Après notre accés collectif d’anticléricalisme primaire, je voudrais raison garder et éviter le “choc des civilisations”. C’est pourquoi je profite de ce long week end de paques et de la baisse de la fréquentation qui ne manque pas d’intervenir pour proposer quelques lectures qui nous permettrons de réflechir avec un peu de distance. Il y a ainsi le texte du philosophe italien Domenico Losurdo écrit en 2003 et qui réagit à la manipulation des esprits, de la crédulité des masses tibétaines à celle des intellectuels occidentaux. Il dit beaucoup de choses que je partage et je pense qu’il n’y a personne de plus naif qu’un intellectuel enfermé dans la vision magique specifique des sociétés occidentales. Spécifique parce que nous sommes en pleine “fétichisation” dans un monde où la marchandise et l’argent ont perdu tout rapport avec les actes concrets des producteurs. Les objets matériels qui nous entourent en perdant cet aspect là, celui des actes productifs, deviennent complétement “fétichisés”, l’analyse bien connue de Marx par laquelle il débute le Capital, nous permet de comprendre la folie consumériste occidentale. Et je présente ici un texte de sur la décroissance avec lequel je suis en accord sur la dénonciation du consumérisme, ce fétichisme fou de la marchandise, mais en désaccord si l’on ne met pas au centre de la ré-orientation de la production la justice sociale.
1-La justice sociale au coeur d’une nouvelle orientation des besoins humains
Comme je le signale dans mon commentaire après le texte sur “en finir avec le développement durable”, il me semble que ce type de démarche doit être impérativement liée à celle de la justice sociale tant au plan international qu’au plan national et local. Si l’on ne prend pas la mesure de cette nécessité on n’avancera pas parce que le souci écologique deviendra une coquetterie de nanti s’accompagnant d’une tolérance totale au véritable pilleurs de la planète. L’écologie sera un comportement “magique” sans aucune relation avec ce que vivent ceux qui souffrent et, tout changement ayant besoin pour s’inscrire dans les faits de la mobilisation de ceux qui ont intérêt au changement, nous serons alors dans un discours religieux qui reporte à un monde idéal ce qui n’a aucune chance de se réaliser ici bas. C’est donc une question de justice mais aussi d’éfficacité si l’on veut affronter les défis urgents qui sont devant nous.
Ceci pour dire rapidement que notre “fétichisation” du monde et de nos propres actes continuent à emprunter au “religieux” alors même que nous croyons nous être débarrassé de cette catégorie de pensée par un anti-cléricalisme primaire qui revient trop souvent à critiquer les autres pour éviter de regarder nos propres limites et tenter de les dépasser. Il me semble qu’il faut également mettre au titre de notre comportement “magique”, ce que décrit jacques Richaud comme l’appel aux urnes. Notre manière de concevoir la démocratie tourne de plus en plus au rituel, au moulin à prière.
2- La nécessaire connaissance des sociétés
Autant les manoeuvres du dalaï Lama et de ses affidés me paraissent suspectes,relevant plus du politique et de l’impérialisme que de la foi, autant je trouve que limiter la médecine tibétaine à l’usage des excréments me paraît erroné. Il en est sans doute de cette médecine comme de la plupart des médecines régionales, elles ont des ressources en matière de pharmacopée qu’il faut utiliser. c’est d’ailleurs ce que font les Chinois qui simplement séparent ces principes de tout l’environnement mystique (et c’est là qu’interviennent les “fluides” des lamas), personnellement je suis assez pour la séparation mais l’être humain étant ce qu’il est la dimension croyance est importante également.
Pour ce que je sais de l’histoire humaine, elle ne suit pas une ligne droite disait Levi Strauss”elle avance comme les chevaux du jeu d’échec”.
Il est des manipulateurs de la crédulité humaine mais il y a aussi pour moi, peut-être à cause de mon métier de sociologue, la nécessité de comprendre la manière dont chaque société se représente son être, ses rapports sociaux et son histoire et ce sans a priori.Il y a des moments où des “wagons” qui pour nous sont séparés la “magie”, la médecine”, le politique et le religieux vont encore ensemble. Il est des sociétés comme la chinoise dont la base mythique a été beaucoup moins développée que la notre, d’où la critique de “matérialisme” de la société chinoise, donc cette société a moins besoin de “vérité” tranchée par rapport aux mythes, mais elle est plus naturellement dialectique c’est-à-dire que la vérité ou plutôt la “voie” est évolutive. Si vous allez sur le site du quodien du peuple vous verrez recensés un certain nombre de “concepts” que les chinois ont du intégrer dans leur relation avec l’occident, par exemple celui de “contrefaçons” qui leur est profondément étranger et donc avec ce concept celui de “brevet”, de propriété intellectuelle, etc.
3- Spiritualité et matérialisme
Ce que je crains c’est que dans un contexte aussi outrancier que celui que nous traversons, où le politique tend à utiliser comme une secte et un attrape-gogo l’identité culturelle tibétaine, nous ne soyons pas apte à comprendre ce qu’est la spiritualité et retournions à un matérialisme vulgaire (qui ne me paraît pas celui des Chinois d’ailleurs). Et que d’autre part nous en restions à ce niveau de spiritualité sans mesurer les contradictions matérielles qu’une société en croissance rapide affront comme le passage du rural à l’urbain, le développement inégal, etc.
Enfin je voudrais ajouter le principal, il me semble que la foi relève de l’intime conviction et le problème est ce qu’on en fait. la théologie de la libération a eu ses martyrs en Amérique latine, encore aujourd’hui Chavez, Morales et Correa sont trés croyants et se réfèrent au Christ, et ce que nous montre cet article de Michel Peyret, complété par un autre sur le même Ali sharati c’est que l’isalm a ses théologies de la libération. Si j’ai plusieurs fois pris position pour un dialogue avec Tariq ramadam c’est qu’à son propos, sans parler de théologie de la libération, il y a un effort qui est celui de la gauche des frères musulmans pour entrer dans une modernité de transformation, de justice.
Autant je n’attends plus grand chose des forces politiques organisées en France, des rituels démocratiques, autant je suis convaincue que si l’on veut échapper aux catégories dans lesquelles le système de propagande du politico-médiatique nous enferme, autant il faut “écouter pousser l’herbe”, être attentif à ce qui nait et ne pas avoir d’oeillères. Au titre de mon accès d’anticléricalisme primaire ce n’est pas un hasard si j’ai mis la photo de Ségolène Royal en Chine. Tout y est de notre vulgarité occidentale(1): Une campagne électorale déshonorante sans véritable alternative où tout se joue dans l’image et quelle image. Une femme qui fait du tourisme sur la grande muraille, l’utilise, la fétichise pour faire la démonstration de compétences internationales qu’elle n’a pas. Tout le prouve non seulement la manière dont elle ne cesse de dire des imbécilités sur le monde, du refus du nucléaire civil à l’iran au boycott des jeux olympiques, ne rien savoir mais manipuler l’émotion populaire, celle fabriquée par l’obscurantisme médiatique. Quelle différence y a-t-il avec l’obscurantisme des moines tibétains ? Aucun même pas l’échelle de la propagande… Mépriser les autres au point de s’habiller en blanc qui est la couleur du deuil, ne pas savoir qu’aux yeux des chinois, cette photo est celle d’une veuve en grand deuil dont on peut se demander qui elle est et pourquoi elle est là. Il faut des siècles de colonialisme pour en arriver là. Voilà notre religion, celle de l’apparence, de la vulgarité, celle du fétichisme consumériste pour lequel nous sommes prêts à sacrifier une humanité que nous avons appris à mépriser tout en lui infligeant notre religion “démocratique”, celle du marché.
Danielle Bleitrach
(1) à lire Marc-Vincent Howlett. triomphe de la vulgarité. éditions de l’olivier. 2008
DE L’URNE A LA PAGODE
Merci Danielle pour ce “recentrage” de la réflexion sur la spiritualité et les religions qui me semblent très important et nécessiteront encore beaucoup de développements, nous y reviendrons mais je suis d’accord sur ta vision du problème dans ce domaine.
Tu évoques ce ““concepts” que les Chinois ont du intégrer dans leur relation avec l’occident, par exemple celui de “contrefaçons” qui leur est profondément étranger et donc avec ce concept celui de “brevet”, de propriété intellectuelle, etc.” …Il y a longtemps que ce sujet m’interpelle, car les Chinois comme beaucoup de peuples dont on parle moins du fait de leur moindre importance économique, nous donnent l’occasion de relancer le débat sur la “propriété”, sur la “dépossession”, celle qui résulte de l’appropriation des savoirs et du brevetage protecteur des intérêts privés ; nous sommes au cœur d’un questionnement au centre du marxisme, qui est celui du bien commun et de l’instauration des inégalités… Comme un retour au “voleur de bois” si bien analysé par Daniel Bensaïd et que j’avais commenté sur ce forum… Mais ce débat central sur la “propriété” demande une pédagogie solide pour dissocier la contrefaçon du vol, inclure la légitimité ou l’illégitimité de la possession, faire le lien aussi entre le ralliement à l’OMC et le consentement à la renonciation à un “autre modèle” dans lequel le “bien commun partagé” semblait aller de soi…
D’accord aussi pour assimiler “le vote” que j’évoque dans mon papier à un rituel qui ouvre des abysses d’interrogations ; mais là aussi il nous faut revenir à Marx et à ce que nous voudrions entendre par démocratie populaire. On ne peut éluder le sujet qui entre le principe et la forme de son application est au centre de nos représentations de la vie politique… C’est aussi la raison pour laquelle j’ai regretté que tu refuses la contribution récente de Corcuff dont j’avais dans la présentation commencé la “critique” en posant quelques désaccords, mais il me semblait utilement contributif à ce débat ; Peut-être n’est-ce pas trop tard, au lendemain du “coït électoral” dont nous sommes tous sortis aussi frustrés les uns que les autres.
Jacques Richaud 23 mars 2008
Il ne s’agit pas à proprement parler d’un refus d’article mais comme j’en reçois une soixantaine par jour il m’arrive de ne pas avoir le temps de les lire et je dois dire que le titre sur Corcuff ne m’avait pas alléché à priori. Celui publié aujourd’hui de Micel Peyret attend depuis plus d’une semaine. sans parler des articles plus proprement politiques par exemple aujourd’hui un article tout à fait intéressant sur la manière dont les socialistes ont raflé le Conseil général de la Seine Saint Denis. Je pense que mon blog devenu aussi à sa manière un lieu collectif, alimenté par vous tous, doit rester ce qu’il est: un peu à la marge, un laboratoire, prenant le risque de l’interprétation à chaud quitte à provoquer pendant un temps le doute ou l’incompréhension, comme dans le cas de la Colombie ou les événéments du Tibet.
C’est un lieu où l’on prend le risque de l’anticonformisme et des débats vifs, s’ils sont bien centrés sans censure, c’est un lieu qui alimente d’autres sites plus ouverts et avec lesquels nous travaillons. C’est un lieu disons d’obédience marxiste mais ouvert à d’autres courants, le tout à condition d’un débat qui soit attentif à ce qui est dit. Donc il peut arriver vu l’abondance des textes que l’un ne passe pas cela ne signifie pas qu’il ait démérité mais simplement que je n’ai pas eu le temps d’en prendre connaissance.
Je renouvelle l’appel à traducteur.
Danielle Bleitrach
“je pense qu’il n’y a personne de plus naif qu’un intellectuel enfermé dans la vision magique specifique des sociétés occidentales.”
Très juste ! Mais je constate que ce phénomène ne concerne pas seulement les intellectuels occidentaux, il concerne aussi les intellectuels chinois. Voici ici un appel d’intellectuels chinois assez étranges. Il ne met en avance que la propagande chinoise, comme s’il n’y a pas eu de propagande es médias occidentaux :
“Douze propositions d’intellectuels chinois pour résoudre la situation actuelle au Tibet
Pour l’instant le style de la propagande unilatérale déployée dans les médias officiels chinois, en attisant le ressentiment ethnique et en exacerbant la tension résultant de la situation actuelle, a considérablement miné l’objectif à long terme de la sauvegarde de l’unité nationale†: nous appelons à mettre un terme à ce type de propagande.
Nous soutenons l’appel du Dalaï Lama en faveur de la paix, nous espérons qu’en suivant les principes de bienveillance, de paix et de non-violence, une issue favorable sera trouvée aux affrontements ethniques. Nous condamnons toutes les actions violentes dirigées contre des civils innocents, et exhortons fermement le gouvernement chinois à arrêter la répression violente†; nous appelons aussi la population tibétaine à s’abstenir de toute action violente.
Le gouvernement chinois affirme dans sa propagande qu’´†il existe suffisamment de preuves pour démontrer que la clique du Dalaï Lama a organisé, prémédité et planifié dans le moindre détail†ª les événements présents. Nous espérons que le gouvernement produira ces preuves, et nous proposons que le gouvernement invite le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU à diligenter une enquête indépendante sur ces preuves et sur le déroulement des événements eux-mêmes, ainsi que sur le nombre des morts et des blessés, s’il souhaite infléchir le point de vue contraire et l’attitude de doute qui prévalent dans la communauté internationale.
Nous estimons que des déclarations dans le style de la Révolution culturelle, comme celles faites par le dirigeant du Parti communiste dans la région autonome du Tibet, affirmant que le Dalaï Lama est un chacal en habit de moine, un démon à face humaine et au cœur de bÍte sauvage†ª ne sont d’aucune aide pour apaiser la situation, et n’améliorent pas l’image du gouvernement chinois. Nous estimons que le gouvernement chinois, qui cherche à tout prix à s’intégrer à la communauté internationale, doit montrer un visage conforme à un style de gouvernement moderne civilisé.
Nous notons que le jour même où des actions violentes ont éclaté à Lhassa (le 14 mars), les responsables de la région autonome du Tibet ont déclaré détenir ´†suffisamment de preuves pour démontrer que la clique du Dalaï Lama a organisé, prémédité et planifié cela dans le moindre détail†ª. Cette déclaration montre que les autorités du Tibet savaient à l’avance que des violences allaient éclater, mais qu’elles n’ont pris aucune mesure efficace pour les empêcher ou les contenir. Il convient de mener une enquête rigoureuse afin de déterminer s’il y a eu négligence et d’en tirer des conséquences s’il y a lieu.
Si, en fin de compte, il est impossible de démontrer que les événements ont été organisés, prémédités, et planifiés dans le moindre détail, et qu’il s’avère qu’il s’agissait d’une « révolte populaire » provoquée, il faudra rechercher les responsables qui ont provoqué cette révolte populaire et fabriqué de fausses informations pour tromper le gouvernement central et la population. Il faudra également entamer une réflexion approfondie, et tirer les leçons de cette expérience, afin d’éviter que de tels événements se reproduisent.
Nous appelons vigoureusement à ne pas faire subir au peuple tibétain d’investigation généralisée ni de règlements de comptes. Le jugement de ceux qui auront été arrêtés devra suivre une procédure juridique ouverte, juste et transparente, faute de quoi il ne permettra pas d’apaiser toutes les parties impliquées.
Nous exhortons le gouvernement chinois à permettre à des médias chinois et étrangers qui jouissent de la confiance publique à se rendre dans les zones tibétaines afin d’y conduire des entretiens indépendants. Nous estimons que le blocage médiatique actuel ne peut que susciter la méfiance des citoyens et de la communauté internationale†; il endommage la crédibilité du gouvernement chinois. Si le gouvernement contrôle la situation, il n’a aucune raison de craindre une enquête méticuleuse. C’est seulement en adoptant une attitude ouverte que notre gouvernement pourra infléchir la défiance actuelle de la communauté internationale envers lui.
Nous appelons le peuple chinois et les Chinois de l’étranger à conserver une attitude calme et tolérante, et à se consacrer à une réflexion profonde. L’affichage d’un nationalisme véhément ne provoquera que le rejet de la communauté internationale, et nuira davantage à l’image internationale de la Chine.
Dans les années 1980, les protestations au Tibet se sont toujours limitées à Lhassa, cette fois elles se sont diffusées à toutes les régions tibétaines. Cette détérioration de la situation démontre que la politique tibétaine reste entachée de graves manquements†; les administrations concernées doivent faire leur examen de conscience et changer radicalement une politique ethnique qui a ainsi démontré son échec.
Afin d’éviter que de tels événements se reproduisent, le gouvernement chinois doit respecter le droit à la liberté de religion et à la liberté de parole clairement stipulés dans la constitution chinoise, permettre à la population tibétaine d’exprimer pleinement son mécontentement et ses espoirs, et permettre aux citoyens de toutes les ethnies d’exprimer leurs critiques et leurs propositions vis-à-vis de la politique ethnique du gouvernement.
Nous estimons qu’il faut éliminer le ressentiment ethnique, réaliser l’harmonie entre les ethnies et cesser d’exagérer la division entre les différentes ethnies. Si un pays veut éviter le démembrement, il doit d’abord éviter la fracture ethnique. Pour cette raison, nous appelons les dirigeants chinois à dialoguer directement avec le Dalaï Lama. Nous espérons que les Chinois et les Tibétains pourront éliminer les malentendus, développer les échanges, et réaliser l’union entre eux. Qu’il s’agisse des agences du gouvernement, ou des organisations populaires et des personnalités religieuses, tous doivent œuvrer en vue de cet objectif.
22 mars 2008
Wang Lixiong (Pékin, écrivain), Liu Xiaobo (Pékin, écrivain indépendant), Zhang Zuhua (Pékin, juriste constitutionnaliste), Sha Yexin (Shanghai, écrivain, Hui), Yu Haocheng (Pékin, juriste), Ding Zilin (Pékin, professeur), Jiang Peikun (Pékin, professeur), Sun Wenguang (Shandong, professeur), Yu Jie (Pékin, écrivain), Ran Yunfei (Sichuan, éditeur, Tujia), Pu Zhiqiang (Pékin, avocat), Teng Biao (Pékin, avocat, universitaire), Liao Yiwu (Sichuan, écrivain), Jiang Qisheng (Pékin, universitaire), Zhang Xianling (Pékin, ingénieur), Xu Jue (Pékin, chercheur), Li Jun (Gansu, photographe), Gao Yu (Pékin, journaliste), Wang Debang (Pékin, écrivain indépendant), Zhao Dagong (écrivain indépendant), Jiang Danwen (Shanghai, écrivain), Liu Yi (Gansu, peintre), Xu Hui (Pékin, écrivain), Wang Tiancheng (Pékin, universitaire), Wen Kejian (Hangzhou, profession libérale), Li Hai (Pékin, écrivain indépendant), Tian Yongde (Mongolie intérieure, défenseur de droits populaires), Zan Aizong (Hangzhou, journaliste), Liu Yiming (Hubei, écrivain indépendant), Liu Di (Pékin, profession libérale).
Règles pour signer la pétition†:
1. Signer publiquement
2. Signer de son vrai nom ou nom de plume le plus courant
3. Inscrire son nom, sa province de résidence, sa profession
4. Envoyer les signatures à l’adresse suivante: xizangwenti@gmail.com.”
Effectivement j’adore ces intellectuels chinois, je me dis en lisant leur texte qu’il correspond exactement à ce que l’on peut souhaiter, un véritable Etat de droit tant au plan international que celui de mon pays. J’apprécie particulièrement leur suspicion à l’égard des qualificatifs, leur désir que soit élucidée l’attitude des responsables chinois. C’est juste. Ces exigences me prouvent à quel point nous nous ressemblons… Mais il est aussi évident que ces intellectuels respectables se font des illusions sur ce que l’on peut attendre de l’impartialité occidentale. Et je vais expliquer pourquoi malgré ma sympathie je ne signerai pas ce texte.
leur devoir est d’écrire ce qu’ils écrivent comme moi il est de mon devoir de dénoncer ce qui se passe en occident et la domination impérialiste.C’est la première raison pour laquelle en tant qu’intellectuelle occidentale je ne dois pas la signer. Chacun doit tracer son sillon et celui-là n’est pas le mien.
Mais même de leur point de vue chinois, un point est contestable dans leur démonstration: personnellement à leur place j’aurais refusé de signer ce texte tant qu’il n’aurait pas été corrigé: l’appel à l’intervention étrangère ou même le dialogue forcé avec le dalaï Lama. La Chine doit, vu ce qu’est l’impérialisme, la domination occidentale maintenir mordicus qu’il s’agit d’une affaire intérieure chinoise, si elle accepte la moindre entorse à ce principe elle perd le bras de fer sans bénéfice pour personne.
Pire encore, en ce moment même comme la Chine contrôle les troubles sur le territoire national, il est tenté de provoquer une crise entre l’Inde et la Chine. L’inde qui craint le passage du Nepal au communisme est en train d’être tentée par un appui des révoltés du DalaÏ lama, les communautés indiennes se rangent aux côtés des troupes du dalaÏ Lama à la fois par crainte du Nepal et pour rendre service aux Etats-Unis. Ce basculement est trés dangereux et la seule chose qui puisse calmer la situation est la fermeté de la Chine, le refus de toute ingérence étrangère.
Bref mes charmants intellectuels chinois ont raison d’être ce qu’ils sont mais qu’à dieu ne plaise que personne ne les écoute.
Danielle Bleitrach
Cet échange avec Wen Cius est passionnant et je propose de le DEPLACER (Avec aussi ce commentaire en réponse à WC et DB) en double aussi vers l’article “Ce qui se joue au Tibet” où me semblent avoir été mis les commentaires les plus intéressants (mais ils le sont tous !)
Juste deux observations:
- Je partage avec Danielle la défiance envers l’occident dont l’évocation peut être interprétée comme une forme de ‘naïveté’ des signataires. Mais je respecte ceux qui prennent de tels risques, le moindre étant de se tromper, le pire étant connu de tous.Leur texte montre au moins que pour certains intellectuels Chinois aussi la situation est “complexe” et ne peut se réduire à une approche manichéenne autour du “chacal en habit de moine”…
- Même une “affaire intérieure chinoise” peut nous interpeller, non pas comme donneurs de leçons mais au nom de la considération que nous entretenons pour tous les peuples. Les luttes anti-apartheid en Afrique du sud ou aux USA étaient aussi des affaires intérieures et bien d’autres révoltes ou le motif du soutien était en relation avec l’injustice perçue et pas avec un critère géographique. Pour Israël, toute leur politique est affaire “intérieure” et nous ne nous taisons pas.
Merci à Wen Cius pour ce complément d’information qui nous écarte encore de la tentation d’une vision trop réductrice.Moi, je sais encore que je ne sais pas ce qu’il en est vraiment. L’évaluation géostratégique ‘globale’ est assez aisée je crois; la réalité des faits et de leur motivation profonde ’sur le terrain’ m’échappe encore…Notre internationalisme est interpellé et cela mérite une attention sans laquelle nous perdrions notre crédibilité.
Jacques Richaud 23 mars 2008