Coopération-compétence
Dunia Pérez Milián
Centre d’Études Européens La Havane (Cuba)
traduction Esteban Garcia
Les relations transatlantiques ont toujours été historiquement solides, bien que non exemptes de contradictions. L’affrontement qui avait caractérisé la période de la guerre froide entre les pays qui faisaient partie du Camp Socialiste et les puissances occidentales, avait facilité de très hauts niveaux de collaboration et d’entente entre les deux côtés de l’Atlantique, desquels a découlé la construction d’une Union Européenne dépendante des nord-américains en termes de sécurité, de moyens et de capacités.
Avec la chute du Camp Socialiste dans l’Europe de l’Est et le renforcement économique de l’Union Européenne comme bloc impérialiste, les différences entre les alliés ont commencé à être plus visibles. Certainement existe t-il un nombre important d’intérêts partagé entre les parties qui avalisent les stratégies de sécurité avec les concurrences et les projections internationales assez similaires, néanmoins, il subsiste des divergences ponctuelles se référant surtout au sujet des méthodologies et aux moyens à employer dans l’affrontement de supposés nouveaux défis internationaux.
Notons, les aspirations de l’Union Européenne à se convertir en un acteur de taille globale à partir de la définition et de la défense des intérêts régionaux plus spécifiques, et pour lequel quelques initiatives dans le milieu de la défense ont été concrétisées ces dernières années, créant des points de friction avec l’agenda de domination globale nord américaine dans laquelle, le bloc européen dégage également un rôle déterminé.
Les deux tendances se sont conjuguées indistinctement, pas toujours avec les mêmes résultats dans le dialogue transatlantique. Les fissures évidentes dues à l’intervention anglo-nord américaine en Irak en 2003, ont été démonstratives du fait que l’élite politique européenne était plus intéressée à préserver ses intérêts au risque de léser ses relations avec Washington. Dans ce contexte, l’axe franco-allemand composé par le gaulliste, Jacques Chirac, et le social-démocrate, Gerard Schroeder ont été les protagonistes d’une lutte qui plus tard leur ont coûté , non seulement la détérioration et la stagnation de leurs relations avec la Maison-Blanche, mais aussi les critiques dans le propre espace européen.
L’arrivée d’une nouvelle génération de leaders politiques dans les capitales européennes, à non seulement représenté un rapprochement dans le dialogue transatlantique, mais également, la continuité de la promotion de la ligne militaire initiée dans les périodes antérieures. Seulement, c’est en cet occasion , que de la tendance à la confrontation défendue principalement par les Français, on est passé à l’articulation d’une relation de coopération-compétence, surtout sur ce qui se réfère au complexe militaro- industriel.
L’axe anglo-étasusien : représentant par excellence la collaboration
La guerre de Yougoslavie en 1999 a contribué à renforcer sensiblement les liens stratégiques, militaires et d’intelligence entre Washington et Londres. Après la culmination du conflit militaire, le secrétaire de la défense étasunienne de l’époque, William Cohen, et son homologue britannique, Geoff Hoon, ont signé une Déclaration de Principes sur les Équipements de Défense et de Coopération Industrielle, qui avait comme principale finalité ” d’améliorer la collaboration entre les deux parties pour l’approvisionnement d’armes et la protection de secrets technologiques, et de cette façon à faciliter le chemin à l’union de nouvelles entreprises militaires et à de possibles fusions d’industries d’armement”.
L’objectif déclaré par Washington était d’impulser la création d’un ” pont transatlantique” qui permettrait au Département de la Défense étasunienne de mener sa politique de globalisation jusqu’en Europe… Notre objectif est d’améliorer l’opérativité mutuelle et l’efficacité dans le développement de campagnes de guerre au moyen d’un rapprochement de liens industriels entre entreprises étasuniennes et celles de pays alliés. L’accord avait été signé peu de temps après la création de la British Aeroespace Systems (BAES), résultat de la fusion de la British Aeroespace (Bae) avec GEC Marconi (la succursale de défense de la Général Électronic Company). Et pour cet accord, la Bae était déjà fortement liée à Lockheed Martin et à Boeing, les deux principales entreprises contractuelles étasuniennes dans les projets de défense.
Dans le même temps, cette intégration dans la sphère de la défense a également coïncidé avec une coopération croissante entre la CIA et le MI5 Britannique dans l’environnement de l’intelligence et des opérations frauduleuses, ainsi que le sur le terrain des opérations conjointes entre les forces spéciales des deux parties. Sur la base de ce rapprochement sensible on trouve, entre autres questions, l’identification quasi totale du gouvernement de Londres avec la politique antiterroriste menée à bien par Washington et utilisée comme propulseur de l’industrie militaire.
Cependant, malgré que les deux côtés de l’Atlantique se partagent un agenda international avec d’importants points de consensus, la proposition nord américaine de ” pont transatlantique ” occulte l’intention d’effacer le Consortium franco-allemand et ainsi d’assurer l’hégémonie de l’industrie militaire étasunienne en alliance avec les principaux entrepreneurs britanniques de la défense. Situation à laquelle ne sont pas étrangers les allemands et les français, ce qui a déterminé une certaine lutte, pas toujours de manière ouverte et publique, mais qui est par moments sous-jacente aux relations fluides de l’UE et des EEUU.
L’axe franco allemand : rivalise et coopère également
L’ensemble franco allemand en matière de production aérospatiale et de défense est dirigé, en dernière instance, contre l’hégémonie étasunienne du marché de l’armement, assise sur l’association entre des cinq grands américains (Lockeed Martin, Raytheon, General Dynamics, Boeing, Northop Grumman et BAES) et l’industrie de défense britannique sous les clauses de l’accord de ” pont transatlantique”.
Dans ce contexte, et depuis les principes des années 90, le gouvernement allemand a commencé à impulser la consolidation du complexe militaro-industriel germanique dominé par Daimler, Siemens et Krupp. Plusieurs fusions importantes d’entreprises de l’industrie de la défense de ce pays ont eu lieu en réponse aux mégafusions entre les fabricants de produits aérospatiaux et les éléphants de l’armement étasuniens.
En 1996, la France et l’Allemagne ont établi une agence commune sur les armements avec le mandat ” de gérer des programmes communs et d’accorder des contrats au nom des deux gouvernements “, que certains spécialistes considéraient comme prédécesseur de l’actuelle Agence Européenne de Défense (AED). À cette date les deux nations partageaient l’enthousiasme autour d’une intégration possible de la Grande-Bretagne à cette initiative.
À la fin de l’année 1999, en réponse à l’alliance de la British Aeroespace et de Lockeed Martin, l’entreprise française Aerospace Matra à fusionné avec la DASA de Daimler (division aréospaciale de Daimler-Crysler), en faisant émerger dès lors, le plus grand consortium de défense européenne. L’année suivante s’était créée l’European Aeronautic Defence and Space Co. (EADS), intégré par DASA, MATRA et l’Espagnole Construcciones Aeronáuticas SA. Dans l’actualité EADS et ses rivales anglo-étasuniennes rivalisent pour l’approvisionnement d’armement aux nouveaux membres de l’OTAN de l’Europe de l’Est.
Ainsi, le troisième plus grand entrepreneur de défense en Europe est Thomson, si ces dernières années s’était plus orienté pour développer des projets associé au fabricant d’armes étasunien Raytheon.
D’un autre côté, la France et l’Allemagne contrôle actuellement Airbus Industry (concurrente directe de Boeing étasunienne), dans laquelle la BAES britannique possède 20 % des actions restantes. Les Allemands collaborent également dans le programme de mise en orbite de satellites spatiaux Ariane, dont la Deutsche Aerospace (DASA) est l’actionnaire principal. En même temps, l’alliance Franco-allemande sur le terrain de la production militaire et sous les clauses de l’EADS, ouvre à l’Allemagne (qui officiellement est dépourvue d’armement nucléaire) les portes à son intégration dans le programme d’armement nucléaire français. Dans cette sphère, EADS produit une gamme étendue de missiles balistiques, dont le ICBMs qui peut être tiré à partir de sous-marins et qui est doté de têtes nucléaires de type M51.
Néanmoins, dans cette structure complexe d’alliés et de concurrents, l’EADS coopère actuellement avec la BAES dans la production de missiles et commerce également avec les ” Cinq Grands” étasuniens, en incluant la Northrop Grumman ; en même temps celle-ci, qui est intégrée dans le programme d’approvisionnement du département de défense étasunien sous les clauses de la convention du ” pont atlantique “, se maintient dans les dix plus grandes entreprises de défense du Pentagone, et opère librement dans le marché étasunien au travers de sa filiale,BAE Systems North.
De même, le groupe français d’électronique, Thales, spécialisé dans la technologie aérospatiale, de défense et d’information a collaboré à la construction du “Dreamliner” 787 de Boeing, dans le même temps que la réalisation du contrat d’approvisionnement des équipes de radios des forces spéciales étasuniennes destinées à l’Irak. Dans ce contexte, selon le conseiller délégué de Thales Nordamérica, Allan Cameron, les énormes investissements annoncés pour les années à venir par le Département de la Défense nord américaine constituent la principale raison de l’intérêt du groupe français dans le marché de défense des États-Unis, parce que, ensembles, de nouveaux projets de travail pourraient se concrétiser dans le milieu militaire.
Au sentiment général, dans ce panorama compliqué qui conçoit, autant la lutte pour la domination des marchés que la croissante interconnexion entre le complexe militaro- industriel européen et nord américain, deux groupes sont visibles dans la sphère de la défense et de la construction aérospatiale en Occident : d’une part EADS dominée par la France et l’Allemagne et d’autre part les ” Six Grandes” anglo-étasuniennes. Les deux conglomérats, bien qu’ils représentent les intérêts impériaux des étasuniens et européens dans le monde, ils symbolisent également la symétrie dans la projection des deux pôles de pouvoir à partir de la militarisation croissante de leur politique extérieure.
En ce sens, le processus de fusion graduel et préoccupant qui s’est amorcé entre les représentants des deux industries d’armement, qui rencontrent les points de contact sur les bases qui animent leur renforcement et leur promotion, déterminera un degré supérieur de consensus entre européens et nord américains et accentuera l’agressivité du caractère colonial sur leur projection internationale. Nous pouvons confirmer la constatation plus inquiétante de cette tendance dans les récentes déclarations d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sur la nécessité de renforcer et d’approfondir les liens transatlantiques.
Dunia Pérez Milián est chercheuse au Centre d’Études Européens à la Havane (Cuba)

Dans toutes ces affaires de technologie, il faut aussi analyser les moyens informatiques, exclusivement étasuniens avec la domination sans partage de Microsoft pout tout ce qui concerne les logiciels et la simulation industrielle. Dans ce secteur, toutes les ‘élites’ européennes se rangent du côté étasunien. Bill Gates peut amuser la galerie avec ses affaires de charité, les marchands d’armes et leurs valets font du business pour broyer les peuples.