Retour sur une escroquerie: La campagne sur la “libération” des FEMMES AFGHANES ?

Quel avenir pour les femmes afghanes ? un texte que j’écrivais en novembre 2001, quand on prétendait justifier l’invasion de l’Afghanistan pour libérer les femmes. je n’ai pas changé une virgule à ce texte que j’écrivais alors pour dénoncer la campagne qui se mnait pour favoriser l’intervention des etats-Unis et de leurs alliés européens dont la France. Souvenez-vous de cette couverture de ELLE, des pétitions sur la libération des femmes afghanes.

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Avant les attentats du 11 septembre, la dénonciation légitime du régime des talibans s’est essentiellement axée en France sur la situation des femmes . S’il s’agissait réellement de la situation des femmes, le seul régime qui a tenté d’améliorer leur condition a été celui pro-soviétique. La guerre contre l’URSS s’est déclanchée pour une part à cause de cette tentative d’amélioration.

Il s’avère que j’étais au Tadjikistan soviétique au début de la guerre des soviétiques contre l’Afghanistan, j’écrivais un article sur les femmes tadjiks. Le problème qui se posait alors était celui de l’instauration de mesures destinées à favoriser la natalité dans l’ex-URSS. Ces mesures avaient été instaurées dans toute l’URSS, dans les états baltes où le taux de natalité était le plus faible comme dans le Tadjikistan où il était le plus haut (10 enfants par femme). Donc j’avais été faire des reportages dans diverses républiques pour étudier ces situations contrastées. Ce qui m’est apparu à l’occasion de ce reportage de deux mois au Tadjikistan était la situation suivante:
- Les Républiques asiatiques comme le Tadjikistan mais aussi l’Ouzbekistan avaient joué un grand rôle dans l’entrée des Russes en Afghanistan. Les dirigeants Tadjiks considéraient que depuis toujours les espions anti-soviétiques (d’abord l’Intelligence Service puis la CIA,et l’ISI pakistanaise) pratiquaient une déstabilisation de l’Asie Centrale à partir de l’Afghanistan. Ils étaient partisans d’une intervention soviétique. Les récentes révélations de l’administration Carter prouvent qu’ils n’avaient pas tort de voir une tentative de déstabilisation mais qu’ils s’illusionnaient sur le caractère conquérant du “modernisme” soviétique. Ils considéraient en effet que la seule solution était l’intégration de l’Afghanistan au bloc soviétique.

- Il y avait dans les grandes villes, Kaboul en particulier, un fort courant communiste sur lequel ils pensaient s’appuyer, comme d’ailleurs sur le peuple tadjik du nord.

- Les femmes communistes que j’ai rencontrées me parlaient toutes de l’évolution du Tadjikistan. Les plus anciennes me racontaient l’histoire de leur pays et celle de leur propre libération. A l’origine le Tadjikistan était une zone dominée par l’Emir de Boukhara (Ouzbekistan) qui traitait d’une manière abominable les Tadjiks. Ceux-ci étaient méprisés, exploités d’une manière féodale. Quand les bolcheviks sont arrivés, ils ont prétendu envoyer les femmes à l’école, les dévoiler. Leur tenue était pire que la boukra, il s’agissait d’un vêtement de feutre avec un masque de crin qu’elles étaient obligées d’enfiler dans leur propre maison car une seule pièce leur était réservée, dans les autres où il y avait des hommes elles devait se cacher. Les premières femmes tadjiks qui ont osé se dévoiler ont été lapidées. pendant des années il y a des révoltes en particulier dans les campagnes contre l’ordre imposé par les bolcheviques, elles étaient fomentées par l’Intelligence Service. La situation a évolué quand, en 1939, a été créée la République du Tadjikistan et dans le même temps la rivière sauvage a été domestiquée pour développer les vergers et la culture du coton.Les Tadjiks ont connu un mieux être et la naissance d’une nation. Leur langage qui est le plus vieux dialecte indo-européen connu est devenu langue nationale, et un alphabet correspondant a été développé. C’est à ce prix seulement que les femmes dévoilées, leur accés à une formation et au travail ont été acceptées au Tadjikistan.

- Les tadjiks, hommes et femmes, que je rencontrais m’expliquaient qu’il fallait agir comme cela en Afghanistan. je me souviens de l’enthousiasme avec lequel ils me racontaient qu’ils transmettaient des émissions de télévision à Kaboul et dans tout l’Afghanistan sur des danses féminines. Ils avaient eux-mêmes interprété leurs propres danses jadis uniquement masculine en y associant des danseuses. Ils me disaient :”Il faut leur montrer à quel point les femmes sont belles!”

- A Kaboul, cela ne posait pas de grands problèmes, mais visiblement il n’en était pas de même dans les campagnes où l’enlèvement des jeunes filles pour les envoyer dans les écoles était mal apprécié et ceci y compris dans les zones Tadjiks. Surtout qu’à l’inverse de ce qui s’était passé en Afghanistan cette fois le sentiment national n’était pas du côté des soviétiques.

- En Afghanistan, comme dans bien d’endroits dans le monde, la lutte des occidentaux contre l’Union Soviétique a été menée en s’appuyant sur les forces les plus rétrogrades et elle a consisté non seulement à détruire les communistes mais y compris des forces nationales progressistes, ne laissant subsister que des forces fanatiques arriérées dont les Talibans ne sont qu’un exemple parmi d’autres.
Il semble donc que le non-respect du sentiment national et de coutumes que l’on peut juger abominablement rétrogrades, plus la pression de la CIA et de l’ISI pakistanaise, aient joué un rôle essentiel dans la déroute de l’URSS en Afghanistan quoiqu’en aient pensé les Tadjiks soviétiques. Cette analyse devrait inspirer des réflexions salutaires aux peuples occidentaux qui croient pouvoir imposer par les armes l’évolution de l’Afghanistan.

Premièrement, quand on détruit Kaboul et les grandes villes on ne peut que renforcer les forces les plus obscurantistes qui s’appuient sur l’arriération des campagnes. Or la destruction de Kaboul a été menée dès la victoire sur l’URSS, et les frappes aériennes US continuent le travail.

Deuxièmement, inventer une alliance du Nord respectueuse des femmes opposée à des Talibans qui les obligent à vivre sous la boukra est un fantasme occidental. Si l’on choisit de s’appuyer sur les forces du nord ce ne sera pas pour les femmes mais pour une tout autre raison et je ne vois pas encore laquelle. Si les forces du nord envahissent l’Afghanistan derrière les USA, on risque d’assister à des luttes internes claniques d’autant plus terribles que le pays aura vu son monde urbain, ses quelques rares équipements détruits et que les pratiques claniques dans un tel contexte ne peuvent que prospérer. Troisiémement, l’évolution de la condition féminine dépend à la fois du niveau de développement matériel d’un pays et de la capacité des femmes à imposer cette évolution. La destruction systématique des équipements d’un pays, de ses zones urbaines va a contrario. Renforcer dans les zones rurales et montagneuses, un monde paysan guerrier n’est pas non plus la solution. Sans parler de l’adhésion des femmes à un modèle occidental qui se veut libérateur alors même qu’il les condamne à voir leurs enfants mourir soit de faim, soit sous les bombes, qui ne voit la folie d’un tel projet.

La seule solution est dans la paix, une telle solution parait difficile est longue mais malgré les apparences c’est la seule qui garantisse une véritable évolution de la condition féminine afghane, toutes les autres condamnent les femmes et les hommes afghans a toujours plus de misère et de meurtres, à plus de fanatisme religieux.
 
Danielle Bleitrach
1er novembre 2001

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 Les étudiants afghans à Kaboul dans les années 1980

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