Bush en Europe: des honneurs de Kiev au… “Good bye, George”
21:08 | 01/ 04/ 2008

Par Andreï Fediachine, RIA Novosti
Il est fâcheux de devoir reconnaître, d’autant plus pour un président américain, que les choses vont si mal à la fin de son mandat, et que même le “dernier” sommet de l’OTAN, le plus représentatif de toute l’histoire du bloc, doive être celui du sauvetage de sa propre politique étrangère. C’est pourtant bien l’impression que donne la dernière tournée européenne de George W. Bush. Il est arrivé le soir du 31 mars en Ukraine, d’où il se rendra au sommet de l’OTAN à Bucarest (2-4 avril), avant de faire un saut en Croatie le 5 avril et de rencontrer le président Poutine le 6 avril à Sotchi.
Kiev a adressé à “l’ami George” un si chaleureux “Bienvenue en Ukraine” que les collègues européens des Etats-Unis au sein de l’OTAN devront déployer de grands efforts pour éviter que leur “Good bye, George” ne trahisse un soulagement évident. Le fait est que Bush-fils a réduit ses alliés européens de l’OTAN (il s’agit, bien entendu, des vieux Etats, et non des novices européens et baltes) à un tel état à la fin de sa présidence qu’il leur sera bien difficile de faire au président américain un beau cadeau de départ en retraite.
Washington l’a bien compris et a considérablement revu ses attentes à la baisse avant même la rencontre de l’OTAN. Juste avant son départ, George W. Bush a déclaré, dans une interview au journal allemand Die Welt, qu’il n’insistait absolument pas pour que l’Allemagne envoie ses unités dans le Sud de l’Afghanistan. Cette question risquait de susciter un grand scandale au sommet, car Berlin refuse d’envoyer ses soldats dans le Sud du pays où combattent Américains, Britanniques et Canadiens. Au lieu de cela, il sera question de l’élaboration d’une stratégie commune de l’OTAN en Afghanistan. Seul le président Nicolas Sarkozy a donné à George W. Bush des raisons de se réjouir, ayant promis d’envoyer en terres afghanes 1.000 braves Français en plus des 1.500 soldats qui s’y trouvent déjà, et de l’annoncer officiellement à Bucarest. Mais, en privé, les chefs de l’OTAN disent que la promesse de “Sarko”… sera à la hauteur de toutes ses autres promesses: les Français se trouvent dans le Nord-Est du pays, relativement calme, et n’obéissent qu’à leurs commandants.
Quant au “sixième élargissement” de l’OTAN à l’Est, il ne semble déjà plus seulement douteux, mais tout simplement irréalisable. En tout cas, tel que George W. Bush l’envisage. Des invitations à adhérer à l’OTAN devaient être lancées, lors du sommet, à l’Albanie, la Macédoine et la Croatie, ainsi que, dans une autre mesure, à la Géorgie et à l’Ukraine. Même l’admission de la Macédoine est aujourd’hui remise en question. La Grèce menace de bloquer ce processus tant que son voisin n’aura pas changé de nom: les Grecs estiment que les Macédoniens les ont privés du nom historique de leur territoire et, par dessus le marché, prétendent à une partie de ce territoire. Puisque la règle du consensus est en vigueur au sein de l’OTAN, ce qui veut dire que l’admission d’un nouveau membre implique le consentement des 26 membres actuels, le veto d’un seul pays peut être fatal.
Les perspectives de Kiev et de Tbilissi sont pires. Malgré la promesse de “l’ami George”, il semble que ni Viktor Iouchtchenko (qui se heurte à des difficultés dans son pays), ni Mikhaïl Saakachvili (la situation dans le sien est bien pire encore) ne se verront octroyer un billet d’adhésion à l’OTAN, pourtant si nécessaire à l’amélioration de leur réputation. L’Allemagne et la France, ainsi que d’autres vieux pays Européens, s’y opposent.
Sur cette question, c’est la chancelière allemande Angela Merkel qui donne le ton, car elle ne souhaite pas aggraver encore davantage l’antagonisme avec Moscou à un moment où les rapports avec la Russie se sont déjà détériorés à cause du précédent du Kosovo et des querelles autour des nouveaux systèmes de défense antimissile en Europe centrale. En privé, les diplomates allemands affirment qu’il n’y a aucune raison de se hâter d’admettre Kiev et Tbilissi au sein de l’OTAN. A moins, bien sûr, d’accepter de satisfaire le désir de George W. Bush de laisser une trace dans l’histoire. Sans même être admises à l’Alliance, l’Ukraine et la Géorgie jouent déjà un rôle de tampon entre l’OTAN et la Russie, leur situation “en suspens” est bien plus commode pour Bruxelles: elles se laissent gouverner et l’OTAN n’assume aucune responsabilité. “Toute l’énergie des Européens est déjà dirigée au-delà de 2008. Ils ont déjà besoin du sommet de 2009, alors que l’administration américaine vit toujours en 2008″, a expliqué un analyste du Centre d’études stratégiques et internationales de Washington.
Le volet russe de la tournée est également peu prometteur pour le président sortant, bien que Washington ne cesse de faire allusion à un rapprochement des positions concernant l’ABM et de souligner le désir d’établir à Sotchi un “cadre stratégique des rapports américano-russes pour les successeurs”. Une autre explication est probablement plus légitime. La Maison Blanche (et son entourage) n’a jamais assisté à une passation de pouvoir semblable à celle qui se déroule aujourd’hui en Russie et peine à comprendre jusqu’à présent ce qui attend le pays après le 7 mai (investiture de Dmitri Medvedev): un “après Poutine” ou, comme l’a formulé un diplomate européen, une époque de “semi-Poutine”. George W. Bush se rend probablement à Sotchi pour évaluer le pouvoir que le président sortant laissera en politique étrangère à son successeur Dmitri Medvedev.
Il semble qu’il s’agisse là de la véritable raison. En effet, on ne peut tout de même pas considérer comme but principal de la visite celui cité par le Sunday Times de Londres. Selon ce journal, Bush-fils et Vladimir Poutine négocieront à Sotchi “le projet de construction d’un tunnel sous le détroit de Béring”. L’aménagement du tunnel est évalué par le journal à 33 milliards de livres sterling et, après sa construction, il sera en principe possible de rallier par la terre New York depuis Londres, facilement et sans escales.
Dans l’idéal, cela fonctionne, si l’on ne tient pas compte cependant d’un petit détail: il faudra également construire une voie ferrée reliant Moscou à la Tchoukotka, ce qui sera tout simplement plus difficile que de relier Londres et New York.
LE VRAI CADEAU….
Mais le vrai cadeau, c’est Bernard kouchner, il s’en est pris aux « passéistes » aujourd’hui vendredi. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a traité vendredi de “passéistes” ceux qui critiquent “l’atlantisme” supposé de Nicolas Sarkozy après son discours lors du sommet de l’OTAN à Bucarest, les accusant de ne pas avoir “compris que le monde a changé”.
“Ce sont des passéistes! On ne bâtit pas une politique étrangère sur le seul anti-américanisme”, a-t-il déclaré sur Europe-1 depuis la capitale roumaine. Elles “se trompent lourdement de temps, nous sommes au XXIe siècle, et il faut recommencer de penser”, selon le chef du Quai d’Orsay.
“Ils n’ont pas compris que le monde a changé”, a-t-il ajouté avant de reprocher chez ceux qui ont critiqué l’attitude française “une espèce de fixation malsaine, une courte vue, une espèce de paravent de l’impuissance”.
“Je respecte beaucoup le général de Gaulle et sa décision de l’époque dans le monde coupé en deux. Maintenant, l’OTAN n’est pas le même, c’est une alliance de 26 pays, qui se prête, seulement pour l’instant (en) Afghanistan et Kosovo, à des opérations de maintien de la paix avec les Nations-Unies”, a fait valoir M. Kouchner, soulignant que “nos amis américains” ont soutenu beaucoup des idées de la France au sommet de Bucarest, notamment sur “l’Europe de la défense”,
La veille dans un débat à Sciences po, il avait été encore plus virulent tandis que Hubert Vedrine, co-débatteur buvait du petit lait, allant même jusqu’à l’appuyer quand Kouchner proclamait que la politique étrangère de la France ne pouvait pas se limiter à la défense des droits de l’homme.
DEÇUE aux larmes. Après la conférence donnée jeudi soir à Sciences-po par Bernard Kouchner, une étudiante a fait part au ministre des Affaires étrangères de son regret qu’il n’y ait pas eu davantage de débat. Très émue et après avoir été rembarrée par le ministre, elle a fustigé en pleurant « son mépris total ».
Parmi les quelque quatre-vingts étudiants venus assister à la conférence (« Quelle place pour les droits de l’homme dans la politique étrangère ? », d’autres sont sortis peu enthousiastes : « Kouchner s’est facilement débarrassé des questions gênantes », ont jugé quelques-uns.
Alors que le débat, en présence notamment de Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, était assez calme, le ton s’est enflammé sur la question du Tchad. En toute fin de conférence, devant un jeune qui refusait de le croire quand il affirmait que Paris n’était pas intervenu pour soutenir le président tchadien, Idris Déby, Bernard Kouchner a fini par s’énerver. « La France est méchante, méchante… » a-t-il lâché, se moquant de l’étudiant. Avant d’ajouter en se levant pour partir car la conférence était finie, « la France est dégueulasse ».
extraits de la Tribune et de france info
Déja à propos de Kouchner et à propos de l’OTAN j’écrivais l’an dernier ce que je pensais de la dérive du “French doctor”, mais aussi de notre non-réactivité collective à la préparation du pire…”Les crimes de masse qui se préparent seront NOS crimes…”
Voir cet article:
http://www.oulala.net/Portail/article.php3?id_article=3103
Jacques Richaud, 4 avril 2008