Toujours plus fort…

Le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, s’explique dans une lettre mise en ligne sur le site de la banque française, qui a annoncé aujourd’hui avoir été victime d’une fraude massive d’un montant de 4,9 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 2 milliards de dépréciations liées à la crise des “subprimes”.

“Paris, le 24 janvier 2008,

Madame, Monsieur,

J’ai le devoir de vous informer que la direction de la Société Générale a découvert une fraude interne d’une ampleur considérable, commise par un collaborateur de sa division de banque de financement et d’investissement.
Ce dernier a été immédiatement mis à pied. Une plainte sera déposée à son encontre.
Le Conseil d’Administration de la banque a appuyé les décisions que j’ai prises de mettre fin aux fonctions des cadres, y compris dirigeants, responsables de la supervision et des contrôles des opérations concernées.
Les transactions sur lesquelles la fraude a porté étaient simples – une position à la hausse des marchés actions – mais dissimulées par des techniques extrêmement sophistiquées et variées.
J’ai bien évidemment informé M. le Gouverneur de la Banque de France et M. le Secrétaire Général de l’Autorité des Marchés Financiers dès que j’ai eu connaissance de la situation, le dimanche 20 janvier.
La perte subie est très importante. Toutes les mesures ont été prises sur le champ pour la circonscrire. Les failles des procédures de contrôles ont été identifiées et corrigées pour éviter tout nouveau risque de nature comparable.
Pour autant, ni cette perte exceptionnelle, ni les provisions passées pour couvrir les éventuelles dépréciations d’actifs liées à la crise qui affecte les marchés de capitaux depuis l’été dernier, n’empêcheront la banque de réaliser un bénéfice net sur l’année 2007. En effet, la plupart de ses métiers, en France comme à l’étranger, ont continué à dégager de bons, et parfois d’excellents résultats d’exploitation.
Afin de conforter le niveau de ses capitaux propres et de préserver ses notations externes à hauteur des meilleurs standards internationaux, la Société Générale procèdera dans les prochains jours à une augmentation de capital, qui fera plus que compenser la perte due à la fraude. Cette augmentation de capital a été entièrement garantie mercredi 23 janvier.
Dès lors, avec la confirmation de sa solidité financière, la capacité du Groupe Société Générale à rebondir et à reprendre la croissance rentable qui la caractérise depuis de longues années est intacte. J’y vois, avec le soutien de nos actionnaires et l’engagement de nos collaborateurs, un profond motif d’optimisme.
Dans le règlement des conséquences de cette affaire triste et regrettable, mon souci a d’abord été de préserver l’intérêt de nos clients et de continuer à mériter leur confiance.
Je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.”

Source : AFP

4 Réponses vers “Toujours plus fort…”


  1. 1 comaguer 24 janvier 2008 à 2:25

    UNE DES TACTIQUES DE PLUS EN PLUS UTILISEES PAR LES GRANDES BANQUES POUR ANNONCER DES PERTES (colossales) EST DEPUIS QUELQUE TEMPS DE METTRE EN CAUSE DES COLLABORATEURS INDELICATS QUI JOUENT DONC LE ROLE CLASSIQUE DE BOUC EMISSAIRE

    ELLES EVITENT AINSI D’EXPLIQUER QUE LES DITS COLLABORATEURS SONT LIVRES A EUX-MEMES DANS DES “FONDS” QUI SONT EN FAIT DES DEPARTEMENTS EXTERNALISES DE LA BANQUE QUI PEUVENT SE LIVRER, A L’ABRI D’UNE SURVEILLANCE TROP TATILLONE DES CONSEILS D’ADMINISTRATION ET DES ORGANES DE REGULATION DES MARCHES A TOUTES LES ACROBATIES FINANCIERES POSSIBLES SANS QUE LA REPUTATION DE LA BANQUE AIT A EN SOUFFRIR VOIRE MEME SANS QUE LE NOM DE LA BANQUE APPARAISSE

    S’ILS GAGNENT BEAUCOUP ILS EMPOCHENT D’ENORMES BONUS INDIVIDUELS ET REMUNERENT TRES COPIEUSEMENT LES CAPITAUX QUE LA BANQUE MERE LEUR A ALLOUES, S’ILS PERDENT : VAE VICTIS !

    MAIS IL S’AGIT BIEN DES RESULTATS D’UNE POLITIQUE DELIBEREE DE NON TRANSPARENCE ET DE TRAVAIL A LA MARGE DU DROIT DES BANQUES

  2. 2 socio13 24 janvier 2008 à 2:30

    Tout à fait d’accord et je te remercie de ton commentaire… Il y a une impulsion globale ce n’est pas telle ou tel banque, tel ou telle économie, c’est global et il y a au coeur de l’opacité des fusibles chargés des basses besogne. c’est pourquoi je disais que cette lettre est un modèle dans le genre surtout quand on sait comment la banque, toutes les banques sont en train de reconstituer les fonds propres dont se vante le PDG.
    Si la plupart des informations reprennent la thèse du trader fou, une sorte d’eddy Murphy lâché dans les délices de l’informatique, on peut trouver ce genre d’analyse qui témoigne d’autres mécanismes, dans lesquels au moment de la découverte des dépréciations réelles d’actifs on fait surgir l’anonyme trader… Plusieurs analystes financiers externes à la banque avaient décelé, avant les annonces de ce matin, que la Société Générale avait fait preuve d’une certaine légèreté. Le 19 janvier, par exemple, la société de bourse Exane-BNP Paribas expliquait que le nettoyage n’avait pas été fait dans les comptes et que la communication financière était défaillante. “La Société générale devrait passer 3 milliards d’euros de dépréciations d’actifs supplémentaires”, expliquait la note d’Exane. Le genre d’appréciation qui a contribué à faire dévisser le cours de la Société Générale fortement ces derniers jours, la banque se murant dans un inquiétant silence radio. Ce matin, en marge de la communication sur le trader fou, la Société Générale s’est décidée (ou on a décidé pour elle) à communiquer en annonçant que 2,05 milliards d’euros seront dépréciés. Compte tenu des taux d’exposition, la Société Générale se met donc enfin aux normes du secteur, ce ratio de dépréciation correspondant à celui réalisé par l’américain Citigroup il y a quelques jours
    Danielle Bleitrach

  3. 3 socio13 24 janvier 2008 à 5:49

    La thèse de la Société générale d’une fraude isolée dans son département dérivés actions, qui s’est soldée par une perte colossale de 4,9 milliards d’euros, suscite de sérieux doutes dans les milieux professionnels.

    Parmi les intervenants de marché interrogés, ceux qui ne rejettent pas cette version parlent au minimum d’une “affaire grave” pour la Société générale et pour l’ensemble du système bancaire français.

    “Une banque qui est numéro un mondial des dérivés actions nous dit en fait que son système de contrôle s’est révélé indigent. Ca jette le discrédit sur le système bancaire français”, dit un gérant de portefeuille qui n’exclut pas qu’un trader isolé ait pu prendre des positions sur dérivés frauduleuses et entraîner des pertes d’une telle ampleur.

    “Ce n’est pas seulement les responsables hiérarchiques du trader qui doivent partir mais le PDG Daniel Bouton lui-même”, a-t-il estimé.

    Daniel Bouton a indiqué au cours d’une conférence de presse qu’il avait proposé sa propre démission au conseil d’administration, qui l’a refusée. La démission du responsable du pôle actions et dérivés de la banque, Luc François, a en revanche été acceptée.

    “Tout le monde s’étonne. Tout le monde s’interroge sur l’ampleur de la perte et sur le fait qu’un trader, seul dans son coin, ait pu battre tous les polytechniciens qui pullulent à la Société générale”, dit un responsable dérivés actions d’une banque américaine.

    “Cinq milliards d’euros de pertes, c’est énorme, ça représente une position de plusieurs dizaines de milliards d’euros, peut-être 30 à 40 milliards d’euros. Comment une personne seule a pu faire ça?. C’est quasi impossible à cacher. Où sont passés les appels de marge?”, ajoute-t-il.

    Un trader sur dérivés actions d’une grande banque londonienne tient à peu près le même discours : .

    “Les responsables de Société générale ont l’air de vouloir faire une opération transparente mais pour moi qui travaille sur le même marché, je ne vois pas comment on a pu arriver à cacher aussi longtemps de telles pertes (…) C’est très très surprenant sur des marchés organisés où il y a normalement un appel de marges tous les jours. C’est possible de cacher des opérations pendant quelques jours avec des complaisances, mais pas pendant des mois”.

    “En tous les cas, si c’est possible, ça jette le discrédit sur la Société générale”, ajoute-t-il.

    Le responsable d’une maison de courtage européenne est plus sévère et rapporte les avis de certains de ses clients.

    “Les gens ne croient pas du tout à une fraude. Comment une personne peut perdre cinq milliards d’euros? Il aurait fallu que pendant plusieurs mois elle ait pu cacher ses activités avec une comptabilité truquée”, dit-il. “Cinq milliards c’est atterrant. Cela voudrait dire que les fondements de notre système bancaire sont à revoir.”

    LE DEBOUCLAGE A CONTRIBUE AU “LUNDI NOIR”

    Dans un communiqué, la Société générale a indiqué qu’elle avait identifié et analysé au cours du week-end les positions frauduleuses prises courant 2007 et début 2008, les a coupées en début de semaine ce qui, selon les professionnels interrogés, a ajouté une dimension technique de taille à la chute des marchés.

    “La SocGen a dû sortir en quelques jours l’équivalent de plus d’un million de contrats futures alors que le volume ces derniers temps est de l’ordre de trois millions de contrats”, dit le trader londonien. “Un million de futures cela équivaut à 38 milliards d’euros”.

    “C’est évident que cela a pesé sur le marché”, dit-il, tout comme le responsable de la banque américaine à Paris pour qui le débouclage de ces positions d’arbitrage sur futures sur indices boursiers a “contribué au lundi noir”. Ce jour-là, la Bourse de Paris a chuté de 6,83%, emportée aussi par les dégâts causés par la crise du crédit et les craintes de récession aux Etats-Unis.

    La banque a déclaré jeudi matin qu’elle avait “mis à jour une fraude exceptionnelle de par son ampleur et sa nature : un trader, en charge d’activités de couverture de futures “plain vanilla” sur des indices boursiers européens, a pris des positions directionnelles frauduleuses courant 2007 et début 2008 allant bien au-delà des limites faibles qui lui avaient été attribuées”.

    Elle a ajouté : “Sa connaissance approfondie des procédures de contrôle, acquise lors de ses précédentes fonctions (…) lui a permis de dissimuler ses positions grâce à un montage élaboré de transactions fictives. Le groupe n’a aujourd’hui plus d’exposition résiduelle liée à ces positions”.

    “Les positions de ce trader ont été revues et une analyse détaillée de toutes les positions au sein de son département a confirmé la nature isolée et exceptionnelle de cette fraude”, a-t-elle souligné en précisant que les “responsables de sa supervision quitteront le groupe”.

    La Banque de France a annoncé qu’”une enquête de la Commission bancaire sera diligentée pour examiner les conditions dans lesquelles la fraude est intervenue”.

    Son gouverneur, Christian Noyer, a déclaré que la situation de la Société générale était satisfaisante au regard de tous les critères, de solvabilité, de liquidité et de rentabilité.

    “La situation de toutes les banques françaises me rend totalement confiant”, a-t-il dit lors d’une conférence consacré aux déboires de la SocGen.

    La ministre de l’Economie et des Finances, Christine Lagarde, a souligné le caractère exceptionnel de la fraude et a invité à ne la pas confondre avec d’autres pertes liées à la crise du crédit. Elle a toutefois demandé à la Commission bancaire de réfléchir à la mise en place “d’un certain nombre de contrôle additionnels” pour éviter de telles fraudes.

    La Banque de France a souligné que l’augmentation de capital de 5,5 milliards d’euros annoncée par la Société générale permettrait “de porter le ratio de fonds propres ‘tier 1′ (durs, ndlr) de la banque à un niveau de 8%, après prise en compte des pertes liées à cette fraude et des dépréciations décidées pour faire face à la crise financière actuelle”.

  4. 4 socio13 25 janvier 2008 à 3:57

    Société Générale : “trader” fou ou finance folle ?
    Emmanuel Kessler – 12:51
    Ce matin le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, affirme que la perte de 5 milliards d’euros par la Société Générale n’a rien à voir avec la crise des subprime. C’est aussi ce qu’affirment depuis hier les dirigeants de la banque qui pointent les agissements d’un trader isolé. Emmanuel, peut-on se contenter de cette explication ?

    Trader fou ou finance folle ? Difficile de croire qu’il n’y a aucun rapport entre la l’incroyable fraude d’un opérateur de marché ayant déjoué tous les systèmes de contrôle et la crise qui fait vaciller des géants bancaires mondiaux. Même si l’on s’en tient aux explications de la Société Générale, on peut relever que, dans les deux cas, ce qui est en question, c’est d’abord la sophistication extrême des produits financiers et les dérives auxquelles elle peut conduire. Que ce soit pour les prêts immobiliers à risque américains, découpés en rondelles, revendus mélangés avec d’autres créances et finalement sortis des bilans des banques. Ou pour des produits dérivés d’action, ceux que maniaient le courtier par qui le désastre est arrivé, et sur lesquels la Société Générale se vantait d’être la banque la plus performante. Ce sont des produits à risque, qui rapportent beaucoup quand le marché est porteur, mais qui peuvent devenir diaboliques quand il se retourne. Deuxième constat : ces crises révèlent un monde bancaire qui ne parvient plus à savoir ce qui se passe chez lui. Qu’il s’agisse des « subprime », dont les banques françaises nous avaient juré cet été qu’elles n’y étaient pas exposées, ou de la manière dont un opérateur de marché a pu dissimuler des positions prises sur 50 milliards d’euros. Toutes les techniques de développement de l’activité bancaire sont mises en cause.

    Est-ce que ça veut dire qu’il est difficile de tenir le trader pour seul responsable de ce qui s’est passé ?

    Non, il n’est pas seul. Un accident aussi incroyable rappelle la pression que les banques font peser sur leurs traders pour qu’ils utilisent à plein les opportunités du marché afin de dégager des profits. Les résultats qu’on attend d’eux – et pour lesquels ils sont copieusement rémunérés quand ça marche – ne peuvent être obtenus qu’au prix de risques importants. Dans ces conditions, les dirigeants peuvent-ils s’exonérer de leurs responsabilités ? Les patrons de la banque britannique Northern Rock, des américaines Meryll Lynch et Citigroup ont démissionné après la révélation de pertes colossales. Celui de la Société Générale, Daniel Bouton, se retrouve très fragilisé. Il va renoncer à six mois de salaire, ce qui veut dire qu’il lui resterait au bas mot 40 000 euros de revenu mensuel pour 2008. Au moment où l’on demande aux Français beaucoup d’efforts pour redresser l’économie, ce spectacle a de quoi provoquer non seulement de l’inquiétude, mais aussi de l’écœurement.

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