Joseph Stiglitz and Linda Bilmes: La guerre des trois trillons de dollars

Le coût des conflits d’irak et d’Afghanistan a cru dans des proportions ahurissantesJoseph Stiglitz and Linda Bilmes
CEPRID
9 - III - 08
Traduction de Danielle bleitrach 82a3d383e8307ea996860487c9187d6b08.jpg
Le gouvernement Bush s’est trompé en escomptant les bénéfices de la guerre, y compris en tenant compte de ses coûts. Le président et ses conseillers espéraient un conflit rapide et économique. Mais au lieu de cela, nous avons une guerre qui est en train de coûter plus que ce que l’on a pu jamais imaginer.
Le coût des opérations militaires directes des Etats-Unis, sans inclure les coûts de la longue durée, comme les soins aux vétérans blessés, dejà excède le coût de la guerre de 12 ans au Viet-Nam et est plus lourd que le coût de la guerre de Corée.
Au meilleur des cas, ces coûts en projection atteignent dix fois le coût de la Première guerre du Golfe, presque un tiers de plus que la guerre du Vietnam, et le double de la première guerre Mondiale. L’unique guerre de notre histoire qui a coûté plus fut la Seconde guerre Mondiale, quand 16,3 millions de troupes étasuniennes  combattirent dans une campagne qui dura 4 ans, avec un coût total (en dollars de 2007, eprès ajustement avec l’inflation) autour de 5 trillons de dollars (qui est 5 millions de millions de dollars). Pratiquement avec toutes les forces armées engagées dans la lutte contre les Allemands et les japonais, le coût pour la troupe (en dollars d’aujourd’hui) était de moins de 100.000 dollars actuels. Le contraste est grand avec la guerre d’Irak où le coût grimpe jusqu’à 400.000 dollars pour la troupe.


A la majorité du peuple Américain  il reste encore à sentir ces coûts.  Le prix du sang a été payé avec nos militaires volontaires et employés contractants. Le prix sur le trésor a été financé, dans une certaine forme, presque totalement avec les emprunts. Les impôts n’ont pas augmenté  pour payer la guerre- de fait, les impôts des riches ont même diminué. L’approfondissement du Déficit donne l’impression que les lois de l’économie peuvent être bafouées, que nous pouvons avoir les armes et le beurre. Mais il est évident que les lois ne peuvent être bafouées, les coûts de la guerre sont réels, tout au plus peuvent-ils être ajournés, il est possible que ce soit sur une autre génération ?
A la veille de la guerre il y a eu des discussions sur l’estimation des coûts. Larry Lindsey, conseiller économique du président Bush et la plus haute autorité du Conseil Economique National, avait suggéré qu’ils pourraient atteindre 200 billions de dollars.  Mais cette estimation fut repoussée par le secrétariat de Défense, Ronald Rumsfeld , et considéré comme une folie. Son second, Paul Wolfowitz, a suggéré que la reconstruction après la guerre pourrait être payée grâce à la croissance des bénéfices pétroliers. Mitch Daniels, directeur de l’Office Administratif et du budget, et le Secrétaire Rumsfeld  ont estimés les coûts dans l’ordre de 50 à 60 billions de dollars, une partie d’entre eux seraient financés par d’autres pays. (après ajustement à l’inflation, en dollars 2007, ces projections atteingaient entre 57 et 69 billions de dollars). Le ton du gouvernement était arrogant, comme si les chiffres étaient insignifiants.
Même Lindsey,  qui après avoir signalé  que la guerre pourrait coûter 200 bilions de dollars a déclaré que « le triomphe complet de la guerre pourra être bon pour l’économie».  Retrospectivement, Linsay souestima énormement tant le coût de la guerre que celui des incidences sur l’économie ?
Si tant est que le Congrès ait approuvé le surplus des 200 billions de dollars de supplément de guerre requis pour l’année fiscale de 2008, on serait loin du compte, le Congrès déjà a accordé une total de plus de 845 billions de dollars pour les opérations militaires, les reconstructions, les coûts des ambassades, les renforcements de la sécurité dans les bases nord-américaines, et les programmes d’aide extérieure en Irak et Afghanistan.

Pendant que la cinquième année de la guerre arrive à son terme, on peut prévoir que les coûts de l’opération (dépenses de la guerre, ou ce qui pourrait s’appeler « coût de gestion ») pour 2008 excédent les 12,5 billions par mois seulement pour l’irak, beaucoup plus que les 4,4 billions de dollars de 2003, et avec l’Afghanistan le total est de 16 billions de dollars par mois. Ce total est équivalent au budget annuel des Nations Unies, ou au moins de 13 Etats des Etats-Unis. Encore ceci, ne comprend pas les 500 billions de dollars que nous gaspillons chaque année en dépenses régulières du Département de la Défense. Sans parler d’autres dépenses occultes, commes les réunions de renseignements ou les fonds mêlés aux budgets des autres départements. 
Comme il y a beaucoup de coûts que le gouvernement ne compte pas, le coût de la guerre beaucoup plus élevé que les chiffres officiels. Par exempke, les officiels du gouvernement parlent fréquemment de la vie de nos soldats comme s’ils n’avaient pas un prix. Mais si l’on se situe au niveau des coûts, ces vies « sans prix » apparaissent dans la comptabilité du pentagone simplement comme 500.000 dollars – montant payé aux survivants, en pension pour mort et assurances sur la vie. Depuis qu’a commencé la guerre, ces coûts ont augmenté de 12.240 à 100.000 dollars (par pension de décès) et de 250.000 à 400.000 dollars pour assurances sur la vie. Ces montants croissants sont une fraction de ce que les survivants pourraient recevoir s’ils avaient perdu la vie dans un absurde accident de transport. Dans des domaines comme la santé et les régulations de sécurité, le Gouvernement des Etats-Unis évalue la vie d’un jeune au meilleur moment de ses capacités de espérances futures à plus de 7 millions de dollars- beaucoup plus de ce que paye l’armée en pensions pour la mort. En utilisant cette estimation, le coût d’à peine 4000 soldats américains mortsen iraK arrivent autour de 28 bilions de dollars.
Les coûts pour la société sont évidemment beaucoup plus élevés que les chiffres qui apparaissent dans le budget du gouvernement. Un autre exemple de coûts cachés est l’entretien des pertes de l’armée des Etats-Unis. Les statistiques des pertes du département de la Défense sont mises au point à partir des pertes qui résultent des actions hostiles (de combat) – établis par l’armée. Ainsi si un soldat est blessé ou meurt dans un accident d’auto durant la nuit, cela est qualifié de « sans relation avec le combat»- alors que serait égal le péril pour les soldats voyageant de jour.
De fait, le pentagone conserve deux types de livres. Le premier contient la liste officielles des pertes publié dans le site Web del DOD [1]. Le second, difficile à trouver, est seulement dans un site web différent et se peut obtenir que sous la Loi de liberté de l’information. Ces données montrent que le nombre total de soldats blessés, atteints ou qui ont souffert d’une quelconque maladie est le double du nombre de blessés au combat, ils peuvent être advenus même si les soldats n’avaient pas été en irak. Notre nouvelle recherche montre que la majorité de ces dommages et infirmités sont en relation directe avec le service requis pour la guerre.
En nous faisant avaler  le breuvage malsain du financement émergent, de multiples livres et chroniques souestiment les ressources nécessaires pour poursuivre la guerre,nous avons commencé à calculer ce que nous avons dépensé- et combien nous dépenserons encore plus finalement. Le chiffre auquel nous aboutisson est plus élevé que 3 trillons de dollars. Nos calculs sont basés sur des suppositions prudentes ; ils sont simples conceptuellement bien qu’ils soient occasionnellement techniquement compliqués. Le chiffre de coût total de 3 trillons de dollars nous paraît fondé, et tel qu’il est beaucoup plus bgas que le coût réel. Et il n’est pas nécessaire de dire que ce montant représente le coût des Etats-Unis seulement.Il ne reflète pas le coût pour le reste du monde et pour l’Irak.
Depuis le début, le Royaume uni a joué un rôle crucial du point de vue stratégique, militaire et politique dans le conflit en irak. Dans le militaire, le Royaume Uni a contribué avec 46.000 soldats, à 10% du total. Ce n’est pas une surprise que vu l’expérience britannique en Irak soit analogue à celle des Etats-Unis : l’augmentation des pertes, la croissance du coût des opérations, peu de transparence dans les compte où vont l’argent, les ressources militaires, trop compressées, et les scandales sur les déplorables conditions et soins médicaux inadéquats pour beaucoup de vétérans gravement blessés.

Avant la guerre, Gordon Brown a apporté 1 billion de livres pour les dépenses de guerre. Pour la fin de 2007, le Royaume Uni avait gaspillé approximativment 7 millions de livres en dépenses directes des opérations en irak et en Afghanistan (76% en irak). Ceci inclut l’argent d’une « réserve spéciale » supplémentaire, plus les dépenses additionnelles du Ministère de la Défense.
La réserve spéciale arrive en  bout du budget regulier de la défense du royaume Uni. Le système britannique est particulièrement opaque : les fonds de la réserve spéciale « tombent sous » le Ministère de la Défense, chaque fois qu’il le demande, sans l’approbation du parlement. Comme résultat, la citoyenneté britannique a peu de clarté sur le compte de ce qui est réellement dépensé.
De surcroît , les coût sociaux  au royaume Uni sont similaires à ceux des Etats-Unis-les familles qui quittent leurs emplois pour s’occuper de soldats blessés, et la diminution de la qualité de vie des centaines de ceux qui restent invalides.
De la même manière, il y a des coûts macroéconomiques pour le Royaume uni, comme c’est le cas pour l’Amérique, encore que les coûts sur le long terme pourraient être moins élevés pour deus raisons : Premièrement, la grande bretagne n’a pas la même politique fiscale minable, et secondement, jusqu ‘à l’année 2005, le royaume Uni a été un exportateur net de pétrole.
Nous avons estimé que les forces britanniques en irak se réduiraient cette année à 2000 et garderaient ce niveau jusqu’en 2010. Nous espérons que les forces britanniques en Afghanistan croîtraient légérement de 7.000 à 8.000 en 2008, resteraient stables pour trois années. Le Comité de la Défense de la Chambre des Communes a décidé récemment qu’à partir de coupes dans le niveau des troupes, les coûts de la guerre en irak s’accroîtraient de 2%  cette année et que les coûts de personnel désecendraient seulement de 5%. Durant le même temps le coût des opérations militaires en Afghanistan augmenterait de 39%. Les calculs dans notre modèle peuvent considérer comme très bas ces modèles de continuation. En s’appuyant sur les estimations de notre registre, le coût budgétaire du Royaume Uni des Guerres en irak et en Afghanistan totalisera pour 2010 plus de 18 millions de livres. Si nous incluons les coûts sociaux, l’impact total excédera les 20 billions de livres.
—–
[1] N. T.: DOD: Departament de la Défense

© Joseph Stiglitz y Linda Bilmes, 2008. Extraits de The Three Trillion Dollar War, (La Guerre des troisTrillon de dollars) publié par Allen Lane le 28février. Joseph Stiglitz a été chef économiste de la banque mondiale et le premier Prix nobel d’economie en 2001.. Linda Bilmes est professseur de politiques publiques dans l’ecole Kennedy de Gouvernement dans l’Université de Harvard .
* Trillón en EEUU = 1 billón europeo.

9 Réponses vers “Joseph Stiglitz and Linda Bilmes: La guerre des trois trillons de dollars”


  1. 1 Pierre M. Boriliens 15 mars 2008 à 1:48

    Il faut invariablement en revenir au pétrole.

    1 La quantité totale de pétrole disponible est nécessairement limitée. Pire encore, si, dans un champ, il faut consommer plus d’un baril pour extraire un seul baril, on peut considérer le champ comme épuisé, alors même qu’il contient peut-être encore des quantités colossales de pétrole !

    2 La quantité de pétrole consommable à un instant donné dépend de la capacité de production. Or, pour des raisons physiques incontournables, pour chaque champ pétrolier, cette capacité d’extraction passe par un maximum, puis décroît inéluctablement, quelles que soient les astuces techniques (mineures) que l’on peut mettre en oeuvre. Globalement, le même phénomène se produit, de manière lissée, si l’on considère l’ensemble des champs. C’est le peak oil.

    3 C’est une matière première absolument vitale pour nos sociétés et rien, dans l’état actuel de nos connaissances, n’est en mesure de le remplacer (au moins dans les transports) à coût et/ou commodité comparable.

    4 A partir du peak oil, le besoin de pétrole (en plus fortement croissant à cause de la croissance de la Chine, entre autres) excédera nécessairement et définitivement les possibilités d’approvisionnement.

    Pour une excellente explication : http://lanredec.free.fr/polis/peakoil.html

    Conséquences ?

    Il est évident que le marché sera dans l’incapacité totale d’arbitrer quoi que ce soit, car la rareté dont il s’agit est pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité une rareté définitive. Pour bien se rendre compte de cette impuissance intrinsèque du marché, il suffit de se placer vers la fin du pétrole : quel que soit le prix que l’on consentira à le payer (ou plutôt qu’on pourra le payer), s’il n’y en a plus, il n’y en a plus ! Et c’est définitif !

    La question évidente est alors celle-ci : qui pourra affirmer qu’il est propriétaire de ce qui reste, et, corollaire, qui sera en mesure de défendre ce droit de propriété ? C’est là le pari insensé que semblent avoir fait les Etats-Unis.

    Faisons quelques brefs calculs avec des hypothèses évidemment discutables, mais qui ont le mérite de fixer des ordres de grandeur.
    1 Le cours du pétrole vient d’augmenter de plus de 50 % en une année. Admettons une vitesse de croisière moyenne beaucoup plus faible, de 20 % par an. Dans 10 ans le baril sera aux environs de 600$, dans 15 ans, 1500$, et dans 20 ans, la bagatelle de 3800$… (même à 10% l’an, on arrive encore à 700$ !). Qui tombera dans l’insolvabilité et quand ? Quelles en seront les conséquences ?
    2 Les Etats-Unis prévoyaient une extraction de 6 millions de barils par jour en Irak (compte tenu de leur pari et au vu des bases américaines qui ne cessent de se déployer autour et dans la région Golfe-Caspienne, il serait étonnant qu’ils en restent à l’Irak). Admettons qu’ils parviennent effectivement à une moyenne annuelle de 6 millions de b/j pendant les 10 prochaines années, et que le prix moyen du baril soit de 400$ sur la même période. 876 milliards $ par an, soit près de 9000 milliards sur 10 ans (201 8) ! La guerre à 3000 milliards en 5 ans nous amène à un coût de 9000 milliards jusqu’en 2018 !

    Ces calculs n’ont pas grand sens, j’en suis parfaitement conscient. Mais ils montrent au moins 2 choses :
    1 le marché sera tôt ou tard dans l’incapacité d’assurer le partage du pétrole disponible. Il faudra donc impérativement trouver une autre méthode.
    2 s’approprier le pétrole restant, même à un coût très élevé, pourrait s’avérer globalement rentable à terme.

    J’avoue que je ne vois pas très bien comment on peut raisonner correctement dans cette situation si manifestement inédite dans l’Histoire de l’Humanité (sauf l’île de Pâques ?). Une chose me paraît néanmoins certaine : la société de consommation est condamnée à brève échéance (une génération, tout au plus deux) et il faudra procéder à un changement radical de civilisation, c’est-à-dire, pour commencer, de nos modes de pensée.
    Marx n’y suffira probablement pas, car il se trouvait avant la société de consommation, et nous devons réfléchir à après ! “A chacun selon ses besoins”, par exemple, supposait que les “besoins” pouvaient être satisfaits dans certaines conditions. Aujourd’hui ce sont les “besoins” eux-mêmes qu’il convient d’interroger…

  2. 2 socio13 15 mars 2008 à 1:56

    je suis d’accord pour interroger les besoins, mais en plaçant la justice sociale au coeur parce qu’il y a des gens pour qui le développement est une question de vie et de mort alors que pour d’autres c’est le gadget… De même en finir avec les guerres, les armées et leurs coût en énergie ne serait pas une mauvaise idée…
    Danielle bleitrach

  3. 3 Pierre M. Boriliens 15 mars 2008 à 3:17

    Bien sûr ! Et en finir avec les guerres, c’est toujours ça d’économisé.

    Mais à terme ça ne règle rien !
    Je vous donne un exemple : le type qui habite à 20km de son lieu de travail, il fait comment ?
    On peut encore faire un petit calcul : une voiture a un rendement de l’ordre de 30%, dit-on. Mais quid du rendement réel ? En effet, une voiture, c’est 100kg d’humanité et 900kg de tôle, ce qui fait que le rendement réel du transport de l’humain qui la conduit n’est que de 3% ! Autrement dit, 97% de l’essence, c’est irrémédiablement de la perte ! Pourtant le type en a besoin, de sa bagnole, dans l’état actuel des choses.
    De même, la paire de godasses qu’il a aux pieds fera infiniment plus de km en camion qu’elle n’en fera jamais en marchant !
    Je pense qu’on peut inventorier mille questions analogues très concrètes et très pratiques… Faites donc la petite expérience de pensée suivante : regardez autour de vous, là où vous êtes en ce moment, inventoriez les objets, demandez-vous s’ils contiennent du pétrole et comment ils ont fait pour arriver là. Puis, par la pensée, ne gardez que ceux qui sont indemnes de pétrole. Il est fort à parier que vous allez vous retrouver à peu près nue sur un terrain vague !

    C’est ce genre de trucs que je nomme “interroger les besoins”. Et le transport (donc le pétrole) est un de ces “besoins”, parmi d’autres, tout-à-fait centraux dans nos sociétés. Comment faire autrement, et vite parce que ça urge ?

  4. 4 Pierre M. Boriliens 21 mars 2008 à 3:14

    J’ai trouvé ça, chez nos amis du Québec. C’est tout-à-fait dans la ligne de ce que j’ai appelé plus haut “interroger nos besoins”. Comme je ne sais pas comment vous le faire parvenir, je le mets ici, en attendant que vous en fassiez quelque chose, si vous le souhaitez.

    Pour en finir avec le développement durable
    Sans cesse, partout, on nous parle d’environnement. Tout est rendu vert. Roulez en voiture hybride. Ne laissez pas tourner votre moteur. Compostez. Recyclez. Utilisez le nouveau nettoyant biodégradable. Soyez vert-e. Écologique. Responsable. Conscient-e. Engagé-e. Faites des choix éclairés. Acheter c’est voter!
    Avec tout ça, tout le monde est rendu écologiste. Ou éco-quelque chose ou quelque chose-vert. Le PQ nous parle d’un Québec « vert ». Harper s’engage pour l’environnement. Même Bush protège l’environnement ! On nous parle de développement durable à toutes les sauces, tellement que maintenant, tout goûte pareil.
    La dernière fois que j’ai pris l’avion (en soit, une activité très dommageable pour l’environnement), il y avait dans la revue distribuée à tout le monde (pleine de publicité, sur papier glacé - bonjour l’écologisme!) toute une page de texte du président de la compagnie. Le titre, « Doing our part », laissait supposer qu’il allait nous parler d’environnement. De fait, il explique en long et en large comment les problèmes environnementaux ne relèvent pas de son entreprise et combien celle-ci fait déjà le maximum, c’est-à-dire pas grand chose. Dans le même sens, donner de l’argent à Greenpeace sert surtout à se déculpabiliser, à se dire qu’on « fait sa part. »
    Nous sommes confrontés à un phénomène chronique, un manque de cohérence incroyable. À l’ère du « faites ce que je dis mais pas ce que je fais », la société parle de protéger l’environnement d’une main et nous encourage à consommer toujours plus de l’autre. Le dernier chef du Parti Vert du Canada, Jim Harris, est également conseiller en gestion pour de nombreuses très grandes entreprises, dont General Motors, un des plus grands fabricants de voitures. On nous encourage même à remplacer nos électroménagers ou notre voiture, pourtant encore fonctionnels, pour de nouveaux modèles plus « écologiques ».
    Or, cette mascarade ne fait que cacher le problème. S’ils nous offrent des voitures hybrides, c’est pour qu’on continue d’acheter des voitures, réconforté-e-s dans notre écologisme. Le président du Conseil d’Administration du Cégep m’a déjà dit, tout fier, qu’il faisait sa part car il avait une voiture hybride. Pourtant, peu importe combien de kilomètres il fait chaque jour seul dans sa voiture pour aller travailler, son transport ne sera jamais écologique, car sa voiture est en location – ceci veut dire qu’après deux ou trois ans, il la remplacera par un nouveau modèle plus à la mode, plutôt que garder son véhicule pourtant encore fonctionnel. Et l’environnement devra absorber tout le poids de la construction d’une automobile neuve, et c’est énorme, tandis que sa voiture usagée ira rejoindre le marché saturé des ex-voitures de location. Dans le même ordre d’idées, saviez-vous que la voiture hybride n’est pas meilleure que le Hummer? Le groupe CNW Research, dans la seule recherche tenant compte de tous les besoins énergétiques requis depuis la construction jusqu’à l’enfouissement de plusieurs modèles de voitures, en est arrivé à la conclusion que la Prius polluait plus par kilomètre que le Hummer. La voiture hybride, en plus de contenir deux moteurs et une batterie remplie de métaux lourds, a une espérance de vie trois fois moindre que le mastodonte, ce qui fait qu’il faut la remplacer plus vite. D’ailleurs, le phénomène des produits (voitures, électroménagers, électronique, etc.) qui durent de moins en moins longtemps va contre toute logique puisque nous sommes certainement capables de produire avec la technologie actuelle des biens aussi solides qu’il y a trente ans! Bref, tout est mis en place pour que nous continuions de consommer autant que maintenant, et plus qu’hier, tout en ayant la conscience tranquille.
    Or, l’écologisme n’est pas une mode, c’est une nécessité. Nous ne pouvons continuer de consommer à ce rythme – si nous souhaitons survivre en tant qu’espèce, nous, peuples occidentaux, devons réduire de manière importante notre consommation. Le développement durable, s’il doit être appliqué dans les pays plus pauvres qui méritent de se développer, est un concept mort-né en Occident puisque notre économie est déjà trop développée. Ici, nous devons viser la décroissance soutenable.
    Le problème, c’est que notre système économique est entièrement basé sur la recherche de la croissance. Les entreprises agissent pour le bien de leurs actionnaires, et ceux-ci formulent un seul impératif : le profit. Pire encore, le profit croissant. C’est la logique qui gouverne les actions des entreprises, et qui va au-delà des volontés individuelles. Quoi qu’elles disent, quoi qu’elles prétendent faire pour l’environnement, elles ne le feront que si c’est rentable, et compatible avec cette logique de la croissance. La preuve, c’est la très forte tendance au greenwashing : des entreprises qui, comme celle décrite plus tôt, investissent pour se donner une image verte car c’est plus rentable qu’être écologique. Elles obéissent à une logique qui leur est propre et qui n’a rien d’écologique.
    Or, la recherche permanente de la croissance est, par définition, incompatible avec les ressources limitées de notre planète. De plus, le plus important des « 3 R », le premier, Réduire, va à l’encontre des fondements même de notre système économique basé sur la consommation, voire la surconsommation. Disons-le simplement : le capitalisme est incompatible avec la survie de l’espèce humaine. Alors que toute la société civile se mobilise pour l’environnement, les entreprises continuent de faire rouler l’économie à plein régime, économie qui est en train de nous tuer. Au Québec, au Canada, en Amérique, dans tout le monde occidental, la tête parle d’environnement alors que le corps court vers le précipice.
    Les réformes, bien que nécessaires dans l’immédiat, ne peuvent renverser suffisamment la tendance. Prenons l’exemple, très éloquent, du protocole de Kyoto. Même si on l’appliquait en entier aujourd’hui, les réductions d’émissions ne seraient pas suffisantes, et il faudrait des siècles avant que le climat ne revienne à la normale. Pourtant, on observe que plusieurs pays ont refusé de le signer (USA) ou n’atteindront pas ses objectifs (Canada), car l’appliquer signifierait réduire la sacro-sainte croissance économique. Nous ne pouvons sans cesse reporter le moment où nous devrons choisir entre le capitalisme et la survie de l’espèce humaine. S’il a été utile dans le passé en permettant l’industrialisation, le système capitaliste a fait son temps et il est urgent d’en sortir. Ce n’est plus un choix.
    Prendre conscience de la situation est une chose en soi, mais ça ne suffira pas: il faut agir pour sortir de ce système qui suit son cours sans raison. Nous avons tous et toutes notre rôle à jouer dans la prise de conscience qui permettra au peuple de sauver la donne. Il n’y a pas qu’une solution au capitalisme, c’est à nous de nous organiser, de créer le monde dans lequel nous voudrons vivre. Il faut en parler, en débattre, sensibiliser au problème présent et à l’urgence d’agir. Et commencer à se convaincre que parler ne suffira pas à renverser la vapeur, et que les gens qui profitent du système – ceux qui détiennent le pouvoir – ne se laisseront pas faire. Il nous faut agir, nous organiser, accepter que la désobéissance civile et l’action illégale pourraient être nécessaires pour détrôner le système qui menace notre survie. Plus concrètement? Pensez campagne d’information, piratage informatique, occupation, perturbation, grève générale sociale… Notre avenir sur cette Terre dépend uniquement de nous!
    Laurent Levesque
    Source : http://www.latribuduverbe.com/archives/2008/03/pour_en_finir_avec_le_developp.html#009244

  5. 5 socio13 21 mars 2008 à 3:57

    J’ai hésité à mettre ce texte en sujet autonome dans le déroulé, il me semble en effet sur bien des points tout à fait juste, mais je pense que les théories de la décroissance auxquelles il se réfère ont encore besoin d’affronter une question essentielle sans lequelles elles ne sont qu’un avatar de toutes les théories qui prétendent bloquer le monde tel qu’il est: la justice sociale.

    Tant qu’il sera contenté de noter qu’il faut en finir avec le consumérisme (isée que je partage à 100%) en mettant un signe d’égalité entre pays occidentaux hyperdéveloppés et d’autres qui tentent d’accéder au nécessaire, entre les pauvres et les riches, etc… Ces théories n’auront aucun impact.
    je trouve infiniment plus convainquant le discours d’Evo Morales que j’ai traduit sur ce site. Comme d’ailleurs de s’interroger sur le poids des dépenses militaires qui sont plus que somptuaires dans le monde, question que ne posent jamais “les théoriciens de la décroissance”et ne me dite pas que c’est secondaire, il suffit de lire le texte sous lequel vous avez placé cet article pour mesurer ce que cela représente de gaspillage, de crimes contre les êtres humains et la planète.
    Donc il n’est pas question pour moi d’ajouter de la confusion de nantis en inscrivant ce texte en une et votre personnage qui déplore dans un avion le coût de son voyage sans pour autant transformer ses pratiques me paraît tout à fait illustratif de certains théoriciens.
    Amicalement
    danielle Bleitrach

  6. 6 philippe, belgique 21 mars 2008 à 6:12

    Danielle,

    Je trouve pour ma part que vous pourriez mettre ce texte en sujet autonome si vous y annexer un commentaire introductif similaire à celui ci-dessus, insistant sur le lien obligatoire à faire entre l’écologie et la justice sociale.
    Vous n’avez en effet pas de catégorie sur le blog reprenant l’écologie alors que la question écologique est aujourd’hui une question hélàs incontournable et un argument important en faveur du communisme par lequel il faut passer pour la résoudre.
    L’un ne va pas sans l’autre!
    Les “écologistes” (la majorité des membre des partis verts et autres)attirent, par leurs discours romantiques et chevaleresques, un grand nombre de jeunes adolescents avant même qu’ils ne se soient forgés l’ombre du début d’une conscience politique! Il faut les démasquer et montrer que leurs discours, coincés dans le contexte capitaliste, ne sont que du vent (et pas du mistral encore bien;o) sous peine de perdre encore des générations de jeunes ayant à priori un sens moral.
    On ne peut laisser le débat sur l’écologie aux “écologistes”!

  7. 7 socio13 21 mars 2008 à 6:22

    Je me range à votre analyse, je vais effectivement le placer en sujet, demain pour nous donner du temps.je vais pour le week-end supprimer le texte sur “la calotte”, parce que cette démarche divise plus encore que celle de la décroissance.
    Danielle bleitrach

  8. 8 Pierre M. Boriliens 23 mars 2008 à 4:10

    Loin de moi l’idée de considérer les dépenses militaires comme “secondaires”. Un gouffre, tout au contraire, dont on ferait bien de se passer.
    Néanmoins, je pense que même leur suppression totale ne règlerait en rien, du moins à terme, les problèmes majeurs que nous poseront tôt ou tard l’eau, l’énergie, etc. Ceux-là, il n’y a qu’une manière d’y faire face : restreindre de manière drastique ! Mais si on doit diviser chez nous (occidentaux) la consommation d’eau par dix ou plus, cela ne vaut pas dire qu’il ne faille pas la multiplier par deux ou plus en Afrique sahélienne par exemple. Et tout le reste à l’avenant. Autrement dit la décroissance globale peut très bien se traduire aussi par une croissance locale et temporaire, si la situation l’exige.
    Mais le point fondamental est qu’il s’agit d’abord de réaliser que la consommation de biens matériels comme “adjuvant du bonheur” (ou quelque chose de ce genre) est un mythe totalement contre-productif, une illusion délétère, qui plus est construit de toutes pièces (cf Bernays, Propaganda, par exemple). Je dis bien consommation, c’est-à-dire le cycle production-destruction systématique (et de plus en plus rapide)… Comme s’il fallait “ingurgiter” sans cesse des objets, puis les réduire à néant, pour satisfaire dieu sait quel métabolisme psychique… Tandis que la vraie vie psychique est réduite à néant (ou à TF1, si vous préférez).Il se peut d’ailleurs que ce soit l’une des explications majeures du succès renaissant de la calotte, ou de ses avatars…

  9. 9 AomK 22 juin 2008 à 11:54

    Vous plaisantez? je ne pense pas que La clique présidentielle s’imaginait une guerre courte .Le clan Bush escomptait, à juste titre, des bénéfices de la guerre, y compris en tenant compte de ses coûts et, à l’évidence, plus elle dure plus elle enrichi ces messieurs.