de rêves.
    Aux Etats-Unis, les gros rendements agricoles ont été obtenus par rotation de graminées (maïs, blé, avoine, millet et autres grains semblables) et de légumineuses (soja, luzerne, haricot, etc.). Ces dernières incorporent de l’azote et de la matière organique aux sols. Le rendement du maïs aux Etats-Unis a été en 2005, selon des chiffres de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), de 9,3 tonnes à l’hectare.
    Au Brésil, il n’est que 3 tonnes. Ce pays frère a produit cette année 34 600 000 tonnes de maïs, consommées sur place comme aliment. Il ne peut rien écouler sur le marché mondial.
    Les cours de cette céréale, aliment principal de nombreux pays de la région, ont presque doublé. Que se passera-t-il quand des centaines de millions de tonnes serviront à produire des biocarburants ? Sans parler des quantités de blé, de millet, d’avoine, d’orge, de sorgho et d’autres céréales que les pays industrialisés utiliseront comme source de carburants pour moteur.
    A quoi s’ajoute la grande difficulté pour le Brésil de garantir la rotation du maïs et de légumineuses. Huit des Etats brésiliens qui le produisent traditionnellement assurent 90 p. 100 du total : Paraná, Minas Gerais, Sao Paulo, Goias, Mato Grosso, Río Grande do Sul, Santa Catarina et Mato Grosso do Sul. Par ailleurs, 60 p. 100 de la production de canne à sucre, une graminée qui ne peut alterner avec d’autres cultures, se réalisent dans quatre Etats : Sao Paulo, Paraná, Pernambouc et Alagoas.
    Les tracteurs, les coupeuses et les lourds engins de transport pour mécaniser la récolte consommeraient des quantités croissantes d’hydrocarbures. La mécanisation accrue n’aiderait en rien à éviter le réchauffement de la planète, un phénomène prouvé par les spécialistes qui mesurent la température annuelle depuis plus de cent cinquante ans.
    En revanche, le Brésil produit un excellent aliment, spécialement riche en protéines : le soja, à raison de 50 115 000 tonnes. Il en consomme presque 23 millions et en exporte 27,3 millions. Est-ce qu’une part importante de ce soja va se convertir en biocarburant ?
    Pour l’instant, les producteurs de viande bovine commencent à se plaindre que les pâturages soient transformés peu à peu en plantation de canne.
    Roberto Rodrigues, ancien ministre brésilien de l’Agriculture, ardent défenseur de la politique gouvernementale actuelle et coprésident du Conseil interaméricain de l’éthanol, créé en 2006 à partir d’un accord avec l’Etat de la Floride et la Banque interaméricaine de développement (BID) en vue de promouvoir l’utilisation du biocarburant sur le continent américain, a affirmé que le programme de mécanisation de la récolte sucrière ne génère pas plus d’emplois mais qu’il provoquera au contraire un excédent de personne non qualifié.
    L’on sait que ce sont les travailleurs les plus pauvres en provenance de différents Etats qui coupent la canne par nécessité impérieuse. Ils doivent parfois se séparer de leurs familles pendant plusieurs mois. C’est ce qui se passait à Cuba jusqu’à la victoire de la Révolution, quand la coupe de la canne se faisait à la main et que les labours et le transport étaient à peine mécanisés. Quand le système brutal imposé à notre société a disparu, les coupeurs de canne, massivement alphabétisés, ont cessé en très peu d’années de déambuler de la sorte, si bien qu’il a fallu les remplacer par des centaines milliers de travailleurs bénévoles.
    A quoi il faut ajouter le dernier rapport des Nations Unies sur les changements climatiques, au sujet de ce qu’il arrivera en Amérique du Sud à l’eau des glaciers et au bassin de l’Amazone à mesure que la température de l’atmosphère s’élèvera.
    Rien n’empêche le capital étasunien et européen de financer la production de biocarburants. Les Etats-Unis, l’Europe et les autres pays industrialisés pourraient même faire cadeau des fonds au Brésil et à l’Amérique latine et économiser plus de 140 milliards de dollars par an, sans s’inquiéter des conséquences climatiques et de la faim qui frapperaient tout d’abord les pays du tiers-monde. Il leur resterait toujours assez d’argent disponible pour les biocarburants et pour acheter à n’importe quel prix les rares aliments disponibles sur le marché mondial.
    Ce qui s’impose sur-le-champ, c’est une révolution énergétique qui consiste non seulement à remplacer toutes les ampoules à incandescence, mais aussi à recycler massivement tous les appareils électroménagers, les équipements commerciaux, industriels, de transport et à utilisation collective qui exigent, du fait de leur technologique antérieure, le double ou le triple d’énergie.
    Il est triste de penser que l’on consomme tous les ans dix milliards de tonnes de combustibles fossiles, ce qui revient à gaspiller en une année ce que la Nature en a mis un million à créer. Les industries nationales ont d’énormes tâches devant elles pour accroître les emplois. On pourrait ainsi gagner un peu de temps.
    Le monde court un autre danger d’une nature différente : une récession économique aux Etats-Unis. Ces dernières années, le dollar a battu tous les records en perte de valeur. Or, le gros des réserves de tous les pays en devises convertibles est constitué de cette monnaie et de bons étasuniens.
    Demain, 1er Mai, est un bon jour pour adresser ces réflexions aux travailleurs et à tous les pauvres du monde, ainsi que pour protester contre quelque chose de tout aussi incroyable et humiliant : la libération d’un monstre du terrorisme, justement le jour du quarante-sixième anniversaire de la victoire révolutionnaire de Playa Girón.
    Prison pour le bourreau !
    Liberté pour les cinq Héros !
    Fidel Castro Ruz
    Le 30 avril 2007
    18 h 34

  3. 3 socio13 10 avril 2008 à 10:43

    Jacques françois,Comme d’habitude nous avons toi et moi conscience de l’apport de Fidel… j’espère que notre livre aidera à le faire percevoir.

    Je crois que outre son génie politique, ce qui caractérise Fidel c’est le point de vue qu’il adopte, celui du Tiers-monde qui lui permet de voir loin à l’inverse des politiciens à courte-vue comme les notres…

    Alors que nous sommes pris dans le ridicule de ce qui vient de se passer à paris, que nous avons un univers médiatico-politique à la remorque d’un sinistre petit goebbels qui meriterait après ses exploits parisiens d’être inculpé pour entrave à l’ordre public, à défaut de pouvoir lui faire payer le déshonneur de notre pays. Pendant ce temps je reçois de tous les coins de la planète des nouvelles de luttes, de grèves, le monde s’est mis en mouvement, il n’en peut plus de misère et de malheurs…

    c’est ce que j’essaye de faire percevoir sur ce blog…

    Danielle Bleitrach

  4. 4 philippe, belgique 11 avril 2008 à 6:08

    “COMME QUOI, LE VIEUX DINOSAURE AVAIT LA VUE PERÇANTE DE L’AIGLE ET VOYAIT UNE FOIS DE PLUS CE QUE LES AUTRES, LE NEZ SUR LE GUIDON, ÉTAIENT INCAPABBLES DE VOIR.”

    C’est à mon avis bien pire et bien plus cynique! Beaucoup d’autres le voyaient également sans en avoir rien à foutre car ls estiment que ça ne les touchera pas personnellement de toute façon!

  5. 5 Thierry PIGNOLET 11 avril 2008 à 8:22

    “c’est ce que j’essaye de faire percevoir sur ce blog… ”

    Danielle Bleitrach

    ——————————-

    Et je vous en remercie, Danielle. J’ai hâte de me procurer votre dernier livre. Je vais voir votre blog chaque jour, que je considère comme une référence en la matière. J’aime comment vous n’avez pas avantagé la forme, pour tout mettre sur le fond, sur les messages à passer.

    Pour le reste, il est vrai que Fidel avait prédit cette évolution mondiale dramatique due notamment aux agrocarburants. Mais d’autres aussi, tel Jean Ziegler -rapporteur de l’ONU pour le Droit à l’alimentation-, qui a qualifié cette idée même de “crime contre l’humanité”. On ne peut être plus clair (livre à recommander : L’empire de la honte) ! Quand les responsables du monde entier vont-ils enfin se conscientiser sur leurs responsabilités envers l’humanité? Quand vont-ils enfin cesser de voir à court terme, de ne penser qu’à leur propre profit, de ne rêver qu’à conquérir l’autre et ses biens?

    Nous avons encore beaucoup de travail à faire, tant que nous vivons. Grâce à des personnes telles que vous, Danielle, il y a espoir pour nous militants et pour les 3/4 de l’humanité qui sont dans le besoin.

    Thierry PIGNOLET
    Bruxelles, Belgique

  6. 6 raannemari 20 avril 2008 à 1:21

    Lorsqu’à l’accusation des agrocarburants (j’aime pas biocarburants) de favoriser la hausse de prix des denrées alimentaires le ministre wallon de l’Economie J.C. Marcourt répond que le problème ne se pose pas en Belgique et qu’ “il existe suffisament de terres en jachère. Il n’y a pas périlsur la production agricole en l’état actuel”.
    Est-ce que cela signifie que tant que l’on peut manger en Belgique, les pauvres du monde peuvent crever de faim?

  7. 7 Wencius 5 mai 2008 à 5:38

    La crise alimentaire mondiale, qui affecte un milliard de personnes en Asie et risque de miner l’essor du continent, s’est imposée samedi à Madrid comme un thème majeur de l’assemblée annuelle de la Banque asiatique de développement (BAD), qui a annoncé des aides d’urgence.

    “La BAD va fournir immédiatement des aides budgétaires pour soutenir les pays les plus durement touchés, afin d’alléger leurs fardeaux fiscaux et amoindrir l’impact du prix croissant des aliments pour les plus pauvres”, a déclaré son président, Haruhiko Kuroda, à l’ouverture de cette 41e assemblée.

    Le montant de ces aides sera “respectable mais pas énorme” et dépendra “des demandes des pays concernés”, a-t-il ajouté.

    La flambée du prix des aliments, plus particulièrement du riz, dont le prix “a pratiquement triplé en quatre mois”, selon M. Kuroda, frappe un milliard de personnes en Asie, et compromet l’essor d’un continent dont la vigueur économique est d’une importance capitale pour l’économie mondiale.

    Elle “menace de miner l’effort global contre la pauvreté, de renforcer l’inflation, et réduit les marges budgétaires dans de nombreux pays, accroissant les risques d’une montée des taux d’intérêt et d’un ralentissement de la croissance économique asiatique”, selon la BAD.

    Les pays les plus exposés à ces risques sont le Sri-Lanka, le Pakistan, l’Inde, le Bangladesh, le Vietnam, le Kazakhstan et le Tadjikistan, selon cet organisme crée en 1966, qui compte 67 pays membres, dont 19 non asiatiques.

    Cette flambée mondiale des prix a provoqué des émeutes en avril en Egypte et à Haïti, des manifestations dans de nombreux autres pays et des restrictions des exportations de plusieurs producteurs, parmi lesquels le Brésil, le Vietnam, l’Inde et l’Egypte.

    Parmi les explications figurent le développement des biocarburants, une demande croissante venue d’Asie sur fond de modifications des habitudes alimentaires, la faiblesse des récoltes et les cours élevés du pétrole qui pèsent sur le prix des transports.

    “L’ère de la nourriture bon marché est finie”, a prédit M. Kuroda, résumant ainsi la situation de l’Asie: “tellement de population avec des ressources limitées en territoire et en eau”. “La productivité agricole doit sans cesse augmenter” pour subvenir aux besoins a-t-il plaidé.

    Il a également soutenu que la situation actuelle n’était pas une crise d’approvisionnement mais une crise de prix car il y aurait assez de riz pour nourrir l’Asie. Il a ainsi stigmatisé l’attitude de “plusieurs pays qui ont limité l’exportation de riz, ce qui affecte les prix dans d’autres pays”.

    Tout en réfutant le terme de “panique”, M. Kuroda a reconnu que des consommateurs avaient fait des provisions de riz, alimentant un “cercle vicieux”.

    Plusieurs voix ont critiqué avant le sommet l’attitude de la BAD sur le dossier alimentaire, affirmant qu’elle avait négligé l’agriculture. M. Kuroda s’est dédouané de ces critiques, affirmant: “Personne, dans la communauté internationale, n’a prédit le phénomène”.

    Il a souligné que la BAD prévoyait pour les années 2008 et 2009 d’investir environ un milliard de dollars par an dans les infrastructures agricoles, essentiellement l’irrigation.

    Face à la crise des prix alimentaires, les Nations unies et d’autres organisations internationales ont appelé à une action urgente.

    “La communauté internationale est en train de répondre très rapidement et je suis sûr qu’avec des solutions appropriées”, passant par “des efforts substantiels sur l’investissement, ce problème sera résolu”, a déclaré M. Kuroda.

    Le président de la BAD s’est déclaré hostile à la création d’un cartel du riz, sur le modèle de l’Opep pour le pétrole, proposé par plusieurs pays, notamment la Thaïlande, premier exportateur mondial de riz.

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