La banque Lazard, la grande banque franco-américaine de Wall Street vient de faire signer à son PDG Bruce Wasserstein, un nouveau contrat de travail comportant une clause « anti-vilenie ». Il semble que monsieur Wasserstein ait des colères froides et aime les ragots. Pour rester à la tête de Lazard, il a du renoncer à son droit de dire du mal. On ne contrôle pas son expression verbale sur ses concurrents mais on lui interdit de médire sur son épouse et ses enfants. Et les mêmes n’auront pas le droit de dire du mal de leur époux et père. Mieux l’interdit sera transmis aux petits enfants.(1)
Il faut dire que l’an dernier la même Banque Lazard a subi du même la publication d’un livre « le Dernier Tycon », un gros livre de 700 pages étalant secrets financier et affaires parfois salaces de cette grande banque franco-américaine . A ce qu’on nous dit les avocats de la banque avaient même pensé à inclure les maîtresses du manager (« les partenaires domestiques » selon la terminologie du dit contrat)
Bruce Wallerstein a donc signé un contrat de 5 ans pendant lesquels lui et ses proches font vœu de silence, et il reçoit en échange une rémunération de base d’un minimum de 900.000 dolars + 900.000 actions dites restreintes (ne pouvant être vendues qu’à certaines conditions mais ayant la même valeur que les autres soit 37 dollars), et si il reste fidèle à la banque, il touchera également un bonus en actions qui approcherait au cours actuel la barre de 100 millions de dollar. A ce prix là on peut s’imposer un droit de réserve.
Dans un genre nettement plus expéditif pour sanctionner les PDG, il y a la solution à la chinoise… Il y a la tradition révolutionnaire qui avait repris la revocabilité immédiate des dirigeants de la Commune de Paris et cela nous vaut tous les jours dans la presse chinoise le récit de sanctions mineures comme cet officiel qui s’est endormi à l’écoute d’un discours et qui a été rétrogradé (qu’auraient-ils fait de raymond barre) ou encore ce responsable qui n’a pas pu être joint durant les grandes tempêtes de neige et qui a beau protester qu’il était au chevet de sa mère malade et que l’état des transports l’empêchait de rejoindre son poste, il a été lui aussi remis à la base. Mais hier une nouvelle est intervenue qui témoigne du fait que la Chine est un peu différente de nos sociétés, certes le pays dans sa sortie du sous développement se livre à une accumulation primitive digne de notre XIX e siècle mais vous noterez que l’on a jamais vu en ce temps là un roi de la mine et du rail condamné pour avoir soumis ses ouvriers à un coup de grisou.
Trois personnes condamnées à la prison à perpétuité suite à un accident qui a fait 105 morts dans une mine du nord de la Chine
Trois personnes ont été condamnées dimanche à la prison à perpétuité suite à un coup de grisou qui s’est produit dans une mine de charbon et a fait 105 morts et huit blessés en décembre dans la province du Shanxi (nord).
Les trois responsables sont le représentant légal Wang Hongliang, l’investisseur de la Ruizhiyuan Coal Mining Co. Ltd. Wang Donghai, et Kong Huiping, directeur en charge de la production de la mine de charbon de Xinyao, selon le jugement rendu lors d’un procès public organisé dimanche dans un stade de la ville de Linfen.
Le tribunal a condamné Wang Donghai à une amende de 5 millions de yuans (699 301 dollars), Wang Hongliang à une amende de 15,2 millions de yuans et Kong Huiping à une amende de 220 000 yuans.
13 autres cadres ont été condamnés à des peines de prison allant d’un an à 20 ans, selon le tribunal municipal.
L’entreprise a été condamnée à une amende de 185,2 millions de yuans (24,7 millions de dollars) pour commerce illégal d’explosifs, travail illégal dans des zones houillères et non- paiement de l’impôt.
L’explosion s’est produite à 23H15 le 5 décembre 2007 dans la mine de charbon de Xinyao du district de Hongtong, alors que 128 mineurs travaillaient dans le puits, soit bien plus que le chiffre maximal de 60 mineurs autorisé par l’autorité de la mine de charbon du Shanxi.
L’accident a provoqué une perte économique de 42 millions de yuans (5,6 millions de dollars).
Selon le verdict du tribunal, la firme Ruizhiyuan a augmenté à plusieurs reprises la production du gisement houiller n2 dans la mine de Xinyao depuis 2004. Elle a commencé à exploiter le gisement n9 sans autorisation. Afin de dissimuler ces activités illégales, la firme a construit un passage secret entre les deux gisements miniers.
L’explosion s’est produite dans une galerie de 40m du gisement n9, exploité sans autorisation ni équipements de ventilation. Le gaz s’est accumulé dans la zone non ventilée au-delà des limites de sécurité et l’explosion a été provoquée par des étincelles.(2)
Vous remarquerez non seulement la lourdeur des sanctions pour un “crime social” mais le ton, il n’est pas fait appel à l’émotion… C’est le moins que l’on puisse dire, mais pour cette nouvelle comme pour celle de l’officiel sanctionné pour s’être endormi ou d’autres cela peut donner lieu à un débat très mesuré et contrôlé sur internet où chacun vient dire son opinion sur la nature de la sanction et la faute. Ainsi la remise à la base de l’endormi a été approuvé parce que “l’homme ne s’intéressait pas à son travail” Imaginez ce que cela donnerait avec la presse française… Dans ce cas si l’on suit l’article, il y a eu procès public dans un stade…
Comme je suis d’un incurable optimisme, je voudrais souligner le parallélisme entre ce genre de sanctions et la nouvelle orientation du gouvernement chinois. Tandis que tous les regards se portaient sur la réunion de l’Assemblée du pouvoir populaire dans le Cuba post-Fidel, en Chine, la réunion du Comité Central du parti Communiste Chinois fixait un ordre du jour ambitieux : la réorganisation des départements du Conseil des Affaires d’Etat, les élections et nominations des dirigeants d’Etat comme le président, le président de l’Assemblée et le Premier ministre figurent à l’ordre du jour de la prochaine Assemblée populaire nationale (APN, parlement chinois) qui se tiendra la semaine prochaine.
Le CC du PCC a débuté sa session de trois jours pour délibérer par avance de certaines questions. Lors de la réunion du PCC, lundi, était prévu un projet de motion sur la réforme du système administratif et un projet de restructuration des départements clés relevant du Conseil des Affaires d’Etat.
La réunion parlera aussi des candidats à la direction de l’Etat qui seront proposés à la première session de la 11e APN ainsi que des candidats à la direction du 11ème Comité national de la Conférence consultative politique du Peuple chinois (CCPPC). La liste des candidats sera soumise aux premières sessions des Comités qui se tiendront respectivement le 5 mars et le 3 mars.
Selon la réunion du Bureau politique du CC du PCC tenue vendredi dernier, approfondir la réforme du gouvernement est une exigence inévitable pour développer l’économie de marché socialiste et la démocratie socialiste.
“La réforme du gouvernement devra être faite rapidement et appliquée en plusieurs étapes avec pour objectif d’édifier un gouvernement efficace et orienté vers les services“, selon la réunion.
Le but est ainsi posé, à quoi correspond-t-il exactement. Comme nous l’avons vu ici c’est la tendance de gauche qui l’a emporté et il est probable qu’elle va accentuer son avantage en transformant les directions provinciales, mais elle l’a été sur une orientation qui est justement celle définie ici.
Notons qu’il y a plusieurs faits qui interviennent qui témoignent de cette ré-orientation non seulement vers le développement des services publics, donc les besoins de la population, la lutte contre la corruption et un développement “harmonieux”, à ce titre il faut mettre un développement plus équilibré des zones côtières et les zones centrales, entre les secteurs de développement industriel et les campagnes et aussi la maîtrise des problèmes d’environnement.
Tout cela suppose ce qui est plus difficile à organiser une ré-orientation d’une partie de la croissance chinoise vers un développement endogène. Le tout à une échelle sans commune mesure avec ce que nous pouvons imaginer y compris à l’échelle européenne.
Donc ce n’est pas un hasard si ce multiplient les exemples de sanction de cadres… A bon entendeur salut, celui qui ne tient pas compte des orientations en vue de “servir” le peuple sera sanctionné… A quoi cela correspond dans la réalité, il s’agit de voir la suite en marchant, mais il est clair que les mouvements de protestation pôpulaire, la prise de conscience des dégâts environnementaux, comme la montée de l’inflation et les risques de surchauffe de l’économie vont dans le même sens…
Solution à la française
En ce moment où la droite française et le patronat se trouve confronté à un président qui souffre d’incontinence verbale faudra-t-elle qu’elle en arrive à l’extremité avant de le soutenir de lui faire signer un contrat de devoir de réserve, pour lui et ses proches ? Ou son camp sera-t-il contraint à des mesures plus énergiques. Dans un autre article j’ai émis quelques hypothèses concernant le président de la république française. Deux essentiellement, la première serait l’assassinat très outre-atlantique pas tout à fait dans nos moeurs à moins de trouver un anarchiste issu des Balkans. La seconde serait de convaincre le grand public de son incapacité mentale et de le transformer en Deschanel, après l’avoir retrouvé errant sur les rails de chemin de fer en pyjama, de le destituer, une campagne de presse savamment orchestrée ayant préparé le terrain et là il faut dire que l’individu s’y prête. Il y a bien sûr toujours au titre des traditions française “ l’epectase” chère au cardinal Danielou et à Felix Faure… Mais nous n’avions pas songé au contrat avant élection. Il faudra y penser vu le type de candidat(e) que nous avons tendance à sélectionner ou plutôt que l’on nous propose. Viblement que ce soit à Wall Street ou ici le grand capital a du mal à recruter du petit personnel qui sache se tenir dans ses temps de pipolisation et d’avancée l’oeil rivé sur les sondages…
Pour le moment notre président, le nez sur le guidon, paraît engagé dans une course populiste, pressé comme il l’est par le mécontentement populaire et lâché par son camp, il monte le tourmalet sans équiper. Il a tenté de reprendre la main en jouant à fond les recettes qui ont fait son succès : il a dénoncé le patronat qui mériterait sanction, Bouton le patron de la société générale ce qui lui a valu une réprimande de madame Parizot, “l’Etat ne touche pas au patronat!”, nous sommes loin on le voit de la Chine….
La patronne du MEDEF accepte néanmoins le nouveau “projet présidentiel”, à savoir que l’Etat apporterait sa caution bancaire aux entreprises… Toujours dans le cadre de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes, alors même qu’en Chine tous les efforts semblent portés vers un basculement de l’économie et de la lourde bureaucratie vers la satisfaction des besoins sociaux du peuple, en France rien ne change. Les rois de la mine et du rail ne feront jamais autre chose que d’exploiter le travail.
Mais revenons-en aux recettes présidentielles, le président a tenté de renouer avec un autre grand succès ou comment améliorer le pouvoir d’achat, là encore un pétard mouillé, Fillon et madame Lagarde allaient se charger de fluidifier la concurrence sur quelques produits de base, le patronat doit trembler… On imagine la grande distribution terrorisée par ces deux gardes-rouge en train de changer nuitamment les étiquettes en craignant le procès public… D’ailleurs une commission a été réunie pour y placer les copains de toutes obédiences et enterrer le problème.
Sarkozy pour inaugurer sa contre-offensive a réuni un panel de lecteurs du parisien libéré et là on assisté à un intéressant numéro de lâchage médiatique dont on se demande qui a suggéré au directeur de ce journal de vendre le président…
Enfin le président a retrouvé la veine populiste et il ne la lâchera pas croyez-moi, comment empêcher les monstres pédophiles de nuire ?… Ca c’est le vrai dopage, celui qui permet de franchir tous les cols de l’impopularité… Il semble que 80% de Français l’approuvent, il va donner son maximum…
Cet article est ma contribution à ma campagne personnelle: avant de juger d’un pays et de son repect ou non des droits de l’homme, de contribuer de près ou de loin à des campagnes de propagande, tentons non seulement de comprendre sa complexité, mais aussi tendons-nous un miroir et regardons-nous sans complaisance…
Danielle Bleitrach
(1) Les Echos 26 février 2008
(2)Source: xinhua et le quotidien du peuple en ligne
0 Réponses vers “Comment empêcher les PDG de nuire… à Wall Street, en Chine et chez nous ?”